Extrait des archives de Hélie de la Vente
commandant du 2éme bataillon de la 73éme demi-brigade d'infanterie de bataille.
17 vendémiaire an 8 (9 octobre 1799)
Lettre au général Avril
Citoyen général,
Je partis le 13 (5 octobre 1799) de Condé avec 60 hommes pour me porter sur la commune de St Jean des Bois où j'avais appris que les brigands s'étaient rassemblés. Je forçais ma marche pour arriver à la hauteur des colonnes de Vire et Tinchebray qui faisaient la même battue. Je les rencontrais entre Chanu et Yvrandes, elles n'avaient point eu connaissance des brigands quoique nous ayons su depuis qu'elles en avaient passé à un quart de lieue.
Pour moi je continuai ma route jusqu'au Fresne-Poret où j'étais décidé à passer la nuit. J'envoyais à une demi lieue de là, chercher l'agent qui me fit répondre que quand il serait payé, il travaillerai pour la république, et qu'en attendant, je pouvais loger ma troupe moi-même. Alors je me décidai à faire rafraîchir ma troupe. Je les envoyai par dix dans chaque maison, après les avoir prévenu que dans une heure je ferai battre au roulement auquel tout le monde se rendrait dans un local que j'avais choisi pour la nuit.
A peine étions nous entrés dans les maisons que j'entendis des coups de fusils partir de tous les points du village; je courus au centre et j'y ralliai tous les soldats qui se présentaient, j'en rassemblai vingt-six avec lesquels je soutins un feu très vil pendant une demi-heure environ. J'étais dans une position très désavantageuse. Les brigands étaient derrière les maisons et les haies du village et me tiraient à découvert. J'envoyai quelques soldats enfoncer les portes d'une maison isolée qui se trouvait derrière moi; je m'y portai avec mon petit détachement et dans un instant j'y fus cerné par les brigands, ils étaient au nombre de deux cent cinquante environ, bientôt ils me sommaient de me rendre en me promettant de me sauver la vie, tantôt ils menaçaient de mettre le feu à la maison. Cependant j'avais ordonné à la troupe de cesser le feu et de ne tirer qu'à bout portant quand ils les verraient approcher. J'en employai une partie à pratiquer des jours sur tous les points de la maison, et quand j'eus pris mes moyens de défense je les attendis avec beaucoup de tranquillité. Ils me tinrent bloqués jusqu'à minuit et se retirèrent ensuite en grand silence.
Le lendemain je fis sortir deux patrouilles qui trouvèrent deux de nos malheureux camarades assassinés, ils avaient été surpris sans armes et mis en pièces dans un jardin où ils ramassaient des herbes pour faire la soupe. Je restai dans le village jusqu'à neuf heures du matin, espérant toujours qu'ils arriverait quelques colonnes à mon secours; j'étais à trois quarts de lieue de Ger et à une lieue et demie de Sourdeval, deux lieues de Mortain et de Tinchebray. Enfin ne voyant arriver personne, je me décidai à me retirer sur Tinchebray. Je rencontrai sur mon chemin le reste de ma colonne qui s'était réuni à Sourdeval et qui venait me rejoindre. Ils avaient deux hommes de blessés dont un fort légèrement au genou et l'autre avait eu un doigt de la main gauche emporté.
Les brigands ont eu deux hommes de tués de leur côté, je ne sais pas le nombre de leurs blessés, mais ils ont mis trois chevaux en réquisition dans le village pour les emporter.
J'arrivai sans autre aventure à Tinchebray dont les colonnes étaient parties à notre secours, mais il était un peu tard.
La troupe cantonnée à Vassy a arrêté les nommés Jacques Auvray et Jacques Trouvé, déserteurs qui s'étaient vendus pour marcher à la place de deux souscrits, Jacques Durand, prêtre réfractaire saisi avec des registres de baptême et de mariage et le nommé Burnet paysan chez lequel le prêtre se retirait. Ils ont tous été conduis dans les prisons de Vire.
Tous nos remerciements à J. P. Lafontaine qui nous a fourni ce document.