Les Chouans
A la mémoire des victimes républicaines et royalistes bien oubliées

La guerre civile qui ne fait l'objet d'aucun devoir de mémoire connue sous le nom de chouannerie du surnom d'une famille se développa en réaction à l'administration locale. La vente des biens du Clergé et des Emigrés avait surtout profité à la bourgeoisie, instigatrice de la Révolution. Ces bourgeois étaient des propriétaires plus exigeants que la noblesse rurale qui, exploitant ses propres terres, comprenait les problèmes des paysans. Les récoltes étaient mauvaises, payées en assignats, une monnaie qui se dépréciait chaque jour (au 1er janvier 1796 l'assignat avait perdu 99,4 pour cent de sa valeur), et le paysan était menacé de saisie s'il ne livrait pas. Enfin l'installation de curés constitutionnels, en 1791, avait fait scandale. Désignés par les électeurs des villes, il furent considérés comme des intrus, alors que les curés, souvent d'origine rurale et du même village, inspiraient le respect.

Aux fêtes religieuses avaient succédé les cérémonies grotesques de la déesse Raison. Dans le bocage normand ou la foi demeurait fortement ancrée dans les esprits et les moeurs, la réaction était inévitable. Le 16 mars 1795, dans une lettre au comité des finances de la Convention, l'agent du district de Vire écrivait "C'est pour avoir voulu commander aux opinions religieuses, que nous avons été accablés de maux, qu'une tolérance universelle eût écarté de dessus nos têtes : c'est pour avoir voulu rendre tous les hommes philosophes que l'on a aliéné à la Révolution des esprits auxquels il faut une religion dont on les a bercés depuis leur enfance et à laquelle ils sont attachés plutôt par habitude que par discernement".

Un régime qui blessait si profondément les consciences ne méritait pas qu'on le défende, c'est ce que beaucoup pensaient et que proclamaient ouvertement les prêtres non jureurs et les parents d'émigrés demeurés dans le pays.

La Chouannerie, dont le nom provient probablement des frères Cottereau surnommés Chouans depuis des générations qui prirent part dès le début à la guerre civile, prit naissance en Vendée le 10 mars 1793, ou nobles et paysans se levèrent en bloc pour défendre leur foi religieuse et leur attachement à la monarchie.

Après leur victoire à Cholet, les colonnes vendéennes se dirigèrent vers la Bretagne et la Normandie.
Le 3 novembre, elles s'emparaient de Mayenne, et le même jour se produisait à Flers le premier incident.
Les caisses du receveur des finances de Mayenne, chargées sur trois voitures, qui par prudence se dirigeaient sur Falaise, avaient été remisées dans la cour du presbytère. Le bruit s'en répandit et une foule de 600 personnes, se groupa et voulut empêcher le convoi de poursuivre sa route aux cris de Vive la cocarde blanche ! Vive le bonnet rouge ! Les vendéens sont nos frères ! Etc.
Les charretiers étaient enfin parvenus avec beaucoup de peines à se frayer un passage quand arrivèrent les gardes nationaux de Condé sur Noireau, appelés en toute hâte, aucune caisse n'avait été ouverte, mais 60 personnes furent arrêtées, 12 condamnées et Nicolas Mauviel et Louis Magnel, tisserands, furent exécutés.
Le nombre de volontaires étant insuffisant pour former le contingent imposé à chaque commune, il devait être procédé à un tirage au sort par les municipalités. Beaucoup de jeunes, appelés à participer ou que le sort avait désigné, se dérobèrent et refusèrent de rejoindre l'armée. D'autres qui avaient obéi, abandonnèrent leur unité et rentrèrent dans leur village. Tous furent recherchés par les gardes nationaux ou la police mobile. Les opérations de recrutement commençaient le 7 mars 1793, elles amenaient des incidents de toutes natures, des troubles eurent lieu à Estry, Pierres, Vassy et Viessoix. La garde nationale dut intervenir, 3 personnes furent condamnées à mort et 8 à des peines de prison.
En janvier 1794, à Annebecq un détachement venant de Vire pour arrêter une douzaine de réfractaires qui y étaient cachés, les trouva occupés à décharger un tonneau de cidre, sommés de se rendre, il s'échappèrent après avoir envoyé un levier dans l'estomac du garde le plus proche. Cette scène se reproduisit un peu partout.
En application du décret du 26 mars 1793, les personnes suivantes furent considérées à tort ou à raison comme suspectes et désarmées :
- du Hallay de Montchamp et sa fille - Bertrand Trolley de Prévaux ex-bailli de Vassy.

Furent incarcérées (loi du 17 septembre 1793) à Caen pour des durées allant jusqu'à un an et libérées sous caution :

Louis Jean François Banville de Truttemer et son épouse (70 et 69 ans) - Jean Debon domestique de la famille Halley de Montchamp - Suzanne Dumont de la Rochelle (mére de d'Armand Louis Dumont) - Louis Michel Halley de Montchamp - Charles Lioult de St Martin Don, sa femme et ses deux filles (parents et soeurs de Lioult de Chênedollé) - Trolley de Prévaux.

