Autrefois les médecins
étaient rares dans nos campagnes, les communications de village
à village fort difficiles, l’hiver surtout, et la bourse de nos
paysans normands presque toujours à sec, c’est ce qui obligeait
nos malades ruraux à recourir aux bons offices des sorciers,
panseurs, rebouteux, guérisseurs, matrones et bonnes femmes, qui
pullulaient à chaque pas de brèche et possédaient,
à défaut de science et d’instruction, une foule de
remèdes empiriques et de panacées universelles, à
la portée des plus pauvres, héritage familial qui se
perdait dans la nuit des temps.
Certains avaient le don de rétablir les membres fracturés
ou luxés, de réduire les entorses et les hernies, de
remettre au point les tressaillures, de faire passer le carreau, de
guérir les écrouelles tout comme les rois de France,
d’assister les femmes en couches, de conjurer les sorts et les
maléfices et surtout de combattre la maladie mère de
toutes les autres, c’est-à-dire les vers, si communs chez les
enfants, les adultes et les vieillards et dus à une alimentation
défectueuse et à l’inobservance des plus vulgaires lois
de l’hygiène.
À en croire les guérisseurs de vers, ces parasites ne se
localisent pas dans les voies digestives et intestinales, comme
l’enseigne la Faculté, mais ils portent leurs ravages dans tous
nos organes et celui qui en est le plus souvent victime, c’est notre
viscère le plus noble, j’ai nommé le coeur.
Ces dégoûtants parasites, loin de se contenter d’absorber
le meilleur des sucs de la digestion, se permettent neuf fois sur dix,
des incongruités aussi monstrueuses que honteuses, puisqu’ils
pissent sur notre cœur, qui ne peut se défendre contre un tel
sacrilège !!!
Si vous êtes atteint de syncopes, de chaleurs, de fièvres,
de tiraillements d’estomac, de douleurs à l’épigastre, de
bâillements, sueurs profuses, d’épiquements autour du
nombril, ou dans le voisinage de l’anus, d’éberluettes, de
gêne de la respiration, de crampes abdominales, de
diarrhée, de fétidité de l’haleine, de
bourdonnements d’oreilles, de défaillances, de gargouillements
intestinaux, de vents difficiles à expulser, de digestions
flatrilentes et laborieuses, etc., etc. … pas le moindre doute, ce sont
des vers qui vous pissent sur le cœur.
Pour combattre ces locataires, qui vous traitent en pays conquis, la
nature a mis à votre disposition trois remèdes faciles
à se procurer.
1° : Le lait ; 2° : l’ail ; 3° : l’urine.
Le lait froid ou chaud est un excellent tueur de vers, à
condition qu’il soit magistralement administré, n’en faites
jamais boire au patient, car les vers remonteraient et
l’étoufferaient, donnez-le au contraire en lavement et alors ils
descendront et vous n’aurez plus qu’à les cueillir dans vos
matières.
L’ail, faites-en boire au vermineux cuit dans le lait, ou
contentez-vous d’en mettre un collier autour de son cou, le
résultat est immédiat, les vers déménagent
incontinent, comme des mulots dont on inonderait le terrier.
Mais le contre-poison par excellence des vers, c’est l’urine, non pas
celle du premier venu, mais la vôtre, ou celle d’une jeune fille
vierge, ou d’une vieille femme dans l’âge critique.
Buvez-en tous les matins, à jeun, un grand verre et vous m’en
direz des nouvelles.
Il n’y a pas que l’urine qui joue un grand rôle dans la
médication populaire de nos campagnes, les excréments y
sont journellement mis à contribution.
Les cataplasmes de boue de bié, ou de cambronine, si vous aimez
mieux, sont souverains pour la guérison des maux blancs,
panaris, tournioles, engorgements laiteux des seins, clous, anthrax,
furoncles. De même la chemise d’une fille de ferme, pourvu
qu’elle ait été portée un mois entier, sans
discontinuer, bouillie dans un seau d’eau, constitue un breuvage quasi
divin pour guérir les poulains atteints de gourmes. Si la
bête après avoir bu pareille mixture ne crève pas,
c’est qu’elle est solide, si elle guérit, c’est que le
remède était efficace.
