Contestation sur le chemin de La Bigne

Jean Le Marchand exploitant ses terres à La Bigne décida le 28 avril 1825 de fermer par une "ballise" le chemin qui partant du chemin public du Pont de la Lande à l'église du Theil se dirigeait vers le Bois du Fil à travers ses terres.

Louis Huillard d'Aigneaux alors maire du Theil, lui enjoignait le 29 avril d'enlever cette fermeture dans un délai de deux heures. Devant le refus de Le Marchand, le maire demandait au sous-préfet de Vire de prendre un arrêté obligeant ce dernier à se conformer à la décision de la mairie.

Après échange de courriers, Louis Gabriel Hellouin ancien maire du Theil sous la révolution, ancien tabellion et quelque peu apparenté à Le Marchand, qui possédait également des terres héritées de Nicolas de La Bigne envoya la lettre suivante au sous-préfet de Vire :

A Monsieur le sous-préfet de l'arrondissement de Vire,

Louis Gabriel Hellouin de la Bigne à l'honneur de vous exposer que le sieur Jean Le Marchand, son voisin et copropriétaire dans la commune du Theil, lui communique : 1 - copie d'un procès-verbal de M. le Maire du Theil en date du .... dans lequel le sentier d'exploitation des terres de la Bigne (commune du Theil) est qualifié de chemin public. 2 - de votre arrêté M. le sous Préfet, par lequel, vous fondant sur ce que ce chemin est public, vous ordonnez la suppression d'une barrière posée sur une partie de ce chemin par M. Jean Le Marchand, qui n'avait agi ainsi que pour conserver un droit de servitude sur ce sentier.

Le procès-verbal et cet arrêté lui portent préjudice à cause de la qualification de chemin public, dommage qu'il réclame comme sa propriété privée et exclusive. Les motifs de sa réclamation reposent sur l'inspection des lieux et sur des titres qu'il communiquera à la Justice s'il était forcé d'y traduire la commune du Theil. Il résulte de l'inspection des lieux que le sentier dont il s'agit n'a été ouvert que pour les terres de la Bigne et pour leur exploitation ; qu'il aboutit d'un côté sans issue sur la voie publique, sur les champs dépendant tous autrefois des terres de la Bigne.

L'exposant fera demeurer constant, s'il est nécessaire : 1 que ce sentier est bordé dans toutes ses parties, sauf le bois appelé le bois du Fil; par des terres ayant toutes fait partie de la ferme de la Bigne. 2 et qu'il a été ouvert sur des champs qui lui appartiennent encore.

L'exposant a l'honneur de vous adresser la présente, à ce qu'il vous plaise, Monsieur le sous-Préfet, vous demandant de transmettre au conseil municipal de la commune du Theil, qui préalablement autorisé à s'assembler et à délibérer, déclarera s'il est d'avis de contester à l'exposant la propriété du chemin ci-dessus désigné...

Il a l'honneur d'être avec respect, Monsieur le sous-Préfet, votre serviteur.

Le sous-préfet et la mairie du Theil reculèrent devant la perspective d'un procès à l'issue incertaine, le chemin resta privé bien qu'il desservit le bois du Fil qui appartenait à l'époque à la famille Huillard d'Aigneaux.

Ce chemin dont une grande partie a disparu, fut utilisé encore au cours des dernières decennies par les habitants du Theil désirant se rendre d'un village à un autre en passant par le bois, est actuellement inutilisable.

 


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