Copie
d’un fragment de lettre du Vénérable Pierre MAUBANT
à sa famille
8 août 1835
….consentir à
recevoir le St baptême mais inutilement. Son fils qu’il n’avait
pas voulu laisser baptiser vint à son tour le visiter et lui dit
« Mon père, je suis bachelier, Docteur chinois, je
connais la religion chrétienne, elle est la seule salutaire et
véritable et vous n’avez rien de mieux à faire que de
l’embrasser si vous voulez assurer votre salut après cette
vie ». Le Père l’écouta, le crut, se fit
baptiser et mourut chrétien. Ce fils infortuné qui avait
en quelque sorte ouvert la voie du Ciel à son père ne sut
pas profiter lui-même de son exhortation, la relation ne porte
pas qu’il se soit jamais fait baptiser : unus assumetur et alter
reliquatur, l’un sera admis et l’autre regretté.
Le
Mahométisme est très répandu en Chine. Dans
plusieurs endroits les mahométans ont leurs mosquées et
leurs sépultures. Je crois qu’ils peuvent occuper quelques
places dans le Gouvernement. Il y a en Chine des chrétiens dans
toutes les provinces presque dans tous les districts et dans un grand
nombre de villes et de bourgades. Il y en a de même dans le
Leaotung ou Tartarie orientale et dans la Tartarie occidentale mais en
moindre quantité. Cependant on ne croit pas que le nombre de
chrétiens répandus dans une aussi vaste étendue
s’élève à 300 000.
La religion
chrétienne a beaucoup perdu depuis les persécutions de
Yongtchang, fils et successeur de Kanhi de Kieu-long et de Kia Kim
père de l’empereur actuel. Du temps de Kanhi le premier des
empereurs sous qui la Foi ait pénétré en Chine la
seule province du Kiang-nân comptait plus de 100 000
chrétiens, aujourd’hui il s’en faut beaucoup qu’ils atteignent
ce nombre. Le Setchuen est la province de Chine où le
christianisme fait le plus de progrès. On l’attribue au plus
grand nombre de missionnaires ; cette mission n’a pas beaucoup
moins de prêtres elle seule que toutes les autres missions de
Chine ensemble.
Les Chinois se
convertissent lentement et très difficilement. On ne saurait
à qui l’attribuer. La plupart sont convaincus de
l’absurdité du culte idolâtrique , n’y attachent aucune
importance, n’en font aucun cas, le méprisent même et
cependant exercent des actes d’idolâtrie dont ils pourraient
s’abstenir sans ombre de danger. Quoiqu’ils n’aient aucune confiance
dans leurs idoles néanmoins ils les honorent et leur rendent
leurs prétendus devoirs avec un respect et une exactitude qui
pourrait faire la honte de beaucoup de chrétiens, ce n’est pas
seulement dans un pays ou une province c’est dans tout l’empire. Dans
toutes les maisons, dans tous les navires et les plus petites barques
payennes l’on voit sur une espère d’autel ou dans une niche
l’idole occuper le lieu le plus honorable, à toutes les
époques, dans tous les temps et aux heures marquées par
les rites, le maître de la maison ou de la barque ou son
délégué en quelques circonstances, tous, les uns
après les autres vont respectueusement lui offrir leurs hommages
et leurs adorations. C’est ce que j’ai vu se pratiquer dans les barques
payennes sur lesquelles j’ai voyagé et dans celles qui nous
environnaient partout le long des chemins en certaines provinces
principalement on rencontre des autels d’idoles dans les champs, sur
les montagnes et jusque sur la pointe des rochers. Quel affligeant
spectacle mes très chers frères et sœurs ! Qu’il
serait à désirer que ces infortunés
idolâtres fissent pour le vrai Dieu ce qu’ils font, et sciemment
pour de vaines idoles, qu’il serait à désirer qu’un si
grand nombre d’âmes rachetées au prix du sang de
Jésus Christ fissent pour consommer leur salut ce qu’ils font
pour se perdre et s’enfoncer de plus en plus dans l’abyme.
manuscrit en
coréen à l'usage des catéchumènes
Au milieu de ces
maux qui règnent depuis si longtemps dans le vaste empire de la
Chine l’on a quelquefois la consolation de voir ou d’entendre quelques
sujets d’un plaisir bien sensible. Il se rencontre quelquefois des
chrétiens forts et courageux, dignes des premiers siècles
de l’église :Il y a dans une prison de Pékin un
vénérable vieillard qui porte la cangue depuis trente
ans. Le mandarin qui le condamna voulut lui faire renier sa foi et
marcher sur un crucifix : à Dieu s’écrie le
vénérable vieillard, à Dieu ne plaise que je foule
au pieds l’image de mon Sauveur ; hé bien reprit le cruel
mandarin, tu ne veux pas marcher sur la croix, tu la porteras sous tes
pieds ; il la lui fit imprimer sous la plante des pieds. Les
Missionnaires vont de temps à autre lui porter la Sainte
Communion.
M. le Vicaire
apostolique du Chansy a aujourd’hui au service de sa mission un homme
qui a exercé les premiers actes de vertus avant les actes
héroïques des martyrs. C’est un vieillard de la famille
impériale. Lors de la persécution de tous les princes et
grands de la cour qui avaient embrassé la religion
chrétienne furent obligé à y renoncer ou à
perdre leurs titres, leurs droits et leurs biens et être
envoyés en exil, celui-là eut le bonheur de
persévérer dans la foi et il fut envoyé en exil
perpétuel à mille lieues de Pékin dans un lieu que
l’on nomme y-ly. Il y eut une révolte dans ce pays, les
exilés qui s’unirent au parti de l’empereur furent remis en
liberté après la guerre pour récompenser de leur
attachement à l’empereur. Ce prince exilé savait
qu’à leur retour dans leur patrie, les chrétiens
étaient encore forcés d’apostasier ou de retourner en
exil. Il se retira auprès de Monseigneur le Vicaire apostolique
du Chansy, lui donna tout ce qu’il avait et le pria de le recevoir et
de le garder en qualité de domestique. Il remplit chez ce
prélat l’office de catéchiste, il s’est
séparé de sa famille, il a abandonné ses biens, il
a renoncé à ses titres et à tous les honneurs d’un
prince du sang pour s’attacher à Jésus-Christ.
Les iniques
décrets portés contre les chrétiens ne sont pas
aujourd’hui communément observés avec la même
exactitude et la même rigueur. Je vous ai dit en parlant de la
prison du R.P. Dominicain au Fokien qu’on avait renvoyé les
chrétiens qui avaient été pris avec lui
aussitôt qu’ils furent arrêtés. Dans la province du
Chansy on vient de relâcher de deux prisons des chrétiens
arrêtés comme rebelles et connus comme chrétiens
lorsqu’on les a relâchés. Ce que l’on pourrait
peut-être regarder comme de meilleur présage encore c’est
qu’on a aussi relâché un prêtre chinois qui avait
été pris avec eux, on ne dit pas qu’on les ait
inquiété pour la Religion. Il y a quelques années
un évêque vicaire apostolique fut racheté d’entre
les mains d’un Mandarin. Dernièrement le R.P. Dominicain fut
racheté de la même manière après plus d’un
an de détention.
Il est d’usage
en Chine de fiancer les enfants sans consulter leurs inclinations,
quelquefois même avant leur naissance. Cet usage n’existe plus
parmi les chrétiens. Avant qu’il ne fut aboli, un
chrétien avait ainsi fiancé sa fille, sans la consulter.
Cette fille avait choisi une meilleure part, elle voulait se consacrer
à Dieu. Comme le temps de contracter le mariage approchait, elle
résolut d’abandonner la maison paternelle pour se soustraire aux
instances et aux violences que l’on fait quelquefois aux vierges qui
refusent de contracter mariage. Elle connaissait des vierges
consacrées à Dieu comme elle désirait de s’y
consacrer. Elle s’enfuit chez ses vierges, apparemment pendant la nuit.
Le lendemain ses parents la cherchèrent, poursuivirent ses
traces jusqu’au fleuve où elle avait embarqué ne pouvant
en avoir aucune connaissance, ils crurent qu’elle était
noyée. Son père tomba malade, elle l’apprit.