Traqués, les insoumis et déserteurs durent quitter leurs familles et se cacher dans les bois de la région, se groupant pour mieux se défendre, cherchant vivres et armes, et réquisitionnant des aliments chez les cultivateurs adversaires ou amis.

En juin 1794, quarante individus armés de sabres sont signalés autour de Condé sur Noireau, dans les mois qui suivent, d'autres bandes parcourent le pays de nuit, abattant les arbres de la Liberté, maltraitant les officiers municipaux, brûlant les papiers des mairies, molestant les prêtres jureurs ou les acquéreurs de biens nationaux, rançonnant les patriotes et réquisitionnant des vivres dans les fermes lorsqu'ils ne les obtenaient pas de bon gré. Le 6 juillet 1794, une de ces bandes est à Bernières le Patry, en octobre à Viessoix, Roullours.

Les administrateurs de Vire et les municipalités patriotes qui craignaient une attaque, demandèrent des renforts de troupes et de munitions. Lazare Hoche qui commandait l'armée des côtes à Cherbourg avec 100.000 hommes envoya 200 hommes à Vire, et des cantonnements furent établis à Bernières le Patry, Truttemer le Grand et Maisoncelles sans résultats.

Les 24 et 25 novembre 1794, Viessoix reçut la visite des insoumis et ce fut le tour de Bernières les 5 et 6 décembre.

Le 2 décembre 1794 la convention décrète une amnistie pour faits de chouannerie, des pourparlers étant alors en cours près de Rennes entre des représentants de la convention et les chefs rebelles bretons et vendéens. C'est à ce moment que débarque le comte Louis de Frotté, chargé par les princes d'organiser la révolte en basse Normandie. Marie Pierre Louis de Frotté est né le 5 août 1766 à Alençon, Orne. Après des études à Caen, il entre à l'institut militaire de Versailles. En 1781, il rejoint comme sous-lieutenant le régiment Colonel-Général à Lille, unité d'élite. En 1789 il était lieutenant et en 1790 refusant de prêter serment à la Nation, préféra émigrer d'abord en Belgique puis en Allemagne avant de se rendre en Angleterre auprès des princes.

Après une conférence à Vire chez Drudes de Campagnolles, il participa aux tentatives de paix. Avec La Roque Cahan et deux chefs royalistes il s'établit au château de Flers et eut plusieurs entrevues avec certaines municipalités de la région.

Pendant l'hiver les attentats et pillages continuaient. Début février Lepetit, fabricant de vrilles à Bernières, assiégé dans sa maison par une bande d'insoumis en tua deux, il fut sauvé par ses voisins qui vinrent à son secours et obtint 300 francs de récompense pour son courage. Le 3 mars 1795, les frères Hellouin du Theil, dont l'un était maire qui démissionna aussitôt, tuèrent un de leurs agresseurs. Dans tout l'arrondissement de Vire et surtout du côté de Bernières les citoyens sont pillés et maltraités et les papiers des mairies brûlés.

Jouvin, le maire de La Rocque et un membre de sa famille furent tués par une bande, et quelques jours plus tard de nombreux pillages eurent lieu à Roullours et le 18 mars à Truttemer le Petit où la maison d'un acheteur de biens nationaux fut brûlée.

Le 6 avril 1795 à St Jean le Blanc les officiers municipaux reçoivent l'ordre de relever les croix abattues et des bandes de brigands pillent Bernières le Patry, Viessoix, Vassy et Roullours. Le 12, à Landelles l'arbre de la liberté est abattu, les documents publics brûlés et des patriotes maltraités.
Ces pillages étaient peut-être dus aux insoumis, mais autour de Condé sur Noireau, sévissait une bande de véritables bandits de droit commun qui parcouraient les campagnes la nuit, rançonnant les habitants et leur brûlant les pieds pour les obliger à donner leur argent. Ces bandits, les Margerie père et fils, assistés de complices furent arrêtés dans la nuit du 4 au 5 avril 1795 par un détachement de la 44éme demi-brigade en garnison à Condé et l'un d'eux fut immédiatement fusillé.
Bourse de Danvou eut également les pieds brûlés par des "chauffeurs" voulant lui soutirer son argent, ces bandits ne peuvent pas être confondus avec les chouans, dont la discipline était très sévère, plusieurs furent jugés et exécutés par leurs chefs pour avoir outrepassé leurs ordres.
Ces derniers ne craignaient pas de se montrer en plein jour, au mois de mai 1795, à Burcy, Rully, Bernières ils y font des patrouilles à pied et à cheval. A Vassy la population délivre un déserteur des mains des gendarmes.

Le 15 mai 1795 à St Jean le Blanc, un détachement de chasseurs à cheval commandé par le sous lieutenant Bazin surprit une douzaine d'entre-eux qui réclamaient six cent francs à la femme Le Rogeron aubergiste et en tua 4 dont un prêtre portant des cocardes blanches.
Ces expéditions paraissent avoir échappé au contrôle de Frotté en pourparlers avec les pouvoirs publics, mais ces événements empêchaient une issue favorable et le représentant en mission Lozeau craignant d'être dupe donna l'ordre d'arrêter Frotté et ses amis. Ceux-ci avertis à temps, par une femme de Caen quittèrent le château de Flers dans la nuit pour se jeter dans l'insurrection. La deuxième phase de la chouannerie commençait.

