VASSY

Heraldique
des origines à nos jours ou presque..

VASSY, appelé successivement dans les anciens titres Waesei, Waaci, Wescie, Vacie, Waacy, Vascy, et enfin Vassy, et en latin Waesceium, Waasceum, Waceium, Vascium, etc., peut revendiquer une origine fort ancienne, ainsi que le prouve l'étymologie de son nom, emprunté à la langue celtique. Ce nom est formé du mot Was ou Waes, qui, composé lui-même de deux mots primitifs, Wa ou Wia, voie ou passage, et Ez ou Aes, eau, désigne l'endroit où l'on traverse une rivière. Il indique encore toute espèce de terrain que l'eau couvre et abandonne alternativement, le limon qu'elle y dépose, ainsi que les mares et réservoirs qu'elle y creuse. La terminaison ci ou cy, dont les romains paraissent avoir formé leur locus, signifie localité, emplacement.
Le nom de Vassy, avec les différentes idées qui s'y rattachent, indique tout à la fois une réunion d'habitations construites sur un sol exclusivement propre au pâturage. Un lieu voisin d'un cours d'eau, d'un gué, d'un chemin public qui vient s'y rendre. La première de ces qualifications appartient bien positivement à Vassy . Pour la deuxième, une très ancienne route, se rendant de Condé-sur-Noireau à Etouvy (Ituvium), et de là à Thorigny, traversait le territoire de Vassy et la petite rivière qui l'arrose. Deux des communes du canton de Vassy doivent leurs noms aux nombreux monuments de pierre vierge qu'on y rencontrait autrefois; ce sont les communes de Pierres et de La Roque. Un menhir existait encore dans cette dernière commune au lieu dit la Croix-du-Bourg-Lopin, au commencement de ce siècle. Il fut enlevé à cette époque et transporté à Danvou pour faire le support de la roue d'un moulin. Le champ où ce menhir s'élevait jadis porte encore le nom significatif de Champ de la Pierre, et il existait, dans une des haies qui l'entourent, le fragment d'un autre monument druidique.
Les Romains conservèrent les mêmes centres de population que les Gaulois, et la bourgade celtique de Vassy dut alors devenir un établissement romain. Dans le tracé des voies stratégiques, ils ne tinrent pas compte des routes établies par les habitants du pays, mais il en fut autrement pour les voies de communication d'un centre à un autre. Il est donc présumable que l'ancienne route d'Etouvy est leur ouvrage. Elle en présente d'ailleurs tous les caractères par la rectitude de son tracé, sa largeur et son encaissement. C'est à elle qu'est due l'origine de l'antique hameau de Rue ou de la Rue. La tradition prétend qu'il y existe plusieurs puits dont l'un, fouillé vers 1820, passait pour renfermer des trésors considérables. On n'y rencontra qu'une grande pierre de taille et quelques fragments de poterie romaine. Ce fait viendrait donc confirmer l'opinion qui attribue aux Romains le vieux chemin d'Etouvy. Le village de la Poterie a aussi conservé quelques traces de la présence des Romains. On y a trouvé jadis des fragments de vases antiques en terre cuite, de couleur noire et gris-bleuâtre, portant tous l'inscription : Marcel Man (Marcelli ou Marcellini, manufactura). Ce n'est donc pas seulement au siècle dernier que l'on y a exploité la terre à potier.
Un autre village, celui de La Motte, doit évidemment son nom à une de ces buttes ou vigies antiques établies aux sommets de nos collines, au versant de nos vallées, et dont la destination était de surveiller le pays et de transmettre les signaux. D'ailleurs, on a trouvé dans ce village , des médailles romaines, des débris de fioles en verre et de petits vases, enfin des sarcophages en pierre, taillés en forme d'auge. Cette pierre, fort blanche et de nature excessivement tendre, ressemblait à celle observée dans les murs d'un aqueduc qui fut rencontré sur un autre point de la commune de Vassy.
Enfin, le hameau du Vieux-Castel ou Castelet, s'il ne doit pas son nom et son origine à quelqu'un de ces costella ou retranchements gallo-romains dont les mottes n'étaient que les avant-postes ou postes intermédiaires, elle doit incontestablement au manoir féodal d'une de ces nombreuses familles qui habitaient le territoire de Vassy. Une ancienne tradition prétend qu'il existait à Vassy, à une époque lointaine, c'est-à-dire avant l'arrivée des hommes du Nord, une église placée sous l'invocation de Sainte-Anne, et qui, ayant été détruite et rebâtie plusieurs fois, fut définitivement supprimée et réunie à l'église actuelle de Vassy. Quoiqu'il en puisse être de cette tradition, c'est évidemment à saint Martin, évêque de Tours, que l'on doit attribuer la conversion au christianisme des habitants du territoire de Vassy. Ce saint prélat devint évêque, non pas seulement de Tours, mais, pour ainsi dire, de toute la Gaule, qu'il parcourait incessamment avec un zèle que rien ne pouvait lasser, prêchant partout la foi chrétienne. Martin pénétra dans les campagnes les plus reculées, renversant les temples des anciens dieux, abattant les idoles, coupant les bois qui leur étaient consacrés et mettant partout à la place la croix du Christ et les oratoires chrétiens. Il parcourut notre contrée dans tous les sens, et nous y retrouvons sa mémoire à chaque pas; à Barenton, aux Biards, à Saint-Martin-de-Chaulieu, etc., où il détruisit des temples d'idoles. Aussi, les peuples qu'il avait convertis élevèrent-ils plus tard quantités d'édifices sous son invocation. C'est à ce sentiment de reconnaissance qu'est due la fondation de l'église de Vassy, placée sous le patronage de saint Martin, et de celles de Montchamps, Rully, Le Theil, qui ont le même vocable. Une des paroisses dépendant de Vassy, Estry, appartenait, au IXe siècle, à saint Aldric, évêque du Mans, de 832 à 856
Puis arriva la conquête normande. Les propriétaires francs et gallo-romains furent chassés de leurs demeures par les compagnons de Rollon, auxquels celui-ci fit le partage des terres conquises, le nom de celui à qui le domaine de Vassy fut concédé est resté inconnu. Ce domaine comprenait un vaste territoire; il devint une baronnie importante dont le siège, le château fort, fut élevé sur le lieu du bourg de Vassy, qui a conservé jusqu'à nos jours l'appellation de Baronnie. Parmi les divers fiefs qui en dépendaient, on peut citer celui de Rue, appartenant à la famille du même nom; le fief de Catny ou Cagny, possédé par les du Rosel, et celui de Samay ou Samoy, appartenant à la puissante famille de Samoy.