Animée d’un saint courage elle revint secrètement
à la maison de son père mourant, lui fit des remontrances
et des exhortations adaptées à son état et
après avoir rempli tous les devoirs d’un enfant
véritablement chrétien elle fit à son père
ses derniers adieux et retourna chez sa chère bienfaitrice. Avec
moins de courage elle eut abandonné la belle part que la Divine
Providence lui avait ménagée et avec moins de
piété elle eut négligé de rendre à
son père les devoirs d’un enfant bon chrétien.
Maintenant il
faut bien que je vous dise un mot de notre situation actuelle ; ce
sont mes très chers frères et sœurs vos prières
qui nous soutiennent dans cette longue expectative. Monseigneur de
CAPSE et moi nous sommes dans le Séminaire de MM. Les Lazaristes
français, en Tartarie, avec un Lazariste français
nouvellement arrivé et un prêtre Lazariste chinois.
Monseigneur de CAPSE doit partir dans un mois ou deux pour se rendre
aux frontières de la Tartarie orientale. Les Coréens qui
sont venus à l’ordinaire à PEKIN au commencement de
l’année chinoise, vers la fin de janvier, ont promis
d’introduire sa Grandeur en COREE au mois d’octobre prochain. Ils nous
ont envoyé des gages et ont reçu l’argent suffisant pour
les frais d’introduction. Ils ont en outre promis de recevoir chaque
année à la même époque les Missionnaires
européens qui se présenteraient. Monseigneur de CAPSE m’a
promis, vu les circonstances, d’entrer immédiatement
après lui c’est à dire le mois d’octobre 1836, si
je ne puis auparavant. Il y aura quatre ans que j’attends en
travaillant à transcrire des écrits en caractères
chinois ou en caractères de leur pays. J’ai déjà
un dictionnaire latin chinois en Corée, un semblable avec moi et
dans deux mois, j’en aurai un chinois latin. M. CHASTAN est dans la
province de Chang-tong où il exerce le Saint Ministère
pour les Révérends Pères portugais
A la suite d’une
révolte que les Peling Kiao ont faite au Chansy dans le mois
d’avril dernier les mandarins des villes de Chine voisines de la grande
muraille ont fait des perquisitions et ont arrêté à
Suienhoa-fou, une des principales villes frontières, douze ou
quatorze chrétiens il y a plus de deux mois, on ne sait pas
encore quel sera leur sort. Dans deux autres villes d’un ordre
inférieur ils viennent d’arrêter dans l’une six
chrétiens et dans l’autre neuf. La Divine Providence a
manifesté sa protection envers le nouveau Missionnaire Lazariste
qui vient d’arriver. Il avait reçu l’hospitalité chez un
de ces chrétiens prisonniers la veille de leur arrestation. Nous
avons déjà passé Monseigneur de CAPSE et moi cinq
jours cachés dans une caverne et huit relégués
dans une misérable cabane entre les montagnes. Par rapport
à l’arrestation des chrétiens qui sont prisonniers
à Suienhoa-fou, il y a un mois que nous sommes revenus à
nos anciens postes, l’on nous annonce l’arrestation de dix neuf
chrétiens dans deux autres villes nous ne nous cachons pas
encore je ne sais pas ce que nous ferons plus tard. On n’a pas encore
fait de perquisitions hors des murs. J’espère qu’en
considération de vos prières de vos sacrifices et de
toutes les bonnes œuvres que vous avez déjà
opérées et que vous ne cessez de faire le Bon Dieu nous
préservera de ce péril. Jusqu’à ce jour il n’y a
pas encore eu de persécution en Tartarie contre les
Chrétiens.
Je vous
recommande de nouveau à vos prières particulières
et je suis, mes très chers frères et sœurs avec le plus
sincère attachement.
Tartarie
occidentale Siven le 8
août 1835 Votre
très humble et très obéissant
Serviteur Pierre
Philibert MAUBANT, prêtre Missionnaire de Corée
Copie d’une lettre
de M. MAUBANT
1839
Messieurs et très chers confrères, salut et adieux.
Monsieur et bien cher curé et parents et amis,
J’ai bien reçu
en mai dernier votre lettre du 22 août 1837, je vous remercie de
m’avoir envoyé les nouvelles qu’elle renfermait ; j’aurais
désiré qu’elles aient été plus longues.
S’il y avait lieu à un avenir ici bas pour nous,
j’espèrerais que vous répariez le déficit par une
longue et pleine de nouvelles ecclésiastiques et
attenantes ; mais notre avenir paraît tellement
abrégé que je n’aurai pas le plaisir de goûter ces
nouvelles.
Voici ce que
m’écrit Monseigneur par un de mes anciens catéchistes qui
doit me conduire au lieu où sa Grandeur s’est
réfugiée. « Bien cher confrère.
Monsieur CHASTAN est arrivé à minuit , deo gratias avant
hier. Votre Y. Joan, c’est le nom du susdit catéchiste, vint
hier m’apprendre que tout était perdu et qu’il ne manquait plus
que nous pour terminer la fête… les satellites se
répandent dans les campagnes pour nous arrêter : Il
faut se livrer et payer de sa personne au moins l’un de nous et les
deux autres sortir du royaume… Ainsi venez de suite car plus nous
différons plus il y a de dangers. Venez vite, venez vite je fais
partir une barque pour aller vous rencontrer ».
Or, la plus
grande facilité qu’ont Monseigneur et Monsieur CHASTAN à
parler la langue chinoise jointe aux lettres que j’avais eu l’honneur
d’adresser à sa Grandeur, m’autorisent à croire que le
sort est tombé sur le premier et le plus misérable
d’entre les pécheurs plein de regret de ne pas avoir dignement
correspondu aux bienfaits de la miséricordieuse et Divine
Providence.
Mais selon qu’il
est écrit l’homme propose et Dieu dispose, la Divine Providence
en avait autrement ordonné : arrivé auprès de
Sa Grandeur le lundi 29 juillet après avoir examiné la
manière de sortir du royaume et ses suites ; il fut
résolu que tous trois nous attendrions en Corée les
dispositions subséquentes de la Divine Providence et le martyr
si elle nous en accordait la Grâce. Les Cochinchinois, qui
avaient déporté les Missionnaires européens hors
du royaume de Cochinchine lors de la persécution, furent
arrêtés et périrent sous de cruelles bastonnades
redoublées de deux en deux jours jusqu’à leur mort. Nous
craignîmes ces supplices ou de plus cruels encore pour les
charitables pécheurs qui auraient essayés de jeter deux
de nous trois sur la côte de la Chine ou de la Mandchourie. Ainsi
nous nous séparâmes le mardi soir 30 juillet
résolus de suivre le conseil de notre Seigneur Jésus
Christ et son divin exemple : Si l’on vous rejette d’une ville
fuyez dans une autre et de nous cacher chacun de notre mieux.
Nous
crûmes Monsieur CHASTAN et moi, malgré la
difficulté et les dangers des temps d’avoir accéder aux
désirs ardents de trois petites chrétientés par
où nous passions, cela nous occupa une dizaine de jours pour
leur administrer les sacrements. Cependant, on nous rapportait souvent
les plus fâcheuses nouvelles. Un traître apostat, un judas
coréen fit, dit-on, croire à plusieurs chrétiens
nommés… que la religion allait être publique qu’il ne
manquait plus pour cela que l’arrestation d’un de nous trois
européens et cela tout en forçant des enfants à
apostasier la verge de fer à la main.
Chrétiens
qui voyez et lisez cette lettre, Judas Iscariote qui a plus fait parce
qu’il a livré le Fils de Dieu notre infiniment aimé et
aimable Sauveur Jésus, aurait-il fait plus contre les
chrétiens que le Judas coréen. Priez pour lui, que le
désespoir ne le réunisse pas à son patron mais
qu’un vrai repentir en fasse un imitateur de S. LONGIN. Un
fidèle trop bon et trop simple dupe des diaboliques
enchantements de KIM (c’est le nom coréen de ce Judas) eût
le malheur de promettre à ce traître et à cinq
satellites qui l’accompagnaient, d’aller appeler l’évêque.
