LE THEIL BOCAGE

Blason des de La Roque seigneurs
patrons du Theil

180 feux en
1789 (700 habitants) - Représentants : Lemoine de la
Durandiére conseiller du Roi à Vire - Louis
Guillaume Hellouin, Notaire.
Plan d'assemblage
cadastre Napoléon 1825
Notables et Commerçants 1870 1895 1914
D'une superficie
de 885 ha, Le Theil du latin Tillia, à cause du grand
nombre de tilleuls se trouvant sur son territoire, est limitrophe de
Vassy au midi, de Pierres à l'ouest, d'Estry au nord. L'ancien
chemin Henry (route de Vassy à Aunay) le sépare à
l'est de La Rocque. Ses frontières avec La Rocque ont
été fixées par ordonnance du 27 Février
1828. La commune était nommée Saint Martin du Theil avant
1789. Photo aérienne partie Est de la
commune
Ruisseaux (Etat de 1855) :
1 - L'Allière y prend sa source, fait tourner 1 moulin
à blé, se forme d'une autre branche venant d'Estry, y
fait aussi aller 1 moulin à blé ; passe sur Presles
où elle fait marcher 1 moulin à blé ; sur Burcy
où elle fait tourner 1 filature de laine quand il y a de l'eau,
sur Vaudry et se jette dans la Vire à Neuville après un
cours de 18,609 m.
2 - Sur leurs confins du Theil et Vassy naît le ruisseau deVaumousse
qui passe sur Pierres et se jette dans l'Allière au point de
jonction avec Pierres qu'il divise du Theil, après avoir fait
tourner 2 moulins à blé. Cours 6.000 m.
3 - Le Theil voit naître le ruisseau de la source Brunetqui
se jette dans celui de Vaumousse. Cours 2.400 m.
4 - Le ruisseau de Courtout qui se jette dans l'Allière
après un cours de 2.580 m, faisait tourner un moulin à la
Clémentière.
La commune possèdait plus de 14.000 métres de chemins
actuellement en majorité inutilisables faute d'entretien. Il
n'existe pas de chemins de randonnées sur la commune.
A cette époque un garde-champêtre était
chargé de surveiller les ruisseaux et chemins communaux qui
devaient être convenablement entretenus. Ce poste fut
supprimé en 1914 à la satisfaction des conseillers
municipaux, des paysans, en général plus ou moins
apparentés la mairie eut quelques notes de l'administration qui
vérifiait les chemins ruraux à cette époque,
ceux-ci n'étant jamais correctement entretenus. La situation s'est agravée, et la plupart des
chemins sont inutilisables ou annexés par les riverains qui
disposent d'appuis au conseil. PHOTOS
Pendant la guerre de Cent Ans et l'occupation Anglaise sa population
devait descendre à 24 feux en 1428 pour remonter à 170
feux au 17éme siècle.
Du point de vue administratif, le Theil dépendait, avant la
révolution, de la sergenterie du Tourneur et du notariat de
Vassy, du bailliage de Vire, de la généralité et
intendance de Caen. Elle fait partie du canton de Vassy, et de la
communauté de communes.
Les Seigneurs patrons
En 1207 Robert de Gouvix dont un ancêtre avait
participé en 1066 à la conquête d'Angleterre.
En 1415 Guillaume de Saint Manvieu mort prisonnier en
Angleterre.
De 1493 à 1598 Famille de Clinchamps
De 1598 à 1748 Famille de La Roque (sans rapport
avec la commune du même nom)
De 1748 à 1765 Famille de Millières à la suite
d'un mariage
Le dernier seigneur de Le Theil était Jean Jacques Bourdon
de l'Isle qui avait épousé la fille de Louis
Nicolas de Millières , Franc-Maçon de la Loge de
Bayeux qui n'a jamais résidé dans la commune,
résidant à Fontaine Etoupefour 14.
Dans l'état de la noblesse de 1640 il est noté pour la
paroisse :
- Bertrand de la Bigne , écuyer, homme âgé
sans biens.
