l'Eglise

Le clergé était prêt à l'origine à collaborer loyalement avec les pouvoirs publics suivant les règles du nouveau régime, mais certaines dispositions de la constitution civile du clergé et le décret de l'assemblée nationale du 20 novembre 1790, jetèrent le trouble et la division dans les esprits. En particulier l'obligation de prêter serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi, et l'élection des évêques et des curés par le peuple, cette disposition et d'autres paru à l'évêque de Bayeux, incompatible avec les règles de la hiérarchie religieuse, il interdit donc à son clergé de prêter le serment demandé.

Le refus de serment entraînait automatiquement par le curé l'abandon de son presbytère et la suppression de son traitement. Certains pouvaient donc se trouver du jour au lendemain sans ressources et sans logement.

Dans le canton de Vassy, Gilles Leconte de St Charles de Percy, Nicolas Dupont de Montchamp, Jacques Vallée de Rully qui devait être exécuté, les trois curés de Vassy Jacques Angot, David Corbel et Pierre Godard prêtèrent le serment sans conditions pour le rétracter peu de temps après. Omer François Dumont de Presles refusa tout serment.. Guillaume Hervieux de Burcy, Jacques François Lemonnier de Chênedollé, Pierre Fautré d'Estry, Pierre Durand et Philippe Lepetit de Pierres, Jean Mathias Lesauvage de La Rocque, Gilles Heutte de Le Theil prêtèrent un serment qui leur paraissait concilier leurs idées et la loi. Ce serment fut refusé par le procureur syndic de Vire qui le considéra comme nul. Les biens de Gilles Heutte furent confisqués et vendus.

Ces refus ayant entraîné la vacance des cures, le corps électoral du district de Vire qui comprenait 75 membres se réunit sous la présidence de Gustave Le Doulcet de Pontécoulant, futur Conventionnel, Pair de France sous l'Empire puis sous la Restauration et sous la Monarchie de juillet. Les curés de Vassy, Le Theil, Pierres, Estry furent désignés.

Le clergé était ainsi divisé entre les prêtres jureurs et les non-jureurs, ces derniers obligés de quitter le presbytère mais fréquentant leur église, cette situation allait occasionner des troubles sérieux.

Le 21 juillet 1792, la Patrie est déclarée en danger, les pouvoirs publics dénoncent les prêtres comme ennemis de la patrie et de nouvelles mesures vont être prises contre eux.

Le 23 août le commandant de la légion des gardes nationaux du district de Vire déclare que les prêtres réfractaires préparent une insurrection, fait des perquisitions dans les cantons de Vassy et Condé sur Noireau alors appelé Noireau, arrête dix religieux. Ceux-ci sont passibles de dix ans de prison ou même de déportation en Guyane.

Le 22 avril 1793, le procureur-syndic de Vire décide de faire arrêter et mettre en détention les prêtres insermentés suivants : Durand, Brenet, Julienne de Le Theil - Lemaréchal et Tirard fils de Michel à Vassy.
Le 9 mars 1794, le conseil général de la commune de Vire ordonnait la fermeture "des bâtiments qualifiés églises - le culte de la vérité et de la morale devant succéder à celui de la superstition et du mensonge". L'ordre fut exécuté, certains brûlaient les saints, vendaient ou se faisaient des habits avec les ornements, les églises devinrent des magasins à grains, poudre ou écuries etc. elles étaient selon l'administration principale dans un état de délabrement et de dévastation effrayants lorsqu'elles furent rendues au culte. Quelques personnes se saisirent secrètement d'ornements, pierres sacrées qui furent cachés dans la voûte de l'église. A défaut de fêtes religieuses, les fervents "sans-culottes" imaginèrent le culte de la déesse Raison, les décadis remplaçaient les dimanches. Une femme figurait la déesse et était entourée de jeunes filles décorées du nom de prêtresses, la foule enthousiaste applaudissait les discours prononcés en son honneur...

