MOULIN dit Michelot
 
 

On voit encore dans la commune de St Jean des Bois, au hameau de Frédeville, une petite maison que rien ne semble distinguer des anciennes habitations du pays; grande pièce, basse et sombre, ouvrant sur un plant ombragé de poiriers; chambre au-dessus; toit de chaume; atelier en appentis, aujourd'hui détruit, à l'un des pignons. Au dessus de la porte, la date de 1761.

C'est là que, le 7 janvier 1771, naquit Michel Moulin. Son père était un forgeron aisé. Comme Michel était le seul survivant de onze enfants, ses parents le gardèrent à la maison et son instruction primaire fut fort négligée.

En revanche, le petit Moulin, comme on l'appelait dans le pays, devint d'une force et d'une agilité peu communes. Qand il eut l'âge d'homme, sa bonne santé et sa belle humeur avaient fait de lui le roi de la jeunesse du canton. Petit Moulin était de toutes les fêtes, de toutes les assemblées, de toutes les rixes qu'amenaient trop souvent en ce temps-là la rudesse des moeurs et les rivalités de paroisses.

A vingt deux ans, compris dans la réquisition de mars 1793, il était resté dans le pays, bien décidé à ne pas répondre à l'appel du départ et encourageant ses jeunes camarades à faire comme lui. Arriva, tout à coup, l'ordre à tous les réquisitionnaires, de se réunir au chef lieu de district pour s'y organiser en bataillon et marcher en masse contre les Vendéens qui s'avançaient sur la Normandie. Il se rendit à Domfront, comme les autres, pour s'y renseigner et aviser au parti qu'il fallait prendre. Ses camarades de St Jean le nommèrent capitaine, mais il refusa. A l'ordre de se diriger sur Mayenne et Laval, ils répondirent en demandant des armes. On n'en avait pas à leur donner. Autorisez-nous, du moins, à prendre celles des gardes nationaux qui nous ont accompagnés ici, mais qui vont rentrer dans leurs foyers, et n'ont pas besoin, pour cela, d'être armés. L'autorisation fut accordée sans difficultés aux jeunes réquisitionnaires de prendre non seulement les armes, mais les uniformes des gardes nationaux de leur commune. En un clin d'oeil, ils furent équipés et armés. Mais l'idée d'aller se battre contre les Vendéens, loin de leurs foyers, leur souriait peu; dans le trajet de Domfront à Mayenne, ils désertèrent et regagnèrent St Jean. Cette équipée irrita fort les patriotes, mais les coupables s'étaient saisis des armes des gardes nationaux chargés de les arrêter et pouvaient braver leurs menaces. A leur exemple, des réquisitionnaires des communes voisines, Flers, Landisacq et Truttemer le Grand voulurent s'organiser et se procurer des armes. Une réunion générale eut lieu la nuit, dans le bois Daufit, sur Chanu. Chaque compagnie choisit ses officiers et convint de désarmer les patriotes ou patauds de son voisinage. Le désarmement s'exécuta en effet, au fur et à mesure que les individus chargés de le faire reçurent des armes, ils passaient à ceux qui n'en avaient pas encore celles qu'ils s'étaient ainsi procurées, seulement pour éviter d'être reconnus et surtout dans la crainte que leurs familles ne fussent persécutées, ils avaient soin de n'opérer que dans les communes autres que la leur.

C'est ainsi que St Jean des Bois, déjà armé, désarma Landisacq, Chanu et St Cornier des Landes, Flers, La Carneille qui était fort ardente à la chasse des réfractaires, Truttemer le Grand, des portions du Fresne-Poret et de St Christophe de Chaulieu. Ces expéditions amenèrent des rixes. Il y eut des deux côtés des blessés, quelques morts mêmes, mais les réfractaires étaient trop peu nombreux, trop disséminés et trop dépourvus de munitions pour pouvoir tenir tête aux bataillons de ligne qui furent, à la fin de 1793, répartis dans les districts de Domfront, Vire, Mortain, Tinchebray, et aux gardes nationaux qui avaient conservé leurs armes ou s'en étaient procurés de nouvelles. Poursuivis avec acharnement, ils se réfugièrent dans les forêts, ils se creusèrent des cachettes souterraines. Leurs parents furent arrêtés et emmenés à Domfront, ceux de Moulin les premiers. Au bout de deux mois on les renvoya chez eux sans que les fils révoltés contre la loi eussent fait leur soumission.

Encouragés par cette impunité, les rebelles vont devenir de plus en plus audacieux et abriter leurs crimes sous le manteau de la religion et de la royauté. La désertion de Moulin était d'autant plus condamnable que toute l'Europe était en armes contre la France et qu'en combattant pour les Vendéens, ils combattaient en réalité pour les Anglais, pour les Allemands, pour les Autrichiens, pour les Espagnols et pour les Italiens.

Les lettres suivantes vont faire voir combien Moulin fut lâche et mauvais coeur de nous abandonner au moment où le district de Domfront avaient besoin du secours de tous ses enfants.

- Manuscrit Lelièvre, instituteur - 1900. Texte intégral

Seuls les deux derniers paragraphes sont de Lelièvre, la plus grande partie du texte est une copie du livre de La Sicotière paru 10 ans plus tôt...