- Henri du Guey , écuyer, sieur de Hubert, homme
d'épée sans fortune.
- La Roque-Mesnillet , 3 fréres jeunes en état de
prendre les armes, riches, fils du gouverneur de Honfleur.
- Nicolas de la Bigne , écuyer, propriétaire de
la Bigne, mort en 1637, (une pierre tombale fixée dans
l'église le rappelle) marié à Françoise
de Mésenge. Décédé sans enfants, ses
soeurs héritaient du fief de la Bigne, Marie épouse de Julien
Vaumousse et Suzanne épouse de Blaise Hellouin
vendaient La Bigne le 18 juin 1640 à Jacques de Marguerie,
baron de Vassy.
- Georges de la Roque du Theil , 3000 livres de rente, 1 fils.
- le sieur de Tourlaville , célibataire.
- Georges de la Basonnière , 1 fils.
- Jean de la Roque , sieur du Mesnillet, de noblesse ancienne
(1598).
- Louis Georges de la Roque , écuyer, seigneur et
patron de la paroisse .
L'église
L'église du Theil est placée sous le vocable de
Saint-Martin et de Saint-Eloi. Elle présente quelques parties
anciennes : les moulures de la porte occidentale qui pourraient
être du XVéme siècle, les restes d'une porte
cintrée à moulures toriques, au sud, dans le mur
latéral de la nef, l'arc eu plein cintre de la chapelle
au-dessous du clocher.
Les autres parties de
l'édifice et le clocher, qui est au haut de la nef et
terminé en batière, sont modernes.
La tradition veut que l'église de la paroisse ait
été, pendant plusieurs siècles, au lieu-dit le Vieux-Theil,
non loin de la source victime d'une pollution agricole devenue
station de pompage abandonnée, qui a donné son nom au
village de Belle-fontaine, avec cette légende : cette
église tombait en ruines. Ses murs lézardés
croulaient de tous côtés et il fallait songer à la
réparer. On se mit à l'oeuvre, mais inutilement. Ce que
l'on faisait durant le jour était renversé la nuit par
une force mystérieuse et le lendemain les matériaux
épars gisaient sur le sol. Enfin on se lassa et on construisit
un nouvel édifice au centre de l'actuel bourg du Theil.
Les dîmes étaient perçues par le prieuré de Sainte
Barbeen Auge, puis par les Jésuites de Caen à
la suite de la donation de Robert de Gouvix en 1207. Les
curés étaient nommés par les religieux, le
seigneur patron et les de la Bigne ce qui occasionna de
nombreux procès de la part de ces derniers.
Jusqu'en 1905, année de la séparation de l'église
et de l'état (loi Combes) ce qui devait occasionner de violents
incidents, il existait un conseil de fabrique qui gérait
l'entretien de l'édifice et dont les comptes étaient
acceptés sans aucun problème par le conseil municipal.
Les Curés
En 1635 Charles du Guey, puis Gabriel Le Gueu mort en
1708, Guillaume Debieu mort en 1708, Nicolas de la Roquemort
en 1726, puisNicolas Philippe qualifié ami de la chicane,
se montrant exigeant avec ses paroissiens ce qui occasionna deux
procès, dans le premier relatif aux dîmes de sarrazin le
curé fut condamné, dans le second suite à
l'incendie et le pillage du presbytère, ce furent les
paroissiens qui furent condamnés à rembourser leur
curé, en 1740 le curé fut relégué dans un
monastère, mort en 1742, puis François David et Gilles
Heutte né à Proussy connu pour son
activité pendant la Révolution remplacé en 1792
par Dumont. Un de leur prédécesseurs futNicolas
Chauvé ou Chanu doyen de Vire en 1605 et un des
hommes les plus remarquables de la région. Le 16 mars 1794
l'inventaire de l'église par la municipalité signalait 3
marcs 3 onces d'objets en argent, 45 livres (22,5 kg) de cuivre et
alliage consistant en croix, encensoirs et chandeliers. Il existait 10
chapes en laine, 12 chasubles et la bannière en soie. La cloche
déposée au district de Vire pesait 600 livres (300 kg).
