1940-1944
les années sombres

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Dès Juin 1940 les allemands, après un dernier combat au bois de Vassy au grand déplaisir des commerçants de Vassy, occupaient le canton installant leurs campements dans les  petits bois par crainte de la RAF et logeant officiers et services dans les maisons et fermes les plus importantes,  comme partout couvre-feu dès 21 h, pas une lumière ne devait apparaître et les portes ne devaient jamais être fermées à clé
Occupants et occupés se toléraient en général, sans sympathie mais sans trop de difficultés, il s'agissait en général de militaires d'un certain âge qui rentraient de combats en Russie, du moins jusqu'aux débuts de 1944, où la situation devait s'aggraver avec l'arrivée d'unités SS fanatisées d'une brutalité extrême et dont les exactions furent nombreuses. L'occupant se ravitaillait sur les ressources des habitants, les maires étant chargés de satisfaire aux demandes par réquisition,  y compris les rares véhicules et les chevaux avec attelages et harnais.
Peu nombreux au début les effectifs des occupants augmentaient au fil des années avec la présence de prisonniers ou volontaires russes.
Dès 1941 les hommes valides des communes étaient requis pour assurer la surveillance des voies ferrées de Paris-Granville contre les sabotages et de la campagne avec mission de signaler tout atterrissage de parachutistes.

Aucun parachutiste n'a jamais été signalé et les gardiens de voies ferrées (un tous les 100 m) manquaient totalement de zèle n'hésitant pas à garnir les boites à graisse des wagons de sable, ou à récupérer rouleaux de barbelés où outils, sous la surveillance débonnaire de la plupart des  gendarmes du canton (un seul faisant exception) chargés de s'assurer de leur présence.  Les plus actifs étaient les quelques français chargés de la surveillance de hommes requis. Certains hommes furent ensuite  appelés par l'organisation Todt pour effectuer des travaux de construction de la station radar du Plessis-Grimoult ou de fortifications sur les côtes.
Les Allemands devenaient menaçants devant le peu d'empressement des désignés mais il y eut peu de sanctions signalées. En 1942 commençaient les départs pour le travail obligataire en Allemagne. Quelques uns partaient, mais ceux qui  eurent la chance de rentrer en permission n'osaient plus repartir. Toute la classe 42 du canton appelée à partir en 1943  réussit pour la plupart à échapper à la réquisition, de faux papiers d' identité étant fournis par des résistants de la Préfecture et des échanges de personnes s'opéraient entre différentes régions. Certains gendarmes français chargés du recrutement prévenaient très souvent les personnes concernées qui pouvaient disparaître, ce qui devait coûter la vie à deux d'entre eux, fusillés à Caen.
La résistance sous l'égide de l'Organisation Civile et Militaire fut active dans le canton surtout à Montchamp, Elle consistait surtout en missions de renseignement et sabotages des voies ferrées, véhicules et lignes téléphoniques.
A Montchamp le 13 août 1941, 9 heures du matin, une escouade de soldats allemands prend place autour de la mairie et arrêtent le  secrétaire de mairie Marcel Oblin puis Camille Lamoureux, Marcel Lamoureux, Roger Bouillon, et à Saint-Charles-de-Percy, Gérard Hallot et Georges Lepeltier. à la suite d'une dispute avec la fille du collaborateur Fernand Marguerite maire adjoint de St Charles de Percy.
Il fallut tous les efforts conjugués de M. Canard, secrétaire de la sous-préfecture, et des maires de Montchamp et de Saint-Charles-de-Percy, pour arracher le secrétaire de mairie à sa prison. Les cinq autres détenus, furent emmenés à la prison de Caen, Gérard Hallot et Georges Lepeltier furent relâchés, les deux Lamoureux ainsi que Roger Bouillon passèrent en cour martiale où ils furent condamnés : Marcel Lamoureux à dix-huit mois de prison, Camille Lamoureux à un an, Roger Bouillon à quarante jours. Marcel Lamoureux, transféré dans un camp d'internement, y contracta la tuberculose et fut renvoyé mourant chez ses parents à Carville.
L'état-major des FFI, inquiet des activités du chef milicien et soucieux de faire cesser ses agissements anti-patriotiques, demanda un ordre d'élimination qui fût accordé par le commandement. Le 31 janvier 1944, vers 20 h, un groupe de maquisards de Pontécoulant, chargé de l'exécution, investit la ferme Marguerite. Trois hommes pénètrent dans la salle commune et, d'une rafale de mitraillette, mettent fin à la carrière du milicien
La place laissée vacante  échoue à l'un de ses comparses, Roland Carpentier. Celui-ci, qui s'est surtout contenté jusqu'alors des rapines du marché noir et de viles dénonciations, entre dans la lutte ouverte contre les forces patriotiques. Habitant en lisière de la bruyère de Montchauvet, il a remarqué certaines allées et venues sur la colline, au pavillon de chasse particulièrement, et il s'intéresse donc de très près aux tribulations qui se manifestent aux alentours. Effectivement, le PC du maquis régional a été établi au pavillon chez Henri Schuh, bûcheron le jour et correspondant radio la nuit grâce à son émetteur. Par ailleurs, le plateau reçoit parfois la visite d'un trimoteur anglais amenant agents, armes, fonds, et repartant avec des informations et un courrier précieux pour Londres.