Privées de leur église, les personnes pieuses se réunissent dans des chapelles privées où des prêtres insermentés et cachés dans le pays exercent à certaines dates. La fermeture de toutes ces chapelles est ordonnée le 30 mai 1794. Cette persécution religieuse blesse profondément un grand nombre de catholiques qui vont prendre position contre le nouveau régime, encourageant et aidant les menées insurrectionnelles. (1)

Des bandes armées accompagnées par Heutte l'ex-curé du Theil, Godes, Gasté et surtout Rondel né à St Germain de Tallevende en 1768 qui fanatise les foules et demeure insaisissable, son arrestation à Roullours en janvier 1797 et sa probable exécution par les colonnes mobiles fin 1797, provoqua une grande émotion dans la région, parcourent les campagnes, molestent les patriotes trop zélés, frappent quand ils ne les tuent pas les officiers municipaux et les prêtres jureurs comme à St Pierre Tarentaine ou St Georges d'Aunay. Une secte née de la Révolution le Rondélisme
Léon de la Sicotière dans son ouvrage sur la révolution en Basse-Normandie paru en 1880 "
Un autre incident, l'arrestation de l'abbé Rondel, amena une grande émotion et presque une insurrection dans les environs de Roullours. Les femmes voulurent le délivrer; elles déchirèrent les uniformes et égratignèrent les mains des militaires qui l'emmenaient. A Juvigni, à Mortain, à Vire, à Saint-Lô, où on le traîna successivement, il attendrissait la foule qui se pressait sur son passage par le spectacle des fers dont il était chargé, des mauvais traitements dont on l'accablait; il la passionnait par l'exaltation de son langage: "Ayez pitié d'un chrétien qui ne prêche que la loi de Dieu et de Jésus-Christ, qui est martyr pour la religion, qui cherche à faire rentrer en lui-même un peuple égaré et voudrait sauver tout le monde!... Peuple faites pénitence ! vous êtes tous damnés si vous vous soumettez à la République... Anathème à ceux qui persécutent les ministres du Seigneur ! J'ai les ordres et les pouvoirs du Saint Père Pie VI... J'entre en prison. Je suis comme saint Pierre aux liens. Quel honneur, quelle gloire pour moi d'être martyr pour mon Dieu, pour mon Sauveur! " Il fut condamné à la réclusion et enfermé au Mont Saint-Michel, d'où il ne tarda pas à sortir pour recommencer ses travaux apostoliques et mourir à trente ans, épuisé de travaux, de zèle et de souffrances 

Il était né à Tallevende-le-Grand, près de Vire, en 1768. Après avoir refusé le serment, il était resté dans le pays, habituellement caché dans la paroisse de Roullours, au moulin des Monts, avec plusieurs autres prêtres. Sa force physique, sou agilité, son austérité, son courage et surtout l'ardent dévouement avec lequel, au milieu de périls sans cesse renaissants, il remplissait tous les devoirs de son ministère, l'avaient rendu cher aux populations. C'était par centaines, par milliers qu' elles assistaient à ses messes, à ses prédications. les chouans y allaient aussi, en armes, iI avait même osé, sur la bruyère de Monlevou, entre Saint-Poix et le Ménil-Gilbert, organiser une véritable mission qui dura plusieurs jours, une tente servant de chapelle et qu'on voyait de fort loin, réunion de prêtres réfractaires, rétractation solennelle de leur serment par d'autres qui avaient juré; plumets et drapeaux blancs, tambours et trompettes, rien ne manquait à la cérémonie. Dans l'excès de son zèle, il attaquait également toutes les institutions révolutionnaires. Ainsi il ne voulait pas qu'on portât la cocarde tricolore ni qu'on se .servit des assignats, qu'il disait être le signe de la bête. Il déclarait que si le Pape transigeait avec la Convention, on devait désobéir au Pape. Plus tard, sans nul doute, il se serait affiché, absolu, ardent et obstiné comme il l'était, à :la Petite Église. Les patriotes étaient furieux contre lui et le poursuivaient avec acharnement. Une fois même, ils l'avaient cerné dans une église, au milieu d'une grande foule: une cape de femme sur la tête, il traverse leurs rangs sans être reconnu. la lettre de Duménil, commandant de l'arrondissement de Mortain, au général Cambray, commandant du département, qui annonce son arrestation (19 mars 1791; Arch. de la guerre), est pleine d'invectives, d'injures grossières. « C'est un scélérat... un coquin... un monstre exécrable. » Il ne lui reproche cependant que ses exhortations et ses supplications à ses auditeurs pour les l'amener à l'antique foi. Dumesny n'est pas moins violent: .. L'abbé Ronde! connu par ses forfaits écrit-il au ministre de la guerre (21 mars) en se réjouissant de cette importante capture. L'abbé Rondel, poursuivi de nouveau, s'était réfugié dans une grotte inaccessible, sur a commune de Rouffigni. il y mourut d'une attaque d'apoplexie foudroyante, en 1798."