Deux curés nés au Theil furent bien connus :
Villeroy qui fondait une
communauté vouée au secours des pauvres.
Georges Aimé Lebarbey né le 8 mai 1887,
ordonné le 8 mars 1913, parti pour le Japon le 14 mai 1914, il
devait revenir en France pendant la guerre de 1914/18 comme infirmier,
il repartait au Japon pour mourir lors du terrible tremblement de terre
de Yokohama.
Pour mémoire : 1 once = 30gr59 - 1 marc= 8 onces
- 1 gros = 1/8 once
Dans le cimetière se trouve un calvaire bâti par la
famille deMillières anoblie à la suite d'un
mariage, et les pierres tombales des
Hellouin
de la Bigne et Huillard d'Aigneaux dont l'un des derniers
descendants Louis Médéric décédait
le 8 avril 1899 dans son château du Theil, et qui, suivant la
presse de l'époque, fut fort regretté par les habitants.
Le
bâtiment de l'école et mairie construit en 1880 (archives
de la Mairie)
Il existe
un calvaire, propriété privée, l'un des plus haut
de la région en granit bleu et rose construit en 1880 par Jill
Legrix à la suite d'une épidémie de typhus
bovin (fièvre aphteuse).
Le Château
Le
manoir seigneurial, originairement la Motte Gouvix, avait
été réédifié au XIIIéme
siècle, après démembrement du fief de Gouvix, plus
au nord, dans le vallon, sur l'emplacement du château actuel. Il
comportait de nombreuses pièces mais pas de chapelle et dans les
annexes, des écuries et une remise pour carrosse. Il
était entouré de douves pleines d'eau qui existaient
encore en 1619, mais dont ne subsiste que l'étang. Des
bâtiments d'exploitation s'élevaient à quelques
centaines de mêtres pour faire valoir les terres qui à
cette date comprenaient 130 acres dont les fermes de la
Clémentière et la Durandière ainsi qu'une partie
du bois Dufy. Ce manoir rénové pour un mariage vers 1760
conservé jusqu'en 1900, propriété de la famille Huillard
d'Aigneaux, puis de la famille d'origine bretonne Bouetiez de
Kerorguen, vendu à des quincailliers de Tinchebray vers
1930, devait subir fort peu de dommages dus à la guerre en 1944,
servir temporairement de dépôt de matériel
militaire et d'école, pour finir en ruines victime des nombreux
pillages locaux, faute d'entretien des propriétaires.
Racheté récemment, par un notable de Vire, il a
été reconstruit à l'identique et revendu à
des britanniques.
La Révolution
Fidèle aux directives de son évêque, Mgr de
Cheylus, Gilles Heutte refusa de prêter le serment
institutionnel, et dut abandonner sa cure en juillet 1791, mais il
resta dans le pays avec les chouans au péril de sa vie,
caché chez des amis et il ne cessa d'administrer les sacrements.
Un curé jureur fut élu pour le remplacer, par les
électeurs du district de Vire, pour exercer son ministère
dans les paroisses du Theil et de la Roque, avec résidence au
Theil. Ce fut Mr O. Dumont demi-frère du
député local, son entrée en fonction donna lieu
à quelques troubles et cris séditieux, mais il
procéda néanmoins aux baptêmes, mariages et
inhumations du 19 juillet 1791 au 27 Décembre 1792. Il ne semble
pas qu'il ait eu de vicaire, mais à l'occasion il faisait appel
à ses confrères jureurs du voisinage. Les églises
allaient être fermées au culte catholique et M. Dumont
crut devoir, pour prouver son civisme remettre ses lettres de
prêtrise au district de Vire - mais en 1795, il vint les
réclamer, avec 24 de ses confrères et notamment Me Dubosq
curé de Chênedollé.