Du Rosel de Courson, Drudes de Campagnolles, La Tour de Vire, Monlien de la Poterie, La Mariouze de Mesnil Clinchamps dit Griffon qui habitait Vassy et surtout Michel Moulin dit Michelot né le 7 janvier 1771 à St Jean des Bois, unique survivant d'une famille de 11 enfants, taillandier, d'abord lieutenant et ensuite adjudant général secondaient Frotté installé dans son quartier général de St Jean des Bois en lisière de la Lande Pourrie au manoir de la Guyonnière. la Guyonniére - St Jean des Bois 61

Le gros des soldats prit le nom de "chasseurs du Roi", deux groupes spéciaux furent formés plus tard : les chevaliers de la couronne âgés de 15 à 20 ans tous nobles, et les déserteurs, difficiles à commander mais d'une bravoure et audace sans limites. Il existait trois compagnies autour de Vassy commandées par Moulien de la Poterie et à sa mort rattachées au bataillon de Saint Jean des Bois commandé par Moulin qui, dans ses mémoires, raconte comment procédaient les chouans pour se ravitailler et se reposer : "On sera sans doute étonné que les Royalistes ne se trou­vassent pas fréquemment dénoncés par les Patauds, lors­qu'ils étaient réduits à se cacher comme je l'ai dit plus haut, surtout lorsque étant éloignée de leurs cantons habituels, ils ne pouvaient savoir précisément l'opinion de ceux chez qui ils s'adressaient. Voici les expédients qu'ils employaient d'ordinaire. On arrivait toujours avant la pointe du jour, on bloquait la maison ou le village, après quoi quelques-uns entraient dans les maisons, où ils s'as­suraient de la personne des maîtres et des chefs de famille, auxquels on déclarait qu'il fallait loger tant d'hommes dans leurs granges et greniers, sans que le village voisin en eût connaissance. Nous indiquions au maitre do la ferme ou de la maison les moyens et les précautions à employer pour empêcher que des indices de notre présence ne transpirassent à l'extérieur. Nous leur déclarions qu'ils étaient personnellement responsables de toutes les indiscrétions de leurs gens qui pouvaient trahir notre re­traite, et pour plus de sûreté, nous retenions en otage avec nous le maître et tous ceux qui nous étaient suspects. Si les otages sur qui pesait la responsabilité n'étaient pas parfaitement sûrs de quelqu'un de leurs gens, ils les faisaient aussi arrêter avec eux, et ils envoyaient des per­sonnes affidées dans les villes et bourgs voisins où il se trouvait des garnisons, pour s'informer si les Républicains avaient ou non connaissance de la présence des Chouans dans leur voisinage, ce qui se remarquait assez facile­ment en observant les manoeuvras de la troupe. Les Roya­listes payaient toujours ce qu'ils buvaient et mangeaient dans ces sortes de conjonctures, et salariaient encore assez souvent les personnes employées au dehors pour veiller à leur sûreté. Aussi n'ont-ils jamais été trahis lorsqu'ils ont agi de la sorte, moyennant ces précautions, les Pa­tauts les plus forcenés leur étaient fidèles, nous avions, en effet, leur vie pour garantie de leur fidélité. Nous commencions par les bien persuader qu'ils répondaient de nous sur leur tête, et leur déclarer qu'ils seraient irrémis­siblement fusillés sur place si nous étions surpris dans leur habitation. «Nous sommes justes, leur disions-nous, nous convenons bien que vous ne pouvez pas arrêter une colonne de troupes républicaines qui viendra nous assail­lir chez vous, mais convenez à votre tour que vous avez des personnes de confiance que vous pouvez placer sur toutes les routes par où nos ennemis pourraient venir nous surprendre, et qui peuvent nous avertir au moins une demi-heure avant qu'ils n'arrivent et ne tombent sur nous."
Leur uniforme comportait une petite veste brune, grise ou verte avec la grande ceinture d'indienne à la matelote, un fichu de soie sur les cheveux, un chapeau à trois cornes et des chapelets autour du cou. Les plus élégants avaient des nattes, d'autres portaient de larges rubans blancs à leur chapeau avec "Vive le roi", ou des bonnets en peau de renard, la queue pendant derrière.

La reprise de la chouannerie paralysa l'enthousiasme des plus chauds patriotes. Des cantonnements avaient été établis autour de Vire, et de nombreuses arrestations effectuées à St Sever, Pontfarcy et Vassy mais les habitants étaient de plus en plus inquiets. Dans le canton, toutes les paroisses étaient en majorité royalistes, Vassy était républicain ou royaliste suivant les circonstances. Vire, Tinchebray, Condé sur Noireau étaient républicaines et leurs colonnes mobiles firent de nombreuses victimes et d'importants pillages.