Deux groupes sont formés, l'un dirigé par Montama, Dolleans et Alexis Lair, l'autre commandé par Levardois.  En liaison avec les maquisards d'Estry, les francs-tireurs s'entraînent dans les bois de Montchamp, d'où ils surgissent pour de brefs coups de main.
28 avril 1944. Un parachutage sur la lande du plateau. Avec des gestes rapides, les maquisards éteignent les lampes de marquage, trainent les containers et plient les parachutes. Vu l'importance du parachutage, et le nombre de colis, Henri Schuh n'a pas le temps de contrôler exactement la réception. Pensant que tout est terminé, il donne l'ordre de repli. Un peu plus tard, effectuant l'inventaire, il s'aperçoit qu'il manque deux containers. Et, dès le jour levé, c'est le désastre l Tout le village voit, étalés sur le flanc du coteau, deux magnifiques parachutes rouges. Tout le village, mais aussi bien sûr Carpentier qui s'empresse de téléphoner à la Gestapo de Caen dont il dépend, laquelle ne tarde pas à arriver, presque en même temps que les gendarmes de Vire.
Sans chercher davantage, les policiers se ruent sur la première maison proche et rouent de coups les habitants. Ils fouillent partout, ne trouvent évidemment rien, et, de dépit, arrêtant le fils de la maison : Bernard Lechartier. Le malheureux garçon, frappé, durement interrogé, sera déporté en Allemagne et n'en reviendra pas. Pendant ce temps, d'autres gestapistes, montent au pavillon et se saisissent d'Henri Schuh, n'ayant pas parlé sous les tortures, il reviendra des camps pour mourir en 1946 des mauvais traitements. Une autre équipe, dont fait partie Carpentier, passe au peigne fin la Bruyère. Ils finissent par découvrir quatre tonnes d'armes, provenant du parachutage de la nuit, mais ne peuvent mettre la main sur l'essentiel du stock, soit près de vingt-cinq tonnes  Enchantés de leur trouvaille, s'imaginant avoir saisi la totalité des réserves, ils réquisitionnent plusieurs cultivateurs avec des tombereaux et reviennent triomphants à Montchamp.
Une grave altercation oppose Carpentier au maire, M. Morel, ainsi qu'aux gendarmes Caulet et Ménochet, de Vassy, à propos de la garde des voies de chemin de fer. Carpentier refuse en effet de prendre son tour comme tous les hommes soumis à cet impératif par la Kommandantur. Accusé de lâcheté par le chef de brigade Caulet, il hurle "qu'il va lui faire payer ça". Il tiendra parole. Le 23 mai, un milicien infiltré guidant la Gestapo revient au village. Mme Vincent et son mari sont arrêtés, leur maison pillée. La directrice de l'école des filles, Mme Monsion, qui hébergeait Montama, subit le même sort. Puis, successivement, Alexis Lair et son père Henri Lair, René Bizé, Elie Goudier et Léon Huard sont appréhendés. Le 25, deux jours après, nouvelle razzia : Camille Lamoureux, Roger Auvray, Jean Monsion et Camille Lepetit sont capturés. Le 30, la Gestapo emmène Mme Euthine, les gendarmes de Vassy François Caulet et Pierre Menochet, le boulanger Olivier Le Foll et M. Henri Morel, le maire. Joli travail de Roland Carpentier qui se pavane, ravi, et  obtient des nazis la faveur d'assister, rue des Jacobins, à Caen, aux interrogatoires.!
6 juin 1944 : les SS rassemblent les hommes. Ils sont amenés dans la cour ; une mitrailleuse se met en batterie, et les détenus sont abattus ; ceux qui tentent de fuir sont décimés par des rafales de mitraillette. On ne saura jamais avec précision le nombre exact des victimes : quatre-vingt-quinze ? quatre-vingt-douze ? En tout cas le nombre ne fut pas inférieur à quatre-vingt-huit. Entassés dans des camions, les corps furent emmenés pour une destination inconnue, et jamais retrouvés.
Le 8 juillet 1944, les feldgendarmes de Vire arrêtent encore plusieurs habitants : Fernand Auvray, Albert Legros, Emile Bottet. Dans la nuit, ce dernier parvient à s'enfuir alors les SS se saisissent de sa femme et de sa fille.  Entre le 3 et le 6 août 44 les allemands chassent les habitants de chez eux, et un vieillard de 74 ans, le père Lefebvre, qui s'obstine à ne pas vouloir abandonner sa demeure, est fusillé sur la place.
Roland Carpentier après sa fuite voulant revenir chez lui, fut abattu par des résistants vengeant ainsi leurs camarades. Pendant quelques années au cimetière de Montchamp, on pouvait voir une tombe avec une croix gammée