 

Michel Moulin, nommé colonel sous la royauté, est mort à Caen chez sa fille et sa tombe se trouve dans le cimetière de cette ville.


Domfront, 30 brumaire, 2éme année républicaine. (20/11/1793)

L'adjudant général, commandant à Pré

au citoyen maire de la commune de Tinchebray

Citoyen maire,

Vous êtes instruit de la désertion des volontaires de votre canton.

Cette désertion désorganise totalement l'armée et entrave toutes nos opérations. Comment marcher à l'ennemi qui ravage nos contrées lorsque nous avons, dans nos armées, un si grand nombre de lâches qui abandonnent leurs postes, et qui promettent eux-mêmes de grossir l'armée brigandine, si on veut les faire rejoindre.

De concert avec nous, faites-les rejoindre, et servez vous de toute votre autorité, pour empêcher ces malveillants de procurer des forces à nos ennemis, et d'affaiblir les nôtres.

Je compte sur votre sansculotterie, aidez le commandant du bataillon, et dans peu, ils seront tous à leurs postes, qu'ils n'auraient jamais du quitter.

Salut et Fraternité,

L'adjudant général, commandant à Pré,

Coutard
 


Liberté Egalité la République ou la mort.

Les administrateurs du directoire du district de Domfront à la Municipalité de Tinchebray.

Frères,

Nous n'avons plus de souliers au magasin, le citoyen Moncarvile, commissaire ordonnateur à Caen nous en demande 3000 paires, nous nous trouvons dans l'impossiblité de lui faire cet envoi, puisque nous n'en avons que 80 paires qui ne suffiront pas pour chausser les volontaires qui partiront demain, et après demain.

Du zèle, citoyens, de la surveillance, et nos concitoyens n'iront pas pieds nus.

Faites des perquisitions, hâtez les cordonniers, faites examiner leurs ouvrages, et ça ira en dépit des malveillants.

En directoire à Domfront, le 18 floréal, l'an II de la République une et indivisible. (07/05/1794)

Ruault
 


Liberté, Egalité, Fraternité, ou la mort.

Domfront le 23 prairial, l'an II de la République Française (11/06/1794)

Citoyens,

Nous vous invitons de prévenir les citoyens de votre commune qui ont pris l'engagement de monter et atteler à leurs frais des voitures pour le service de la République, qu'il n'est plus temps de temporiser, que la patience nationale est poussée à bout, qu'il ne sera point fait de trêve avec la lâcheté, qu'on ne pardonnera point à ceux qui cherchent à éluder la loi, qu'en conséquence tous les citoyens de la première réquisition, qui doivent être les conducteurs de ces voitures, doivent, dans les vingt quatre heures de la réception, se rendre avec leurs voitures au chef lieu de district, pour y recevoir des ordres, dans le cas où ils ne seraient pas encore en activité de service, pour les convois militaires.

Salut et Fraternité

Renard, Ruault, Hervy
 


Liberté Egalité République ou la mort

Domfront, le 1er messidor, l'an II de la République française (11/06/1794)

Les administrateurs du district de Domfront à la Municipalité de Tinchebray.

Ordre à la première réquisition non visitée de se rendre à Domfront le 6 messidor

Citoyens,

L'officier de santé envoyé par le représentant du peuple est à Domfront. Ils attend les jeunes gens qui n'ont pas encore été visités. Je vous préviens que ceux de votre canton qui ne se rendront pas le cinq messidor au chef-lieu de district seront réputés émigrés, et leurs parents punis.

En conséquence, vous préviendrez les citoyens de la première réquisition capables de marcher que leur départ est fixé au quatre de ce mois, qu'ils en profitent pour se rendre au poste d'honneur.

Nous vous envoyons un homme du bataillon de St Pol que vous ferez nourrir et conduire dans les communes de votre canton, avec le nombre d'hommes, qui sont en détachement chez vous, que vous croire nécessaires, pour prévenir toutes les communes du canton.

Salut et fraternité

Ruault, Louvet, Michel
 


Le gouvernement est révolutionnaire

Egalité Liberté

Domfront 21 messidor, l'an II de la République française (09/07/1794)

Les administrateurs du district de Domfront, à la municipalité de Tinchebray

Citoyens,

La patience nationale est à son terme. Ceux qui ne se montrent pas les dignes enfants de la patrie, en marchand à sa défense, doivent être traités comme rebelles. En conséquence, nous déposons sous votre responsabilité le soin de soumettre les réfractaires de la première réquisition à la rigueur de la loi.

C'est la dernière fois que nous vous rappelons les devoirs sacrés, Républicains, remplissez-les, et jetez un regard sévère sur les méchants, et sur les lâches; qu'aucun d'eux n'échappent à votre surveillance.

Si vous ne pouvez les atteindre, que les biens des pères et mères et des receleurs soient séquestrés dans le courant de la décade; qu'ils soient ensuite traités comme père et mère d'émigrés.

Point de considération isolée, le glève de la loi doit frapper tous les coupables.

Salut et fraternité,

Ruault, Michel Br


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Texte Intégral

Sources : manuscrit Lelièvre (Vendéens et Chouans Tinchebray Vire), instituteur - 1900 - Archives Nationales -

22/09/2004