LA GRAVERIE





Canton de Bény-Bocage à 6km, arrondissement de Vire à 6km, département du Calvados à 54 km de Caen.

Situation 1829
Population : 954 habitants
Maire : Vasnier (nommé par le Préfet)
Maire Adjoint : Destigny
Curé : Eudeline

Situation 1862
Population : 929 habitants
Maire : Thouroude (nommé par le Préfet)
Maire Adjoint : Leconte
Curé : Moulin
Instituteur : Bertaux
Institutrice : Lebassard
Médecin : Thouroude

Situation 1875
Population : 793 habitants
Maire : Leconte
Maire Adjoint : Robert
Curé : Laurence

Situation 1894
Population : 762 habitants
Maire : Restout
Maire Adjoint : Vasnier
Curé : Barbot
Instituteur : Bertaux
Institutrices : Berteaux, Hennequin

En 1899 le conseil municipal se composait des élus suivants : Fontaine, Lesarazin, Vasnier, Robert, Restout, Câtel, Destigny, Lelandais, Robert, Touyon, Dumont, Ballé.

Elus, Curé, Instituteurs et commerçants en 1914


Situation 2001
Population : 1151 habitants
Maire : Leconte
Maire Adjoint : Picot

Gravereia dans les textes anciens. Avant la révolution la paroisse appartenait à l'élection de Vire, la sergenterie du Tourneur et dépendait en partie de la haute justice de Bény et en partie également de celle de Thorigny. Elle dépend maintenant du canton de Bény-Bocage.
Dans l'aveu rendu en 1494 par l'évêque Zanon de Castillon, les héritiers de Guillaume de Carville possédaient un demi-fief de chevalier appelé fief de Carville qui s'étendait sur La Graverie et Carville. Ils devaient payer tous les 3 ans 40 livres de rentes à la baronnie de La Ferrière. Un autre quart de fief de chevalier appelé le fief des Fondreaux appartenait à Pierre Ruault.
En 1790, le fief dit de Carville appartenait à du Hamel de Saint Denis qui était le frère cadet du seigneur de Saint Denis de Maisoncelles.

Les LAURENCE
Famille qui remonterait aux normands et dont le premier connu est :
Philippe Laurence fils de Richard sire de la Ruodière aurait  épousé Agnès fille de Geoffroy de Rebelles, écuyer du Roi Philippe Auguste qui aurait signé au mariage.
Jean Laurence seigneur de la Ruodière et de Saint Sever aurait été  l'un des hommes d' armes de Jean 1er d' Harcourt lorsque ce dernier accompagna le roi Saint Louis à la Croisade de 1247 enfin en 1432 Guillaume Laurence père de Roger aurait épousé Nicolette  Planchon qui lui aurait apporté en dot la terre de Livry.
La Ruodière ou Ruaudière que paraissent avoir possédé cette famille Laurence au moins depuis 1190, est en effet le lieu où s'élevait le manoir seigneurial de la Graverie et en 1570, le tenancier d'une masure, le Crochel, relevant du fief de la Graverie aurait rendu aveu et
hommage à Louis Laurence, seigneur de Livry et de la Ruodière.
En 1590 noble homme Michel Laurence possédait la seigneurie de Champ du Boult - Il était avocat à Vire. Noble homme Louis Laurence était maître particulier des Eaux et Forêts en la vicomté de Vire en 1610 et il épousa Julienne de la Perelle, héritière de Julien de la Perelle écuyer, seigneur des Mesnils à Campagnolles et en eut cinq filles -  Gilles Louis Laurence probablement son pére décéda en 1640. Il était seigneur de Champ du Boult et  des Mesnils à Campagnolles.
Louis Laurence seigneur d'Estoux. qui recevait 1'aveu en 1570 d'une masure de la Graverie serait mort laissant à son fils Louis les terres d'Estoux, de la Graverie, de la Ruaudière, et à son fils puîné Guillaume chanoine du Chapitre de la Cathédrale de Bayeux, le fief de Livry.
Par ailleurs à la fin duXVle siécle les Lehoux possédaient  la Ruodière, en 1627 Jean le Houx, seigneur de Bellecroix la céda à noble Homme Philippe de Sarcilly où à l'un de ses fils pour servir de dot à sa femme. La seigneurie de la Graverie serait cependant demeurée aux Laurence puisqu'en 1626 à Vire Louis Laurence Comte d' Estoux, seigneur de la Graverie et de la Ruaudière épousait Delle Aude Boulon d'Ensigny, fille de Nicolas Boulon d 'Ensigny, et de Marguerite de Rochechouart.
Un fils, Nicolas, parait être issu de ce mariage qui aurait épousé une de Dréville et en aurait eu plusieurs enfants - François Laurence d'Estoux de la Graverie, l'ainé signait le 7 août 1680 au contrat de mariage à Vire d'André Lemaréchal médecin et d'Eléonore Néel. Ce même François aurait épousé le 6 mai 1668 Gabrielle de Francheville fille de Jean François comte de Francheville et d'Armande Duboeuf, qui  lui apportait en dot la terre de Melvossin.
Fin 1721 Philippe Honoré Louis François Laurence, comte d'Estoux et de la Graverie épousa Marie de Bérenges et il en eut quatre enfants.
 - Louis François René, mort jeune.
 - Philippe Louis Jean Marie qui devait épouser Marie Armande de Grimouville (ou Grimonville)..
 - Une fille devenue l'épouse d'Antoine Comte de Cheux.
 - Une autre fille Adélaïde Françoise qui épousa Armand Le Neuf de Sourdeval.

