Nettoyer trop
bien son assiette dans un repas où l'on assiste comme
invité, est une sorte d'impolitesse dans les campagnes ; c'est
adresser un reproche indirect à son amphitryon de ne pas savoir
assez nourrir ses convives. les habitants de la
Ferrière-aux-Etangs (61) épluchaient sans doute avec soin
jusqu'au plus petit os, et de là le proverbe les nomme : Les
Lèche-plats de la Ferrière.(14)
.De solides
gars, ceux de la Forêt; mais ayant la tête prés du
bonnet et aimant trop à échanger des coups, histoire de
s'entretenir la main, comme on dit, aussi les nomme-t'on : Les
Tapageurs de la Forêt-Auvray(61).
Les Savates
du Gast (50) rappellent l'histoire d'un gourmand de cette paroisse,
auquel, un jour, on fit manger ses savates pour des tripes.
On dit aussi: Les
grenouilles de la Haussaire. La Haussaire est un village du Gast,
et les ménagères y bavardaient la journée, dit-on.
D'où l'allusion, sous forme de proverbe, à l'intarissable
coassement des grenouilles, qui rappelait leur caquetage.
Celui qui est
difficile en affaires. est un haricotier, et ceux qui tracassent des berbis
et des vlais à la foire au marché, sont
appelés aussi haricotiers.
Aussi sont-ils célèbres: Les haricotiers de Ger(50).
Puis, c'est encore cette grosse gaillardise : A Ger, les hommes
font des pots, et les femmes font des sots. Ger a des fabriques de
poterie. La première partie du proverbe est donc exacte, quant
à la seconde, nous n'avons pas à nous prononcer sur ce
point délicat.
C'était
par antiphrase qu'on disait: Les sorciers de Lassy(14). C'est
inexact, car ils ne sont pas moins retors que les autres habitants du
Bocage, et c'est tout dire.
Les
Louvetiers de Montchauvet (14) avaient plus d'une
célébrité. La population de cette commune, voisine
de Montchamp, était assez pauvre, et quelques-uns de ses membres
allaient, armés d'une bulle suspendue sur leur poitrine,
louvoyer d'un endroit à un autre. Cette bulle (permission de
l'évêque) qui souvent était fausse, attestait
d'ordinaire qu'ils avaient perdu, dans un incendie, tout ce qu'ils
possédaient.
Mortain(50),
Plus de pierres que de pain, ou plus de rochers que de pain. Aux
environs de cette ville, le sol est plus infertile et difficile
à cultiver que dans le reste du bocage. Le pain, la bouillie et
la galette de sarrasin y ont toujours en usage, et certaines gens n'en
ont même pas toujours à leur appétit, il faut
l'avouer.
L'aridité du sol a donné naissance encore à cet
autre centon:
Quand les mourets sont en saison, vivent le Rocher, Mortain et Bion.
Le mouret est
l'airelle ou myrtille. Cette plante qui croît dans les bois, dans
les landes et jusque dans les anfractuosités des rochers, est
très abondante dans les environs de Mortain, et son fruit noir
qui, ailleurs, n'est guère recherché que par des enfants,
sert quelquefois, dans ce pays, à la nourriture de toute la
famille.
On dit également du pays de Mortain que c'est la Suisse de la
Normandie. Rien n'est plus vrai, et ses sites offrent des
vallées les plus poétiquement sauvages que l'on puisse
voir.
Ceux des
environs de Mortain, Brécé, St-Pois et Juvigny, sont
encore connus sous le nom de ventres pelés, qu'on leur
donne à cause de la grande abondance de cerises qui croissent
dans cette contrée, et qu'ils cueillent en les mettant dans leur
chemise, tout autour d'eux, autant qu'il y en peut. Peut-être
aussi est-ce à cause du grand nombre de tripes et de fressures
de boeufs et de vaches qu'ils mangent tous les dimanches, en buvant de
l'eau-de-vie.
