Courval ou
Corval est un hameau de la commune de Vassy, dans le canton de Vire,
dont le nom signifie "la vallée courbe" (XIIème
siècle). Cette ancienne commanderie du Temple, rebaptisée
par les Hospitaliers, s'appelle aujourd'hui l'Hôpital.
L'hôpital de Courval (membre de Courval), situé dans la
paroisse de Vassy, à 15 kilomètres de Vire, formait un
membre de la commanderie de Baugy.
Le manoir du temple de Courval parait avoir été
fondé en même temps que les autres préceptorats par
Philippe de Vassy, Guillaume de Vicques
et quelques autres ; mais les chartes de leurs donations sont
disparues. Leur participation à cette fondation se trouve dans
un accord fait au mois de juin 1226, en présence de Guillaume
Acarin, doyen du St-Sépulchre de Caen, entre
l'abbé et les religieux d'Aunay, d'une part ; et Guillaume
d'Aquila, précepteur des maisons du Temple, en
Normandie, ainsi que ses frères de la milice du Temple de
Courval, d'autre part ; au sujet d'une contestation pour la dîme
de Vassy et de celle du fief d'Aligny, donnée
à ces derniers par Philippe de Vassy.
Le logis seigneurial, ou résidait le commandeur, était
une vaste demeure à un étage, d'une grande
simplicité, mais dont les fenêtres étaient
élégamment sculptées. Il fut reconstruit au
XVéme siècle, après que la maison du Temple
primitive eut été incendiée et détruite en
1346, lors de la guerre de Cent Ans.
Sa chapelle de construction romane, à plein cintre et à
contre-forts droits, offre seule quelque intérêt, sa
façade de pierre sombre, percée de quatre hautes
fenêtres et d'une petite porte en plein cintre, est
étayée par cinq puissants contreforts ; le clocher a
malheureusement disparu. Elle était couverte en essentes de
bois. L'intérieur du monument conserve une belle arcade, et
quelques fragments de sculptures et de fresques fort peu entretenus par la
région Basse-Normandie.
Les domaines de ce membre se composaient de sept à huit petits
fiefs, situés à Vassy et aux environs, diverses
redevances dans les paroisses du Tourneur et de St-Pierre-Tarentaine,
ainsi que de plusieurs tennemens dont l'un nommé La
Templerie, situé dans la paroisse du Chêne-Dollé,
(actuellement commune de Chênedollé) indique suffisamment
son origine. La position d'un autre situé dans la paroisse de la
Villette, près de la Hogue du
Mont-Pelé, pourrait faire soupçonner
qu'il s'y trouverait peut être un tumulus du même genre que
celui de la hogue de Fontenay le Marmion.
Le prieur de Courval jouissait en outre d'un tiers de la dîme de
Vassy ainsi que des cens et rentes de l'hôpital. Tous les revenus
de ce membre n'étaient cependant affermés que 750 livres
par an.
La fin de l'Ordre du Temple
Le 13 octobre 1307, sur ordre du roi Philippe Le Bel, les Templiers du
duché furent tous arrêtés. A Courval, les officiers
royaux commandés par Thomas Alapenne envahirent la
commanderie et se saisirent du Commandeur Etienne de
Châteauneuf et de ses deux chevaliers Guillaume
Tane et Richard Bellenguel. Gautier
de Boisgilont, vicomte de Caen, procéda lui-même
à l'arrestation de Mathieu Renaud, commandeur
de Bretteville. Les moines soldats de Courval furent
conduits sous bonne escorte au Châtelet de Caen, ou ils furent
emprisonnés, interrogés, ils avouèrent sans
tortures avoir renié leurs voeux. D'autres furent retenus
captifs à Rouen et à Gisors, et leur garde fut
confiée aux baillis que le roi avait nommés dans ces deux
cités. Par la suite, le pape Clément V institua à
Rouen une commission, dirigée par l'archevêque, qui fut
chargée d'interroger les Templiers du duché.
Quant au précepteur de Normandie, Geoffroy de Charnay,
il fut incarcéré à Chinon, en même temps que
le grand maîtreJacques de Molay. Condamné
à la prison à perpétuité, il se
défendit opiniâtrement et déclara que son seul
crime avait été de faire de faux aveux, par crainte des
tortures.
Pour cette raison, il fut condamné à mort et devait
périr sur le bûcher à Paris, en même temps
que Jacques de Molay, le 18 mars 1314. Dernier
compagnon du grand maître, il sut mourir après avoir, une
dernière fois, proclamé son innocence. Quand aux
Templiers de Courval, condamnés ils ne furent pas
exécutés. Les archives ne fournissent que de vagues renseignements sur
l'état, les habitudes et le rang que les Templiers tenaient dans
la région. Sans le procès dont on connaît les
détails, il ne resterait aucune trace marquante de leur
existence, soit en bien, soit en mal.
LES HOSPITALIERS
Divers actes passés devant les baillis de Caen, en 1375 et 1376,
signalent que les Hospitaliers, en héritant de
la Commanderie de Courval qui avait appartenu aux Templiers,
héritèrent également du procès que ces
derniers avaient à soutenir contre l'abbé et les
religieux d'Aunay pour la dîme de Vassy (1). On y voit que le
premier commandeur de l'Hôpital de Courval après les
Templiers, fut Simon du Fay, dont le sceau portait
pour devise " Faites bien et laissez dire".
