Cerisy Belle Etoile, son abbaye et son château

Abbé commendataire






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Cerisy Belle Etoile est une charmante commune qui se trouve à proximité immédiate de Flers, sur la route Flers-Vassy, aux limites de l'Orne et du Calvados. Elle fait partie de la communauté d'agglomération du pays de Flers. Son histoire se confond avec celle de l'abbaye. Connue pour son parc au sommet d'un mont de 105 ha planté de rhododendrons. Cerisy Belle Etoile - Partie du bourg - photo numérique Roynel-Leroy


Situation 2001
Habitants : 772
Superficie : 1340 ha
Electeurs : 557
Maire : J. C. Bourdon
Conseillers : Chabru, Cousin, Desramé, Graindorge, Jehan, Lambert, Lucas, Maupas, Poulain, Deguffroy, Huard, Lelièvre, Mauger, Moreau.



L'abbaye de Belle Etoile dont les ruines se trouvent dans un vallon blotti dans les bois que domine le mont de Cerisy fut pendant plusieurs siècles, avant la révolution, l'une des plus importantes de Basse-Normandie.


Armes des BEAUFOU

Elle fût créée par
Henri de Beaufou et son épouse Eudicie de Romilly qui vivaient à la fin de XII° siècle et possédaient à Cerisy un important domaine et de nombreux fiefs dans les environs, au retour de celui-ci d'une croisade.

Il existait un ermitage sur le mont, avec une chapelle dédiée à saint Jacques, dépendant de l'abbaye de
Lonlay, mais le mont d'ou l'on découvre soixante clochers paraissait impropre à la méditation, et une rumeur assurait qu'il existait sous le mont un filon d'argent et que des faux monnayeurs travaillaient dans des grottes perdues dans les bois. L'un de ceux-ci aurait été pendu par la justice royale.

Le vallon de la fontaine aux fées étant un endroit désert et écarté paraissait plus apte à la prière, trois sources y donnaient une eau abondante et pure qui pouvait alimenter un vivier indispensable pour les jours d'abstinence.

Henri de Beaufou décida donc d'y bâtir son abbaye, la dotant de terres, de dîmes, et patronages d'églises qu'il possédait dans la région.

Les ermites du mont formèrent le premier noyau, ce qui occasionna de sérieuses difficultés avec l'abbaye de Lonlay, il fallut l'intervention de
Robert des Ablèges, évêque de Bayeux en 1216 pour y mettre fin. L'abbaye de Lonlaye renonça à ses privilèges à condition que les Cisterciens ne fassent pas partie de la nouvelle abbaye et Henri de Beaufou fit appel à des religieux Prémontrés détachés du monastère de la Luzerne, avec à leur tête le supérieur de l'ermitage du mont qui quitta les Cisterciens pour les Prémontrés. Le 12 août 1217, Robert Poulain, archevêque de Rouen confirmait la donation de la chapelle et du mont aux moines de l'abbaye.

La construction de l'église, dont on voit encore quelques ruines, commençait en 1238, elle n'était pas achevée en 1257, année de la visite de
Eudes Rigault, évêque de Rouen. Celui-ci se montra fort satisfait de la piété des moines de Belle Etoile, et en témoignage leur épargna les frais de sa visite qui furent mis à la charge du prieur de la Lande-Patry dont il releva plusieurs manquements à la discipline.

Le supérieur de l'abbaye, en tant que baron de Cerisy, possédait les droits d'un seigneur. Belle Etoile connut pendant plus de trois siècle la paix et la prospérité, son patrimoine s'étant accru de nombreux dons et la guerre de Cent ans l'ayant épargnée. Les Anglais ayant réussi à faire élire un abbé à leurs ordres nommé
Chaulier confirmèrent ses possessions et privilèges. La grange dîmeresse fut construite en 1460 et chaque année venaient s'entasser les dîmes provenant de nombreuses paroisses, ainsi que les droits provenant de la foire Ste Croix qui se déroulait au sommet du Mont.
Grâce à ces revenus, la construction du cloître fut commencée en 1494, et terminée en 1538 sous les ordres de
Jean Leprince, de forme carrée, avec des arcades ogivales au dessus desquelles était aménagé le dortoir des religieux. Un haut clocher au-dessus de l'église avec cinq grosses cloches portaient au loin l'écho des prières des moines.

L'institution de la
Commende en 1540 et les guerres de religions allaient troubler le calme de cette abbaye.
Le premier abbé commendataire fut
Jacques d'Harcourt, qui, devenu veuf, était entré dans les ordres. Les religieux n'eurent qu'à s'en louer, son successeur, Philippe de la Grainerie, fût tout autre, usant du patrimoine avec beaucoup d'âpreté. Il était en fonction en 1562, quand, à l'instigation du curé de Caligny, Richard de Pellevé, furieux de devoir payer les dîmes de sa paroisse aux religieux, un groupe de pillards catholiques et protestants envahit l'abbaye, brûlant la bibliothèque et le chartrier, détruisant le mobilier, les 7 portes, 34 fenêtres, et 9 autels. Les dortoirs devenant des corps de garde, les chapelles des écuries. Cette situation devait durer plus de cinquante ans. En 1589, sous Jacques de Crux, protestant, nommé par le roi, il ne restait qu'un seul religieux vivant dans la misère. Il fallut attendre 1625 pour que celui-ci déguerpisse sur les poursuites du nouvel abbé Pierre Scarron.