Ces fiefs étaient tenus envers la baronnie de Vassy à des redevances annuelles consistant suivant l'usage du temps, en flèches, carquois, arcs, glaives, cuirasses et autres armes anciennes; les vassaux devaient en outre le service du château en temps de guerre.

Le premier sire de Vassy dont l'existence soit connue, est celui qui suivit le duc Guillaume à la conquête de l'Angleterre, en 1066, Hugues de Vassy. Il fut accompagné, dans son expédition, par ses deux fils, Robert et Yves, par les sires de Bernières le Patry, de Burcy, de Presles, de Montchamps, de Lassy, de Marsengle, et par d'autres chevaliers, ses voisins. Tous se couvrirent de gloire à la journée d'Hastings.
On ignore qu'elle fut la part du sire de Vassy dans la grande distribution des dons du vainqueur, mais on sait que ses deux fils furent généreusement récompensées par celui-ci. Robert reçut de Guillaume, la seigneurie de Baulebrook, dans le comté de Northampton, et beaucoup d'autres domaines. Le second, Yves, épousa l'héritière des baronnies d'Alnwick dans le Northumberland et de Malton, dans le Yorkshire. Son gendre Eustache, prit son nom et fonda l'abbaye d'Alnwick sous le règne du roi Etienne. Cet Eustache et ses descendants jouèrent un grand rôle à la cour des monarques anglais jusqu'au règne d'Edouard 1er, époque où ils s'éteignirent. Leurs biens passèrent dans la maison de Clifford. Il existe en Irlande un vicomte de Vescy, mais il ne parait pas se rattacher aux Vescy d'Angleterre, ni aux Vassy de Normandie. L'opinion commune était que cette famille descendait des ducs de Normandie par l'archevêque Robert, fils du duc Richard 1er. Mais cette opinion repose sur de fausses données, et son inexactitude a été démontrée. .
Robert de Vassy, que le Domsday Book et les titres anglais de la Tour de Londres appellent indistinctement Robert de Vescy, de Waacie, de Vaescy, etc. tout en possédant de vastes domaines de l'autre côté du détroit, cessa peu d'habiter la Normandie. On le voit figurer en 1082 et en 1086, en qualité de témoin ou de signataire de plusieurs chartes des abbayes de Caen et de Troarn. Sa famille fut sans doute assez nombreuse en Normandie, car il est hors de doute que c'était bien de lui qu'étaient issus :
1 - Hugues de Vassy (de Vaceio), prieur de Maule en 1076, 1077.
2 - Rolland, Philippe, Guy et Robert de Vassy, qui, en 1096, avec Jean de Burcy, Raoul et Robert Patry, seigneurs de Bernières, suivirent à la croisade le duc Robert II. Il est probable que Guy et Rolland de Vassy ne revirent jamais leur pays natal et qu'ils trouvèrent la mort dans les champs de la Palestine, car, de ce moment, il n'est plus fait mention d'eux.
Quant à leurs frères, Philippe et Robert, le premier, avant son départ pour la Terre Sainte, avait contracté une alliance qui lui avait donné un fils nommé Enguerrand. Robert, à son retour du même voyage, s'était fait prêtre; il devint curé de la grande portion de Vassy, et vivait encore en 1131, époque où, en présence de Richard Il (fils de Sanson), évêque de Bayeux, il signait avec Zacharie de Burcy, Armand de Gueprey, Richard de Vendeuvre, Raoul de Campigny et autres à la charte par laquelle Richard de Roullours donnait au prieuré du Plessis-Grimoult, diverses pièces de terre de ses domaines. Robert de Vassy est qualifié dans cette charte de Doyen de Vassy. Cette qualification indique probablement, ou que ce personnage était alors :le premier curé de la paroisse de Vassy, ou que, l'église de cette paroisse, fort richement dotée était partagée en trois bénéfices principaux, formant une sorte de collégiale et valait au chef de son clergé le titre de Doyen.
Enguerrand de Vassy posséda, avec la baronnie de Vassy, le riche et beau domaine de la Forêt Auvray. Il possédait aussi des fiefs et plusieurs droits considérables sur les paroisses du Mesnil-Gondouin, de Lonlay-le-Tesson, de Tilly, Chaulieu et autres, ce qui ne l'empêchait pas de se qualifier humble vassal de l'évêque de Bayeux. En 1105 ou 1108, il confirma à l'abbaye de Troarn, conjointement avec Robert, comte de Bellême et de Ponthieu (fils de Mabille de Bellême et de Roger de Montgommery), la possession du patronage et des dîmes, des églises de Milly et de Chaulieu, qui avaient été données à cette abbaye par Guillaume de Milly, seigneur de ces deux paroisses. Plus tard en 1121, Enguerrand do Vassy fonda, près du cours de l'Orne, dans la paroisse de la Forêt, un prieuré connu sous le nom de Chapelle ou Ermitage de Saint-Nicolas, et le donna, avec les dîmes de Lonlay-le-Tesson et du Mesnil- Gondouin, à l'abbaye d'Ardennes, fondée aussi cette année 1121.
