
Etat du Mortainais en 1697-1735
(notes extraites des manuscrits des intendants Foucault et Aubry)
L'élection de Mortain a de circuit 36 à 37 lieues, sa largeur de l'orient à l'occident 10 à 11 lieues, sa longueur du midi au septentrion 8 à 9 lieues.
Dans cette élection, il n'y a ni mers, ni ports, ni rivières navigables. Deux rivières, la Sée et la Sélune, autrement Ardée, arrosent cette élection de l'orient à l'occident.
La Sée prend sa source d'une fontaine de la montagne de Brimballe en la paroisse de Chaulieu, élection de Vire. Un auteur de ce siècle appelle cette montagne mons haud ignobilis, parce que de cette fontaine qui est sur cette montagne, se forment quatre rivières : la Sée, la Vire, le Noireau, de Grenne. La rivière de Sée depuis sa source jusqu'au pont Gilbert, élection d'Avranches, où elle se décharge dans l'océan occidental, reçoit plusieurs petites rivières ou petits ruisseaux. Il y a dans cette élection la forêt de la Lande-Pourrie appartenant à M. le comte de Mortain. Elle était considérable et par sa grandeur et par son bois de haute futaie, présentement en taillis.
Les fruits principaux de la terre, sont les seigles, bleds noirs, sarrasins,orges, avoines, peu de froment. Son climat est plus froid que chaud. Cette élection est composée de montagnes et vallées et remplie de landes incultes. Elle n'a ni mines, ni métaux, ni richesses souterraines, ni salpêtres. Les arbres, poiriers, pommiers, peu de fruits à couteaux. Il n'y a aucun commerce. Les habitants pour le spirituel dépendent de l'évêque d'Avranches, et sont administrés par environ 420 prêtres. Les habitants moins nombreux qu'avant les guerres sont d'un naturel très laborieux, vif, industrieux, assez doux quoiqu'un peu litigieux...
Il n'y a que la petite ville de Mortain, située entre des rochers qui l'entourent du côté du levant, du septentrion et du couchant, dans un penchant escarpé.
Cette petite ville est de très difficile accès. On peut y arriver facilement du côté du midi, c'est à dire du Maine, mais non autrement. La bourgeoisie est composée de la paroisse de Mortain, du Rocher et du Neufbourg. Entre Neufbourg et Mortain passe la rivière de Cance. Il y a un ancien pont de pierre, élevé de vingt cinq pieds environ. Il y a environ 400 maisons.
L'élection compte 84 paroisses dont :
Le Fresne Poret - 114 familles et 1200 personnes, le seigneur Gabriel Louis François Poret seigneur et patron. Le chanoine du Fresne de l'église collégiale de Mortain, à présent Charles Ménage, présente au bénéfice.
Sourdeval - 820 familles et 3500 personnes. Gabriel le Neuf écuyer en est seigneur, l'abbé de Savigny présente au bénéfice.

Saint Jean des Bois - 132 familles, 4 à 500 personnes, le sieur de Courseules, chanoine de l'église de Mortain, seigneur et patron.
Saint Christophe de Chaulieu - Gabriel de Méhérenc en est seigneur et patron.
Ces paroisses composent l'élection de Mortain dépendant de son altesse royale Monseigneur le duc d'Orléans qui en a hérité par don de feue Mademoiselle de Montpensier, princesse de Dombes et comtesse de Mortain. Il n'y a point de présidial. Il y a un bailliage à Mortain et à Tinchebray composé du lieutenant général, de deux lieutenants particuliers, deux enquesteurs, un avocat et un procureur du roi qui exercent en ce bailliage. Il y a une juridiction des eaux et forêts qui s'exerce à Mortain et Tinchebray par un grand maitre des eaux et forêts, un verdier ou lieutenant de l'avocat et procureur du roi du bailliage et vicomté. Toutes les charges de ces juridictions dépendent du comté de Mortain chez qui ils paient la polette depuis deux ans. Il y a une élection dépendante du roi, et depuis peu une juridiction des Traites-Foraines. Il n'y a cependant point de grenier à sel, mais seulement quelques revendeurs de sel blanc, dont on se sert dans cette élection, et que l'on fait sur la côte d'Avranches dans l'océan occidental.
Il n'y a point de justice de seigneur, Charles VI, roi de France érigea la terre de Mortain en comté en faveur de Pierre de Navarre son cousin.
Il y a environ 85 fiefs. La plus grande partie des terres de l'élection relèvent et doivent hommage au roi ou au comte de Mortain.