Le 12 mars 1795, le commandant Louvet, ardent patriote est attaqué dans sa maison de Montsecret. Après avoir fait sortir sa femme et ses enfants, et une fusillade de plusieurs heures, il fut abattu en sortant de sa maison en flammes.

Le maire de Campagnolles fut assassiné dans la nuit du 6 au 7 juin 1795. Le 19, du Rosel chassa un détachement de dragons de St Sever, et de nouveaux pillages eurent lieu à Bernières et Beaumesnil.

Dans la région de Condé sur Noireau, les acheteurs de biens nationaux demandèrent des soldats pour les protéger et les chouans furent activement poursuivis. Quelques-uns uns commandés par Prépetit dit Planquivon furent surpris à St Pierre d'Entremont par le sergent major Dugué à la tête d'un détachement. Prépetit fut tué, son cadavre restant sur place pendant deux jours, le troisième, les chouans revenus fusillèrent le meunier Prieur parce qu'il ne l'avait pas enterré.
Le 19 juin de Prépetit le jeune dit le balafré connut le même sort, ancien garde du corps, il commandait une petite troupe et se cachait dans un grenier à La Lande-Patry, arrêté il fut conduit à Condé sur Noireau, et condamné à mort par une commission militaire commandée par le capitaine Aubrée. Il fut fusillé le lendemain en présence de la population. Cette procédure irrégulière ému vivement la population.

En juillet à Landelles, la colonne de du Rosel assiégea dans l'église les républicains de Vire pendant un jour et une nuit, il fallut des renforts venus de Vire pour les libérer.
Le 31 juillet 1795, un convoi qui contenait 600.000 frcs en assignats fut attaqué par de Frotté, quelques soldats furent tués. Le lendemain à Carville, l'arbre de la liberté fut abattu, les papiers publics brûlés, deux chouans furent tués par des soldats commandés par le général Brouard.

Le 19 septembre, à Vassy, l'auberge "au vrai patriote" tenue par Bosniére dont un fils Louis, était capitaine dans les armées de la république, il épousait en décembre 1796 la fille de l'avocat Thomas Bazin officier municipal à Vire et l'autre, Jean Baptiste ancien religieux qui avait renoncé au sacerdoce, fut attaquée par 150 chouans qui voulaient se venger de l'exécution sans jugement de Prépetit à laquelle avait participé Louis Bosniére et de ses exactions sur la population des environs de Vassy. Après avoir encerclé la garnison du bourg, ceux-ci tuent un client de passage nommé Huard venant de Paris, assomment Pierre Bosniére et l'égorgent obligeant sa femme à tenir le vase ou coule le sang de son mari et la rouent de coups de bâton ainsi que sa fille Marie Françoise et la domestique. Les deux fils purent s'enfuir, le premier perdant trois doigts de la main. Un gendarme qui se trouvait dans l'une des chambres fut achevé dans la cour. La garnison de Condé alertée par le capitaine et commandée par Pierre Breton de la 1ére compagnie de la 144éme demi-brigade rencontra l'arrière garde des chouans, 13 grenadiers qui appartenaient à la compagnie de Saint Jean des Bois, à Saint Germain du Crioult et en tua deux. En application d'une directive de la convention, ces décès ne furent pas notés sur les registres de l'Etat-Civil de Vassy.

Ce traitement fut également imposé à d'autres. A Lassy, Robert Malouin qui avait renversé la croix du cimetière avec ses boeufs, fut assassiné le 23 octobre 1795 (1er brumaire an 4) par quatre individus probablement de la paroisse qui envahirent sa maison, l'égorgèrent et disparurent avec les meilleurs chevaux.

Les chouans ne furent pas les seuls à commettre ces crimes sans excuses, plusieurs prêtres furent massacrés près de Vire. Le 13 avril 1796, les curés Vallée et Dumont, surpris par une colonne mobile de Tinchebray et Domfront sont fusillés adossés à l'église de Moncy, l'officier d'état-civil Louis Lelouvetel assisté de Guillaume Roger et Jacques Lebarbier consignent l'acte de décès. De St Pierre et Boisville à Roullours ainsi que Melle de Carville qui n'avait pas 15 ans et dont le tort était d'avoir un frère adjudant général dans l'armée de Frotté. Ce frère appelé Cadet Roussel, ancien mousquetaire rouge dont il portait l'uniforme jura de la venger, avec un détachement de 120 hommes, il parcourut Carville, le Bény Bocage, Saint Jean le Blanc, Aunay, Vassy, Bernières en fusillant nombre de républicains. Il fut blessé mortellement en avril 1796.