Cette médication liquide et solide possède deux avantages
précieux, c’est de ne rien coûter d’abord et ensuite
d’être d’un approvisionnement facile, car à la campagne
les rétentions d’urine sont rares et il est bien peu de gens
constipés, grâce au cidre doux et à l’alimentation
végétale de nos paysans.
Autrefois on recueillait les bouses de vache fraîches, on les
mettait à cuire sur la tuile avec force beurre et on obligeait
les poitrinaires à les ingurgiter. L’huile de foie de morue a
remplacé avec avantage cette peu appétissante
fricassée.
Pour guérir la jaunisse, il faut uriner huit jours de suite sur
le même pissenlit ; si les feuilles jaunissent, la
guérison est certaine.
Autre remède : lorsqu’on a trouvé un mendiant couvert de
vermine, on lui prend sept poux de corps s’il s’agit d’un homme, cinq
si c’est une femme, trois pour un enfant. Ces insectes sont mis dans
une pomme cuite et le tout doit être absorbé par le malade
devant l’image du saint homme Job ou, à son défaut, les
yeux tournés vers un tas de fumier.
Rien ne vaut, pour la guérison de la coqueluche, cinq mouches
à miel ou une souris frites dans du beurre sans sel.
Contre la pulanté des yeux, «vulgo ophtalmie
catarrhale», prenez neuf grains de blé, enfilez-les et
mettez-les sur les yeux du patient en récitant un Pater et un
Ave, puis confiez ces graines à la terre. Si elles pourrissent
les yeux ne guériront pas, si elles lèvent le malade
recouvrira la vue.
Si des verrues vous gênent et que vous répugniez à
les faire brûler, comptez un soir à minuit les
étoiles à reculons, pendant un quart d’heure, elles
s’effaceront vite.
Ou prenez des cailloux, en contemplant ces mêmes astres et
jetez-les en arrière, sans quitter vos yeux du ciel. Le
procédé est infaillible.
Si votre nouveau-né a un érysipèle des cuisses et
du bas-ventre, entortillez-le avec le torchon le plus sale que vous
pourrez trouver chez votre voisin.
Si votre enfant a les yeux rouges, les paupières collées
le matin, priez une âme charitable de vous procurer quelques poux
et tâchez de les acclimater sur la tête de votre enfant, il
guérira sûrement.
Pour passer le lait d’une brebis, d’une chèvre, d’une chienne,
d’une chatte, il suffit de lui mettre au cou un collier de bouchons
ayant servi.
Voulez-vous savoir si votre fille sera une habile ouvrière,
placez son nombril (et sa chute) dans un livre de messe à la
date du Saint du jour et lorsqu’elle atteindra ses sept ans, prenez-le
et frottez-le entre vos doigts, s’il tombe en poussière, elle
sera très agile de ses mains.
Pour désinfecter une maison, il faut la peupler de crapauds, qui
prennent le mauvais air.
Si vous voulez protéger votre maison contre le feu du ciel,
ornez-la d’un bouquet d’herbe de Saint Jean coupé avec un
couteau neuf.
De même voulez-vous que le sciage des blés ne vous
occasionne pas de maux de reins, à la moisson prochaine : sautez
trois fois à pieds joints au milieu du feu allumé le jour
de la Saint-Jean.
Si vous connaissez une personne atteinte du haut mal, coupez une
branche de gui, de chêne. Malheureusement ce parasite ne se
trouve guère que sur les pommiers et les peupliers, si nous en
croyons Monsieur Benon, le savant botaniste, auteur de la Flore de la
Manche, qui ne l’a rencontré qu’une seule fois dans ses longues
et nombreuses herborisations, sur l’arbre sacré des Druides.