En 1738  Philippe Laurence, comte d' Estoux et de la Graverie seigneur de la Ruaudière et de Milvoisin, acheta à Michel Moyaux un domaine de 30 acres de terre, comprenant maisons jardins, prés, terres labourables et moulin.
Vers 1765, Philippe Louis Marie Laurence d' Estoux de la Graverie épousa Gabrielle Marthe Athenise Fouquet, fille naturelle du Maréchal de Belle-Isle, arrière petite fille de Charles Fouquet le célèbre ministre de Louis XIV et filleule de  la duchesse d'Aiguillon.
De cette union cinq enfants : une fille qui épousa le comte de Réville du Pont - une autre fille, le comte de Champs de Saint Léger et trois fils qui vécurent à Vire dans une prudente obscurité pendant la révolution, tout au moins jusqu'à la mort de leur père
L'ainé parait être mort jeune et célibataire,  rien sur le troisième - Quant au second il épousa Mlle de Tullou de Beauregard fille de Baron de Beauregard intendant du Roi.
De ce mariage naquirent plusieurs enfants dont au moins un fils baptisé en 1818 à la Graverie sous le nom de Laurence d'Estoux de la Graverie.
Vers 1835 ce fils Pierre Louis Alexandre épousa Dlle Soyer de Puygtreand de souche normande - mais le nom qu'il lui offre est réduit à celui de Laurence.
Deux fils sont nés de ce mariage :  Emile épousa en 1864 Amélie Besnard et en eut dix enfants -  Louis fit des études ecclésiastiques et fut curé de la Graverie de 1871 à 1890.

En 1790 la paroisse comptait 877 habitants, le bourg comportait un certain nombre de petits artisans et marchands : charpentiers, maréchaux, toiliers, filassiers, maçons et cordonniers. L'activité essentielle étant la culture avec quelques bonnes terres, davantage de médiocres et 1/12ème d'incultes. La moitié des chefs de famille ne payaient pas d'impôts.
La commune fut considérée comme civique par le district de Vire, les curés Pierre Delpon et Jean Legorgeu ayant prêté le serment civique. Un suspect, Gilles Le Cordier fut incarcéré le 22 octobre 1793. Les chouans firent plusieurs incursions recherchant les prêtres jureurs, dont celle du 18 janvier 1796 ou ils maltraitèrent le maire Fay dit la Planche, brûlèrent les documents publics et tuèrent Jacques Gondouin et Jean Baptiste Lemonnier.
Le propriétaire le plus important était un avocat de Vire Bazin-Blanquaire qui possédait 226 vergées 4 perches de terres.
Les biens de la cure de La Graverie qui possédait 4 vergées 18 perches furent vendus, une partie au curé, l'autre au maire.
Les terres de Aymard Charles de Nicolai seigneur de Bény-Bocage et président à la chambre des comptes, guillotiné, furent rendues à sa veuve.
1 perche = 51,072 m2 - 1 vergée = 20 ares 428 - 1 acre = 81 ares 712
Eglise