Les guerres de religions passées, la vie reprit à Belle Etoile. La vie des abbés n'était pas toujours exemplaire, en particuliert
Pierre Roussel dont le frère introduisait des filles dans le logis abbatial et y menait une vie de débauche.
Après avoir remis les bâtiments en état et difficilement reconstitué leurs revenus, les débiteurs sachant le chartrier détruit refusaient de payer, les religieux utilisèrent leurs ressources à remeubler le choeur de l'église.
Des stalles de bois dont les accoudoirs se terminaient par des têtes sculptées furent construites de chaque côté. La première de chaque rang, réservées au prieur et à l'abbé, portaient sur leur panneau les figures de saint Augustin et saint Norbert, et étaient reliées par une arcade décorative et une grille en fer forgé.
Le rétable du maître-autel de 10 mètres de haut et 6m33 de large orné de fleurs et de fruits fut exécuté en 1662 par
François Langlois maître sculpteur à Laval. Il fût complété en 1677 par Jean Postel de Caen. François Chauvel de Falaise réalisa le tabernacle en bois doré orné d'un grand nombre de figures. Un incendie, le 15 janvier 1723, causait de gros dégâts.

Le 12 octobre 1792 comme l'abbaye à l'abandon était en proie à un pillage éhonté la municipalité de
Tinchebray donna l'ordre à deux de ses membres accompagnés de la garde nationale chargée d'arrêter quelques insoumis, et de charretiers, d'amener à Tinchebray tout ce qui avait échappé au saccage, et de le mettre à l'abri dans l'église des Montiers. La plupart de ces "dépouilles" artistiques se trouvent dans cette église aux dépens de l'église de Cerisy, comme une sainte Véronique, considérée comme une des plus belles oeuvres religieuses de la région. Cerisy Belle Etoile - église photo Roynel-Leroy Deux toiles datées de 1637 représentant l'adoration des bergers et celle des mages se trouvent dans l'église de Moncy. Commune de Moncy Moncy - église photo Roynel-Leroy

Une "Notre Dame de Pitié" et un Christ en bois de chêne, oeuvres de
Guillaume Goujon sculpteur à Falaise se trouvent dans l'église de Cerisy, ainsi qu'un haut relief en terre cuite malheureusement mutilé par un curé de l'endroit qui trouvant trop belle la figure de la Vierge et craignant qu'elle ne provoque de mauvaises pensées dans l'esprit de ses paroissiens se crut obligé de faire enlever le visage.

Cerisy Belle Etoile - église photo numérique Roynel-LeroyCerisy Belle Etoile - calvaire photo numérique Roynel-Leroy
Billard des Veaux 19 ans frère du chef de la légion de Saint Jean des Bois venu voir celui-ci au village de la Sellerie fut surpris le 7 septembre 1798 par la colonne mobile de Condé sur Noireau et immédiatement fusillé devant ce calvaire.
Les religieux, dont le dernier abbé fut
M. de Lestrade, dispersés en 1790, les immeubles furent vendus en 1791 comme biens nationaux pour 44.000 livres aux nommés Boisne et Bodin de Condé sur Noireau et environs, le Mont de Cerisy étant vendu à Moulin de Ségrie-Fontaine pour 5600 livres. L'abbaye fut rachetée en 1802 par des médecins caennais et utilisée comme usine sans beaucoup de succès. En 1796, l'administration municipale de Condé sur Noireau signalait que les immenses souterrains de l'abbaye servaient d'abris et de magasins à 2000 chouans. En 1803, des militaires accompagnés de gendarmes et d'ouvriers effectuaient des fouilles pendant plusieurs jours pour découvrir le repaire souterrain d'une bande d'anciens chouans, sans aucun résultat. En 1808 ses locaux étaient utilisés pour la fabrication d'alun et d'acide. Sans entretien, la voûte de l'église s'effondrait en 1818, et le clocher fut abattu en 1828 par les nouveaux propriétaires qui utilisaient l'abbaye comme exploitation agricole. Ne subsiste à ce jour que la grange dîmeresse avec son pignon percé d'une fenêtre gothique à encadrement trilobé, et de l'autre côté du chemin qui traverse le domaine, la grande porte de l'église murée qui s'ouvrait entre deux colonnes couronnées de chapiteaux sur la nef principale large de 6m. Du cloître demeurent les larges baies ogivales ouvertes sur la cour et les jardins. Ruines de l'abbaye (le cloitre) en 1920 