Les brulous du taureau de Romagny. Romagny (50), près de Mortain, était fort pauvre, et son église des plus misérable. Aussi sa cloche n'avait-elle pour corde qu'un lien de paille solidement tressée. Un taureau en ayant mangé un bout, les habitants le brûlèrent pour le punir de son méfait.
La chose est
possible, puisqu'on la rapporte. Mais, en Normandie, manquer de chanvre
!. Il faut croire alors que cette année-là le gibet
n'avait guère chômé.
Le
pèse-bouillie de St-Barthélemy (50). On assure que le
curé de cette paroisse des environs de Mortain, aurait nourri
son vicaire principalement avec de la bouillie rationnée fort
chichement.
Les fouines,
les piternes de St-Martin-de-Chaulieu. La fouine est le feu follet,
dont la capricieuse lueur égare le voyageur. Quant à la
piterne, c'est un animal imaginaire qu'on fait rechercher la nuit, aux
niais pour s'amuser d'eux. Le proverbe signifiait donc que les
habitants de Chaulieu étaient crédules et faciles
à abuser.
Les habitants de
Brémoy (14) ont la réputation d'avoir l'esprit
d'à-propos, de l'entregent, de la sortie enfin, et de là
ce dicton : il est de Brémoi, il a le nez long.
Deux
pelés et un galeux, c'est une locution souvent employée
pour désigner une réunion peu nombreuse, ou mal choisie.
Tel, le dicton relatif à Chambois (61); dont le marché
n'attirait presque personne : deux tousés et un pelé
font le marché de Chambois
Les
témoignoux de Viessoix (14). Un certain nombre de
localités avaient autrefois, hâtons-nous de le dire, la
réputation d'être abondamment pourvues de gens dont la
profession était de témoigner en justice. Comme tant
d'autres métiers celui de faux témoin a disparu, et avec
lui le proverbe injurieux qu'on appliquait à Viessoix
près Vire.
La vue d'une
loge de sabotiers établie on plein soleil, sous l'azur du ciel,
à la lisière d'une foutelaie et toute encadrée de
fraîche verdure, éveillait de plus riantes idées.
Grossièrement construite de troncs d'arbres et d'argile,
couverte de mottes de gazon velouté, elle était
flanquée d'une rustique cheminée en clayonnage
attaché avec des harts et rempli de terre glaise.
derrière la rustique cabane se déployaient gaiement les
longues allées des grands hêtres séculaires. De
vifs rayons de lumière transperçant la voûte de
feuillage, en jouaient dans la verte pénombre, et filtrant de
branche en branche, allaient s'épanouir sur quelque tronc
à l'écorce satinée, ou tomber en pluie d'or sur
l'émeraude du gazon semé de fleurettes.
Debout sous l'appentis, au milieu de copeaux abattus par sa gouge et sa plane, et le genou appuyé sur le bloc entaillé qui lui servait d'encoche, le sabotier, tout entier, à sa besogne, dégrossissait, en fredonnant, quelque bilhot, ou évidait, planait, façonnait avec soin un fin et léger sabot de jeune fille.
De la cahute voisine s'échappaient des nuages d'une épaisse fumée de bois vert destinée à teinter en jaune et à vernir les guirlandes de chaussures terminées, qui tapissaient l'intérieur.
L'industrie des sabotiers avait une importance qu'elle a de nos jours conservée en partie. En effet, ce n'est pas à moins de six cent mille qu'on évalue actuellement encore le nombre des paires de sabots fabriqués dans l'arrondissement de Vire seulement. Qu'on juge par là ce que ce devait être cette industrie lorsque les chaussures de cuir étaient d'un usage fort restreint.