A côté de ces chouans qui obéissent à un idéal, des bandits de droit commun circulent également, pénétrants dans les maisons pour voler. Les pouvoirs publics poursuivent les uns et les autres avec la même rigueur, et plusieurs prêtres non-jureurs sont victimes des gardes nationaux ou mobiles tels : l'abbé Vallée curé de Rully, fusillé le 4 novembre 1795 dans le cimetière de sa paroisse, l'abbé Oblin originaire de Lassy surpris et éventré à coups de baionnettes par les bleus dans l'allée de la Varinière à Estry le 1 février 1796 alors qu'il revenait de bénir un mariage, les deux abbés massacrés prés de Condé sur Noireau par les colonnes mobiles de la ville.

Guillaume Leherquer originaire de Vassy et curé de Clairefougéres, était un des prêtres qui travaillaient avec le plus d'ardeur à soutenir les fidèles et à leur administrer les sacrements, bien qu'âgé de 60 ans il avait créé une petite mission avec Vallée qui devait être fusillé, Roger qui devint curé de Moncy et Durand futur curé de Le Theil. Il exerçait son ministère entre Vassy et Tinchebray dans 71 paroisses..

De nombreux prêtres avaient été arrêtés, neuf attendaient en prison à Vire leur déportation qui n'eut pas lieu. En effet les représentant en mission dans l'Ouest avaient compris que les mesures de violences n'aboutiraient pas à rétablir la paix dans cette contrée ou la foi religieuse était fortement enracinée, les décrets du 22 février 1795 et 30 mai 1795 (11 prairial an 3) autorisaient la réouverture des églises aux prêtres qui feraient publiquement une déclaration de soumission aux lois de la République.

Il n'était plus question de serment, les patriotes les plus ardents se rendant compte que l'on ne peut violer impunément les consciences. Les prêtres non-jureurs s'abstinrent et continuèrent à remplir leurs fonctions dans des chapelles privées. Un certain nombre furent emprisonnés quelques jours pour des menées révolutionnaires, mais les temps avaient changés, seuls les chouans et leurs familles seront surveillés et pourchassés.

Le calendrier républicain était de moins en moins respecté, les fêtes civiques laissaient les foules indifférentes, le clergé pouvait assurer de manière régulière et sans troubles l'exercice du culte. Le 18 brumaire, la paix religieuse sera assise sur des bases solides par le Concordat.



- 1 - Extrait du registre des séances de l'administration centrale du département du Calvados

7 vendémiaire an 7 de la République Française
Vu la lettre du commissaire du directoire exécutif près l'administration municipale de Tour, du 28 fructidor dernier, par laquelle il invite l'administration centrale à autoriser la vente, par parties, des croix et autres signes extérieurs du culte, tant pour payer les frais d'abatis que ceux nécessaires à leur disparition.
Considérant que par son arrêté du 5 fructidor dernier, elle a ordonné que toutes les croix et calvaires qui pourroient encore exister à l'extérieur, en tout ou partie, seroient totalement enlevés et brisés, mais qu'il n'a point été statué sur l'emploi des matériaux;
Considérant que ces objets appartenoient aux ci-devant trésors et fabriques, qu'ils étoient élevés et entretenus par eux; qu'aux termes de la loi du 17 août 1792, ils font maintenant partie du mobilier national; qu'aux termes de l'arrêté du directoire exécutif du 23 nivôse dernier, elle ne peut qu'en ordonner l'estimation, fixer l'époque de la vente, dont toutes les autres opérations sont confiées à la régie de l'enregistrement et du domaine national;
Ouï le rapport du bureau des domaines nationaux et le commissaire du directoire exécutif,
L'administration centrale du Calvados arrête :
Article premier
Les agens et adjoints des communes, chargés, par son arrêté du 5 fructidor dernier, de faire disparoître tous les signes extérieurs du culte, sont également tenus d'estimer les matériaux qui proviendroient de leur abatis.

I I

Ils rédigeront à cet effet un procès-verbal qu'ils déposeront à l'administration municipale du canton, qui, sans délai, en fera passer un double et à l'administration centrale et au receveur des domaines nationaux de l'arrondissement.
III
Le directeur des domaines nationaux donnera les ordres nécessaires pour que la vente de cette partie du mobilier national s'effectue le 25 frimaire prochain.
IV
Le présent sera imprimé, et des exemplaires en seront envoyés aux administrations municipales, aux directeurs et receveurs des domaines nationaux de son arrondissement.
En séance, à Caen, le 7 vendémiaire, septième année républicaine. Signé Régnée, président; Olivier fils, Deloges, administrateurs, et Levêque, commissaire du directoire exécutif.
Gimat, secrétaire en chef

Texte Intégral

Retour


21/09/2004 Sourdeval Vassy