Le samedi 10 août , jour de St Laurent , patron
de ce cher évêque, ce deux fois bon homme
accompagné du traître jusqu’à 3 ly ¼ de
lieue environ du lieu où était notre cher pasteur le
laissa chez des païens et alla seul à minuit porter
à Monseigneur la triste nouvelle. C’était le dimanche
matin Monseigneur célébra les Saints Mystères pour
la dernière fois nous écrivit la lettre suivante le 11
août :
« Mes
cher confrères,
Dieu soit
béni et que sa très sainte volonté soit faite. Il
n’y a plus moyen de reculer. Ce n’est plus les satellites qu’on envoie
nous chercher mais les chrétiens. André TCHEN
arrivé à une heure après minuit... On lui a
raconté les plus belles merveilles et le pauvre TCHEN a promis
de m'appeler... Cependant cachez vous bien jusqu'à nouvel avis
si je puis vous en donner. Priez pour moi Laurent Joseph Marius
IMBERT. »
Ensuite il
partit, rencontra d’abord le perfide et à certaine distance de
là les cinq satellites le conduisirent à la capitale
SEOUL HANIANG. Sur la demande de Monseigneur ils renvoyèrent
André TCHEN dans sa famille. Le jour même que nous
quittâmes Monseigneur, Sa Grandeur avait envoyé Y.
Thomas son disciple et servant avec mon Y. Joan à la ville
capitale chercher de l’argent et des nouvelles. Le 14, Thomas nous
rapporta qu’il avait appris l’arrestation de Monseigneur qu’à
son arrivée chez André SON, chez qui Sa Grandeur
s’était réfugiée, que Joan était
resté à la ville pour avoir soin des prisonniers
confesseurs et des affaires de la mission à la ville
conjointement avec TCHEN Philippe, qu’il y avait douze prisonniers
restés des trente deux, plusieurs fois condamnés à
mort, dans la grande prison TSIEUEN OK, les autres sont martyrs par le
glaive, une soixantaine au moins dans la prison PGHO TCHANG avec les
voleurs et autres malfaiteurs pour subir les interrogatoires avant de
partir à la prison TSIEUEN OK avec les condamnés à
mort.
Les confesseurs
de la prison PGHO TCHANG recevaient par jour 600 sapèques
coréens, de 15 à 16 francs, fruit de la vente de nos
objets cachés dans la maison de Charles TCHAO, un de mes
trois introducteurs catéchistes devenu commissionnaire à
PEKIN et alors arrêté et confesseur dans cette prison.
Monseigneur,
pendant son séjour à la ville, avait eu soin de ces
prisonniers jusqu’au 3 juin qu’il en échappa. Jusqu’à ce
jour la Divine Providence nous a ménagé les moyens de
leur distribuer la copieuse aumône que nous avons reçue
ces deux années de nos chers frères fidèles de
France. J’ai disposé les choses avec les chrétiens
capables, non encore arrêtés, de manière qu’aucun
confesseur ne périsse de faim tant qu’il y aura quelque chose de
disponible de ces aumônes et bien de la mission et qu’on pourra
les leur faire passer après notre arrestation qui doit
s’effectuer dans quinze jours.
Un
évêque de SETCHUEN en Chine, en prison à PEKIN,
avait trouvé de la prison une occasion pour donner de ses
nouvelles à ses prêtres au SETCHUEN. Monseigneur IMBERT,
qui m’avait rapporté ce fait, nous avait promis de nous donner
de ses nouvelles s’il y avait lieu. En conséquence, je tachais
donc de détourner Thomas du dessein périlleux de
retourner de suite à la ville, lui conseillant de passer quelque
temps avec moi, attendant l’avis de Sa Grandeur si elle pouvait en
donner et l’effet que produirait son arrestation.
Je ne
réussis pas. On crut qu’il n’était pas plus dangereux
d’une part, et de l’autre qu’il était utile de lui adjoindre mon
catéchiste et servant actuel. J’étais avec M. CHASTAN, et
le sien parut suffire pour nous deux. Mon Pierre TCHEU, frère de
François TCHEU, élève coréen mort à
MACAO, partit donc avec Thomas. Le deux fois bon homme qui,
tombé dans l’illusion et la déception, avait fait
arrêter Monseigneur IMBERT tomba une seconde fois dans la
même illusion, dit-il (il est assez simple pour qu’on le croit)
et les fît arrêter à 50 lys 5 lieues de la capitale.
Un autre perfide
apostat lui étala une multitude de merveilles mensongères
et lui demanda où nous étions. Notre deux fois bon
homme : « je ne le sais pas mais il y a ici chez Pak
SAPANG : THEU Pétro et Y. Thomas qui le
savent ». Au son de THEU Pétro et Y. Thomas, connus
par les satellites pour être à notre service, une
vingtaine de pôkio assaillirent la maison de Pak, saisirent mon
Pierre et Thomas, le maître de la maison. Pak franchit la haie,
comme à joint pied, et s’esquissa. Pierre fut gardé comme
en caution et Thomas envoyé nous chercher avec recommandation de
nous dire que notre arrestation aurait de trois bons effets
principaux au moins un ou le martyr et la non perturbation des
chrétiens ou la publicité de la religion. Le 18
août Thomas Y. et TCHEU André vinrent nous apporter cette
nouvelle.
Il fut
arrêté qu’indépendamment de ces belles paroles des
pôkio (c’est ainsi qu’on appelle ces satellites) il fallait nous
cacher. Thomas leur avait dit qu’il ferait ce que nous lui dirions et
ne reviendrait peut être pas.
Je le retins
donc avec moi à la place de Pierre et je recommandai fortement
et doucement tout à la fois à André TCHEU de ne
plus croire désormais aux dires des pôkio ni des
chrétiens qui les accompagnaient ; pour ce qui regarde la
publicité de la religion chrétienne en COREE de ne croire
en personne à moins que ce ne fut un de nos serviteurs sortis de
prison ainsi que Monseigneur et tous les confesseurs, s’il était
muni d’une pièce authentique, de s’en aller se cacher où
il pourrait, il obéit. Il a la moitié de ce qu’il faut
pour faire un chrétien bon et utile en ces pays-ci, la
simplicité de la colombe.
Nous
partîmes donc, Monsieur CHASTAN et moi, ensemble parce que les
circonstances l’exigeaient pour nous cacher vers le midi. Le vendredi
23 août au matin, un chrétien de KIEN LATO nous rencontra
à TARECOL et nous dit qu’il avait trouvé des lieux pour
nous cacher aux confins de sa province. Il partit vendredi soir avec
Monsieur CHASTAN promettant de revenir me chercher sous peu de jours.
Intérim je reçu à 40 lys 4 lieues de HONGTCHOU
l’avis que Monseigneur nous avait promis, conçu en ces
termes : « bonus pastor ponit animam suam pro
ovibus suis si mondium estis profecti per cymbam venite cum misso son
XIE TCHANG, nom du satellite chef de plus de cent peut-être
envoyés à notre recherche ». A cette lettre de
Monseigneur était jointe une lettre de mon Pierre TCHEU
ennuyé de ne pas revoir Thomas et de ne pas recevoir de
nouvelles ni de lui, ni de moi. Il sait que Monseigneur nous
appelle en prison il nous prie de nous rendre au lieu où
il est sur la route d’ici à SEOUL et de ne pas prendre une autre
route. Sitôt que j’ai eu reçu cette lettre de Monseigneur,
je l’ai envoyée à Monsieur CHASTAN l’invitant à
venir en toute diligence. J’ai aussi le même jour envoyé
au chef de tous les satellites à notre recherche, une lettre
à peu près conçue en ces termes accommodée
du style coréen « son Xiê tchong lis : lo
sin pou pater spiritualis lo, mon nom chinois et devenu
coréen . Nous ne pouvons de suite nous rendre à
TALKEI MORI (nom du lieu où il est avec Pierre TCHEN sur le
rivage d’une baie de la mer jaune) parce que le Père TCHEN,
Monsieur CHASTAN sont loin d’ici. Nous nous y rendrons dans une dizaine
de jours. Je désire que ton cœur se change et que tu trouves
l’heureux séjour après ta mort ».
Pendant le temps
qui s’écoule à attendre l’arrivée de Monsieur
CHASTAN, je consacre mon temps libre à vous faire le
récit de cette persécution copie de celle de 1801. Elle
vous parviendra peut être un jour. Je tâcherai de
répondre aussi aux autres charitables personnes qui m’ont
écrit.