Avec le mois de juillet commencent les nombreuses louées des domestiques ruraux, placées sous le patronyme de Saint Clair
Ces sortes de marchés, dont l'origine remonte peut être aux marchés d'esclaves dans l'antiquité, n'ont rien de particulier à la Normandie; on les trouve un peu partout, à diverses époques de l'année, dans la Bretagne, la Vendée, au centre de la France, en Allemagne et jusqu'au Danemark, partout où le travail loin de disparaître ou du moins de s'amoindrir, ainsi que bien des choses du passé, les Saint-Clair, comme on appelle ainsi les louées, ont pris au contraire plus d'importance, Cette institution tend à se généraliser. En effet, un assez grand nombre de ces assemblées ont été établies depuis quelques années, et l'on doit en conclure qu'elles répondent à un réel besoin de nos populations rurales. Il faut reconnaître que la dignité humaine est quelque peu atteinte dans ces marchés que la foire aux Chrétiens, ainsi qu'on appelle ironiquement la louée assimile presque l'homme au bétail, ou à l'esclave antique.
Mais l'usage fait, chez nous comme ailleurs, et maîtres et serviteurs ne se livrent guère aux réflexions philosophiques. pour les uns, obtenir des gages élevés, pour les autres, les réduire autant que possible, voilà de quoi tous s'occupent, au lieu de philosopher. La Saint-Clair est le complément de la fête patronale dans bien des communes, encore un jour de liesse populaire.
On y revoit les échoppes des marchands de victuailles, les étalages bon marché, le chanteur forain, des tentes, des cuisines en plein vent, en un mot les petites industries et le personnel nomade des solennités champêtres. C'est sur la place du village ou sous les rameaux d'un ombreux verger que d'ordinaire elle se tient. domestiques et servantes, cultivateurs, bourgeois et promeneurs, d'alentours sont accourus de bonne heure, et dès matin c'est déjà dans l'assemblée un gai remue-ménage plein d'entrain et de joyeuse libations. Rangés en file, selon leur sexe ou le genre de leurs occupations, les serviteurs attendent, en caquetant dru, en riant et en fredonnant, qu'on vienne marchander leur travail, mettre à prix leur intelligence présumée et leur force, acheter pour un temps leur liberté.
Femmes et filles ont à la main ou attaché au corsage un bouquet de roses ou de thym ; les hommes sont armés du fouet, le valet de ménage et le petit valet tiennent une baguette de coudrier.
La réunion de ces travailleurs des champs, dont les plus âgés conservent encore dans leur langage et leurs costumes des traces de cette originalité variété locale qui chaque jour s'efface, laisse pas d'offrir un spectacle assez piquant.
Les âges, les sexes et les diverses conditions du travail rustique s'y coudoient familièrement: l'enfant aux boucles blondes, à peine échappé de sous l'aile de sa mère, et le vieux barbon, vétéran du travail agricole, la pimpante fillette au frais minois, coquettement attifée, et la servante dont les traits flétris et les rides multiples accusent les ans, les veilles laborieuses et les fatigues. Puis c'est la pauvre veuve, encapuchonnée dans sa pelisse de deuil, avec son petiot qu'elle va louer, qui désormais trouvera dans le buffet du maître le chanteau parfois absent de la huche maternelle; le jovial garçon meunier, fouet sur le cou, fredonnant avec insouciance un refrain grivois; le vieux berger, drapé dans sa limousine terreuse, sordidement rapiécée, dont la mine triste et renfrognée révèle les nombreuses heures de solitude et les vagues rêveries où se consume son existence.
Puis, ce sont encore d'autres types, et parmi eux le jeune gars déjà grandelet qui sent son ambition s'accroître avec ses forces, et que stimule la légitime impatience de remplacer sa baguette de pâtour par le fouet du petit valet. Le gaillard ne doute de rien, et aux questions que lui adresse un fermier il s'empresse de répondre avec assurance : Ce que je sais faire ? Je sais pousser la charrue, semer, faucher, battre en grange, mener un harnois, et j'ai remplacé dans une grosse ferme un petit valet malade. Et il se redresse avec orgueil.