Faites sécher au four un rameau de ce gui, pesez-en à nu
sur une balance trois paquets de dix grammes, opérez cette
pesée à l’aide, non d’un vulgaire poids de cuivre, mais
d’une pièce de dix francs en or, réduisez en poudre et
avalez, le matin à jeun, trois jours de file.
Si vous rencontrez un roseau ou belette sur votre route, rebroussez
chemin immédiatement, ou il vous arrivera malheur. Un capitaine
au long-cours, pour ne pas s’être conformé à cette
croyance, fit naufrage à peine embarqué, un second gagna
le scorbut et toutes ses dents tombèrent.
Ne jetez jamais une dent dans la rue, car il vous en pousserait,
à la place, une de chien.
Contre le mal de gorge, il suffit pour en être
débarrassé, de tirer la mèche de cheveux la plus
voisine du sommet du crâne ou de se mettre autour du cou un vieux
bas sale rempli de cendres chaudes.
Variante pour guérir les verrues, à neuf heures, un jour
de pleine lune, sortir sur la route, ramasser des cailloux, en frotter
les verrues, sans quitter des yeux l’astre de la nuit, et renouveler
tous les mois jusqu’à parfaite guérison.
Pour tuer un orvet, couleuvre ou vipère, il suffit de
l’atteindre avec une tige de fougère.
Quand un boucher va chercher un veau dans une ferme, il doit le sortir
de l’étable le derrière en avant, afin que la mère
ait moins de chagrin, ou bien encore couper un peu de poil à la
queue, l’envelopper dans une feuille de chou et la faire manger
à la vache.
De méchantes langues prétendent que les Normands dans
leurs prières ne disent pas : Donnez-nous notre pain quotidien,
mais montrez-nous notre pain quotidien, cela nous suffit, nous saurons
bien aller le prendre.
Lorsqu’un pêcheur est en retard, sa femme pour conjurer les vents
doit brûler en leur honneur, un balai neuf.
Les pêcheurs malades voient augmenter leurs souffrances au fur et
mesure que la mer monte, et s’ils sont pour mourir, c’est toujours au
reflux.
À ceux qui meurent en mer on réserve une fosse au
cimetière paroissial qu’ils viennent habiter au moins une fois
l’an.
Rouler un enfant sur un reposoir à l’endroit même
où le prêtre a posé le Saint-Sacrement, c’est lui
donner un rein solide et le préserver d’une foule de maladies.
Le jour Saint-Jean, si on cueille à jeun de la fougère
mâle, après avoir communié avant le lever du
soleil, on est préservé pour toute l’année du
mauvais sort et des maléfices.
Pour la méningite, il n’y a rien de tel qu’un pigeon ouvert en
deux tout vivant et tout emplumé et mis sur le crâne du
petit malade.
Une bonne femme m’a assuré que quelques heures après
l’opération, elle avait retiré le corps du volatile
rempli de gros vers, genre asticot, qui sortaient du crâne de
l’enfant qui fut guéri incontinent.
Si le pigeon ne réussit pas, il faut placer des rates de mouton
fraîches, sous la plante des pieds. Ça ne rate pas.
Contre les coups, une escalope ou grillade de veau, mise à
propos, empêche la peau de noircir et même de gonfler.
Le cancer étant une bête vorace, on fera bien de
l’alimenter avec de la viande de boeuf ou de mouton au choix, mais sans
os, ni gras. Cette bête n’aimant que le maigre, on arrive ainsi
à enrayer cette terrible maladie, jusqu’au jour où
fatiguée de cette alimentation, elle préfère la
viande humaine à celle des ruminants, auquel cas il n’y a plus
de remède.