Dans l'enquête que Henri 1er, duc de Normandie, roi d'Angleterre, fit dresser en 1133, immédiatement après la mort de l'évêque Richard, fils de Sanson, au sujet des fiefs militaires relevant de l'apanage temporel des prélats de Bayeux, il est dit que Enguerrand de Vassy ne tient de ces prélats qu'une simple vavassorerie, mais qu'il leur doit un service de demi-chevalier, par conséquent de vingt-cinq hommes d'armes. Enguerrand laissa un fils nommé Alfred, Alvered ou Auvray, lequel fut baron de Vassy, seigneur de la Forêt, et auquel cette paroisse est redevable de son nom d'Auvray, qu'elle porte encore de nos jours.
Auvray de Vassy signa, en 1165, avec Henry, évêque de Bayeux, Robert d'Estouteville et Roger Bacon, la charte par laquelle le roi Henri Il d'Angleterre, ratifia la fondation de l'hôpital Saint-Nicolas, de Bayeux. Trois ans après, par une charte scellée de son sceau particulier, qu'il ne faut pas confondre avec celui de sa famille, ce même seigneur donna à l'abbaye d'Aunay deux septiers de froment à prendre sur son moulin de Vassy. Auvray eut d'un premier mariage quatre fils : Philippe, Eudes ou Odon, Enguerrand et Roland; d'un second mariage avec la dame de Bernières en Bocage (Bernières-le-Patry) il eut deux fils, Gilbert et Guillaume. Ceux-ci, en 1169, avec le consentement et la participation de leur père, aumônèrent au prieuré du Plessis-Grimoult diverses rentes et redevances à prendre dans la paroisse de Bernières-en Bocage, dont ils étaient co-seigneurs du chef de leur mère. La postérité de ces seigneurs s'éteignit assez promptement.
Cette charte de 1169 est le dernier acte public où l'on voit figurer Auvray de Vassy, ce seigneur n'aura pas tardé à descendre dans la tombe.
Philippe de Vassy, fils aîné d'Auvray de Vassy, succédait à son père vers 1170 ou 1171. Selon les archives de la tour de Londres Philippe tenait directement des ducs de Normandie les trois quarts d'un fief de haubert, plus la moitié d'un autre fief, en tout cinq quarts ou portions. On le voit figurer avec deux frères sur les rôles de l'échiquier. On voit ces deux frères, Eudes et Enguerrand siéger aux assises de la Cour suprême à Bayeux. Enguerrand mourut en 1199, laissant une fille unique mariée à Hugues, premier seigneur de Saint-Germain-Langot, qualifié sénéchal de Saint-Germain-du-Crioult Le. 20 mars 1200, Philippe de Vassy, chevalier, baron de Vassy, seigneur de la Forêt-Auvray, donna à la chapelle Saint-Nicolas-sur-Orne, une rente de vingt sous, monnaie angevine. Après la fuite de Jean sans terre, Philippe de Vassy se rattacha, ainsi que tous les autres membres de la famille de Vassy, à la cause de Philippe-Auguste.
Les historiens le citent comme un des principaux barons qui servaient dans les armées de ce monarque, et aussi comme 1'un des plus riches feudataires de la province. Il assista au mois de novembre 1205, le dimanche après l'octave de la Toussaint, à l'assemblée convoquée à Rouen, par ordre du roi, à l'effet de statuer sur les prétentions émises par le haut clergé normand au sujet de certains droits féodaux et réguliers, tels que le patronage laïc, la haute justice, le plaid de l'épée, etc.
En 1210, par une charte conservée aux archives du Calvados, Philippe de Vassy donna à l'abbaye d'Aunay deux gerbes de la dîme de Vassy, En 1213, année où on le voit figurer à Rouen parmi les barons de l'échiquier, il céda à Jourdain du Hommet, évêque de Lisieux, qui en ce moment se disposait à fonder, sur le territoire de Juaye, l'abbaye de Mondaye ou Mont-Dée, non seulement tous les droits qu'il avait sur le patronage de cette paroisse, mais aussi tous ceux qu'il pourrait avoir sur la chapelle Sainte Marie de la Haye d'Aiguillon. La même année, son frère, Eudes de Vassy, alors chevalier, aumônait la léproserie de Juaye de huit septiers d'orge affectés aux besoins des malades. En 1216, Philippe et Roland de Vassy son frère, donnèrent à l'abbaye de Mondaye et à celle d'Ardennes, diverses redevances en grains à prendre tous les ans, aux termes de Pâques et de la St-Michel, sur le marché de Vassy. Roland de Vassy mourut vers la fin de cette année ou le commencement de l'année suivante, ainsi que cela résulte d'une charte de 1217, par laquelle Philippe de Vassy dispose d'une nouvelle rente de vingt sous en faveur de la chapelle de Cuy, et ce, pour le salut de l'âme de Roland de Vassy, son frère. Roland laissait un fils unique, nommé Richard.
Quant à Philippe, il avait épousé une noble dame du nom de Mabille ou Mabire, dont il avait eu:
1 - Mathilde de Vassy, mariée d'abord à Richard de Fontenay, puis à Simon Bacon, seigneur de Moley, qui la laissa également veuve.
2 -.Julienne de Vassy, mariée à Robert Marmion. Philippe de Vassy mourut en 1221, et, à cette époque, sa veuve, ses filles et ses gendres disposaient de son héritage, ou usaient de ses droits pour leur propre compte.
Vassy était alors un bourg important; son territoire était vaste, populeux, beaucoup de familles nobles y possédaient des domaines ainsi que nous l'avons vu, ce qui explique pourquoi l'église paroissiale se partageait en trois portions de cure; ayant chacune son patron, chacune son titulaire. La dignité de la baronnie donnait au seigneur qui la possédait le droit de haute-justice ; vingt- trois paroisses dépendaient de celle de Vassy; ces paroisses étaient les suivantes: Vassy, Moncy, La Villette, Campandré, Roucamps, Claire-Fougère, Montchauvet, Arclais, Le Theil (en partie), Saint-Martin-de-Chaulieu, Saint-Sauveur de Chaulieu, Presles, Roullours, Le Tourneur, Champ-du-Bout; Saint-Pierre-Tarentaine, Mesnil-Ozouf, Gatherno, Brémoy, Estry, Chênedollé, Le Désert et Truttemer.