Le maître en quête de serviteurs passe avec une lente circonspection devant les rangs pressés des postulants, ll s'arrête regarder avec complaisance la robuste tournure de ce fort luron si bien charpenté, questionne celui-ci dont l'air éveillé fait bien augurer de son intelligence, admire les bras puissants de celui-là, si bien développés par le travail, et ses traits brunis par le hâle dénotant la santé. Il va ainsi de l'un à l'autre, passant dédaigneusement devant le pauvre hère mal conformé, et son examen minutieux rappelle involontairement celui qu'il fait pour l'achat d'un animal en foire.
Ce n'est
qu'après cette scrupuleuse inspection qu'il se décide
enfin à faire son choix. S'agit-il d'un valet de charrue ? Il
jettera son dévolu sur quelque vigoureux gaillard dont les
grosses mains calleuses lui promettent un solide compagnon de labeurs.
C'est que, pour ce rude emploi de grand valet il faut un gars solide,
aguerri contre l'inclémence des saisons, insoucieux des fatigues
et de l'ahan, qui puisse soulever allègrement la lourde gerbe,
et, d'un poignet aussi habile que fort, creuser profondément la
terre du soc tranchant de la charrue.
Mais, à ces qualités, il faut joindre encore la connaissance et l'habitude des travaux divers de l'exploitation agricole. C'est en effet le grand valet qui aura le gouvernement de l'écurie, présidera aux charrois, à la rentrée des moissons, ira chercher au loin la chaux fécondante, conduira les tonneaux de cidre à la ville, et devra dispenser avec zèle et régularité la provende et les soins à la superbe attelée, orgueil du maître et du valet.
Pour les grandes fermes, le choix d'un valet de ménage n'a pas moins d'importance, car si l'un est le bras qui exécute, l'autre est, avec le maître, l'intelligence qui conçoit et commande. Au valet de ménage l'honneur de partager avec celui-ci la direction générale, et la surveillance des travaux de la ferme, à ce serviteur à donner des conseils, des encouragements et l'exemple aux autres travailleurs. Le premier à l'ouvrage, il sera le dernier à délaisser la faulx ou le manche de charrue, et si le chant matinal du coq trouve le diligent valet occupé déjà a préparer la besogne de la journée, les aboiements des chiens, s'éteignant dans le silence de la nuit, le trouvent debout encore, jetant, avant d'aller reposer ses membres fatigués, un vigilant regard sur la ferme endormie.
Viennent ensuite le petit valet, jeune aide de culture et plus rarement de nos jours, le berger, pour conduire les moutons aux glanis, puis le pâtour, auquel est confiée la garde du bestial.
Pendant que le maître discute le prix des fouets, la maîtresse marchande les bouquets des servantes. D'abord il lui faut se pourvoir d'une fille de ménage, qui l'aidera à préparer la nourriture de la maisonnée et lui donnera un coup de main pour la besogne intérieure; ensuite une vachère dont l'occupation sera de conduire les vaches aux pâtis, de les traire matin et soir, de les affourer, d'abreuver les veaux, donner la pâtée aux porcs, soigner la laiterie et aider la ménagère à baratter les beaux pains de beurre que celle-ci vendra au crochet voisin.
La fermière devra louer enfin une jeune domestique qui portera les vivres aux champs, prendra soin de la basse-cour, et sera de surcroît l'auxiliaire de la maîtresse de maison pour les menues occupations. On voit que c'est un personnel aux aptitudes et aux occupations diverses qui doit être recruté aux louées, en plus ou moins grand nombre, pour remplacer les serviteurs qui ont reçu ou donné congé avant la Saint-Clair.
Les gages de chacun des travailleurs différent nécessairement suivant l'importance de l'occupation assignée.
Pour le grand valet et le valet de ménage, ils atteignent souvent quatre cents ou cinq cents Francs, davantage même lorsque la ferme est importante.