Pendant le
courant de l’été 1838 une quarantaine de chrétiens
de TCHONG TCHENG TO furent emprisonnés à HONG TCHOU,
grosse ville coréenne de seconde classe. Ils sauvèrent ou
plutôt prolongèrent la vie de leurs corps aux
dépens de celle de leurs âmes et les plus aisés
d’une partie de leur fortune. Depuis lors jusqu’à ce jour de
temps à autre les pôkio qui ne cessent de
rôder dans les lieux habités par ces ci-devant
chrétiens (ils n’apostasient cependant que de bouche) et dans
une douzaine d’arrondissements du ressort de la gendarmerie de HONG
TCHOU arrêtent d’ici et delà tantôt un tantôt
trois ou quatre chrétiens, les rouent de coups pour les faire
apostasier et avec cela les gardent en prison d’où le mandarin
ne les laisse sortir qu’après leur avoir extorqué toute
la rançon possible.
Plusieurs fois
il est arrivé à ces diaboliques pôkio de prendre
des païens, les tourmenter pour leur faire dire qu’ils
étaient chrétiens et réussir envers quelques
infortunés païens, à leur faire dire enfin qu’ils
étaient chrétiens quitte à redire par une sorte
d’apostasie qu’ils n’étaient pas chrétiens afin de se
tirer de prison. Cela est arrivé, m’a-t-on dit, à
MIM-TSIEN envers des parents ou voisins de chrétiens. Un pauvre
homme de HOUANGMOUSIL nommé TCHENG, qui n’a qu’une jambe
serviable, s’était mis les mains et la jambe en perdition
à faire dix lieues pour venir se confesser en temps de
persécution. Je le confessai, le communiai et le fis reporter
à HOUANGMOUSIL lui faisant bien entendre qu’il ne devait pas
entreprendre une route si longue et si pénible pour lui et qu’il
n’eût pas à ressortir ainsi.
Une quinzaine de
jours après, épouvanté des bruits de
persécution dans sa contrée, il revint encore en deux
jours au même lieu à KEUMTCHATONG où je me
retrouvais aussi. Mais la fuite est inutile quand l’heure n’est pas
arrivée. Il s’en retourna chez lui, fut arrêté avec
son frère aîné et emprisonné à HAIMI.
Il est : Unus salvabitur alter relinquetur. Ce frère
aîné a eu le malheur de d’apostasier et ce fervent et
boiteux chrétien a eu le bonheur de confesser sa foi. On dit
qu’il ne peut plus pour ainsi dire se servir de sa jambe libre et que
le Mandarin du lieu lui a permis de mendier sa vie dans la bourgade.
Dans la
province de KIANG KITO à IMTSIEN HAMPAIKI une attaque de
persécution jeta le trouble et l’épouvante parmi quatre
petites chrétientés de cet arrondissement. Quelques uns
furent arrêtés et conduits à la capitale de leur
arrondissement, deux lieues de leur domicile. L’un d’eux périt
dans les eaux en traversant le fleuve qui conduit à la capitale
SEOUL, les autres qui s’étaient échappés,
rentrèrent peu à peu chacun chez soi à mesure que
le calme paraissait s’affermir. Tous rentrèrent même les
prisonniers mais ceux-ci avec la vie seule de leur corps.
Sur la fin
d’octobre 1838, les pôkio entrèrent brusquement dans un
faubourg de SEOUL chez une famille chrétienne, prirent quelques
livres et saisirent le maître de la maison, sa femme et sa belle
mère pour les traduire aux mandarins. Un voisin et ami
païen accourut au bruit, parla fortement aux pôkio et
arrangea l’affaire pour quarante leangs coréens, une centaine de
francs. Ils n’apostasièrent pas, seulement ils consentirent
à laisser brûler leurs livres.
Le 16 janvier
1839 à la brume, un délateur païen ou faux
catéchumène conduisit les pôkio et fit
arrêter la famille de François TCHAO, la famille de Pierre
KIM, beau-frère de TCHAO et Pierre KOUEN, notre courtier, avec
sa famille et son beau frère André PAK qui se trouvait
chez lui et fondait avec lui des médailles et des crucifix de
cuivre, en tout quatre hommes, six femmes et sept petits enfants. Les
mandarins qui, généralement un bien petit nombre
exceptés, ne paraissent pas approuver la persécution,
différèrent le traitement de cette affaire survenue
contre leur gré.
Après dix
jours d’emprisonnement au premier interrogatoire, les femmes
apostasièrent et à la dictée des mandarins,
vomirent les plus injurieuses, les plus outrageantes, les plus
honteuses et des plus sales blasphèmes et malédictions
contre le Bon Dieu, les trois personnes et chacune des trois personnes
de la très Sainte Trinité, Notre Bon Sauveur
Jésus-Christ et sa très Sainte Mère, notre
patronne et ma patronne spéciale et signalée.
Voilà
ce qu’en écrit Monseigneur : « Je n’ai pu en
entendre le récit sans frémir d’horreur, j’aurais voulu
arracher la langue à ces malheureux O Saint Louis ».
(Par un édit de ce roi on perçait la langue des
blasphémateurs avec un fer rouge). Ces atrocités, toutes
diaboliques qu’elles soient, accompagnent cependant les apostasies que
les mandarins coréens font subir aux infortunés
coréens chrétiens ou réputés pour tels,
avant de les relâcher, aussi bien à la campagne
qu’à la ville.
KIM TA
JIN, frère de la grande reine (grand mère paternelle du
roi âgé de 12 ans, marié depuis deux ans à
une arrière nièce de ce KIM TA JIN) était en
démence depuis plusieurs mois, c’était le régent
principal du royaume, il ne voulait pas la persécution de la
religion chrétienne, occupé à tue tête
à chercher la vérité qu’il ne pouvait trouver dans
toutes les superstitions du paganisme, il la soupçonnait dans la
religion chrétienne et il paraissait la protéger. TCHAO
TA JIN, grand père maternel du roi se trouva revêtu de
tous les pouvoirs de KIM TA JIN, son rival et ennemi. Or ce TCHAO,
ennemi connu de la religion chrétienne employa tout son pouvoir
et ses moyens à la persécuter : le chef des
pôkio, qu’on nomme POTCHENG, avait cessé d’arrêter
les chrétiens faute d’argent pour payer les frais des
arrestations ; le juge du premier tribunal avait dit à un
KIM TA JIN, ami de l’ancien KIM TA JIN, régent et de nous (notre
protecteur) qu’il avait ordre de presser l’affaire des chrétiens
et qu’il allait les renvoyer au premier.
Les
chrétiens instruits de ces nouvelles espérèrent la
fin prochaine de la persécution.
Des malveillants
ennemis des chrétiens rapportèrent à TCHAO TA JIN
que le pôtchang n’était pas riche et qu’il ne pouvait
à cause de cela, faire arrêter les chrétiens, le
premier ministre de Satan en ce pays renouvela l’ordre d’arrêter
sans discontinuer et qu’il fournirait aux frais. Intérim les
pôkio s’emparèrent de notre maison qu’habitait Pierre
KOUEN, de ses meubles et des meubles des autres chrétiens qu’ils
avaient arrêtés, ce qui leur fit une aubaine d’une
centaine de louis, 2 400 francs car François TCHAO et sa
sœur, veuve, étaient riches.
Monseigneur
était sorti pour administrer six petites
chrétientés qu’il s’était réservées
hors de la ville, croyant que l’occasion du nouvel an coréen
était favorable pour y rentrer et commencer en administrer les
chrétiens. Il s’y rendit le 30 janvier, commença
l’administration le 17 février, premier dimanche de carême
et jusqu’au jeudi saint il y entendit 990 confessions
« malgré dit-il la précaution, c’est toujours
lui qui parle, que nous prenions que les femmes ne vinrent que la
nuit et se retirèrent avant le jour. Deux fois les satellites se
mirent en faction après nous avoir observé mais je
partais le soir de nuit ou avant le jour et tout rentrait dans l’ordre.
Jamais je n’ai
éprouvé tant de fatigues ; je me levais vers les 2 H
30. A 3 H 30, commençaient nos exercices, baptêmes,
confirmation et action de grâce. Cela durait environ deux heures.
Les vingt femmes environ qui avaient reçu les sacrements se
retiraient et d’autres prenaient leurs places. A Pâques, je
pris quelque repos pour écrire en CHINE et éviter
l’affluence qu’aurait occasionné la solennité. Il ne
restait plus que deux lieux d’administration, KONG SO, dont les
maîtres avaient délogé. NAN DAMIEN (maintenant
martyr coréen) eût la charité de prêter sa
maison pour les chrétiens accoutumés à être
administrés dans la famille de Charles SUIEN, catéchiste
de Monsieur CHASTAN.
