Les Emigrés

Le 4 août 1789 les privilèges de la noblesse sont abolis, si certains comme le marquis de Canisy, seigneur de Vassy, accepte à plus de 66 ans le commandement de la garde nationale et l'équipe à ses frais. Ses officiers et soldats affirmeront plus tard qu'il avait toujours manifesté un zèle sincère, un attachement caractérisé à la révolution et une soumission parfaite aux lois constitutionnelles. A Vire Drudes de Campagnolles exerce les mêmes fonctions.
Quand fut constituée à Vire le 6 juin 1790, la société des amis de la constitution, les le Doulcet de Pontécoulant, de Couespel, de Brossard et de Banville donnèrent leur adhésion. Gustave le Doulcet y joua un rôle actif en devenant président du corps électoral chargé fin 1790 de recevoir le serment de fidélité exigé des curés, vicaires et aumôniers.
Il n'en fût pas de même pour d'autres membres de la noblesse, le dogme de l'égalité les blessait profondément. Devenir un citoyen comme les autres, assujetti aux même devoirs, astreint aux mêmes obligations, tenu de prendre rang dans la foule des contribuables, des justiciables ou des fidèles à l'église, renoncer aux marques de déférence dont ils étaient l'objet et qui flattaient leur amour propre leur paraissaient injustes et ils le manifestèrent ouvertement.
Le 6 octobre 1789, la constituante avait décrété la levée d'un impôt exceptionnel sur les citoyens ayant un revenu supérieur à 400 livres, Cette contribution patriotique était le quart du revenu demandée comme une offrande volontaire, chacun devait en faire la déclaration pour éviter d'être taxé d'office. Les déclarations de la noblesse du canton se firent attendre, et beaucoup étaient fausses.
Dans la région, l'ex-seigneur d'Annebecq fit une violente scène à un particulier qui l'avait dépassé sur un chemin de la commune. A Vire, Gustave le Doulcet se vit reprocher violemment dans la rue son adhésion aux idées nouvelles par de Saint Manvieu et de Percy.
Fin 1790 de la Corderie à Fresnes, qui avait refusé de payer l'impôt dans sa paroisse, tire sur des gardes nationaux qui passaient sur son terrain.
En 1791 à Condé sur Noireau la mère du futur amiral Dumont d'Urville, adversaire du nouveau régime, arrose un groupe sortant d'une réunion de la société patriotique, avec le contenu d'un vase de nuit. Madame Dumont d'Urville fut condamnée à 8 jours de prison.
Le 2 juillet 1791 Dumont de la Rochelle, le futur conventionnel, dénonçait ce péril devant les amis de la constitution et demandait le désarmement des suspects. Il assurait qu'il existait un dépôt d'armes au château de Vassy, accusation qui était fausse, le marquis possédait six fusils de chasse qui étaient déclarés à la municipalité. Le marquis protesta énergiquement contre cette dénonciation, mais tous les nobles étaient suspects, ils se permettaient d'ailleurs de critiquer le serment constitutionnel, de soutenir plus ou moins ouvertement les prêtres non-jureurs.
De part et d'autre on se souvenait du passé, d'un passé avec lequel la grande majorité avait été heureuse de rompre.
Deux ans après la révolution, l'appel des Princes à la noblesse pour constituer une armée pour en finir avec ce régime, allait trouver un écho favorable dans la région dès 1791. Au mois de mars 1792 on cherchait des volontaires dans la région et annonçait la chute du régime, de tels propos répétés de bouche à oreilles excitèrent l'inquiétude des patriotes.
La convention prit donc contre les émigrés, leurs parents et leurs serviteurs des mesures sévères : tout individu parti depuis le 1er juillet 1789 et n'étant pas rentré avant le 9 mai 1792 ou qui n'avait pas résidé en France depuis cette date était banni à perpétuité et frappé de mort civile, arrêté en France, il était puni de mort. Dans les deux cas ses biens étaient confisqués et vendus au profit de la Nation.
Comme souvent en pareil cas, les dénonciations furent fort nombreuses, une liste comportant 167 suspects fut établie, des perquisitions domiciliaires effectuées pour y rechercher des armes. Plus de 80 personnes, y compris des femmes et jeunes filles furent conduites à Caen aux couvents des Carmélites et Bénédictins, la prison de Vire étant pleine. Elles devaient y demeurer certaines plus de 10 mois au bon plaisir des représentants du peuple en mission dans le Calvados.
Malgré ces sanctions, de nombreux membres de la noblesse, des célibataires pour la plupart émigrèrent en 1792, et la vente de leurs biens se poursuivit au profit de la Nation, mais dans les plus mauvaises conditions. Par scrupule, ou par peur de représailles bien réelles, des voisins ou amateurs demeuraient à l'écart des enchères, la valeur de la monnaie était d'ailleurs variable et très inférieure à sa valeur nominale.
Le 30 janvier 1793, le directoire de Caen décidait la mise sous séquestre avant leur vente des biens appartenant aux personnes suivantes dans la région : St Charles de Percy : Pierre Ruelle Curé - Montchamp : Durozel - Burcy : Lecordier - Pierres : Aubert et Corday fils - Vassy : Carbonnel fils - Bernières le Patry : La Roque-Mesnillet. Considérées comme non domiciliées dans le département ou n'ayant pas justifié d'un domicile en France.



