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Louis Gilles OBLIN

Le Maire contesté d'Estry

Elu maire de la commune d'Estry le 21 septembre 1792, Louis Gilles Oblin, ancien curé de la paroisse et ex-religieux, eut quelques difficultés avec certains jeunes qui, désirant se faire apprecier des administrateurs du district de Vire envoyérent la lettre de dénonciation suivante :

Aux administrateurs de district de Vire,

Les citoyens soussignés des paroisses de Presles, Chesnedollé, Pierres, Bernières, Viessoix, Le Theil, Vassy et Rully, enrôlés pour défendre la patrie, ont cru devoir, avant de partir, vous dénoncer la conduite d'un sieur Oblin, prêtre de la commune d'Estry et actuellement maire de cette commune.

Il ne cesse par ses exemples et ses discours d'alarmer les consciences des paysans et de répandre la défiance parmi les citoyens. Ce prêtre turbulent a toujours affecté d'éviter toute communication avec le curé constitutionnel, n'a jamais voulu assister à aucun de ses offices et a fait marier sa soeur, il y a 5 à 6 mois, devant un curé réfractaire (il s'agissait de Pierre Fautré) pendant la nuit. Il empêche journellement par ses discours et plus encore par sa conduite les citoyens et citoyennes surtout, d'avoir confiance dans le curé constitutionnel (Pierre François Bridet), mille fois plus honnête homme que lui, parce qu'il a des moeurs et de la religion. Enfin, nous sommes convaincus que ce prêtre hypocrite et sans moeurs, est on ne peut plus dangereux, non seulement dans sa paroisse, mais encore dans toutes les paroisses qui ont le malheur de l'avoisiner.

En conséquence, Messieurs, nous demandons expressément pour le salut du canton, la prompte exécution de la loi du 26 août dernier (déportation en Guyane des prêtres réfractaires) concernant les coquins de cette espèce que Dieu nous avait envoyés dans sa colère.

Présenté le 29 septembre 1792 l'an 1er de la République Française

Signés : Michel Bosquet, Jean Lemonnier, J. Guillouet, Garnier, J. Gorgeu, C. Gorgeu, J. Duboscq, P. Lance, Jean Burel, J. Pesant et une + pour Pierre Chantreuil.

Lue le jour même à Vire, la réponse suivante fut envoyée à Estry :

Vu la demande de déportation formée le 29 du présent par treize citoyens (qui étaient 11) domiciliés dans le département du Calvados, contre le nommé Oblin, prêtre, actuellement maire d'Estry, en vertu de la loi du 26 août dernier, nous, administrateurs du directoire du district de Vire, ouï le procureur syndic, avons arrêté qu'il sera notifié copie collationnée de la susdite loi, audit Oblin, prêtre, avec sommation d'y obéir et de s'y conformer.

Arrêter en directoire , à Vire, le 29 septembre 1792, l'an 1er de la République Française.

Signés : Dumont, Duchesne, James, Josset, de la Vente procureur syndic.

Le 4 octobre 1792, Henri Lepetit, huissier à Vire, fait signification à Oblin, maire d'Estry, d'avoir à se soumettre à la loi du 26 août 1792 dont il délivre copie.

Ce courrier entrainait une réponse de la part des habitants d'Estry :

Le 8ème jour d'octobre, l'an 1792, le 4ème de la liberté, et le 1er de la République Française,

Le Conseil général de la commune d'Estry, assemblé, après avoir pris communication d'une dénonciation faite contre le sieur Louis Gilles Oblin, maire de ladite commune :

Déclare, qu'il a vu avec la plus grande surprise l'honneur et la réputation de son maire injustement attaqués par un dénonciation mendiée et mensongère, qu'il atteste avec vérité que ledit Oblin, s'est toujours comporté en honnête homme et a rempli avec distinction les honneurs de sa place et qu'il est très avantageux pour le bien de la commune qu'il reste attaché à son poste.

De plus attestons que ledit Louis Gilles Oblin a prêté le serment requis des fonctionnaires publics par la loi du 15 août dernier et a fait ponctuellement exécuter la loi.

Signés : J. H. Halley O.M., V. G. Halley O.M., N. Oblin O.M., H. Desmonts O.M., J. J. Doisnel O.M., G. Lemagnen procureur de la commune, Duchemin, Léonard, N. Lefrançois, Lepetit, V. Oblin, J. B. Olivier, M. Léonard notable, Jean Dumoussel notable, Pierre Chatel, Etienne Duchemin, G. Lecointe prud'homme, P. Pelcerf, Launay, Thomas Dubosq, J. Mitaine notable, N. Rabot greffier.(O.M. = officier municipal)

A la réception de ce courrier, les administrateurs de Vire portèrent l'affaire devant les administrateurs du département du Calvados à Caen en considérant que " lecture faite de la requête et pièces y jointes, le conseil estime que les certificats avantageux dont l'exposant fait étalage sont mendiés et arrachés à la faiblesse et à la crainte des habitants."

Après un échange de courriers, le directoire du département prenait l'arrêté suivant le 21 décembre 1792 :

-"Nous administrateurs du directoire du département du Calvados : considérant ce qui résulte de la dénonciation faite par onze citoyens des paroisses de Presles, Chesnedollé, Bernières, Viessoix, le Theil, Vassy et Rully, contre le sieur Oblin, prêtre d'Estry, et de l'avis motivé du directoire du district de Vire, par lequel il est constaté d'une manière positive que ledit Oblin est dans le cas de l'article 6 de la loi du 26 août dernier.

Considérant enfin qu'aux termes de la loi du 26 août dernier tous les ecclésiastiques non sermentés, séculiers et réguliers, prêtres, simples clercs, minorés ou frères lais, sans exception ni distinction, quoique n'étant pas assujettis au serment par la loi du 26 décembre 1790 et 17 avril 1791, seront soumis à toutes les dispositions de ladite loi, lorsque par quelques actes extérieurs ils auront occasionné des troubles venus à la connaissance des corps administratifs ou lorsque leur éloignement sera demandé par 6 citoyens domiciliés dans le même département, avons arrêté que la susdite loi du 26 août dernier sera mise en exécution envers ledit Oblin, prêtre de la paroisse d'Estry, en la forme et en la manière qu'elle prescrit. Le directoire du district de Vire chargé de faire exécuter sans délai le présent arrêté et de nous en référer."

En directoire, à Caen, le 21 décembre 1792, l'an 1er de la République Française.

signés : Mériel, Leclerc, Petit, Thiboult, Lefebvre, Bougon secrétaire général.

Dans une lettre du 30 décembre 1792, le conseil général d'Estry protestait violemment de cette décision de déportation du directoire de Caen conseillé par les administrateurs de Vire et demandait à nouveau le maintien de son maire injustement attaqué à la suite de fausses inculpations.

Cette affaire devait se terminer par l'abandon des poursuites le 8 janvier 1793 .....

ESTRY