Arcisse de Caumont a décrit en 1857 l'église de La Graverie de la façon suivante :
L'église de La Graverie est en forme de croix. La façade occidentale est divisée par un contrefort plat, au milieu de deux petites fenêtres à plein cintre.
Une partie du mur occidental de la nef est construite, comme le gable de l'Ouest, en moellon ; l'autre moitié en pierres disposées en arêtes de poisson. Les fenêtres primitives sont bouchées, elles avaient un peu plus d'un pied de largeur et semblent avoir été fort courtes. Les claveaux en sont minces et à larges joints.
Du côté du Sud, il reste dans les murs latéraux de la nef une petite fenêtre romane semblable à celles du Nord, et des arêtes de poisson. Le reste a été refait.
Dans le chevet sont deux lancettes du XIIIè siècle, séparées par un contrefort. Le clocher très simple est en forme de batière. L'étage du beffroi, éclairé de lancettes doubles étroites, porte la date 1649. Au-dessous sont des fenêtres à trèfle découpé dans un plein cintre. A l'intérieur de la nef existe une charpente cintrée.
A l'Ouest, et au bas de la nef du côté Nord, on retrouve sous le badigeon les restes d'une décoration peinte. Cette décoration ne se voit pas sur les murs correspondants aux parties construites en arêtes de poisson. Le transept nord, placé sous la tour, s'ouvre sur la nef par une arche à double retrait et à chanfrein droit ; il porte sur des colonnettes à chapiteaux tournés. La voûte aussi est à moulures en style du XIIIè siècle. Dans le transept sud une pierre tombale rappelait le souvenir de Jean-Baptiste Raquidel curé décédé le 30 juin 1692.
Les colonnettes de l'autre transept sont du même style mais portent une arche moderne.
L'église de la Graverie est sous l'invocation de Notre-Dame. L'abbé de Fontenay était présentateur à la cure. Des traits de la dîme appartenaient à la capellanie de l'Angevine de Vire et à l'Hôtel-Dieu de cette ville.
Le 12 décembre 1612, Jean de Bellieve, abbé de la Luzerne et ses religieux accordèrent à Julien Simon, curé de la Graverie une petite portion de la vraie croix qu'ils possédaient dans leur abbaye. Dans le procès-verbal il est dit que l'église de La Graverie avait possédé un fragment de la vraie croix mais qu'il avait disparu au cours des guerres. Cette relique attirait de nombreux fidèles et d'importantes processions avaient lieu. La relique donnée par l'abbaye de La Luzerne appartenait à l'origine à Catherine de Médicis. Jacques Chauvé, curé, qualifié d'un des hommes les plus remarquables de son temps et décédé en 1590 à Paris en avait obtenu une petite partie. Celle-ci fut remise à l'abbaye par son frère Nicolas Chauvé.
Les tapisseries de La Graverie
En 1759, le seigneur de Coulonces qui habitait le manoir de Bordeaux, M. de Sarcilly, donnait au curé de La Graverie, Louis Le Normand, quatre tapisseries représentant l'histoire d'un mariage.
Ces tapisseries auraient été fabriquées à Houplines centre de fabrication de 1680 à 1720, proche de Lille. Ces pièces furent posées dans la grande salle du presbytère. L'une d'elles fut fort endommagée le 22 janvier 1796 à la suite d'un incendie imputé semble-t'il aux chouans qui auraient voulu détruire les archives du presbytère bien que poursuivis par une colonne mobile de Vire. La partie détruite fut remplacée par un panneau venant du château de Vassy fabriqué à Houplines, représentant une scène biblique mais dont la bordure et la tonalité générale étaient identiques à celles données par de Sarcilly. Leurs dimensions étaient de 3 mètres sur 4, sauf celle de Vassy dont la largeur était de 2,66 mètres. Ces tapisseries devaient être classées monuments historiques le 28 août 1908.
En 1930, la ville de Vire réclamait ces panneaux pour décorer son hôtel de ville. Elles se trouvent actuellement reléguées au musée de cette ville