Si vous avez un ami atteint de dyssenterie chronique, faites lui avaler
trois fois par jour, une forte pincée de poudre de brochet
desséchée au four. Il faut, c’est la condition
essentielle pour réussir, que la mâchoire soit
armée de ses dents. Au bout de huit jours de ce traitement,
votre virousseux, c’est le nom donné à ceux qui ont un
flux de ventre, virousse ou coule-doucement, a le derrière
cacheté comme une bouteille de vieux vin.
La poudre de crapaud est infaillible contre les
hémorragies .
Si l’animal vivant est tenu dans la main, sous l’aisselle,
derrière l’oreille ou pendu au cou, il arrête les
saignements de nez, appliqué sur ce nombril, il fait rentrer
incontinent les hémorroïdes .
L’os de la jambe gauche de devant, appelé bras du crapaud,
appliqué sur la joue, soulage subito les maux de dents les plus
rebelles et le fait disparaître en quelques minutes.
Le poumon de renard, mort de mort violente, séché au four
et réduit en poudre, guérit la phtisie, mille fois mieux
que l’huile de foie de morue, le gaïacol ou le
cacodylale de soude prescrits par les médecins.
Les personnes qui ont la mauvaise habitude de faire un usage
immodéré des haricots, pois, lentilles, fèves et
autres féculents, feront sagement quand elles auront des vents
remontés dans la tête, de prendre quelques pincées
de poudre de foie de loup tué à la chasse. Il est
très important que ce fauve n’ait point succombé à
la vieillesse ou à une maladie inhérente à sa race.
Pour l’esquinancie, voici un remède qui guérit
quatre-vingt dix-neuf fois sur cent et est à la portée de
tout le monde. Faites cuire des oignons de lys sous la cendre chaude,
ajoutez-y des crottes de chienne blanches, ce sont les crottes et non
pas la chienne qui doivent être de cette couleur ; un jaune
d'oeuf, des figues, des dattes, de la farine de froment et de la
graisse de hibou.
Les limaces rouges n’ont point leurs pareilles pour faire rentrer les
hernies. Le bandage n’est que de la Saint-Jean auprès d’un
cataplasme d’un de ces mollusques gastéropodes.
Les cloportes vulgo poux de cochon, infusés dans du vin blanc,
font rendre des pierres que trois percherons auraient peine à
traîner.
Le sang de bouc frais fait transpirer beaucoup mieux que le sureau, la
bourrache ou le vin chaud à la cannelle.
La gravelle ne résiste pas à de la poudre d’hirondelle
préparée magistralement. Égorgez de jeunes
hirondelles prises dans le nid maternel, répandez le sang sur
les ailes, mettez le tout au four dans un vase en terre
hermétiquement fermé et retirez après consomption
de l’humidité. Tobie ne connaissait que le fiel de cet oiseau
pour guérir le mal d’yeux, nous avons mieux aujourd'hui.
Pour l’épylepsie , faites bouillir dans du miel de la
corne de bélier râpée, de la racine de piaune
(pivoine), du gui de chêne et de la fiente de paon mâle, et
vous m’en direz des nouvelles.
Si par hasard vous n’aviez pas sous la main d’excréments de
paon, remplacez par du poil de lièvre desséché,
toujours à condition que cet animal soit tué à
coup de fusil, pris au collet le remède n’agirait pas. Ne mettez
pas de miel dans la sudite préparation si le malade
est bilieux, car tout son sang tournerait en bile et il mourrait de la
jaunisse en admettant que vous l’ayez guéri de son haut mal.
Si votre enfant est atteint du croup, inutile de songer au tubage,
à la trachéotomie ou à l’injection de sérum
Roux, un simple poireau trempé dans l’huile et introduit dans la
gorge le débarrassera de ses fausses membranes et de l’asphyxie
qui en est la conséquence. Mères de famille dormez en
paix, grâce à ce remède aussi banal
qu’héroïque. Un conseil d’ami ; lorsque vous
achèterez des légumes à pot-au-feu, n’oubliez
point de mettre de côté le plus beau de vos poireaux. Qui
sait, vous pourriez en avoir besoin au milieu de la nuit, à
l’heure où il est difficile de faire lever la fruitière.