La destruction systématique de l'abbaye par des notables
Les religieux, dont le dernier abbé fut M. de Lestrade, dispersés en 1790, les immeubles furent vendus en 1791 comme biens nationaux pour 44.000 livres aux nommés Boisne et Bodin de Condé sur Noireau et environs, le Mont de Cerisy étant vendu à Moulin de Ségrie-Fontaine pour 5600 livres. L'abbaye fut rachetée en 1802 par des médecins caennais et utilisée comme usine sans beaucoup de succès. En 1796, l'administration municipale de Condé sur Noireau signalait que les immenses souterrains de l'abbaye servaient d'abris et de magasins à 2000 chouans. En 1803, des militaires accompagnés de gendarmes et d'ouvriers effectuaient des fouilles pendant plusieurs jours pour découvrir le repaire souterrain d'une bande d'anciens chouans, sans aucun résultat. En 1808 ses locaux étaient utilisés pour la fabrication d'alun et d'acide. Sans entretien, la voûte de l'église s'effondrait en 1818, et le clocher fut abattu en 1828 par les nouveaux propriétaires qui utilisaient l'abbaye comme exploitation agricole. Ne subsiste à ce jour que la grange dîmeresse avec son pignon percé d'une fenêtre gothique à encadrement trilobé, et de l'autre côté du chemin qui traverse le domaine, la grande porte de l'église murée qui s'ouvrait entre deux colonnes couronnées de chapiteaux sur la nef principale large de 6m. Du cloître demeurent les larges baies ogivales ouvertes sur la cour et les jardins.

1826 marque le début d'une étape qui a duré jusqu'à ces dernières années. Exploitation agricole et forestière, avec ses 150 hectares de bois, Belle-Etoile devint en 1845 la propriété de M. Juhel-Desmares, de Vire. qui la transmit à ses enfants et petits-enfants, M. et Mme Charles Lacaille, morts sans descendance. M. Lacaille fut longtemps maire de Cerisy et conseiller d'arrondissement. Il est mort à l'abbaye peu après la libération. Le domaine fut alors acquis par un ancien tabellion de Vassy, qui s'intéressa surtout à l'aspect forestier et négligea totalement les bâtiments, notamment la galerie du cloître qui subsistait. Il est responsable des dégâts survenus à la charpente médiévale de l'édifice et de la perte de plusieurs de ses éléments blasonnés. Après avoir accepté l'utilisation de l'enclos abbatial comme centre aéré par une Association de Flers, ce tabellion l'a vendu à ladite Association, laquelle a entrepris dans ce site, pourtant protégé, des transformations, aménagements et constructions utilitaires qui l'ont bouleversé et ruiné. Ainsi a disparu l'ancien jardin des religieux avec son réseau hydrographique, restés intacts depuis la Révolution. Ils sont maintenant sous un mètre de remblai et c'est sous une buse que coule maintenant aussi le charmant petit cours d'eau, affluent du Doinus, au pied de la colline, à l'est de l'enclos. document de la Société des Antiquaires de Normandie - ruines de l'abbaye classée de Cerisy
Ces ruines, propriété d'une association de Flers fort peu respectueuse de l'histoire, qui en interdit l'accès et les photos, sont encore imposantes et témoignent d'un glorieux passé.


Cerisy Belle Etoile - le Bourg photo numérique Roynel-Leroy
En 1837 le mont de Cerisy appartient à
Leconte, un marchand de bois de Montsecret, qui le céde la même année à Vauloger de Condé sur Noireau qui le gardera pendant trente ans.
vue du belvédére la vallée vue du belvédère
En 1867, il est racheté par John A. Burkinyoung, britannique, ancien officier de l'armée des Indes, qui fait construire le château se trouvant au sommet dans le style anglais. Cerisy Belle Etoile - collection J. Garnier Incapable de financer les travaux du domaine, il le céde en 1885 à Isidore Corbière qui fait construire la route reliant le bourg au sommet du mont, plante des arbres autour du château, crée un rendez vous de chasse avec un belvédère à l'extrémité de la propriété et fait venir de Jersey des milliers de rhododendrons qui font à l'heure actuelle la beauté du site.Cerisy Belle Etoile - collection J. Garnier
ruines du château de Cerisy - 2006
Cette famille devait conserver le château jusqu'à la dernière guerre. Racheté par un médecin de Flers, les bois furent en partie abattus. La commune devait le racheter en 1955 et le remettre en état, créant des aires de jeux, promenades, et le maintenant dans un état impeccable. La tempête de 1999 a causé de gros dégâts.
chateau vu par Google Earth
le château de Cerisy par Google Earth

Situé sur un point haut, et servant d'hôpital, de maison de repos et d'observatoire aux troupes allemandes, le château a été incendié et détruit par les bombardements de l'artillerie anglaise au cours des violents combats de la région en Août 1944. Le mont fut pris sans combats, les troupes allemandes ayant évacué les lieux. Oublié de nos jours, le réseau de résistance TURMA VENGEANCE avait créé en 1943 une école pour ses cadres des corps francs dans le manoir se trouvant en face de la mairie.
Cerisy Belle Etoile - le bourg - archives Roynel-Leroy

Autres images



Une fête importante a lieu tous les ans, en général le dernier dimanche de mai, au sommet du Mont, à l'époque ou les milliers de rhododendrons sont en fleurs. 2007 le 27 mai avec le groupe GOLD

les rhodos de Cerisy


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source :
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