Emigrés :
Louis Aimé Cyprien de Corday d'Arclais né à Pierres le 17 septembre 1765 - ancien lieutenant au 10éme régiment de chasseurs de Bretagne, fut l'un des premiers - son père Guillaume Cyprien fut incarcéré aux Carmélites à Caen du 9 octobre 1793 au mois d'août 1794 - Rentré à Vire le 19 mai 1802, amnistié le 9 décembre 1802 - élu député en 1816.
Il était propriétaire des deux tiers des biens provenant de sa mère, Charlotte de Banville décédée en 1784. Il possédait à Pierres :
- 1 maison avec cour, jardins, bosquet et 28 vergées de pré et labour.(le château)
- La ferme de la Cour 187 vergées louée à la Vve Sicot.
- La ferme du bourg 150 vergées louée à Bisson.
- Le moulin de Pierres 3 meules et 38 vergées loué à Leteinturier.
- La ferme des Bissons 86 vergées louée à Aubert.
- La ferme de Fresnay 96 vergées.
- La ferme de la Bijude 23 vergées.
- La ferme de la Vallée 93 vergées louée à Martin.
- La prairie de Pierres 45 vergées, 3 labours 19 vergées, 3 bois 78 vergées.
Par arrêté départemental du 6 janvier 1799, la ferme du bourg de 150 vergées revenait à la république, le reste revenant à son père et à sa soeur.
Pierre Jean Baptiste Durand de Magny - bien que résident à Vire il héritait de ses grands parents maternels Louis Jean François de Banville et Catherine Lemaréchal qui possédaient dans le canton les biens suivants :
- La ferme de la Ferrière à Pierres 69 vergées.
- La ferme de la Planche à Pierres 100 vergées.
- La ferme du Vieux-Theil à Le Theil 63 vergées.
Par arrêté du 5 septembre 1798, l'administration centrale du Calvados faisait abandon à de Banville de son patrimoine, celui-ci étant inférieur à 20.000 Frcs.
Michel Drudes de Campagnolles, ancien mousquetaire noir de la garde du roi - rentré en France, prit part sous les ordre de Frotté à la chouannerie en 1796 et 1799 - amnistié le 8 janvier 1803. Son frère Alexandre, lieutenant de vaisseau, décédé en Westphalie le 13 novembre 1800.
Léonor de Percy capitaine d'infanterie décédé en émigration le 12 novembre 1799. François de Percy, ancien lieutenant au régiment de chasseurs Cautabres obtint une indemnité pour la vente de ses terres le 5 octobre 1827. Les parents des deux frères avaient été incarcérés à Caen de novembre 1793 à août 1794 et libérés sous caution.
Charles Julien Lioult de Chénedollé, célibataire, futur poète du Génie de l'homme - son père Charles Lioult de St Martin Don fut incarcéré aux Carmélites à Caen d'octobre 1693 à août 1794 puis de septembre à octobre 1794 - sa mère et ses deux soeurs furent emprisonnées d'octobre 1793 à août 1794. Une indemnité fut versée au poète et à la soeur survivante en 1826.
Pour mémoire : 1 vergée = 20 ares 428 - 1 acre = 81 ares 712
 

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21/12/2003 Paris Sourdeval Vassy