Si par le plus grand des hasards ce légume n’agissait pas,
enveloppez la gorge du petit malade d’un cataplasme très chaud
de farine de lin délayée dans l’urine nocturne d’une
personne mâle et vierge, mettez sur un feu doux et agitez avec
une chandelle de suif au lieu et place d’une cuiller en bois. Faites
prendre en même temps une cuillerée de lait dans lequel
vous aurez mis trois gouttes d’eau bénite venant de trois
paroisses voisines.
À propos, s’il vous reste de l’urine et que vous ayez la figure
couperosée ou les mains gercées, allez-y d’un petite
ablution, le remède n’est pas coûteux.
Pour guérir les dartres ou verpelaines, il faut les recouvrir de
toile de lin neuve réduite en cendre, ou les envelopper avec la
patrouille d’un boulanger toute chaude, c’est-à-dire sortant du
four.
Enfin voici un remède souverain pour la sciatique, mettre dans
la poche gauche du pantalon, un nombre impair (3 ou 5) de marrons
d’Inde, ce médicament agit au bout de quelques minutes et
soulage grandement le rhumatisant.
Pour éviter les infidélités de sa femme, il faut
faire placer par le cordonnier entre les semelles de la chaussure de la
jeune fille qu’on va épouser un peu de sel ou une pièce
d’argent. Autre procédé tout aussi infaillible, pendant
la messe de mariage, l’époux doit placer ses genoux sur une
partie de l’habillement de la future. Si malgré tout cela, le
malheur arrive, on le fait cesser, en plongeant dans l’eau bouillante,
le voile porté par la fiancée le jour de son mariage. Un
mariage contracté en mai ou en août est de sinistre
augure. Il rend les époux jaloux, la femme porte la culotte et
les enfants ont beaucoup de chance de devenir fous.
Les femmes enceintes et les nourrices ne doivent point sortir
après le soleil couché, car le diable pourrait s’emparer
de l’enfant qu’elles portent ou qu’elles allaitent, lui tordre le cou
ou lui aplatir la tête.
En allant se relever de ses couches, si une femme rencontre pour
premier enfant un garçon, elle aura un garçon à
son prochain accouchement ou réciproquement une fille.
Si un enfant tête voracement, il louvine, c’est-à-dire
qu’il éprouve une faim de loup, alors pour mettre un terme
à cette fâcheuse disposition, on lui fait avaler des
lardons jusqu’à ce qu’il en crève ou passe sa vilaine
habitude.
Vendre ses abeilles c’est perdre sa chance, les injurier c’est
s’exposer à être mortellement piqué.
Pour qu’une vache devienne sûrement mère, il faut la
frapper sur le flanc de trois coups d’une baguette de coudrier, fendre
en quatre le dernier poil de sa queue et lui appliquer sur les reins
une poignée de boue, et lui verser dans l’oreille l’eau qui a
servi à cuire des moules.
Si, en marchant, un cheval s’enfonce un clou dans le petit pied, il
faut ficher le clou dans un chêne ou dans un mur pour
éviter une boiterie consécutive.
Pour accoutumer un chat dans une maison où il n’est pas
né, il faut lui frotter les pattes avec du beurre.
Pour faire revenir le lait d’une vache, il faut qu’elle avale un pot
chopine d’eau dans lequel a bouilli un cœur de boeuf, percé de
trente-trois aiguilles. J’ignore pourquoi ce nombre.
Si l’oreille vous teinte, c’est que quelqu’un dit du mal de vous. Si
c’est la droite, mordez-vous le petit doigt de la dextre et
réciproquement, la méchante langue se mordra la sienne.
Si vous voulez connaître la profession de votre futur
époux, jetez à minuit le jour de la Saint-Jean, devant
votre porte et sur la route, un seau d’eau bien
fraîche et regardez attentivement la première personne qui
passera, pourvu que ce soit un homme, votre mari aura le même
état.