J’avais toujours
défendu d’admettre plus de vingt personnes à la fois mais
les chrétiens du XONG SO de la famille CHI SUIEN habitués
à ne suivre aucune règle et sa sœur et sa mère
aussi très imprudentes invitèrent une soixantaine de
personnes pour les deux jours ; celles-ci en amenèrent
d’autres. D’ailleurs, ne connaissant pas la maison où il fallait
des guides, il y eût plus de 100 personnes le vendredi soir, le
samedi, j’en chassai un bon nombre, d’autres venaient, les allantes et
les venantes ne cessaient pas. Je fus très fâché
(Monseigneur a eu lieu de se repentir de ne pas s’être
retiré au moment où il prévit cette affluence
turbulente. Nous nous serions retiré).
La trop grande
affluence empêche les pôkio d’entrer, il y aurait eu trop
de monde d’un seul coup ont-ils dit depuis le soir du dimanche qui
était le dimanche. Quand tout fut évacué, ils
s’introduisirent brusquement chez ce NAM DAMIEN éveillé
en sursaut, le saisirent, lui, son épouse et son fils unique et
une vieille hospitalière. Je les avais tous confirmés
l’année précédente et agrégés
à la confrérie du Saint Rosaire. Ils saisirent aussi un
ornement d’autel, la mitre commune, et un bréviaire, in totum.
Le tissu de cette mitre quoique seulement en argent leur parut, dit on,
la huitième merveille du monde, c'est un objet royal,
disaient-ils, ainsi que les mandarins. Ils l’estimèrent 900
tiass coréens, 12 000 francs.
Ce même
jour, ils avaient auparavant arrêté une veuve SEUSA SIU et
une autre femme appelée HAN. Le mari de cette femme, mauvais
catéchumène, de suite va trouver les satellites,
réclame sa femme que les pôkio ne relâchent pas
parce qu’elle refuse d’apostasier, il entre en fureur , dénonce
tout ce qu’il connaît de maisons chrétiennes et donne une
liste de 53 personnes.
Après
avoir arrêté la famille MAM DAMIEN de suite une escouade
de pôkio se porte à la maison de Y. Augustin,
catéchumène, arrêtent la belle sœur de MAM DAMIEN,
son fils et une fille nommée Marie KIM, brodeuse, qui
échappée de chez Damien venait d’entrer pour se sauver et
toute la famille, grands et petits on arrêta la mère
d’Augustin, vieille femme de 80 ans dans la maison de Jean Y,
frère d’Augustin à qui j’avais donné
l’extrême onction en octobre de l’année
précédente mais que la Divine Providence avait
guéri pour lui faire endurer des souffrances plus glorieuses et
le décorer de la palme de martyr. En cinq maisons, une vingtaine
de personnes furent arrêtées. Le lendemain, la bru de la
veuve SOU et KIM Ignatius apostasièrent .
Le mandarin
voulait aussi renvoyer la vieille mère d’Augustin Y avec un
enfant de 8 ans parce que selon les lois ou coutumes coréennes
on est exlex per gratiam quant on atteint 70 ans. La bonne vieille eut
assez de courage pour dire qu’elle désirait rester avec tous ses
enfants et le mandarin le lui permit.
Dès le 7
mars on avait arrêté dans une grosse bourgade ou petite
ville à une lieue de la ville capitale un nommé TSAY
Philippe, fabricant et marchand de vin. Sa femme quoi qu’ayant
apostasié ne fut pas moins arrêtée et conduite
à la prison afin que les pôkio pillassent plus
aisément la maison de cet homme un peu à son aise. Le
mandarin leur fit subir une légère bastonnade et renvoya
la femme apostate qui le surlendemain fit une fausse couche, et fit
passer le mari à la prison TSIEUEN PGHO.
Le 21 mars à quatre lieues de la ville furent
arrêtés les frères KIM et leurs fils. Je les avais
administrés en septembre de l’année
précédente ainsi que tout leur village. Ils s’en
tirèrent d’abord pour quelque argent, furent
relâchés puis repris, flagellés et détenus
en prison. On dit qu’ils ont été condamnés
à mort. Leur mandarin les a, dit-on, prié d’apostasier,
dites un mot d’obéissance au roi ce n’est pas si grande chose,
votre Dieu vous le pardonnera. C’est ce qu’on en a rapporté.
Le 28 mars, dans
un faubourg, fut arrêtée une
catéchumène peu instruite, avec son fils aussi
catéchumène. Elle souffrit à plusieurs reprises de
dures questions sans vouloir apostasier. Mais malheureusement, elle ne
se fit pas scrupule de dénoncer deux ou trois familles
chrétiennes avec qui elle avait des rapports. Elle resta
généreusement en prison jusqu’au 20 avril que le
président de la prison TSIEUEN PGHO la renvoya parce qu’elle
n’avait pas de nom chrétien, elle réclama :
« je suis chrétienne », le mandarin :
« quel est ton nom ? » elle :
« je n’en ai pas », le mandarin :
« tous les autres en ont, tu n’es donc pas
chrétienne ».
Le 8 ou 9
avril, MAM Damien passa à l’interrogatoire ainsi que Y.
Augustin.il ne fut pas très terrible. L’ornement, le
bréviaire et la mitre ayant été pris chez Damien
devinrent son affaire personnelle. Le mandarin, craignant la rumeur que
ces objets faisaient parmi le peuple et les pôkio, voulut bien se
contenter d’entendre dire que c’était des objets du Père
TCHOU martyrisé en 1801 même il suggérait à
Damien que dans l’assemblée des chrétiens, lui Damien,
assis dans le fauteuil recouvert d’une peau de tigre, s’en servait et
Damien de répondre : Oui. Et cela pour ne pas faire
déclarer la vérité car les mandarins savaient et
se le disaient à l’oreille : il y a trois européens
qui prêchent la religion chrétienne dans le royaume, il
est clair et les satellites le disent que ces objets leurs
appartiennent. Mais ils n’osaient encore alors pousser les recherches,
car disaient-ils quand cela viendra à être prouvé
juridiquement, il faudra les prendre et qu’en faire. C’est une affaire
trop grande pour un roi enfant et un petit royaume. Ce sont dit-on
leurs propres paroles.
Le mandarin
employa tous les moyens pour faire apostasier Pierre MAM fils de
Damien, enfant de 11 à 12 ans et le fils d’Augustin Y de
même âge ainsi que sa sœur âgée de 15 ans. Ces
chers et très aimables enfants devenus de petits héros
par la grâce que leur a méritée Jésus enfant
demeurèrent fermes ; ni caresses, ni menaces, ni supplices
cruels même rien ne put ébranler leur foi. Ils furent donc
transférés à la prison TSIEUEN PGHO avec leurs
parents. Quelle douce et sainte société ! Dans douze
jours environ j’aurai le bonheur j’espère d’entrer dans cette
route certaine et raccourcie qui conduit à la
société de Dieu des Anges et des Saints. Monseigneur y
est déjà depuis 22 jours.
Le 11 avril, la
haute Magdeleine Y, sa sœur, sa mère, sa nièce et deux
autres vierges enthousiasmées de la ferveur des enfants fils et
fille de Damien et d’Augustin furent au prétoire se
présenter comme chrétiennes et voulant mourir en
confession de cette foi. Le mandarin les fit chasser par deux fois.
Fermes et ardentes dans leurs désirs, elles s’en allèrent
à la maison de MAM Damien devenue un poste de pôkio, se
firent arrêter et conduire à la première prison. Le
mandarin après un cruel interrogatoire les fit conduire à
la prison de TSIEUEN PGHO.
Chose admirable
dans ce peuple nous avons souvent et très souvent occasion de
gémir sur le sort de quelques apostats nouveaux et une sorte de
consolation de réprimer les ardents désirs de plusieurs
pour se présenter aux persécutions.
Le 12,
Jacques TCHEU, frère de Philippe, un de nos hommes d’affaires,
son épouse malade et deux de ses filles aussi très
malades, l’une de 14 ans, l’autre de 5 furent arrêtés et
la maison pillée. Nous y avons quatre grandes cruches de vin de
messe que les pôkio trouvèrent bon, les deux autres
enfants avaient été cachés et son frère
Philippe, que l’on recherchait principalement, était absent.