A Vassy,  Me Bâtard, le notaire, Camille Voivenel, cultivateur et futur conseiller général, Gérard Tafflet et son oncle Joseph Requeut, Henri Vivien, Soisnard, Olivier font partie d'un groupe. Au début de 1943, la Résistance  se renforce à Vassy avec l'engagement des gendarmes Menochet et Caulet, de Bouchereau, vétérinaire, et d'Amaury. (mort au combat fin 1944)
Début 1944, le groupe Voivenel, auquel appartient Tafflet, est doté d'armes plus perfectionnées grâce au parachutage réceptionné par les résistants de Condé. Pour en assurer la distribution, on utilise un transport original : les armes sont placées dans une bétaillère sur un lit de paille, recouvertes d'une autre épaisse couche de litière sur laquelle prend place une... vache, et en avant ! Les barrages sont franchis sans problèmes et l'armement entreposé dans le grenier perdu d'une étable au hameau des Solliers à Saint-Germain-du-Crioult. On s'en sert fréquemment, notamment pour :
- Incendier sur la route d'Aunay des camions de transport de carburant, à l'aide de plaquettes au phosphore.
- Attaquer des estafettes motocyclistes, afin de leur subtiliser les renseignements dont ils sont porteurs et les transmettre aux Alliés.
- Faire sauter les voies de chemin de fer de la ligne Paris-Granville â La Lande-Patry.
- Détruire les dépôts de matériel et de munitions.
Quelques autres opérations spectaculaires sont à inscrire au compte du groupe Voivenel de Vassy, dont une, essentielle pour les Alliés : la destruction du pont de Pontécoulant utilisé massivement par les Allemands pour faire monter en ligne leurs blindés et leurs convois. Il n'était plus possible à l'ennemi d'emprunter les grandes voies routières, pilonnées systématiquement par l'aviation alliée, qui avait détruit tous les ouvrages d'art sur ces routes. Seules, les petites départementales, serpentant sous le couvert du bocage, pouvaient encore permettre le passage. Leur interdire était vital pour les armées libératrices. Le pont de Pontécoulant franchissait une rivière fortement encaissée ; il figurait comme un point stratégique sur les cartes allemandes, aussi était-il gardé jour et nuit. Un poste de guet installé au carrefour de la route Condé - Aunay-sur-Odon en assurait la surveillance. Il sautait en juillet 44.

Comme partout, les combattants clandestins ont payé un lourd tribut bien oublié de nos jours. Si d'authentiques figures patriotiques ont eu la satisfaction, comme Gérard Tafflet et nombre de ses camarades, de participer à l'écrasement final du fascisme, combien d'obscurs et humbles artisans de la Victoire sont tombés sur ce sol qu'ils s'étaient juré de défendre. Et combien d'autres, comme Joseph Requeut et d'autres, ont péri loin de leur terre, dans l'univers concentrationnaire du régime nazi.
La collaboration fut également active dans le canton, économique pour certains qui travaillaient avec empressement pour le compte de l'occupant, bénéficiant de véhicules et pièces de rechange, ou fournisseurs du ravitaillement pour les allemands.
Certains n'hésitaient pas à dénoncer leurs voisins sous des prétextes quelques fois intéressés, ils ne devaient en général pas être inquiétés à la Libération.
Face aux restrictions de toutes sortes et tickets de rationnement, le marché noir fut très florissant, certains devaient faire fortune, quelques uns devaient être très légèrement condamnés.

la libération 1944