Variante. – Faites couler du plomb fondu dans de l’eau froide et
recueillez-en avec soin les morceaux. Vous trouverez dans le tas soit
un outil de maçon, de charpentier, de jardinier, de laboureur ou
tout autre, ce sera une précieuse indication pour
connaître votre épouseur.
Voulez-vous maintenant voir votre fiancé ? Le jour de la
Saint-Agnès vous jeûnerez depuis la disparition des
étoiles jusqu’à leur réapparition et à
minuit vous placerez sous votre oreiller un miroir sur lequel vous
disposerez en croix deux feuilles de laurier béni. Vous monterez
dans votre lit à reculons, en vous signant à l’envers et
en récitant vos prières en commençant par la fin,
à peine endormie vous verrez nettement apparaître l’objet
de vos désirs. Si au lieu d’un beau jeune homme, vous voyez un
cercueil c’est que vous mourrez dans l’année ou ce qui est pis
vous resterez vieille fille toute votre vie.
Quand la crasse du linge de corps est difficile à
détacher, la personne à laquelle il appartient a un
mauvais coeur.
Des rognons de porc desséchés et conservés sur
soi, portent autant bonheur que la corde d’un pendu.
Couper la galette cuite à la bouche du four avant que les pains
ne soient enfournés les empêche de cuire.
Au décours de la lune les os se vident de leur moelle et les
coquillages de l’animal qu’elles renferment.
Il ne faut jamais monter sur son tonneau un vendredi, le cidre
deviendrait rapidement aigre.
Si on tombe malade, on meurt dans la chemise qu’on a prise un vendredi.
Tous les morts du Vendredi-Saint vont tout de go en paradis.
Si on agite la crémaillère sans nécessité,
c’est attirer le diable, qui se montre incontinent.
Un enfant qui a la bière est condamné à mourir
tout jeune. Par bière on entend une veine très bleue,
placée entre les sourcils et la racine du nez.
Il y a des jours et des fêtes favorables à l’encensement
des céréales. Il faut en tenir compte si l’on veut avoir
de belles récoltes.
Autres moyens de guérir les verrues, à ajouter à
ceux que j’ai indiqués plus haut.. les frotter avec des cheveux
ou de la bourre de laine qu’on enfouit : à mesure que ces objets
pourrissent la verrue s’efface.
Certaines bonnes femmes les soignent autrement et les guérissent
vite pourvu qu’elles en sachent la quantité exacte, l’âge
du porteur et le nombre de lettres qui composent son nom.
Une mauvaise récolte de haricots présage le
renchérissement du savon.
Si une chandelle allumée forme champignon au haut de la
mèche, le blé augmentera de prix.
Certaines bonnes femmes arrêtent les brûlures ; pour cela
elles prennent un roseau dans le genre de celui qui a été
mis dans la main du Christ, lors de la Passion et elles le placent sur
la partie brûlée, récitant quelques paroles
sacramentales et cela suffit, la brûlure qui d’habitude
s’étend pendant neuf jours s’arrête illico, presto, subito.
Je termine par un conseil à l’adresse des jeunes filles à
marier.
Lorsque plusieurs amoureux vous font la cour, Mesdemoiselles, et que
votre coeur hésite à faire un choix, prenez autant
d’oignons que vous avez de soupirants, inscrivez le nom de chacun sur
l’enveloppe extérieure de ce légume, et confiez-les
à la terre, en les enterrant dans un endroit
écarté et connu de vous seule. Il faut pour
réussir que vous ne soyez pas pressée.
Le premier qui germera et qui montrera ses feuilles, sera le mari
souhaité.
Je vais plus loin dans mon horoscope. Désirez-vous porter la
culotte ? rien de plus aisé ! Lorsque l’époux vous passe
au doigt l’anneau nuptial, ne lui laissez pas franchir la
première phalange, fermez violemment le doigt et vous serez
maître et maîtresse dans votre ménage, c’est simple,
facile et certain.