Ceux d'un
pâtour sont de cent à cent cinquante francs. Quant aux
servantes, les unes gagnent deux cents francs, les autres cinquante ou
cent francs de plus. Domestiques et servantes ont parfois des
faisances, une chemise ou deux, des sabots et quelques gratifications
sur la vente des produits de la ferme mais, le plus souvent, les
domestiques seuls profitent de ces gratifications lorsqu'elles sont
données à l'occasion de la vente du cidre, des pommes ou
des animaux.
D'après une antique habitude qui n'a pas disparu partout, la
servante prend souvent, en entrant, le nom de son maître. Ainsi
Rose HAMEL louée à Pierre Durand s'appellera Rose Durand,
si elle reste longtemps dans le ménage elle aura presque
oublié son propre nom, tant elle se sera identifiée avec
la famille dont, par un beau jour de Saint-Clair, elles est devenue un
des membres véritables.
La Saint-Clair est tombée en
desuétude quelques années avant la seconde Guerre
Mondiale.
Les pommes à cidre sont en général amères ou douces, très rarement sûres, car un trop grand nombre de ces pommes aurait pour résultat de rendre le cidre aigre. Aussi est-ce le mélange des autres pommes qui sert de préférence au brassage.
Si l'art de
brasser, la greffe des arbres, le mélange des diverses
espèces de fruits et les soins apportés à la
préparation du cidre ont fait depuis trente ans de grands
progrès, les pressoirs sont, pour la plupart, restés ce
qu'ils étaient durant le Moyen-Age, ne se sont guère
améliorés. Abrité sous un hangar, souvent ouvert
à tous les vents, l'énorme et grossier mécanisme
qui presse les fruits est encombrant et d'une manoeuvre pénible.
Les fruits sont écrasés dans les gates d'une auge
en granit, de forme circulaire, dans laquelle deux meules, l'une aussi
en granit, l' autre en bois, tournant en pivotant autour d'un arbre
central, où est adaptée une traverse mise en mouvement
par un cheval.
Quand les pommes sont écrasées par les roues, l'homme préposé à la pilaison les enlève avec une pelle à marc, en bois, il en fait une couche carrée sur le tablet ou mai du pressoir, le recouvre d'un lit de gluis, dépose sur ce lit une nouvelle couche de marc, recouverte encore de paille, et continue ainsi jusqu'à ce que les couches aient atteint une hauteur de trois à quatre pieds.
Le marc est alors complet, et à l'aide d'une grosse vis verticale en bois, que deux hommes, en poussant un levier, font péniblement tourner, le mouton, formé de deux chênes entiers à peine équarris, descend entre les jumelles (deux chênes verticaux), sur le marc, et sous sa puissante pression le cidre ruisselle sur les tablets, garni de rebords, tombe dans le béron (grande auge de granit) qui sert de récipient. Lorsque la pression est à son plus haut degré, on billotte pour la maintenir ainsi jusqu'à ce que le marc ait donné tout son jus, c'est-à-dire que des billots (pelotes de bois) sont placés entre le mouton et des traverses, afin de l'empêcher de se relever.
Presque toujours le marc est repassé sous les roues avant qu'il soit jeté. On le mouille de plusieurs seaux d'eau et il est soumis à une nouvelle pression. On obtient ainsi le repilé ou boisson, destiné à l'usage journalier de la maison.
Depuis la révolution il n'y a plus de pressoirs banaux, mais dans la plupart des villages on trouve des pressoirs appartenant à une cohérie, indivis entre les cohéritiers d'un auteur commun auquel est due la construction du pressoir, ou entre les représentants de ces cohéritiers. Chacun des ayant-droits dispose d'un certain nombre de jours pour pressurer. Les réparations au bâtiment et au mécanisme sont payées proportionnellement au nombre de jours dont jouit chaque communiste.