Les habitants de Vassy jouissaient des privilèges de la bourgeoisie; ils étaient, par conséquent, exempts de toutes rentes seigneuriales ou cens sur leurs héritages; leurs habitations étaient affranchies de toute redevance féodale, étaient déchargés de tous services personnels envers le seigneur, ainsi que de l'entretien des moulins. Il jouissaient, dans l'étendue de la bourgeoisie, de la franchise des droits et coutumes dans les halles et marchés, pour l'exposition de leurs marchandises. La seule obligation à laquelle ils fussent assujettis était celle d'entretenir la motte féodale et les défenses du bourg, qui devaient alors consister, comme celles des autres bourgades, en palissades de bois.
Les franchises de la bourgeoisie furent accordées aux habitants des villes et des bourgs, dans le but d'attirer, par l'avantage des exemptions que nous venons d'énumérer et de la protection qu'ils y rencontraient, des habitants autour d'une forteresse, à l'abri d'une enceinte fortifiée. Ces établissements sont antérieurs à la fondation des communes normandes, et l'origine de celui de Vassy est inconnue. En outre de son château baronnial et de son église, Vassy possédait des foires; des marchés, des halles ; leur emplacement porte encore aujourd'hui le nom de Vieilles-Halles; il avait des moulins, un jeu de paume même, si l'on s'en rapporte à cette dénomination de vieux tripot qui est restée attachée à l'une des ruelles du bourg.
Diverses routes qui passaient par Vassy, ou auprès de Vassy, lui donnaient la faculté de pouvoir communiquer facilement avec les divers points de la province. On présume que la voie antique qui conduisait de Vieux à Avranches passait non loin du bourg. C'est cette ligne que suivirent les troupes de Geoffroy Plantagenet, en 1141, pour se rendre de Fontenay le-Marmion à Aunay et à Mortain. Comme toutes les églises primitives, celle de Vassy disparut et fut remplacée plus tard par celle qui existe actuellement. La tour, le choeur et quelques parties de la nef de cette église, paraissent appartenir au XlIIe siècle. Elle est sous l'invocation de Saint-Martin, de Notre-Dame et de Saint-André. Les trois curés percevaient les dîmes chacun sur son lot, à l'exception de quelques parties qui appartenaient aux abbayes d'Aunay, de Belle-Etoile, de Lonlay et à la Commanderie de Corval ou Courval.
Le préceptorat de Courval, situé dans la paroisse de Vassy, paraît avoir été fondé en même temps que les autres préceptorats par Philippe de Vassy, Guillaume de Vicques et autres; mais les chartes de donations ne subsistent plus. On trouve cependant la preuve de leur participation à cette fondation dans un accord fait au mois de juin 1226, en présence de Guillaume Acarin, doyen du Saint-Sépulcre de Caen, entre l'abbé et les religieux d'Aunay d'une part, et Guillaume d'Aquila, précepteur des maisons du Temple, en Normandie, ainsi que ses frères de la milice du temple de Courval, d'autre part, au sujet d'une contestation pour la dîme de Vassy, et celle du fief d'Aligny, donnée à ces derniers par Philippe de Vassy. Cette fondation est encore rappelée dans un accord fait en 1258, en présence de Richard de Pont et Robert Mahéas, chevaliers, entre les mêmes abbé et religieux d'Aunay, d'une part, et le frère Robert Payart, alors précepteur des maisons du Temple en Normandie. Enfin, un autre acte de ce même Robert Paiart ou Payart, daté de l'an 1261, délaisse aux religieux d'Aunay, deux gerbes de sa dîme de Senel, pour la même quantité de gerbes que ces religieux prélevaient sur la terre du Calvaire. Le fief de cet établissement s'étendait sur les paroisses de Rully, Bernières, Chênedollé et Beaumesnil, et il était situé sur le territoire de Vassy, au lieu dit l'hôpital.
La chapelle de la commanderie existe encore en partie; c'est une construction romane, à plein cintre et à contreforts droits. Elle offre quelque intérêt à l'archéologue. La commanderie fut réunie, plus tard, à celle de Beaugy. Les templiers de Courval furent arrêtés le 18 octobre 1307, par Thomas Alapenne, clerc du vicomte de Caen. Ils étaient trois: Etienne de Chateauneuf, commandeur de Courval, Richard Bellenguel et Guillaume Tane, templiers ; on les interrogea dans la salle du Châtelet de Caen. Aucun d'eux ne fut brûlé. Le chapelain qui desservait la chapelle de Courval pour l'ordre de Malte, qui avait succédé aux Templiers, était dans l'usage de faire l'eau bénite et le pain bénit les dimanches. Mgr de Nesmond, évêque de Bayeux, défendit, en 1665, au chapelain, qu'à l'avenir il en fût ainsi; mais François de Gastines, commandeur de Beaugy et de Courval, s'opposa à cette ordonnance de l'évêque, par exploit du 20 .août de la même année, déclarant au prélat que ce qui était fait par lui ne préjudicierait en rien aux droits, privilèges et dignités de lui commandeur de son ordre. A cette époque la commanderie de Courval était réunie à celle de Beaugy. Le commandeur de Gâtines fit en 1681, une transaction avec Grimoult, curé de la première portion de Vassy, au sujet des dîmes qu'il avait le droit de percevoir sur différents fiefs. L'inventaire de la commanderie de Courval, fait au début de la Révolution se trouve aux archives du Calvados.