Un des plus chaud partisan de l'ordre nouveau fut Louis Lemoine
né au village de la Durandière, il était
conseiller au bailliage de Vire. Ses deux fils étaient religieux
en 1789 comme leur oncle curé de Presles, le premier Joachim
Thadée, connu sous le nom de Lemoine du Gassel du
nom d'un pré à Truttemer le Grand était vicaire
général de Périgueux, licencié et docteur
en Sorbonne. A la révolution il fonda la société
des amis de la constitution à Vire, où il en profitait
pour acheter les biens du clergé de Maisoncelles la Jourdan,
élu administrateur du Calvados, président de
l'administration départementale, membre de la convention
à partir du 11 septembre 1792 et des Cinq-Cents jusqu'en 1798 et
membre du Corps Législatif jusqu'en 1806. Sous-Inspecteur de la
loterie à Meaux en 1809, inspecteur à Amiens en 1814,
disparu ensuite sans laisser de traces.
Son frère Pierre Louis Lemoine qui était chanoine de la
congrégation de France, prêtait le serment de la
constitution civile du clergé, élu par le district de
Vire curé de Truttemer où il eut de sérieux
ennuis, il devait mourir à Vire après son mariage, agent
de change..
Jean Jacques Calbris né en 1755 au Theil, ayant d'abord
fait des études de médecine, puis devenu vicaire à
Radon près d'Alençon et ayant
refusé le serment constitutionnel se réfugiait au Theil
dans sa famille. Dénoncé par des membres de celle-ci, il
était arrêté et emprisonné à Vassy,
libéré il se réfugiait dans les bois entourant
Radon pendant quelques mois. Arrêté de nouveau, il fut
conduit à Alençon, jugé et guillotiné le 2
mai 1794 comme prêtre réfractaire.
La Terreur étaient passée mais ni la paix, ni la
sécurité n'étaient pour autant revenues au Theil.
Des bandes de Chouans, dont une compagnie stationnait dans la commune,
sillonnaient le pays, mettant à mal les personnes et les biens
de tous ceux qu'ils soupçonnaient de partager les idées
républicaines. Les nombreuses victimes de ces combats furent
enterrés dans une ancienne carrière de schiste se
trouvant à proximité du bourg (bien que toutes les
archives municipales aient disparu, il semble qu'il s'agissait
de la
carrière Duval), le cimetière étant trop
petit. En février 1795 ils attaquèrent, dans leur maison
de la Bigne, les frères Hellouin d'une famille de
riches paysans et notaires, qui avaient acheté en 1790 les
terres appartenant à l'église pour 14.200 livres, dont
l'un, Louis Guillaume le notaire, était maire du Theil qui
démissionna. Les deux frères qui avaient pris le nom de Hellouin
de la Bigne se défendirent et l'un de leurs assaillants fut
tué. Louis Guillaume ou Gabriel est décédé
le 23 septembre 1831 après quelques démêlés
avec Louis Huillard d'Aigneaux en 1825 au sujet du chemin de la Bigne, sa pierre tombale
existe encore à côté de celle de son épouse
enterrée avec son gendre, docteur en droit, juge à Vire..
L'année suivante, en avril 1796, le comte de Frotté
vint au Theil avec une troupe et y rencontra une colonne
républicaine, l'attaqua, lui tua plusieurs hommes et la mit en
déroute puis il détruisit les registres de l'état
civil de la commune, régulièrement tenus depuis l'an 1. -
manuscrit Madelaine
La verve gouailleuse de nos ancêtres avait donné un surnom
aux habitants du Theil. On disait en parlant d'eux : les rémouleurs
du Theil. Gagne-petit, le rémouleur était l'artisan qui
aiguisait les outils et les ustensiles tranchants ou pointus. On
trouvait au Theil de ces modestes artisans, allant de village en
village pour exercer cette industrie dans laquelle ils étaient
passés maîtres, puis revenant à l'époque des
labours cultiver leur terre.
Les habitants ne sont pas toujours aimables, en 1860,
l'abbé Ferdinand François Heuzé né
à Vire le 6 mars 1827, vicaire à Montchauvet
depuis 1852 fut nommé curé du Theil, ce qui déplut
fortement à certains habitants qui auraient
préféré leur vicaire. L'abbé Heuzé
fut accueilli à coups de pierres, ses offices boycottés
pendant quelques mois et affublé d'un sobriquet "bat les
viettes". La situation devait cependant s'améliorer assez
rapidement, à son décès le 30 mai 1914 il
était unanimement regretté. Il fut remplacé par
l'abbé Raguenet alors pro-curé du Theil.