Certains petits propriétaires n'ont que des pressoirs à égrugettes, dont la forme rappelle celle des moulins à bras romains. les pommes sont mises dans l'entonnoir, en forme de pyramide inversée, qui surmonte l'appareil, et elles sont coupées menu en passant sur un cylindre garni de lames de fer, l'on tourne au moyen d'une manivelle. D'autres, au lieu de se servir d'égrugettes, maillochent les pommes, c'est-à-dire les écrasent avec un maillet ; mais l'un et l'autre mode de pressurage ne sont employés que pour fabriquer de petites quantités de boisson seulement.
Cette manière de procéder n'existe pratiquement plus -
elle a été remplacée par les "presses mobiles".
Ecouteux était un grand chien noir qui allait le soir écouter aux portes des maisons ce qu'on disait céans. Souvent la porte s'ouvrait d'elle-même et le chien entrait prendre place devant l'âtre et se chauffait. Lorsque l'heure d'aller dormir était arrivée, le chien disparaissait si soudainement qu'on ne savait comment il s'en était allé. On ne voit plus l'Ecouteux, mais il n'est guère de hameau, où l'on n'en parle; et, dans certaines maisons, on montre la place où il venait souvent prendre un air de feu au milieu de la famille. Quelquefois, le passant entendait trotter légèrement derrière lui; surpris, il se retournait et voyait, au clair de lune, un :grand chien sans ombre qui arrivait et bientôt lui marchait sur les talons.
A cette étrange apparition, le passant sentait ses cheveux se dresser sur sa tête et précipitait son allure; précaution superflue, le chien le rattrapait et trottait à son côté. Puis il grandissait, s'allongeait, et venant frôler le voyageur, semblait l'inviter à le chevaucher. Celui-ci, qui n'en avait garde, on le pense, accélérait sa course, mais son compagnon de route ne le lâchait qu'au seuil de sa demeure.
Une apparition non moins effrayante est celle de l'homme sans tête et sans bras. Parfois on le voit dans un carrefour, et parfois on le rencontre dans un chemin creux. Pas besoin n'est de dire qu'aussitôt on s'enfuit comme si le diable était à vos trousses. On prétend toutefois que celui qui, confiant en sa force , et sa résolution, empoigne bravement le fantôme, après avoir fait un signe de croix et s'être recommandé à Dieu, peut l'enlever de terre, et alors l'homme sans tête s'évanouit comme fumée. Mais si, paralysé par l'effroi, le présomptueux voit ses forces le trahir, malheur à lui, il est battu comme plâtre, et laissé mourant sur le sol.
Quelle faute
irrémissible avait commis cette femme que parfois on voyait
assise sur. l'échalier d'un champ, auprès de la
Croix-à-la-Main, à Caligny ? Nul ne le sait. Toujours
est-il qu'elle paraissait luire comme un charbon ardent dans
l'obscurité de la nuit. Du feu de l'enfer probablement. A celui
qui était assez osé, il y en a eu, pour lui dire de se
ranger, elle répondait d'une voix terrible : Passe, passe
ton chemin ; je remitte, je remitte. Et le passant ne se le faisait
pas répéter.
La croyance aux charmeurs de feu n'est pas moins répandue encore que celle relative aux monteurs d'orages. Ce sont surtout les prêtres qui passent pour connaître les paroles pouvant arrêter l'incendie. A l'appui de cette opinion, on cite partout des exemples qui le confirment. Ici, le curé a charmé le feu, l'a arrêté tout net, là, un autre prêtre a préservé un groupe de maisons qui, sans son intervention toute puissante, aurait été dévoré par l'incendie. Si tel quartier d'un bourg ou d'une ville même, telle ferme existe encore, c'est au curé de la paroisse qu'ils le doivent; .rien qu'en prononçant la formule secrète, et en disant au feu : tu n'iras pas plus loin, ou d'autres paroles accompagnées de prières spéciales, il a conjuré le feu.