Les armes des Vassy étaient d'argent aux trois tourteaux de sable. Un grand nombre de chartes, consenties en faveur des établissements religieux, par la famille de Vassy, témoignent de sa richesse et de sa pieuse générosité. Ces dons excitèrent l'émulation de nombreuses familles nobles qui avaient des fiefs sur le territoire de Vassy, et toutes se montrèrent également généreuses. En particulier, celles de Rue, de Saint-Germain, de Boisne, de Bédart, de Désert et de Bray. En 1236, Amaury de Vassy, par suite de la mort de Philippe, son oncle, et de Eudes, se trouvait être le seul héritier mâle du nom et des armes de la maison de Vassy. Il brilla au premier rang parmi les gentilshommes notables de la province, sous le règne de Saint-Louis. Il assista à deux assemblées des grands du royaume, tenues à Saint-Germain-en-Laye, par ordre du roi. Amaury avait un fils qui épousa N. de Batteholle ou Bouthoulle, dont la famille était établie à Barberie et à Saint-André-de-Fontenay. Cette alliance demeura stérile et le titre de la branche masculine aînée de la maison de Vassy retourna à Roland, fils de Richard et petit-fils de Roland. La maison de Vassy se trouva, dans la suite, divisée en plusieurs branches, dont une, en con- servant la terre et les armes de Vassy, prit le nom de Mahias et de Florie. Ainsi, selon l'abbé Beziers, Bertin Mahias donna, le 6 avril 1372, son aveu de la terre de Vassy il portait l'écu de Vassy sur son sceau, et il est qualifié de noble homme, chevalier, seigneur de Vassy en 1386 dans un arrêt de l'échiquier. Enfin, par une information de 1540, continue le même auteur, Richard Florie demeurant en la vicomté de Vire, justifia être descendu de Guillaume Mahias, frère puîné de Richard Mahias, seigneur et baron de Vassy.
La famille Mahias avait été dépossédée, pour une cause inconnue, de la seigneurie de Vassy, et que l'information de 1540 avait trait à la revendication, par un descendant de cette famille, de la seigneurie qui avait été l'apanage de ses ancêtres. En effet nous voyons Blanche de Bray, fille héritière de Guillaume, sire de Bray, prendre, vers l'année 1400, le titre de dame de Cernon, de Barenton, de Rully, de la Chapelle-Engerbaut, de Pont-Escoulant et de Vassy. Elle avait épousé Guillaume de Harcourt, fils de Jean de Harcourt et de Isabeau de Parthenay, chevalier, sire de la Ferté-Imbaut et de Livry, qui servit de 1359 à 1385, et mourut en cette même année 1400. Ils eurent trois filles. Nous voyons encore le roi Charles VI, par lettres du mois de mars 1408, annexer au comté de Mortain en faveur de Pierre de Navarre, la baronnie de Tracy et Vassy, d'un revenu annuel de 3 à 400 livres. Après la mort de Pierre de Navarre, décédé sans postérité à Sancerre, le 29 juillet 1412, au retour du siège de Bourges la baronnie de Vassy passa, avec la châtellenie de Condé, entre les mains de Charles Ill, roi de Navarre, son frère, qui, au même temps, fut obligé de les donner à Charles Rohan, seigneur de Guémené, fils de .Jeanne de Navarre, dite la Jeune, et de Jean 1er, vicomte de Rohan. par raison, dit le sire de Guémené, de certaine sentence et arrêt du Parlement, et en l'acquit de 4000 livres que Charles Il, roi de Navarre, avait promises à cette Jeanne, sa soeur.
Aucun document, ne parle de Vassy pendant l'occupation de la Normandie par les Anglais, à l'exception, toutefois, d'une lettre de Henri V, d'Angleterre, qui accorde à Jeanne de Vassy, veuve de Louis de Larchant, une dot selon la coutume du duché de Normandie (20 juin 1419). D'une autre lettre du même roi pour prier qu'on restitue les biens, dus au prieuré ou hôpital de Courval, situés dans le vicomté de Vire (21 mars 1419). Et d'un sauf-conduit délivré en faveur du vicomte Olivier de Vassy, notre soldat dit la lettre, jusqu'à ce qu'il puisse parvenir auprès du roi (2 janvier 1421).
Les deux Vassy dont il est question dans ces documents appartenaient à la branche de Vassy établie à la Forêt-Auvray. Louis de Rohan, deuxième du nom, seigneur de Guérnené, Laroche-Moisan, Montauban, Landal, Romillé, Marigny, Condé-sur-Noireau, Tracy et Vassy, baron de Lanvaux, etc, surnommé le Grand, fit hommage au roi, le 14 février 1469, des seigneuries de Condé-sur-Noireau, Tracy et Vassy. Il fut un des seigneurs bretons qui se liguèrent, en 1484, pour faire le procès à Landais, favori de François Il, duc de Bretagne. Ce prince le créa baron de Lanvaux, par suite de l'amnistie qu'il accorda, le 13 août 1485, à ceux qui avaient pris part au supplice de Landais. Il fit le voyage de la Terre-Sainte en 1488, et mourut le 25 mai.1508.
La Réforme ne fit aucun prosélyte à Vassy. Un de ses seigneurs, cependant, Jacques de Vassy, baron de la Forêt-Auvray, embrassa avec ardeur les nouvelles idées et devint un des plus actifs lieutenants de Montgommery. Mais son exemple n'eut aucune influence sur les habitants de ses domaines de Vassy, qui demeurèrent inébranlables dans leur attachement à la foi de leurs pères. Vassy-Laforêt, après avoir pris une part considérable à la guerre civile qui désolait la Basse-Normandie, périt le 6 août 1562, à la prise du Château de Vire, par le duc d'Etampes et Matignon. Il s'était rendu à un capitaine catholique, le sieur de Sourdeval, mais un officier à la garde de qui il avait été confié le fit tuer sur le champ par ses soldats.