A la même époque sept réfugiés de Vire, prêtres assermentés chassés de leurs paroisses qui faisaient partie de la redoutable armée noire, furent abattus dans l'église de St Vigor des Mézerets par des chouans commandés par Moulin et de Marguerie dit Griffon.
Il est impossible de citer tous les incidents ni le nombre de victimes de part et d'autre. "Combien d'autres rencontres sanglantes dont l'histoire n'a gardé aucun souvenir - combien de sépultures creusées à la hâte sous un pommier, à l'abri d'une haie, au pied d'une de ces croix de granit ou de bois qui s'élevaient encore sur beaucoup de points. La même fosse recevait parfois les combattants, réconciliés dans la mort. Les paysans du voisinage s'empressaient de faire disparaître les cadavres par piété ou crainte d'avoir à rendre compte de ce qu'ils avaient vus de trop près." (Léon de La Sicotière)

En février 1796, les chouans occupent Vaudry et Roullours, gênant les approvisionnements de Vire, un soir ils tentèrent de pénétrer en ville, mais surpris par une patrouille et canonnés ils se retirèrent. Le 6 février, de Frotté enlève un convoi de boeufs à St Germain de Tallevende, et attaque un convoi de voitures sur la route Vire Mortain, mais doit se retirer avec son butin, la garnison de Vire étant prévenue.
Vire est mis en état de siège le 9 février, le 15 les chouans quittent leur cantonnement de Le Theil, se dirigent vers Estry où ils tuent une vache, le 17 ils attaquent Aunay en pleine nuit, surprennent les militaires qui tentèrent en vain de résister et fusillent ceux qui avaient traité leurs agresseurs de brigands (une femme et cinq soldats). A St Georges d'Aunay, les chouans fusillent deux prêtres jureurs, et le lendemain l'ancien maire et sa femme. Dans la nuit du 16 au 17 février 300 chouans brûlent tous les documents publics du canton. Le 23 février, ce fut l'attaque d'une colonne républicaine au Mesnil Auzouf, ayant eu 40 tués, ils durent se retirer.

A Bernières, deux combats eurent lieu en mars 1796 entre les chouans de Frotté et une colonne sortie de Vire. Dans le premier Monlien de la Poterie né à Vire, ancien garde du corps, fut tué et les bleus repoussés, dans le second le 17 mars, l'armée noire parce qu'elle était composée pour les deux tiers de curés jureurs et qui avait commis toutes sortes de pillages et violés plusieurs femmes perdit  deux cents hommes sur les hauteurs de Belle-Fontaine et de la Rufaudière dont le curé jureur Guiret qui commandait, la dizaine de femmes qu'ils emmenaient furent libérées, et les effets volés furent remis à leurs propriétaires sur ordre de Mandat qui dirigeait une colonne de 500 hommes guidée par la compagnie de St Quentin des Chardonnets. Les colonnes du comte de Ruays poursuivirent les pillards jusqu'à Truttemer. Plusieurs grenadiers de Paris furent tués. A la nouvelle de cette déroute une seconde colonne de républicains sortit de Vire se dirigeant vers Vassy pour couper la route aux Chouans. Arrivée très tard, elle logea dans l'église et continua sa marche le lendemain vers La Rocque, Saint Jean le Blanc puis Aunay avant de rentrer à Vire après pillages et chargée de butins de toutes sortes, mais sans avoir rencontré l'ennemi. Ces colonnes composées de territoriaux et de fédérés s'étaient rendus odieuses par leurs pillages et leurs exactions et étaient devenues un fléau dans la contrée, elles devaient être désarmées par l'armée, le calme revenu. Les chouans avaient leur quartier général à St Germain de Tallevende, ils y possédaient refuges, dépôts d'armes et munitions, la région était des plus agitée.

Fin avril 1796, une colonne commandée par Frotté rencontra les républicains à Le Theil et lui tua plusieurs hommes, la mettant en déroute.
Au mois de mai 1796, trois femmes sont mutilées à Chênedollé, une autre à St Manvieu, un nommé Chancerel est découpé en morceaux à St Martin de Tallevende, des militaires en permissions et leurs parents sont tués à Bernières et ailleurs.
Le château de Vassy pillé par les chouans après avoir été pillé par les révolutionnaires en septembre 1792 et ses grilles de fer enlevées pour en faire des piques, son propriétaire M. de Canisy, ne tarda pas à se plaindre au directoire du département. Des troupes républicaines, colonne venue de Vire, occupant le château dont le personnel avait été expulsé, les grains et le bétail réquisitionnés, furent surprises la nuit par 400 chouans commandés par Mandat dont les troupes étaient campées dans les bois du Theil, et eurent une centaine de morts dont 42 tués sur place. Les objets pillés furent rendus aux propriétaires : une charretée de blé, 27 bêtes à cornes et autant de moutons. La montre en or de l'officier tué fut renvoyée à Vire, avec quelques prisonniers qui étaient des soldats de troupes de ligne. Les républicains de Vire désirant se venger envoyèrent le lendemain une colonne, qui n'ayant pas trouvé les chouans se contenta de ramener les habits et bottes du commandant tué la veille.