Jacques et deux veuves que l’on avait aussi arrêtés chez
lui furent horriblement torturés pour dire où
était Philippe et ensuite conduits à la prison TSIEUEN
PGHO. Sa femme et sa fille comme malades ne le furent que très
légèrement, on ne les conduisit pas non plus à la
grande prison.
Le 19
Agathe TSUIEN, pour avoir donné l’hospitalité à
LANGO Lucie, fut arrêtée avec elle et sa nombreuse
famille. Car François PAK, neveu de Lucie, saisi de frayeur
avait vendu pour un tiers de prix sa maison qui était
dénoncée, s’y était retiré depuis deux
jours avec tous ses meubles et toute sa famille.
Une
vieille veuve leur compagne hors d’elle même apostasia de suite
et alla droit trouver Monseigneur pour se confesser de ce
péché et, selon que nous l’a rapporté Monseigneur,
fut très mal reçue. Vous devinez comme elle fut
reçue. Ce sont les expressions de Monseigneur. Tous les autres
tinrent fermes d’abord et souffrirent avec courage. Les premiers
supplices qui furent plus terribles contre Agathe TSUEN et PANG Lucie
parce qu’elles étaient Kong niu c’est à dire vestales ou
vierges de la cour, employées à la garde d’honneur et
dans les sacrifices aux tablettes des rois.
PANG
Lucie, les mains liées derrière le dos, les yeux
modestement baissés, d’un air paisible et avec un visage serein
qui annonçait la paix de sa belle âme adressait à
Dieu de ferventes et continuelles prières répétant
mille fois les doux noms de Jésus, Maria, ce qui est commun
à tous nos chrétiens, ne proféraient pas les
moindres plaintes pendant que sous un nombre de coups de verges on lui
rouait cruellement les jambes. Ces supplices passés, il s’agit
de les transférer à la grande prison.
Alors la famille
de François PAK toute païenne accourut et occasionna
malheureusement l’apostasie de tous leurs parents de onze personne qui
avaient été arrêtées et avaient d’abord
généreusement confessé la foi. Il ne resta que les
deux Kong Nim : Agathe TSUIEN et Lucie PANG, tous les autres
apostasièrent. Les chrétiens plus connus se
trouvèrent un peu arrêtés et les prisons remplies
après quoi il y eut quelque relâche en fait d’arrestation.
Le
président du tribunal fit son rapport au Y TA JIN, ministre
chargé du pouvoir exécutif qui en référa
à la grande reine et lui présenta un rapport dans lequel
il ne nomme pas la Religion Chrétienne mais un rejeton des
sectes infâmes PELI KIAO et HOUANG KIM, sectes qui exercent
la vigilance de l’Empereur et des gouvernementaires de Chine. Il
exagère le nombre de ses sectateurs et les couvre des plus
noires calomnies : de ne point reconnaître leurs parents,
d’être rebelles au Roi, de ne point observer les devoirs sociaux
et surtout de se faire une joie et un bonheur de souffrir et de mourir
pour leur religion pire en cela que les animaux qui craignent la
douleur et la mort. Il y parle de la mitre, du livre et de l’ornement
comme d’objets singuliers de superstition et propose d’employer la
sévérité des lois pour la détruire. En
Chine le style est que les projets qu’on propose à l’empereur
poussent les choses à l’excès et à la
dernière sévérité.
Et sa
Majesté, dans sa réponse, en rabat toujours plus des deux
tiers, ce qui fait que les peuples louent la clémence de leur
souverain. Mais ici la reine trop précipitée, sans avoir
consulté KIM TA JIN, son frère avant sa maladie,
régent du royaume, reconnu pour habile et assez refait pour
pouvoir lui donner un bon avis, ajouta encore au rapport du ministre
ennemi de notre Sainte Religion. Selon sa réponse, en 1801 ont
n’avait pas assez exterminé les chrétiens ; ils
avaient repullulé, à présent il fallait couper
l’herbe et en arracher les racines ce sont ses termes, et
établir dans les huit provinces l’OKATCHAKTONG qui constitue 5
maisons sous la surveillance et la responsabilité d’un seul
homme et fait que nul ne peut déloger ni recevoir d’hôtes
secrets afin de prendre tous les chrétiens et nous
européens chrétiens comment et où nous
trouvions-nous ?
Cependant
nous avons vécu avec et entre tout cela jusqu’à ce jour
de septembre et je ne désespérais pas d’y vivre encore
plus longtemps. Si Notre Seigneur Jésus-Christ par l’organe de
Monseigneur IMBERT son vicaire sur cette terre ne nous appelait dans la
voie certaine du salut et du ciel par les prisons et les tourments des
ministres de Satan en COREE.
Cet ordre
de la grande reine d’exterminer les chrétiens parut le 19 avril.
Il étonna beaucoup de monde et surtout le président du
tribunal TSIEUEN PGHO. Ce juge avait dit, quelques jours
auparavant, au petit KIN TA JIN notre protecteur que l’ordre royal lui
prescrivait de tenir séance tous les jours, même les jours
de sacrifices auxquels le barreau est vacant ordinairement, afin de
traiter vite l’affaire des chrétiens et de les juger selon la
sévérité des lois, il avait ajouté
même qu’il les renverrait hors de cause. Le 20 il commença
par renvoyer à la prison PGHO TCHANG le fils de Damien, le fils
et la fille d’ Y. Augustin et la nièce de la haute Magdeleine Y,
âgée de 14 ans sous prétexte que la loi ne
permettait pas de les juger au tribunal des crimes capitaux
malgré les supplications et les larmes des parents et des
très chers et aimables enfants.
La grâce
de Notre Bon Jésus les soutint. Ces quatre petits héros
et héroïnes chrétiens sont toujours demeurés
fermes malgré les supplices qu’on leur a fait endurer à
plusieurs reprises et surtout la faim car nos gens ne pouvaient leur
faire passer aucun soulagement. Les ministres de Satan se sont en vain
efforcés à leur faire croire que leurs parents avaient
apostasiés et étaient retournés à leur
maison. « Que mes parents aient apostasié ou non
c’est leur affaire » répondait chacun de nos aimables
enfants, « pour moi, je ne puis renier me séparer de
mon Dieu que je sers depuis mon enfance ». L’affaire des
chrétiens prenant une tournure terrible et leur jugement tendant
à la mort il renvoya absolument sans supplices et sans apostasie
par honneur pour son grand âge la mère de Y. Augustin et
Y. Joan avec un enfant d’Augustin âgé de 8 ans, un apostat
Philippe TSAY qui avait heureusement confessé la foi depuis le 7
mars jusqu’à ce moment où il eût le malheur de
succomber et une brave et forte catéchumène, quoique
professant la foi chrétienne, parce qu’elle n’avait pas de nom
chrétien.
Le 21 mars
Damien, Y Augustin et leur co-prisonniers subirent un nouvel et
terrible interrogatoire. Le président rappela l’affaire de la
mitre, du livret des ornements, il réfuta les réponses
fausses que lui avait donné Damien dans le premier
interrogatoire : « Ces objets sont neufs comment
peuvent-ils être du père TCHOU mort en
1801 ? » Il lui fit briser les os des jambes et le fit
rouer de coups de verges sur les bras et sur les cuisses et sur tout le
corps, il le mit sans connaissance et il y resta pendant quatre jours
sans donner des marques ni espoir de vie, mais la Divine Providence,
qui sans doute voulait seulement lui faire expier ses réponses
mensongères et le réservait à un plus glorieux
martyr, lui rendit peu à peu la santé.
On brisa
également les os des jambes de Lucie PANG et d’Agathe TSUIEN. Le
sang, la moelle, les chairs en lambeaux offraient un spectacle que les
démons seuls et leurs ministres peuvent regarder et faire
endurer sans horreur et sans compassion. Ce président,
dénaturé, admirait seulement leur patience et la
sérénité de leur maintien. Le lendemain, elles se
trouvèrent miraculeusement guéries. Les autres
examinés ce jour souffrirent moins. Les jours suivants il en
examinait six chaque jour, tous souffrirent plus ou moins cruellement.
L’épouse
de Damien, qui avait eu l’imprudente et coupable faiblesse d’imiter et
répéter les mensonges de son mari, fut des plus
maltraitées ; on lui brisa aussi les os des jambes. Cette
femme d’un caractère fort et intrépide quoique d’une
petite complexion et capable de parler ainsi que quelques autres
chrétiens et chrétiennes dont les noms ne me sont pas
parvenus, pulvérisèrent les calomnies des païens sur
le culte à rendre aux parents, l’observation des devoirs sociaux
etc…surtout ils et elles relevèrent la modestie et la
chasteté chrétiennes qui règlent non seulement le
corps mais l’esprit et le cœur.