La baronnie de Vassy entra dans la famille de Marguerye, par le mariage d'Esther, fille unique de Claude, baron de Vassy, avec Bernardin Marguerye, seigneur d'Estreham, Neuville-sur-Port, etc. (23 novembre 1612). Esther mourut en 1635, de ce mariage sortirent plusieurs fils et plusieurs filles. L'aîné des fils, capucin, connu sous le nom de Constantin de Vassy, était un homme de beaucoup d'esprit, connu à la Cour ; on voulut lui donner un évêché qu'il refusa. Jacques de Marguerye, seigneur et baron de Vassy, son frère, conseiller au parlement de Bretagne, nomma, en 1689, à la cure de Vassy, première portion. Sa femme était Jeanne de Marbeuf, fille de Claude de Marbeuf, président au même parlement. Les autres seigneurs de Vassy furent Claude François de Marguerye, marquis de Vassy, châtelain de Neuville-sur-Port, marié en 1692 a Louise Le Prévost, dame de Réviers. Henry-Charles-Antoine de Marguerye, marquis de Vassy, seigneur de Moncy, Reviers, Claire-Fougère, La Motte-Bigot, Le Theil (en partie), etc., chevalier de l'Ordre militaire de Saint-Louis, enseigne des gendarmes de Bretagne, ensuite maistre de camp de cavalerie. Il épousa en 1727 Louise de Montéclair, seigneur de Fontaine-Henry, Bény, Bréville, Domville.
Vassy avait été, jusqu'à cette époque, une des sergenteries les plus considérables de la vicomté de Vire. 19 paroisses en dépendaient et différents actes des années 1225 et 1226, prouvent que les "genz d'icelle vicomté" y tenaient fort souvent leurs plaids. On trouvait, aux archives de Caen, divers autres actes passés en 1296 et en 1399, en présence du vicomte de Vire, aux plaids de Vassy de là sans doute est venue la dénomination de vicomté de Vire et de Vassy, que cette dernière portait encore à la fin du 17e siècle. Dans les derniers temps, les audiences se tenaient tous les mardis pour les deux sergenteries de Vassy et de Saint-Jean-le-Blanc, et pour cinq paroisses de la moyenne justice de Flers. Cette vicomté avait été démembrée de Vire par l'édit de 1630. A cette époque, le nombre de ses habitants, était d'environ 3000. Ce nombre sera constant jusque vers 1875 pour décroître rapidement ces dernières décennies.
Situé auprès de la route de Paris en Bretagne, que parcoururent tant de fois les troupes qui firent la guerre en Normandie pendant l'époque du moyen-âge Vassy dut subir maintes fois les terribles vicissitudes de ces temps de luttes continuelles. Il fut à diverses reprises réduit en cendres, et c'est probablement dans quelqu'une de ces tristes circonstances que sa motte féodale disparut.
En 1763, par le mariage de la fille du Marquis de Vassy, la seigneurie passa dans la famille de Carbonnel de Canisy. La terre et le château appartenaient ensuite à la duchesse de Vicence, née de Canisy et à la marquise de Caulaincourt, sa bru. Le château était considérable: de magnifiques futaies de hêtres, plantés sur les. éminences voisines l'annonçaient de loin aux regards des voyageurs; malheureusement une grande partie de ces beaux arbres a été abattue vers 1827, ce qui avait inspiré au poète de Chênedollé une fort belle pièce de vers. Il restait encore une petite partie de ces futaies; on les apercevait à plus de 10 kilomètres à la ronde.

Les incendies

Le bourg de Vassy qui était un amas irrégulier de maisons sans caractères construites sans alignement au bord des chemins et sentiers et couvertes en paille allait subir avant la fin de l'an V (1796) un premier incendie, prélude de celui qui dévora 220 maisons six ans plus tard. Aucune mention n'ayant été faite de ce premier incendie, il n'est connu que par la vente des cendres qu'il avait produites, vente contenue dans le registre de l'administration municipale du canton de Vassy, mais il avait dû être considérable à en juger par ces délibérations : L'administration municipale ayant constaté que la cendre mise en tas par son ordre était l'objet de dilapidations et qu'elle serait de nulle valeur s'il n'était promptement pris des mesures pour en tirer parti , ordonna sa vente. Le 22 frimaire an VI, (12/12/1797) l'administration en séance, le citoyen Chaventré faisant fonction de commissaire du directoire exécutif, arrête qu'il va être sur le champ procédé à la vente de la dite cendre au plus offrant et dernier enchérisseur.
1- Vingt boisseaux à prendre dans le gros monceau, mis à prix à dix sols le boisseau, entendu le boisseau à sarrasin de la commune de Vassy comble à un acheteur resté inconnu.
2 A Noël du Theil au prix d'une livre huit sols 9 deniers le boisseau.
3 Un autre monceau, à Lebarbé de Bernières à 24 sols 6 deniers le boisseau. Que le citoyen Godefroy, agent de la commune de Vassy, sera chargé de livrer la dite cendre.
Les cendres ci-dessus livrées, le montant est de la quantité de cent quarante-six boisseaux, montant à la somme de 207 livres 10 sols. 6 deniers que le citoyen Godefroy a reçue et dont il a justifié l'emploi. Signés : Tirard, président, F. Chaventré, agent, M. Baron, adjoint, .J-B. Leroy, agent, Roger, agent, Charles Bizé, agent.
C'est le 15 août 1803 qu'éclata dans le bourg de Vassy le terrible incendie causé par des coups de fusil tirés en l'honneur du nouveau curé, qui devait le détruire presque entièrement, il ne restait que 20 maisons sur 250; ce qui motiva la lettre du sous-préfet de Vire au préfet. "24 pluviôse an XIII (13/02/1805) - J'ai l'honneur de vous adresser 194 pétitions des incendiés de la commune de Vassy, tendant à obtenir la décharge de leurs contributions foncières, mobilières et personnelles, et des portes et fenêtres de l'an XIII (1805). Le contrôleur des contributions a porté à la fin de chaque état, plusieurs incendiés qui n'ont point présenté de pétition parce qu' ayant été réduits à la plus affreuse misère, ils ont abandonné le pays pour mendier où gagner leur vie. Je pense que ces articles rentrant dans la classe des cotes irrécouvrables, le percepteur doit en obtenir directement la décharge."