Le 7 juin, 150 chouans qui venaient d'Estry, commandés par Moulin et Mandat attaquèrent 200 hommes de la garde nationale de Vire qui rentraient de Caen. Plusieurs gardes furent tués et Moulin blessé. Les bleus se réfugièrent à La Graverie. La garnison de Vire sortie pour bloquer la retraite des chouans se dirigea par Vaudry, Viessoix et Chênedollé où elle s'arrêta pour boire et manger et se disputer avec une autre colonne qui était sortie précédemment. Si bien que les chouans étaient passés depuis longtemps quand les bleus arrivèrent à l'Oraille à Estry pour les surprendre. Mandat avait fait retraite par Burcy, Presles, Estry d'où il gagna Rully et Yvrandes. Il fut fusillé à Caen en Octobre 1798 en dépit de la trêve.

Le 22 juin 1796, Frotté abandonnait la lutte, il avait encore 5000 hommes sous ses ordres et un état-major fidèle.
Les chouans protégés par le traité de paix purent rentrer chez eux.

Pendant la guerre civile, des bandes de véritables brigands s'étaient rattachées, souvent à leur insu, aux armées des deux partis, ne cherchant dans cette lutte que le moyen de satisfaire à l'aide de tortures et fréquemment par le feu, leurs vengeances personnelles et leur cupidité. Ils devaient en profiter pour commettre de nombreux crimes pendant la paix. Il existait également des contre chouans organisés par les pouvoirs civils et militaires. Des individus furent souvent condamnés tantôt par excès révolutionnaires, tantôt pour crimes chouanniques. Le 10 février 1797, des incidents eurent lieu à la Chapelle Engerbold et St Germain du Crioult, ces attentats furent attribués à des habitants de Vassy parmi lesquels les frères Marguerye, parents de M. de Canisy, les frères Cantrel et Liard.
En juillet 1798, à Bernières le Patry, pour pallier au manque d'argent, Moulin et Letellier major de la légion de Flers arrêtèrent à leurs domicile quatre acheteurs de biens nationaux, ils furent détenus dans des souterrains jusqu'au paiement des contributions qui leur étaient imposées en fonction du revenu de leur acquisitions. Ils étaient bien traités et plusieurs, redevenus libres après paiement, firent cadeau d'armes en remerciements des bons procédés à leur égard.
Le Directoire par sa désunion et le discrédit avait rallié contre lui de nombreux adversaires, et les circonstances parurent favorables à la reprise de l'insurrection dans le bocage normand. Le 23 septembre 1799, de Frotté débarquait et passait en revue ses troupes disponibles début octobre à St Germain de Tallevende. Le 27 novembre 1799 ayant appris que certains habitants constituaient une colonne mobile, les chouans attaquent Vassy, 90 fusils, 800 à 900 cartouches et la caisse publique tombent entre leurs mains, il n'y eut ni résistance ni violence. Les généraux du Calvados qui n'étaient pas dupes félicitèrent les gardes nationaux pour leur belle conduite. Se trouvaient sur place Pierre Nicolas Godefroy agent municipal de Vassy, Pierre Baron agent de Pierres, Pierre Lemaréchal capitaine de chasseurs du canton et le citoyen Lecornu adjudant du bataillon de la garde nationale du canton de Vassy. Ils lisaient la Gazette de France vers 19 heures quand Jacques Jean lieutenant de la compagnie de grenadiers vint les prévenir que le poste de garde était attaqué. Après avoir pris l'argent et les armes les chouans fouillèrent les maisons de Pierre Bosquet, François Lemaréchal, Fourré, Lacoudre, Jean Robert, Bonardin, Raguidel etc. et disparurent vers Moncy sans être poursuivis....

En janvier 1800 le 1er bataillon de la légion de St Jean qui comprenait environ 700 hommes s'installa à Bernières au château de la Rochelle, commandé par Moulin quand une colonne de 500 hommes commandés par le commandant Sachet de Vire vint leur demander de quitter les lieux. La conversation fut des plus courtoise, après avoir trinqué ensemble, la colonne repartit vers Vire pour rendre compte au général Bourgeois commandant la place. Les chouans quittèrent la Rochelle au bout de quinze jours pour s'installer près de Domfront.

Frotté attaquait Couterne avec succès, et avec 2000 hommes se dirigeait sur Tinchebray et Vire qui était bien défendue, des forces importantes y étant réunies. Il voulait attaquer Vire par surprise mais son plan échoua, la défense était vigoureuse et à la fin de la journée il dut se retirer sur Gathemo, remettant en liberté les prisonniers qu'il avait fait.
La guerre devait durer jusqu'en février 1800, quand Frotté fut pris par traîtrise et fusillé, sur ordre de Bonaparte. Pendant tout le règne de Napoléon, les chouans continuèrent à être pourchassés. Moulin rentré dans ses foyers avait épousé sa cousine qui l'avait soigné lors de sa blessure de Vire, avait eu une fille et exerçait son ancien métier de taillandier, fabriquant jusqu'à huit faux par jour, quand il fût arrêté dans la nuit du 6 au 7 mai 1804 sur un ordre venu de Paris et conduit à pied au fort de Joux dans le département du Doubs d'où il réussit à s'échapper le 27 janvier 1805 avec trois prisonniers. Passant par la Suisse, l'Allemagne et le Danemark, il arrivait en Angleterre fin mars. Il ne devait rentrer en France qu'à la chute de l'Empire.