Le Bourg en 2001
Le vieux Theil en 1825, cadastre
"Napoléon", à remarquer le grand nombre de
bâtiments dont la plupart sont disparus ainsi que le plus grande
partie du chemin Duval qui conduisait à la carrière qui
servit de cimetière pendant la révolution. [cliquer pour
agrandir l'image]
était
un don d'une institutrice et de sa soeur célibataires qui y
habitaient, Marie Geneviève née à Montbertrand
14 en 1845, décédée le 5 juin 1901 à Le
Theil, sa soeur Victoire Geneviève, l'institutrice au
Theil, née en 1841 à Montbertrand,
décédée le 13 novembre 1913. Les maires de
l'époque, Hardy et Sicot puis leurs successeurs
durent considérer que ce don était chose normale puisque
rien ne rapelle cette donation. Il faudra attendre 2002 pour que cette
maison porte le nom, non pas des deux soeurs, mais celui d'un artiste
local.
Victimes 1914/1918 :Légendes
La
légende attachée au Buisson au Prieur (Village
de la Prieurté). A cet
endroit l'on voyait la nuit se
promener pendant de longues heures le corps d'un homme sans tête,
revêtu d'un surplis et tenant à la main une chandelle
allumée et dont la flamme résistait aux vents et à
la tempête. Ce spectre bizarre ne disait rien aux passants. Un
soir, l'un de ceux-ci plus hardi que les autres, se munit d'eau
bénite et en aspergea, en se signant, le fantôme qui
immédiatement s'arrêta et se mit à parler : Que me
demandes-tu ? Ce que je fais ici ne te regarde pas - Je ne demande rien
à personne passe ton chemin et l'être mystérieux
reprit sa marche.
Le curé de Saint Rémy de Lacy eut connaissance du fait et
un soir il aborda le spectre qui aussitôt s'arrêta. La
conversation s'engagea, elle dura longtemps. Plusieurs personnes
avaient accompagné le Curé : elles restèrent
à l'écart, trop loin sans doute pour entendre les propos
échangés car personne ne les a jamais connus. Le
Curé garda son secret. Ce qui est certain, c'est que le
fantôme ne revint pas.
- Au bois Dufy un spectre errait
sans cesse la nuit en compagnie de chiens sur la
lisière du bois. Lorsqu'un passant se trouvait à
proximité il lui faisait signe avec insistance de le rejoindre,
l'attirait dans les fourrés et subitement disparaissait en
fumée avec ses chiens. Un tas de fumier déposé
à
l'orée du bois par un paysan négligeant eut raison de ce
spectre.
Au pont de la Lande une laitiche
se présentait au
passant sous la forme d'une grande chevrette blanche. Elle s'acharnait
sur une habitation, faisant hurler le chien de garde toutes les nuits.
Pour s'en débarrasser, on résolut de l'attaquer avec des
instruments tranchants. Blessée la robe blanche disparu laissant
place à jeune fille nue qui fut immédiatement
achevée et enterrée dans une fosse à pommiers.
Aucun des pommiers plantés à cet endroit depuis n'a
poussé normalement.
En la paroisse du Theil, près des monts Guainiers (pâture
en patois normand).
C'était un soir de printemps, par un clair de lune splendide.
Une bonne femme s'était couchée de très bonne
heure, et elle ne pouvait dormir. Tout à coup, à travers
le vitrage en losange qui garnissait sa fenêtre, elle
aperçut une brebis qui broutait furieusement les feuilles de sa
vigne, les pattes montées sur la croisée.
Elle se lève, s'habille à la hâte, saisit un
bâton et ouvre la porte pour chasser l'insolent animal.