Des quêtes furent faites partout, afin de pourvoir aux besoins les plus urgents et d'après une autre lettre, les efforts communs donnèrent de bons résultats. " Caen, le 7 pluviôse, an XII (28/11/1804) de la République française une et indivisible. Le préfet du département du Calvados au sous-préfet de l'arrondissement de Vire : J'ai reçu, citoyen sous-Préfet, la lettre du 30 nivôse (21 janvier) dernier, par laquelle, en m'adressant le rapport général sur les secours distribués aux habitants incendiés de Vassy, vous annoncez qu'il reste encore à distribuer une somme de 563 livres 14 s.6 d. provenant des quêtes versées depuis le 9 vendémiaire (9 octobre) dernier. Je pense comme vous que le meilleur usage que l'on puisse faire de cette somme consiste à l'employer à réparer la halle à bled de Vassy. Je pense également que vous pouvez avec raison adresser aux maires des communes de votre arrondissement qui n'auront pas fait de quêtes une lettre de reproches pour ne s'être pas acquittés de l'espèce de devoir que vous leur aviez imposé et que l'intérêt qu'inspirait le malheur de leurs concitoyens aurait du leur rendre si doux à remplir ". "Quant aux maires des communes de Mesnil-Benoit et de Campagnolles, si vous avez acquis la certitude qu'ils ont gardé le produit des quêtes qu'ils ont faites, je vous engage non seulement à leur envoyer des garnisaires (militaires) jusqu'à ce qu'ils aient versé les sommes qu'ils ont entre les mains, mais encore à me faire un rapport afin que je les suspende de leurs fonctions. J'ai l'honneur de vous saluer. Signé: Ch. Caffarelli. "
Quant à la halle au blés, on ne fit pas les réparations, sans doute pour éviter de greffer du neuf sur du vieux. Deux ans plus tard, on reconnut l'urgence de construire une halle nouvelle. D'où cette communication du sous-préfet au maire de Vassy . "Vire, le 25 vendémiaire an XIV (17/10/1805) J'ai l'honneur de vous adresser, Monsieur le Maire, un arrêté que M. le préfet a pris sur ma demande pour la convocation du conseil municipal de votre commune aux fins de délibérer sur le mode le plus avantageux et le plus économique de construire une halle à bled pour le bourg de Vassy . J'ai considéré que cet établissement est de la plus grande nécessité pour l'avantage des habitants du canton qui viennent à ce marché, pour la prospérité du bourg... Je sais bien que la commune de Vassy n'a pas en ce moment les moyens suffisants pour faire face à cette dépense, mais il est possible de se les procurer en faisant un emprunt qui ne doit tarder que deux ans à être remboursé par le produit tant de la location des places que du produit du pesage et mesurage qui deviendra ensuite une source de revenus pour la commune. Je pense qu'il serait utile que vous vous entendissiez d'avance avec le sieur de Canisy, propriétaire de l'ancienne halle pour savoir de lui s'il voudrait traiter et à quelles conditions de l'emplacement de l'ancienne halle."
Une autre lettre du sous-préfet fait connaître la solution meilleure proposée pour cette affaire de la halle : Du 13 brumaire an XIV (04/11/1805) - M. le préfet. J'ai réussi à procurer une halle au bourg de Vassy, en conséquence de l'autorisation que vous m'avez accordée de convoquer le conseil municipal pour cet objet. Le maire ainsi que je le lui avais prescrit s'est entendu avec M. de Canisy pour traiter de gré à gré non de l'ancienne halle dont il ne reste plus de vestiges, et qui eût été une chose trop chère mais de la Boucherie actuelle qui lui appartenait. Ce dernier objet est cédé à la commune pour le prix de 2.200 frcs. Le Conseil municipal a approuvé ce projet de marché et a pris en conséquence la délibération ci-jointe que j'ai l'honneur de vous adresser. Je vous prie, Monsieur le préfet, d'y donner votre approbation parce que ce traité est avantageux pour le bourg de Vassy qui aura enfin une halle pour l'avantage des cultivateurs qui y mettront leurs denrées à couvert et du bourg de Vassy pour qui elle sera une source de produits. La situation de l'établissement est au milieu du bourg et par conséquent elle concilie toutes les petites discussions qui s'élevaient entre les particuliers pour l'obtenir chacun d'eux le plus près possible de leurs maisons. Son étendue que l'on pourrait désirer plus grande est cependant suffisante pour le courant des marchés, sa longueur est de 31m10 sa largeur de 6m15 les piliers existent tous mais il n'y a qu'un tiers à peu près de couvert. Ce seront les produits de la halle qui finiront cette couverture après qu'on en aura employé la quantité suffisante pour achever de payer le prix de l'acquisition pour laquelle on n'a de ressources, au moment actuel, que la somme de 617 fr montant du produit des quêtes non distribuées et Cinq cents Francs environ de centimes communaux en caisse. Quant au restant du prix j'ai vu l'homme d'affaires de M. de Canisy qui me répondit à cet égard sur la place même ou je le rencontrai qu'il pensait qu'on accorderait deux années pour payer le reste du prix de l'acquisition savoir moitié à la fin de la première année et le reste à la fin de la seconde."
Tout paraît arrangé : mais il n'en est rien. Quatre ans se passent dans les retards et les indécisions des bureaux du ministre, M. de Canisy s'impatiente et vend sa boucherie à des particuliers.