Le 29 mars 1817 sur proposition de la commission de la Manche, les personnes suivantes reçurent :
Jean Michel Lecoq boulanger à Viessoix lieutenant de la division de St Jean des Bois 50 Frcs
Leconte d'Estry propriétaire employé aux écritures de la division de St Jean des Bois une lettre de remerciements
Du Chatel de la Varinière Montchamp le Petit (St Charles de Percy) idem Leconte.
Lioult de Chênedollé ne fut retenu malgré sa demande, n'ayant pas participé aux combats.


- documents : Louis de Frotté et l'insurrection Normande - de la Sicotiére 1889 -

- mémoires de Michelot Moulin
- SHAT

- Archives Nationales



Manuscrit A. MADELAINE, instituteur à Montchamp - 4 mai 1906 -
Copie intégrale - Les exploits des Chouans autour du château de Vassy

Les perturbations dont le bocage normand fut le théâtre à la fin du XVIIIéme et au début du XIX ne laissèrent pas indifférente la population bocaine d'alors. Et, chose digne de remarque, plus elles furent violentes, plus le souvenir en est vivace aujourd'hui. Ainsi, en certains lieux, là où les luttes furent plus ardentes et les atrocités plus cruelles, la postérité actuelle raconte-t'elle aujourd'hui les faits d'alors que la tradition lui a transmis et qu'elle conserve précieusement. Elle les rapporte, mais sévèrement jugés par l'inexorable jugement du temps et de l'histoire et en donnant impitoyablement à chacun la juste appréciation et la juste application qui lui conviennent "Vox populi Vox dei".

Le nom de "chouan" puis entre autre, nous est resté de ce temps-là. Or, en raison des atrocités que des individus de parti commirent la considère-t'on aujourd'hui encore comme l'épithète la plus flétrissante qu'on puisse adresser à un particulier peu recommandable ou qui nous a blessé "c'est un chouan". Dit-on en parlant de lui, et c'est tout dire.

Dans ces temps troublés, le château de Vassy fut bien souvent le lieu d'assauts sanglants entre les chouans et les bleus, les républicains d'alors.

Favorisés réciproquement par d'épais taillis nombreux dans la contrée, que de furieux combats d'embuscades et d'escarmouches se livrèrent-ils alors dans les environs : au Botavel, au Pont de la Lande, au Vieux Theil, à Vaumousse, au champ des peignes, dans le champ pèlerin et quantité d'autres lieux élevés du même genre.

Par monts et par vaux, c'était alors un va et vient perpétuel à travers les plants, par-dessus les fossés escaladés, éventrés par les incessantes allées et venues diurnes et nocturnes des gens armés. Une fusillade nourrie terrifiait alors presque constamment les pauvres habitants de la contrée affolés, qui n'osaient sortir et dont les chaumières brûlaient fréquemment. Furieux et hurlant sans cesse les chiens faisaient rage. C'était terrifiant.

Après chaque rencontre, les morts nombreux jonchaient le sol, sur les bords des chemins, à travers les champs, au coin des bois, on en trouvait partout.

Sitôt l'action passée, chacun prenait soit sa "banne" soit son "banneau", attelait son boeuf en soupirant et s'en allait en gémissant charger et emporter, cahin-caha par charretées les cadavres des morts à l'antique cimetière de la paroisse St Martin du Theil pour les ensevelir dans la vaste et profonde carrière de schiste ardoisier qu'on y voyait dans ce temps là vers le sud-ouest et que cette triste circonstance fit alors combler. Carrière Duval au vieux Theil

La lugubre besogne accomplie, on se remettait au travail, mais toujours en alerte et à moitié rassuré. Que d'angoisses que de craintes de toute nature, les pauvres populations d'alors n'eurent-elles pas, en effet, à subir dans des temps si peu sûrs et si durs.

Les narrer, c'est navrant. Surtout les emplois de représailles de la gent chouanne sur les paisibles habitants du pays.

Ici, sans scrupules, la bande infernale des chouans ravi une jeune fille du pays à sa famille. Tous eurent la lâcheté d'abuser d'elle, et, après avoir honteusement assouvis leurs appétits bestiaux, malgré les pleurs, les cris et les supplications de la malheureuse, lâchement ils la pendirent par les cheveux aux branches d'un chêne touffus et la laissèrent ainsi mourir au coin d'un bois, au milieu d'angoisses tellement cruelles que le coeur en manque quand on y songe pour les qualifier. Son cadavre en pleine putréfaction fut retrouvé dans cette position quelques jours après le départ de ces bandits.

La rapacité de ces êtres immondes n'avait d'égale que leur lâcheté, et le raffinement de leur cruauté pour extorquer, à tout prix, l'argent et les ressources des malheureux paysans.

Sous les yeux mêmes du chef de la famille, lié et rendu incapable de leur porter le moindre secours, on torturait les faibles, femme et enfants pour arriver à leur faire dire où était leur argent caché. On les mutilait, on broyait leurs membres sans pitié. Et, quand ce moyen infâme ne réussissait pas à leur gré, illico ils avaient recours à celui ci-dessous plus cruel, tellement cruel que l'idée seule de la cruauté vous fait frémir d'horreur.