Enfin voulez-vous lire comme dans un livre ouvert tous les secrets qui
se cachent au fond de son coeur ? Oui n’est-ce pas ! Eh bien lorsqu’il
dormira d’un profond sommeil, serrez-lui le bout du petit doigt de la
main gauche, et vous connaîtrez tout. Vous saurez s’il vous est
fidèle et si d’aventure vous aviez une rivale, il vous livrera
son nom.
N’en abusez pas pour le vitrioler, mais reprochez-lui amèrement
son inconstance et menacez-le de vous venger de la même
façon. Il se le tiendra pour dit et vous reviendra, cette fois,
pour toujours.
Beaucoup de ménages, désireux d’avoir des enfants, se
lamentent sur la stérilité de leur union, d’autres (ce
sont les croyants), vont tout simplement faire un pèlerinage au
sanctuaire de Saint-Thomas-de-Biville ou à Saint-Floxel,
d’autres peu confiants en l’intercession de ce Bienheureux
auprès de la puissance divine, ont recours au
procédé suivant, infaillible assure-t-on.
Les deux conjoints mâcheront pendant quatre jours et sans
discontinuer, la Salvia, sauge ou herbe sacrée, que l’on
rencontre dans les champs et les jardins, et pendant quatre nouveaux
jours, ils boiront à jeun une hémine du suc de cette
plante, broyée dans une auge d’érable. L’hémine
ancienne, mesure romaine, représente vingt-sept centilitres.
Cette opération terminée, la femme est assurée de
concevoir. Si elle désire un enfant mâle, elle boira en
outre, pendant la première moitié de sa grossesse, de la
racine de chardon sauvage, bien bouillie dans de l’eau ou du lait.
Autre formule aussi certaine.
Elle infusera, dans un verre d’eau, trois oboles, c’est-à-dire
soixante-douze centigrammes de millet sauvage ou gramen leucanthemum
des botanistes, qu’elle ingurgitera à jeun pendant quarante
jours, en mémoire du Carême de Notre-Seigneur qui a eu la
même durée. Elle jeûnera ensuite trois jours de
rang, en se signant trois fois de la main gauche, neuf mois
après elle est forcée de mettre au monde un garçon.
Si par suite d’un allaitement prolongé, ses mamelles venaient
à se flétrir, à tomber ou à se
dégonfler, elle leur rendra leur forme et leur dureté
primitive, en absorbant une décoction de racine d’alchimille,
vulgo Manteau des Dames, bue à jeun dans une tasse en terre,
prise de la main gauche et élevée délicatement
au-dessus de la tête, à bras tendus.
Dans les ménages où la progéniture est trop
nombreuse, il suffit pour ne plus avoir d’enfant, de boire pendant
trente-sept jours de la tisane de menthe sauvage, d’en faire des
ablutions sur certaines parties du corps en tournant le dos à
l’église. Ce n’est pas plus malin que cela et certainement moins
dangereux que certaines pratiques abortives de matrones sans vergogne.
Ici, comme vous le voyez, ce sont les plantes qui jouent le principal
rôle. Le règne végétal est mis à
contribution dans une foule d’autres cas. Un des plus curieux et en
même temps des plus efficaces :
Si vous avez peur des serpents, mourons, lézards, crapauds,
couleuvres, orvets ou autres zordes de bêtes, si surtout vous
craignez qu’elles n’envahissent votre lit pendant votre sommeil, placez
sur et sous vos couvertures quelques branches de cyprès, vous
n’aurez plus à craindre leur présence, encore moins leurs
morsures.
La fumée de cyprès brûlé sous l’oreiller est
encore un excellent chasse-reptile.
Il convient
évidemment de ne pas utiliser ces remèdes !!!
Sources : Le folklore normand
Extrait de : Bulletin de la société des Antiquaires de
Normandie , tome XXXVI, années 1924 et 1925