La brebis se sauve allègrement dans le jardin légumier
dont elle avait ouvert elle-même la barrière à
l'avance. Là, prestement, elle saute dans les choux que, d'un
coup de dent, elle enlève les uns après les autres. La
bonne femme furieuse de plus en plus la poursuivait. "Et, qué tu
ne vas pas m'en laisser t... Et, et que je té vas bien tirer
!... " disait-elle tout essoufflée.
Enfin, après bien des tours et détours elle expulse la
vision qu'elle chasse cinquante pas plus loin. Alors, subitement,
celle-ci se couche. "Et tu peux bien rester là!.", sur ce, la
bonne femme rentre chez elle, ferme la porte, se couche. A peine
était-elle au lit, qu'elle aperçut de nouveau l’importun
à même les pampres de sa vigne. "Malheur dé
malheur! Malédiction !" La vieille reprend son bâton, sort
et la course recommence vertigineuse. La bête fuyait dans le
jardin, et la bonne femme courait après elle, en essayant
vainement de l'atteindre.
Ces manoeuvres duraient depuis un certain temps quand, tout d'un coup,
la “berbis” se mit à gambader d'un air narquois, et finalement
à rire de toutes ses forces.
Ce fut un coup de foudre pour la malheureuse bonne femme qui, dans
l'instant, s'arrêta suffoquée, rentra chez elle, non sans
peine, et s'évanouit. La brebis ne revint pas. Mais, le
lendemain, dès le matin, la bonne femme courut chez sa voisine,
pour lui conter son cas.
“la berbis est venue sté nuit!....jé quériais mes
choux perdus, nya que mes grands pas a travel courtil - Mes planches
sont perdues !” chose surprenante, assurément, les choux
étaient indemnes, et la vigne aussi.
Il n'y a plus de vignes ni de
maison et le lieu a été renommé mont-Garnier....
Près de la masure Vaumousse,
une chevrette
revêtait l'aspect d'un grand chien blanc. Un jour de batterie de
sarrazin, un habitant plus ou moins éméché se
faisait fort de tuer la chevrette avec son fléau. La
rencontrant, il la poursuit et rentre chez lui enchanté. A peine
couché il entendit frapper violemment à sa porte, se
relevant il alla ouvrir et vit la chevrette assise sur son
derrière qui le regardait en hurlant, lui disant "je te le passe
pour cette fois, mais n'y revient pas", et elle disparut.
- Le village de la Tellerie
avait un revenant insupportable. Il
n'était autre que M. de la Tellerie lui-même,
homme désagréable de son vivant et plus encore
après sa mort, qui le jour même de son inhumation et
après son enterrement, fut trouvé assis au coin de son
feu et qui depuis ce moment ne cessa de jouer mille tours à ses
héritiers, à leurs domestiques et à leurs voisins,
jusqu'au jour où le Curé du Theil, revêtu de
l'étole, réussit à l'exorciser.
- Aussi antipathique était M. de la Durandière,
toujours grimaçant et ronchonnant, sa principale occupation
étant de faire le tour de ses propriétés les mains
derrière le dos en admirant ses ronciers. A l'automne, profitant
de ses relations, il
n'hésitait pas à passer sur le terrain de ses voisins
pour ramasser les fruits tombés ou non. Fort mal
embouché, il était préférable de ne pas le
rencontrer. Selon la légende il aurait disparu à la suite
d'une chute dans une motte de beurre trop salée.
Plus récemment, le cidre qui était
particulièrement alcoolisé dans la commune, devait donner
lieu à quelques événements cocasses ou dramatiques
comme ces deux habitants du bourg qui se battirent en 1900 à
coups de planches entrainant la mort de l'un d'eux ou le fossoyeur de
la commune dormant au fond de la fosse qu'il avait creusée et
qu'il fallu réveiller à la sortie d'un enterrement pour y
mettre le cercueil, et ce paysan fortement alcoolisé et
préoccupé par un
vêlage difficile qui coupa le cou de sa vache....
Il y a quelques decennies, la chasse à la piterne dans
les bois pendant les soirées d'automne procurait quelques
frissons aux jeunes ouvriers agricoles.
E-mail : Roynel