Mus par une gloutonnerie bestiale qui n'a de comparable que la voracité de la brute, avant d'opérer, ces êtres ignobles portaient l'audace, la sauvagerie jusqu'à commander et forcer les malheureuses victimes qu'ils allaient odieusement sacrifier à la satisfaction de leurs passions honteuses, de leur servir copieusement à boire et à manger, du meilleur cidre et de la meilleure "goutte". Les monstres !

Puis après s'être gorgé tout leur saoul vis à vis des malheureux rendus plus morts que vifs par la vue de leur sinistre présence, leur besogne infernale commençait.

Sans pitié, le chouan le plus barbare, empoignait alors un des membres de la famille qui devait être immolé. Séance tenante, il l'égorgeait sous les yeux des autres terrifiés et portait la cruauté jusqu'à saisir le coeur de la malheureuse victime encore toute pantelante, à le presser de toutes ses forces dans ses mains vis à vis des autres parents fous de douleur, en les menaçant de leur faire subir un sort semblable, s'ils persistaient à ne point vouloir leur dire où étaient cachées leurs économies.

Il n'est pas de genre de cruautés que ces monstres n'aient fait subir pour se procurer de l'or. La soif de l'or, elle poussa ces sauvages brutes à placer de force les pieds des malheureux paysans, hommes et femmes, sur la vaste tuile de la famille, rougie pour la circonstance sur un brasier d'enfer; à les y maintenir de force et les faire ainsi griller pour les décider à parler au milieu de souffrances que je laisse à apprécier.
Et dire que, successivement, les divers membres de la famille subissaient cette cruelle épreuve, jusqu'à ce que l'un d'eux, plus faible, ou vaincu par la souffrance, se décida enfin à ouvrir la bouche.

De telles atrocités sont terribles. La pensée seule en fait dresser les cheveux et, amène avec la chair de poule, l'indignation la plus puissante que tout coeur bien né puisse éprouver.
Sans cesse harcelé par ces êtres sans aveu, la situation des malheureux paysans, toujours sur la défensive, était des plus précaire. Redoutant toujours leur arrivée soudaine, nuit et jour, à tour de rôle, on faisait constamment le guet. On se réunissait, on s'assemblait, on délibérait afin d'opposer à l'ennemi, une résistance efficace.

Munis de fourches, de "brocs", de crocs, de faux emmanchés à rebours, de longs couteaux, de sabres, de fusils à pierre, de pied ferme, embusqués on attendait les chouans pour se procurer la sécurité et anéantir leurs lâches attaques. On leur opposait sans cesse le courage le plus énergique à la lâcheté la plus vicieuse. Toujours en éveil, le guetteur déchargeait impitoyablement son fusil sur le chouan agresseur qui tentait de pénétrer sournoisement dans un appartement pour accomplir sa sinistre besogne.
Intimidée souvent par ces résistances et très souvent inattendues la lugubre bande s'empressait alors de déguerpir, emportant soigneusement avec elle ses morts et ses blessés, afin de ne laisser derrière elle que le moins de traces possibles de leur passage maudit. Redoutant l'avenir et les conséquences terribles de leur lâche besogne, ils faisaient tout ce qui dépendait d'eux pour ne pas laisser connaître qui que ce soit de leur bande.

Ils poussaient même la prudence, parait-il, jusqu'à faire opérer dans une contrée, le chouan d'un autre endroit, des inconnus, par suite, et, dans cet autre pays, ceux de celui-ci. Partout, il en était ainsi.
Partout, les chouans du pays guidaient de loin, sans opérer, les étrangers du même acabit qu'eux, et sans remords, ils leur faisaient sinistrement accomplir ce qu'ils n'osaient perpétuer eux-mêmes.
Triste façon d'agir que celle où l'on fait agir en son lieu et place, redoutant les conséquences de ses actes ! Terrible temps que celui où la vie des gens paisibles est ainsi livrée à la merci des brigands fanatiques ou intéressés.
En présence d'un danger toujours imminent, la nécessité rendait industrieux.
Dans bien des endroits, à Sieurmoux en Montchamp, à Aunay en St Charles de Percy, aux Clos en Estry et bien ailleurs, outre les moyens de défense relatés ci-dessus, certains individus avaient installés à l'entrée de leur habitation, pour leur sécurité, un genre de mécanisme avec bascule qui faisait tomber ou frapper, à propos, sur ceux qui voulaient entrer de vive force - le tranchant ou la pointe d'une faux pour décapiter, mutiler ou éventrer l'intrus qui se présentait avec des allures insolites. Ce même mécanisme faisait aussi partir un fusil sans le secours de personne. En somme le résultat final était toujours le même.

- Ce texte datant de 1906 correspond à ce qui était alors enseigné dans les écoles mais pas réellement à la vérité historique. Il ne semble pas que ce texte ait été publié dans la revue Au Pays Virois


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