Dans une série d'articles parus en 1937 dans le Journal de
Condé, sous le titre Notre Vieux Bocage, l'auteur (A.
D.) signale qu'il existait un cimetière à Courval
à l'emplacement du jardin légumier de la ferme où
les Templiers puis les Hospitaliers auraient été
enterrés. (Fonds ancien de la Médiathèque de
Condé sur Noireau). Il ne signale pas la particularité
des Templiers qui enterraient leurs chevaliers, bras et jambes
croisés, pour laquelle il n'existe aucune explication.
Les Hospitaliers étaient puissants et riches, en 1775, ils
possédaient un domaine de 75 hectares et 108 hectares
loués sur les paroisses de Vassy, Le Theil, Estry
etc.. Le chapelain qui desservait la chapelle avait un curieux
privilège : celui de faire l'eau bénite et le pain
bénit tous les dimanches. L'évêque ayant voulu
mettre fin à cette pratique, le commandeur des Hospitaliers, Michel
de Gastines, lui fit signifier que les privilèges de
son ordre étaient hors de sa portée. Les commandeurs ne
résidaient pas sur place, le logement étant
réservé au fermier, mais des pièces leur
étaient réservées en cas de visite, le dernier
fût le frère Antoine Boscheron qui
résidait habituellement à Paris.
Mis sous séquestre en 1789, Courval fut vendu au profit de la
nation pour la somme de 162.000 livres, la chapelle devait devenir un
bâtiment d'exploitation agricole, servant de grenier à
foin....
Construction de la Commanderie
Les Templiers, qui étaient avant tout des guerriers,
n'étaient pas eux-mêmes des constructeurs : ils ignoraient
tout de la géométrie médiévale. Leurs
commanderies, leurs églises et leurs chapelles furent donc
bâties par les maîtres maçons qui étaient au
service de l'ordre.
Pendant l'époque romane, l'architecture connut un immense essor
; autour des grandes abbayes et des commanderies normandes se
groupèrent des ateliers de maçons et de tailleurs de
pierre, dont la formation fut assurée par les Bénédictins,
puis par les Cisterciens.
Ces maîtres maçons étaient regroupés en
confréries laïques qui se répandirent en Normandie
et en Grande-Bretagne vers la fin du XIIème siècle.
Il y avait alors une confrérie de bâtisseurs dans chaque
diocèse de Normandie. Chacune d'elles avait pour patronne la
sainte Vierge, que vénéraient aussi les Templiers.
Tous ces maîtres maçons étaient
protégés par les chevaliers. La confrérie du Saint-Devoir,
fondée vers 1174, fournissait à l'Ordre du Temple les
tailleurs de pierre et les maçons dont il avait besoin.
A Caen et à Rouen, les moines soldats favorisèrent la
création de "Guildes" (Communautés de métier).
Celles-ci se développèrent en même temps que les
Templiers s'établissaient dans ces deux cités
(première moitié du XIIème siècle). Ces
communautés de métiers subsistèrent sans
changement après l'abolition de l'Ordre du Temple : les
Hospitaliers, en effet, continuèrent à protéger
les confréries de bâtisseurs.
(1) L'an de grâce mil CCCLXXVI le dimanche jour de Quasimodo
devant moi Guillaume d'Agoubert,
sénéchal du sieur Jehan d'Escajeul,
commandeur et garde de l'ospital de Courval, se représenta
monsieur Jehan Dulaurent comme procureur et establi
de religieux hommes Monsieur l'abbey et couvent de Notre Dame d'Aunay
qui dist que ja piecha il avoit monstré une charte audit
commandeur fesant mention de certaine diesme assis en la paroisse de Vacie
en fieu de la Costardiére, laquelle diesme
leur avoit estey coupée et empeschie par frère Simon
du Fay pour lors commandeur et garde dudit hospital sur lequel
eulx avoient fait gaingne de la dicte diesme, jouxte cey que lour dicte
charte se contient et pour cey que le dit Jehan ou ses gens avoient
prins sesine à cest aoust derrain passé de la dicte
diesme prétendant que eulz n'avoient pas eu congnoissance de la
dite gaingne, en rendre la possession et sesine ès-diz religious
tant du foin que des gerbes qui en avoient estey levées et
à la fin que dorénavant eussent plus à plain
congnoissance de ladicte gaingne, ladite charte fut leue
présentement à l'oye de la paroisse de Vacie, en la
présence de Monsieur Bertrand Maheas,
chevalier, seigneur et baron de Vacie; Guillaume Maheas,
personne de la moyenne portion de Vacie ; Raoul de Courval,
seigneur de Vacie ; Jehan et Robert de
Courval, Germain Le Breton,Guillaume
Angot, Louis Angot, Colin Angot,
Mr Nichole de la Rivière, prêtre; Pierre
Vautier, Robert de la Boue, Philippe
Desoc et plusieurs autres dignes de foy et ce fet. Je
sénéchal dessus dit rendu possession et sesine de ladicte
diesme es diz religious pour et nom de l'octroy dudit frère
Jehan. Pourquoi le dit procureur et establi des diz religious m'en
requist mémoire que je lui donne pour leur valoir en temps et
lieux ce que reson sera. Donné comme dessus.
Extraits d'un mémoire de la Société des
Antiquaires de Normandie - 2éme Série 4éme volume
- 1846 - Journal de Condé sur Noireau 1920/1937
Chapelle des templiers - Google Earth - Cette
propriété a été vendue récemment
à un propriétaire privé par la région
Basse-Normandie