La guerre, les grandes tailles gênent cette élection, le défaut d'ouvrage est le principe de la pauvreté générale qui règne dans le pays, mais comme il n'y a point de commerce, si ce n'est celui des bestiaux et de très peu de bled, et que d'ailleurs les impositions sont très fortes, il sort plus d'argent qu'il n'y en entre, sans comparaison; ainsi il est impossible que le pays ne soit épuisé. Si l'on canalisait la Sée et la Sélune, on donnerait un grand essor au commerce qui est nul, par le manque de voies de communication. Dans cette élection, il y a 300 personnes de la religion prétenduement réformée. Il y a une brigade d'archers aux taillons. Il n'y a point de gabelles, on se sert de petit sel blanc et il n'est pas permis d'en avoir d'autre dans cette élection. Les grands chemins sont très difficiles et ont besoin de réparations pour les rendre praticables. Tous les ponts sont en bois, tous en ruine.
Il se fabrique beaucoup de clous, couteaux, ciseaux, petites scies dans ces lieux, les enfants les transportent dans les principales villes du royaume, et pendant que les hommes travaillent à forger le clou, les femmes pour la plupart s'occupent à labourer la terre.
Au cours de ses tournées annuelles à partir de 1725, année de disette où le mortainais fut réduit à une misère extrême, les habitant ayant été obligés de vendre même leur vêtements pour pouvoir se nourrir, l'intendant de la généralité de Caen note que la moitié du terrain consistait en forêts, landes et bruyères et sur l'autre moitié on en labourait au plus les deux tiers, l'autre tiers restait au repos. Les grains étaient des seigles, des avoines et des sarrasins. Il s'y semait si peu de froment que ce n'était pas la peine d'en parler, point d'orges, ni de fêves, ni de pois. Il existait un peu de chanvre et de lin pour les besoins locaux, du foin, des pommes et des poires, appelées fruits de grâce dont on faisait la boisson ordinaire du pays.
Il y avait environ 75.000 habitants dans l'élection de Mortain, non compris les enfants de moins de 8 ans. Seuls 6.000, les principaux, pouvaient se nourrir de froment. Les autres ne mangeaient que du seigle, de l'avoine ou du sarrazin en bouillie ou pain.
Dans les bonnes années, on faisait passer le cidre dans le Maine ou la Bretagne, où il valait quarante cinq livres le tonneau de six cent pots (1200 l.).
Le produit le plus important du pays consistait en bestiaux que les habitants élevaient et nourrissaient avec les herbes croissant dans les terres qui reposaient et dans les landes et bruyères. Ils les vendaient ensuite comme maigrages pour être engraissés dans les prairies du Contentin ou du Pays d'Auge. Il s'en engraissait très peu dans le pays, il n'y avait que très peu d'élevages de chevaux.
Les termes utilisés à cette époque (1697-1735) ont été conservés.
Département dont le nom est tiré de la portion de l'océan qui le baigne à l'ouest et au nord. Il est borné à l'est par le Calvados et l'Orne, au sud par la Mayenne et l'Ile et Vilaine.
Sa surface est d'environ 1.131.459 arpents (577.428 hectares). Sa population en 1825 est de 594.196 personnes. En 1821, il y avait 15.525 naissances dont 6956 garçons, 6693 filles légitimes - 462 garçons et 414 filles naturels. 3230 mariages et 12.832 décès dont 6362 hommes et 5470 femmes.
Le département nomme sept députés. Il fait partie de XIVème division militaire et se trouve dans le ressort de la cour de Caen, dans la XVème division des ponts et chaussées dont le siège est à Caen.
Il y a six arrondissements : Saint-Lo avec 99.966 habitants - Avranches 107.689 - Cherbourg 73.708 - Coutances 142.209 - Mortain 71.571 - Valognes 99.057. 48 cantons et 669 communes.
Les tribunaux de commerce sont situés à Cherbourg, Coutances, Granville, Isigny et Saint Lo.
La compagnie de gendarmerie appartient à la quatrième légion qui réside à Caen. La Manche fait partie du troisième arrondissement forestier, le conservateur réside à Rouen, il possède un directeur des douanes à Cherbourg.
Les bureaux de poste aux lettres étaient installés à : Carentan, Cherbourg, Coutances, Granville, Saint Hilaire du Harcouet, Saint James de Beuvron, Saint Lo, Sainte Mère Eglise, Montebourg, Mortain, Périers, Pontorson, Sourdeval, Thorigny, Saint Vast la Hougue, Valognes et Villedieu.
Annuaire de la Manche 1825
Mortain - Chaulieu - Le Fresne-Poret