Les Sabotiers

La famille ROYNEL a été pendant plus de 12 générations des sabotiers qui exerçaient leur métier aux limites de la Manche et de l'Orne dans les cantons de Sourdeval et Tinchebray, en particulier dans les communes de Sourdeval, Le Fresne-Poret, Saint Christophe de Chaulieu, Saint Jean des Bois.
Contrairement à ce qui a été écrit sur les sabotiers, les Roynel et autres familles de la région étaient des sédentaires possédant leur maison dont plusieurs construites entre 1700 et 1750 existent encore. Utilisant comme matière première le hêtre, bois dur au grain particulièrement serré et fin très supérieur au saule utilisé ailleurs, se trouvant en grande quantité dans cette région où il pousse naturellement.
Le sabotier commençait par choisir et acheter un arbre dont le tronc devait être rectiligne et posséder un minimum de branches, l'abattait et le débitait en "bûches" d'une longueur et d'une épaisseur un peu supérieure à la dimension d'un sabot. Ce bois ramené chez lui, avec l'aide d'une âne, était mis a sécher pendant plusieurs semaines. Ces travaux étaient fait l'hiver, période ou la sève des arbres est au repos.
Son atelier souvent séparé de la maison se composait d'une cheminée et d'une "table" généralement avec 3 pieds fabriquée à partir d'un plateau provenant de la partie supérieure d'une souche de hêtre sciée, d'un valet servant à maintenir la pièce de bois, d'une plane de grande taille dont une extrémité était fixée à la table, destinée en quelques mouvements à définir la forme extérieur du sabot, de tarières, de cuillers, de formes et dimensions différentes qui permettaient de creuser l'intérieur, de ciseaux et rapes à bois.
Ces outils dans la famille étaient fabriqués par des frères ou cousins, il était en effet courant que de deux frères l'un soit sabotier et l'autre oiselier ou taillandier.
La fabrication paraissait assez simple, le sabotier prenait une bûche, en quelques mouvements il définissait les taille et forme extérieures, avec un tarière et les cuillers il creusait l'intérieur, la finition était faite à l'aide de ciseaux à bois et de rapes.
Il pouvait se fabriquer deux à quatre paires de sabots par jour suivant la saison, terminés, ils étaient pendus pendant quelque jours dans le conduit de fumée de l'atelier où brûlait les copeaux de hêtre. Les modèles étaient en principe très simples et pratiques sans gravures ou fioritures particulières, leur couleur variant du jaune foncé au noir clair suivant la saison et la durée d'exposition à la fumée. Selon la qualité du hêtre choisi, ils pouvaient durer longtemps renforcés par un fil de fer ceinturant le dessus, des clous spéciaux étant cloués sur la semelle pour éviter les dérapages incontrôlés, dans les dernières années ces clous furent remplacés par des caoutchoucs qui avaient l'avantage d'amortir les bruits.
Ces "chaussures" étaient fort prisés par les écoliers, elles permettaient de belles bagarres dans la cour de l'école, il arrivait malheureusement qu'elles ne résistent pas, ce qui valait au propriétaire une paire de claques ou pire à son retour au domicile familial.
Ces sabots étaient portés au marché de Sourdeval qui a lieu le mardi, vendus à un marchand de chaussures ou livrés à des clients qui avaient passé commande en amenant une petite tige de bois qui indiquait la longueur du pied, l'argent reçu servait à acheter la nourriture de la famille en général assez nombreuse.
Contrairement à ce qui a été écrit sur la profession, il n'existait pas de sabotière. Les épouses étaient ménagères, éventuellement couturières ou agricultrices, la plupart des familles possédant quelque lopin de terre et un jardin. Elles n'auraient pas, pour la plupart, eu la force nécessaire à la fabrication des sabots.
Les derniers sabots ont été faits dans la famille en 1950, année où le sabotier a quitté ses copeaux pour rejoindre le cimetière. Les descendants ont boudé cette profession, qui depuis les années 1920 nourrissait fort mal son artisan.
Ils sont devenus cultivateurs, ou ouvriers d'usines spécialisées dans la fabrication d'outils puis la génération suivante tout en conservant le goût des activités manuelles a préféré la physique, l'informatique, les télécommunications.
Il n'existe plus
de sabotiers dans la région de Sourdeval, les sabots sont
maintenant fabriqués à la machine avec des bois blancs
peu resistants. Petit-fils de l'un des derniers sabotiers
exerçant son art en Basse-Normandie, j'ai voulu corriger des
erreurs sur les sabotiers et rendre hommage à cette profession
manuelle qui nécessitait courage et dextérité.
Un
seul sabotier exerce encore dans le sud-manche, M. A. Grandin à
Le Neufbourg près de Mortain qui fait et vend des sabots de
collections