Ils et elles
firent, autant que leurs facultés le leur pouvaient
suggérer, ressortir et briller mille points de notre Sainte
Doctrine tellement que les auditeurs et le président surtout
étaient dans l’admiration. Ils et elles prouvaient l’obligation
de refuser l’apostasie qu’on leur demandait au nom du roi par l’oportet
obedire deo potius quan hominibus mais avec de simples et si
propres expressions et comparaisons que le président les
applaudissait.
Puis ensuite
à une vierge de 22 ans nommée LUCIE, qui raisonnait plus
sciemment et plus fortement mais enfin en sais-tu plus long que
le roi (enfant de 12 ans) et les mandarins Notre Sainte Religion est si
belle et si vraie que si le roi et les mandarins voulaient l’examiner,
de suite ils l’embrasseraient. Dans les diverses séances qu’il
tint jusqu’au 30 avril il en condamna 40 à mort et fit
présenter le jugement à l’approbation du conseil royal.
Ce nombre
épouvanta le ministre et surtout la reine. Ils s’attendaient
à ce que les chrétiens apostasieraient pour se sauver la
vie ; ils répondirent : mettre les chrétiens
à mort c’est accéder à leurs désirs ;
il faut recommencer les tortures, les forcer à apostasier et les
renvoyer chez eux. Le président recommença donc les
supplices avec une nouvelle cruauté principalement envers ceux
qui avaient moins souffert dans les interrogatoires
précédents.
Augustin Y
fut des plus tourmentés. Il eût comme les jours d’avant
Lucie PANG et Agathe TSUIEN et la femme de NAM Damien, MARIE Y, les
jambes rompues sous les coups de verges. Une femme eut le malheur
d’apostasier dans les tourments ; elle était
condamnée à recevoir 30 coups de verges sur les jambes,
elle apostasia au 27ème coup, elle a été
relâchée puis elle a été reprise, confessa
généreusement sa foi et répara sa faute.
Le
président, voyant que les supplices ne réussissaient pas
à faire apostasier, déchaîna contre les prisonniers
païens les chargeant de molester les chrétiens jours et
nuits d’injures et de coups. Ce moyen lui réussit en
partie ; les infortunés Jacques TCHUEN, frère de
notre Philippe, François TAY, son fils et un autre
chrétien, vaincus par des vexations continues,
apostasièrent. L’épouse de Jacques TCHEU de la
première prison PGHO TCHANG, où elle était malade
avec ses deux filles, apostasia sans coup sitôt qu’elle eût
apprit l’apostasie de son mari et sortit avec sa fille de 14 ans aussi
apostate et une enfant de 9 ans.
Ces apostasies
nous causèrent une peine particulière. Cette femme et ses
enfants n’avaient plus que quelques jours à souffrir dans la
prison, lieu certain de salut pour elles et seraient sorties hors du
danger de tomber en enfer par une espèce de martyr. Jacques
était un chrétien d’une piété exemplaire.
Le
président, vraisemblablement pour porter les confesseurs
à apostasier, fit rendre aux apostats leurs meubles, leurs
maisons et tous leurs biens. Il fit rendre également aux
apostats arrêtés en janvier, leurs maisons et tous leurs
biens. Les pôkio ayant tout dilapidé voulaient rendre
l’argent de la vente des meubles. Non, ils leur fallut rendre les
objets mêmes ou en acheter de semblables à l’arbitrage des
apostats et selon la liste qu’ils présentèrent. Sur cet
article, le président se montra inexorable. Après
plusieurs séances jusqu’au 3 Mai, 33 confesseurs
restèrent fermes et furent pour la deuxième fois
condamnés à mort. La sentence fut de nouveau
présentée au Conseil royal et de nouveau rejetée
avec ordre de recommencer les tentatives d’apostasie avec motifs
propres à chacun individuellement.
Sur ces
entrefaites, le 3 mai nos chers commissionnaires à PEKIN, LIEOU
Augustin et Charles TTCHAO arrivèrent heureusement à la
capitale du royaume SEOUL, ils n’apportèrent aucun livre, ni
objets de religion parce que pendant la persécution de
l’année dernière à PEKIN, Joseph OUANG avait
caché nos livres et effets. Or, il était absent au temps
où nos commissionnaires coréens les demandaient et les
prêtres chinois qui nous aident en CHINE à cause des
nombreux traîtres ne purent se rendre à PEKIN ni
gérer nos affaires. TANG TCHENG OUEN, originaire du SETCHUEN,
horloger établi à PEKIN dit à nos commissionnaires
que la majeure et meilleure partie de nos effets étaient enfouis
dans sa boutique mais que ne sachant ni latin, ni français il ne
pouvait livrer les objets que nous demandions et il ne leur livra rien.
Ils n’apportèrent que nos lettres, un synode du SUTCHUEN que
Monsieur MOULY eut la charité de nous envoyer de SAN HAI KOUAN
où nos gens le virent avec une très abondante
aumône de nos frères fidèles de France dont une
très grande partie est tombée entre les mains des
persécuteurs et de leurs agents.
Ce même
jour 3 mai les pôkio à deux lieues de la ville allaient
arrêter KIM Antoine, un excellent chrétien, lorsqu’au
bruit il s’enfuit ainsi que sa femme et une de ses sœurs, Colombe, sa
sœur aînée, âgée de 26 ans et une autre sœur
âgée de 24 ans furent arrêtées avec son
enfant âgé de trois ans qu’ils remirent aux païens du
quartier. Le PO TCHANG, président du tribunal, par caresses et
mille belles paroles, exhorta longtemps Colombe et sa sœur à
apostasier. Puis ayant appris qu’elles n’étaient pas
mariées, il leur en demanda raison. Colombe lui répondit
que c’était pour garder la virginité car ajouta-t-elle
« les chrétiens qui gardent la chasteté font
une œuvre agréable à DIEU ». Les autres
vierges emprisonnées en avril n’avaient pas osé parler si
clairement, elles s’en étaient tirées en disant qu’elles
n’avaient point trouvé de parti de leur goût, ni
convenable et qu’ainsi surtout à cause de leur pauvreté,
elles avaient ainsi vieilli, il y a en cela du non secundum ven
veritatem. Néanmoins DIEU veuille me préserver de plus
grandes fautes et après avoir lavé ces fautes dans leurs
peines, elles gagneront encore la palme du martyr.
La mère
de Colombe, que j’administrai il y a deux ans dans la maladie dont elle
mourut, était une des meilleures chrétiennes que j’ai
connues en COREE, son frère, ses sœurs qui, toutes à son
instar, ont voulu garder la virginité, une est morte comme de
chagrin d’avoir été fiancée ou des suites de ce
chagrin, sont et ont toujours été de nos plus exacts
fidèles observant.
Colombe hors de
la prison avant d’être en prison, était une malade de
vertus, en prison, elle soutient ses exemples antérieurs. Sa
candeur, son ingénuité et toutes ses vertus sont encore
un modèle pour ses co-prisonnières et pour les vierges de
COREE qui naîtront après nous. Le mandarin,
dépourvu de tout sentiment de pudeur et d’honneur, fit
totalement dépouiller Colombe et sa soeur, leur fit ensuite
rouer de coups les os à toutes les jointures et à cinq
reprises, leur donna la question aux jambes. Leurs os pliaient mais ne
rompaient pas. Ces pieuses filles souffraient ces supplices avec un air
serein et content sans jeter ni cris, ni soupirs, ne prononçant
pas même à haute voix les doux noms de JESUS et MARIE
comme tous les autres suppliciés , pratique qui fait enrager les
pôkio et les mandarins tellement que l’on appelle les
chrétiens JESUS MARIA.