Quelques images du bourg des années 1910

Rue principale

le bourg un jour de foire à Etouvy

Autre rue de La Graverie

la gare de La Graverie, sur la ligne Vire-Caen qui empruntait le célèbre viaduc de la Souleuvre construit sur les plans d'un ingénieur de la compagnie de l'Ouest pour ne pas traverser les terres d'un conseiller général, elle connut un trafic important de voyageurs, bestiaux, pommes, engrais. En 1893, il existait 4 trains de voyageurs par jour, le plus rapide mettait 2h20, le plus lent 2h55. Ligne stratégique en 1944, elle était fréquemment bombardée sans que le viaduc ne fut détruit.
La destruction volontaire du viaduc sauf les piles en granit devait amener sa fermeture.

le pont sur la Vire qui sépare La Graverie d'Etouvy, à proximité se trouvait une cidrerie distillerie qui a cessé toute activité.

Moulin sur la Vire

manoir de la Hoguette
Les images ci-dessus sont de reproductions de cartes postales éditées entre 1905 et 1910
Autres Photos



Dans son livre "Normandie du XIV au XVIIème siècle" Louis Porquet donne le récit suivant concernant le village de la Léverie :
- c'était dans les temps anciens, une famine horrible régnait dans le pays...
Une peste épouvantable se joignit à la famine (vers l'an 1300 * 1625 plus vraisemblable *). Chacun fuyait les maison où un malheureux succombait à ce fléau, on se réfugiait partout et les cadavres des morts tombaient en putréfaction sur les grabats où ils avaient exhalé le dernier soupir. Le drapeau noir était arboré sur les églises des villages les plus contaminés. Il flottait à La Graverie, village atteint des premiers.
Or les prêtres de ce lieu étaient morts emportés par ce terrible fléau, et nul n'avait encore pris possession de la cure au nom de l'abbé de Fontenay. Alors mourut dame de Caen, châtelaine au village de la Léverie qui dépendait en ces temps de la paroisse de La Graverie.
Les parents demandèrent que le corps de la défunte fut inhumé à La Graverie mais nul n'était là pour accéder à leur demande. Les prêtres de Coulonces s'offrirent en lieu et place de leurs collègues non installés et leurs services furent acceptés.
Toutefois une difficulté fût soulevée par eux, ils refusèrent formellement en effet de porter le corps au cimetière de la Graverie à cause de la contagion dont ils pouvaient être victimes, soit au cimetière de Coulonces, à cause du fléau auquel avait succombé la défunte.
Ils chantèrent simplement dans la chapelle du château les offices accoutumés, puis procédèrent à l'inhumation à l'extrémité du parc de la Léverie et une croix de bois remplacée plus tard par une croix de pierre qui fut plantée à l'endroit de la sépulture. Elle existe encore et porte le nom de la victime de la peste la croix de Caen.
Et cette inhumation faite par des prêtres étrangers à la paroisse eut un singulier résultat : celui de faire attribuer à la paroisse de Coulonces le village de la Léverie qui jusqu'alors avait dépendu de La Graverie....

Tous nos remerciements à J. Thouroude de Genève qui nous a permis la création de cette page en nous confiant ses documents.

Un site sur une commune voisine : Coulonces


E-mail : michel@roynel.com


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