Ceux-ci vont construire des bâtiments dessus, et le sous-préfet écrit. "9 juillet 1808. - A Monsieur le préfet. J'ai l'honneur de vous transmettre une pétition du maire de Vassy par laquelle il expose que les acquéreurs de la boucherie de Vassy sont bien écartés de céder leur marché à la commune pour en faire une halle à bled, mais qu'ils se proposent au contraire de faire bâtir et d'empiéter la place publique pour se mettre à l'alignement de la grande route et il prend la précaution de vous adresser sa réclamation pour leur défendre d'exécuter leurs projets".
Il est certain que le préfet prit sur lui d'ordonner des mesures conformes à l'intérêt général, car le sous-préfet donne les instructions ci-après, dès le 11 juillet : "Halle de Vassy - Veuillez bien, monsieur le maire, appeler devant vous tous les acquéreurs de la boucherie de Vassy et leur faire une défense formelle d'entreprendre aucun édifice sur cette boucherie et la leur faire regarder comme un bien communal dont la propriété doit leur être sacrée. Vous aurez également soin de leur faire signer un reçu de la défense que je vous charge de leur faire. La question fut-elle enfin réglée par cet acte d'autorité ? Aucun renseignement ne permet de l'affirmer.
Les habitants de Vassy, loin de désespérer, après la catastrophe de 1803, avaient donc reconstruit leurs maisons dans un court délai. Une autre lettre précise où la pierre fut prise et indique que la route de Falaise à Vire était en chantier à cette époque."Caen, 5 fructidor an 13 (23/08/1805) - Le préfet au sous-préfet. Après l'incendie qui réduisit, il y a environ deux ans: la presque totalité du bourg de Vassy, les habitants pressés de construire de nouvelles maisons tirèrent la pierre qui leur était nécessaire des endroits les plus à portée, particulièrement dans l'emplacement de la grande route de Falaise, à la sortie de leur bourg. On reconnut ce délit, mais la malheureuse position, dans laquelle ils se trouvaient commanda l'indulgence et on ne s'opposa point à l'extraction qu'ils faisaient. Aujourd'hui que leurs maisons sont construites, du moins en grande partie, il est indispensable de rétablir la portion de route qu'ils ont dégradée, de combler les trous qu'ils ont ouverts et de charger les auteurs du délit de sa réparation". Suivent les prescriptions, pour parvenir à ce résultat, boucher les excavations avec les terres restées sur les bords et en faire apporter d'autres par les habitants qui ont pris de la pierre.
La création d'une place centrale fut le résultat de la construction de cette route, qu'on poursuivit autant que le permettaient la pénurie des fonds et la modicité des crédits distribués aux travaux qui n'étaient pas ceux de la guerre. Le 10 mai 1806, le préfet informe qu'il a délivré des mandats, pour 3841fr.35, aux particuliers qui ont fourni le terrain de l'emplacement de la route de Falaise à Granville, entre le chemin du Hamel et l'entrée du bourg de Vassy.
A Vassy, la municipalité était aux prises avec de graves difficultés et dépourvue pendant longtemps des édifices communaux indispensables, parce que ceux-ci étaient la propriété des anciens seigneurs : halle aux grains, boucheries et maisons communes furent revendiqués et rendus à ceux qui avaient été dépossédés pour cause d'émigration.
Ce bourgs fut alors obligé d'acheter les édifices nécessaires ou d'en faire construire de nouveaux.
Les Soeurs de la Providence avaient à la Révolution, un établissement. Leur jardin fut loué au profit de la nation le 1er germinal an II (21/03/1794) au prix de 50 fr. en assignats. La maison des soeurs fut occupée par un détachement de troupes, ainsi que le jardin y attenant, de l'an IV au mois de pluviôse an VIII (01/1800). Outre ses halles, la commune de Vassy dut racheter encore de M. de Carbonnel-Canisy l'emplacement de l'ancienne école de la Providence dont il vient d'être question.
Pour n'avoir pas traîné en longueur comme l'affaire des halles, celle-ci fut néanmoins laborieuse. Une lettre renferme un détail intéressant le 16 avril 1816, le maire de Vassy écrit au sous-préfet : "l'ancien presbytère de Vassy dont il ne reste plus que les murs, est à plus d'un quart de lieue de l'église (actuellement rue du vieux presbytère). Actuellement il n'y a plus qu'un curé et deux vicaires, au lieu de trois curés et quatre vicaires qui desservaient la paroisse avant la Révolution. Le seul emplacement convenable à un presbytère est une maison située en face de l'église, avec beau jardin et cour facile à fermer. Mais cette maison n'échappa pas à l'incendie qui réduisit en cendres le bourg de Vassy, de sorte qu'il n 'y existe que des murs bien endommagés. Cette maison, cour et jardin avait été donnée à la commune de Vassy, pour le logement des soeurs de Providence, par feu M. le marquis de Vassy, aïeul de M. le marquis de Canisy, actuellement existant. Mais ne voulant pas priver ses héritiers de la maison et fond qu'il cédait, il leur réserva le droit de rentrer dans la propriété mais en versant à la commune la somme de 3.000 francs. Or dans l'état actuel et la maison étant détruite, M. de Canisy ne demanderait peut-être pas à user du droit réservé par son aïeul. Le Gouvernement, pendant la Révolution, s'empara de la jouissance de cet objet et en chassa les soeurs. Mais aujourd'hui que le logement est totalement détruit, le gouvernement ne voudra pas y rétablir une habitation dans la crainte que M. de Canisy, ou par la suite ses représentants, ne veulent user du droit qui leur est réservé" Et dans une seconde lettre : "Au reste je fais des voeux pour que cet emplacement n'échappe pas à la commune, car la .postérité la plus reculée le regretterait. Signé : Lecordier"
Le presbytère fut donc reconstruit à l'endroit où il se trouve actuellement, quant au bourg il fut réédifié en respectant pour la rue principale un alignement déterminé par la route qui était en construction.
 

Sources : Etudes de MM de Caumont, Guilmeth, Sauvage, Butet-Hamel et Sté des Antiquaires de Normandie 1840-1868.






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