Ainsi quand on
prit Paul TING notre commun et principal introducteur,
« nous avons arrêtés aujourd’hui un grand JESUS
MARIA » dirent les pôkio. Nos ferventes
héroïnes intérieurement s’entretenaient en silence
avec notre bon JESUS qui les soutenait et portait la plus
pénible partie de leur croix. Les souffrances et tourments sont
insupportables, ont dit les apostats, tant qu’on n’a pas
apostasié mais une fois que l’on a apostasié il n’y a
plus moyen d’y tenir. Le mandarin attribuant leur impossibilité
à la magie, leur fit écrire sur le dos des
caractères anti-magiques qu’il perça de treize
coups d’alênes rougies au feu. Vives douleurs ! Elles
restèrent comme impassibles alors il leur dit :
« je vous marie à tous les pôkio et les
prisonniers » et à ceux-ci de
même : » abusez en comme vous
voudrez ».
Notre bon
JESUS, notre Divin Maître leur seul protecteur ne les abandonna
pas, il les rétablit miraculeusement en santé et leur
donna une force telle qu’elles pouvaient se défendre de dix
hommes à la fois, elles restèrent en cet état
toutes nues pendant deux jours dans la prison des hommes et enfin les
pôkio, honteux, leur rendirent leurs vêtements et les
firent passer dans la prison des femmes. Ces deux vierges ne sont pas
les seules qui aient subi cette infamie, les pôkio
dépouillaient les vierges, les jeunes femmes et les veuves de
leur corset et de leur jupon, ne leur laissant que le caleçon
sitôt qu’ils entraient dans leurs maisons et les
arrêtaient. Cependant, on n’a pas entendu qu’aucune ait
été violée, on sait que les deux si honteusement
maltraitées ne l’ont pas été.
Le
ministre persécuteur Y TA JIN ayant sut que les pôkio se
ralentissaient à arrêter les chrétiens parce qu’il
ne leur était plus libre de piller et voler et que même
ils avaient été obligés de réparer leurs
brigandages, en fit son rapport à la reine grand mère lui
insinuant de permettre le dépouillement des chrétiens
comme auparavant.
Cette fois elle
ne succomba pas à la suggestion, au contraire, elle approuva
fort la pratique du président du XSIEUEN PGHO de faire restituer
les choses volées et pillées, elle ordonna en outre que
si dans la maison il se trouvait quelque apostat, les meubles et les
biens lui restassent sinon aux plus proches parents et à
défaut de parents que les biens de la famille
arrêtée fussent confiés à un
propriétaire du quartier qui en serait solidairement responsable.
Ce nouvel ordre
ajouta encore au ralentissement des pôkio à prendre les
chrétiens. L’ordre d’établir la surveillance des maisons,
OKATCHAKTONG, s’établissait lentement et à contre cœur
dans les faubourgs et certains quartiers de la ville. Il en a
été de même dans la province de TCHONG TCHING TO.
On ne l’a établi que dans bien peu d’endroits. Dans la province
de KIENLA TO il a été plus exactement établi mais
cela n’a eu aucune suite nulle part et il est devenu
insignifiant ; aujourd’hui c’est ainsi qu’en parlent les
chrétiens et les paysans l’OKATCHAKTONG ne signifie rien.
Le 9, Colombe et
sa sœur avec trois autres furent transférés dans la
grande prison et complétèrent de nouveau le nombre de 40
confesseurs. Ils nous écrivaient les lettres les plus
édifiantes surtout Colombe KIM, Lucie PANG et l’épouse de
Damien. La prison était vraiment le séjour de la paix, de
la sainteté et du bonheur, le chemin du ciel (Monseigneur y est
et j’y serai j’espère dans 11 ou 12 jours).
Le 12,
Colombe comparut devant le président du XSIUEN PGHO et lui fit
ingénument le récit naïf de l’injure, que sur sa
sœur et en sa personne, on avait fait aux mœurs publiques du royaume.
Le président vivement affecté de cette horreur en fit son
rapport au conseil royal. Nous n’avons pu savoir qu’elle aura
été la réponse ; il paraît qu’on s’y
est contenté de baisser les yeux et de rougir. Mais le
président ne se contenta pas de cela. Il fit une verte semonce
au président du tribunal. POTCHENG, fit mettre quatre
pôkio en jugement et en condamna deux à l’exil où
ils partirent le surlendemain.
Ce même
jour (12 mai) Protais TCHEN qui avait eu le malheur d’apostasier
dès la première prison, au commencement de la
persécution, et qui, retourné dans sa famille ne s’y
nourrissait que de ses regrets et de ses larmes, vint dans la rue se
jeter aux pieds du président au sortir du tribunal, le supplier
fondant en larmes de le remettre en grâce en prison, qu’il
mourrait de chagrin d’avoir apostasier. « Est-ce de tout ton
cœur » répondit le président, « oui
sans doute » répliqua Protais, « eh bien
va en la prison » et notre Protais d’y courir, le cœur
content et plein d’une joie qu’augmentèrent encore les
félicitations des autres confesseurs.
Il avait
scandalisé les confesseurs de deux prisonniers et plus
particulièrement ceux de la première. Le 19 il y fut
renvoyé, le 20 le président de ce tribunal lui fit donner
19 coups à mort car les coréens ont cette cruelle adresse
de battre à mort ou à vie et la nuit il mourut martyr de
son repentir et de sa foi.
Les arrestations
paraissaient suspendues. Le président, las de torturer ces
pauvres innocentes victimes chrétiennes, leur fit comme un
père, une exhortation à l’apostasie. Un mot
d’obéissance au roi ne sera pas un si grand péché.
Les autres criminels me demandent la vie mais avec vous d’un ordre
renversé, il n’en va pas ainsi, je vous l’offre, c’est à
moi à vous demander à ce que vous veuillez vivre. Nos
fervents et inébranlables confesseurs s’en tirèrent par
une réponse polie et honnête.
AUGUSTIN Y le
pria de lui rendre ses deux enfants qui étaient très
exposés dans la première prison, surtout sa fille de 19
ans, seule, sans parents. La femme de Damien demanda la même
grâce pour son cher fils. « Hé bien toi, dit le
mandarin à Augustin, apostasie donc toi et je te renvoie ainsi
que ta femme et tes enfants sans qu’ils apostasient ».
« Je ne puis apostasier », répondit
l’intrépide confesseur et il fut de nouveau condamné
à mort ainsi que Damien NAM comme collecteur de la mitre, livre
et autres objets religieux, Pierre KOUEN pour avoir coulé des
crucifix en quantité, Lucie PANG parce qu’elle avait
quitté la cour et sa charge de vestale ou gardienne de la
tablette du roi dernier mort, l’épouse de François TAY
pour avoir imité l’apostasie de son malheureux mari.
Agathe, en
prison depuis deux ans et demi et sœur d’une vierge morte martyr le
jour que Monsieur CHASTAN entrait à ITEHOU, ville
frontière de COREE, Barbara HAN, Magdeleine KIM et Agatha Y,
toutes quatre en prison et condamnées à mort depuis deux
ans et demi mais dont l’exécution avait été
différée. Après trois jours de débats au
conseil, la sentence fut entérinée et le vendredi 24,
fête du Sacré Cœur à 3 heures après midi,
heure à laquelle Notre Divin JESUS avait donné sa vie et
son sang pour nous et pour eux, ces heureuses victimes eurent le
bonheur de donner aussi leur vie et leur sang par amour pour lui. Ils
furent décapités sur la place publique hors la porte de
l’ouest. Les habits des exécutés devenant la proie
du bourreau ; ils souffrirent selon l’impudique coutume, l’avanie
de la dénudation mais ils avaient prévu cela et
s’étaient ceints les reins d’une pièce de toile qu’on
leur laissa pendant l’exécution.
Leur corps
restèrent trois jours sur la place publique selon les lois du
pays et le lundi 27 au petit point du jour, Monseigneur parvint
à les faire enlever et inhumer dans un petit terrain qu’il avait
fait acheter ad hoc en forme de fer à cheval ouvert à
l’ouest dans un lieu qu’on appelle OYAKOKE.
J’aurais bien
voulu, nous écrit Monseigneur, comme dans noble et heureuse
Europe les faire envelopper de parfums et d’étoffes
précieuses mais cela aurait été trop exposer
l’homme dont je me servais pour cette sainte œuvre. On se contenta donc
de les vêtir d’un caleçon et d’une chemise chacun selon
son sexe puis envelopper et lier dans des nattes. La seule Lucie PAK a
eu un petit cercueil donné par son lâche neveu.
L’épouse de François TAY fut par lui et sa famille
enterrée ailleurs. Voilà des patrons et des reliques en
abondance si jamais la religion devient publique en COREE comme il y a
lieu de l’espérer.
Avant et
après le martyr de nos illustres confesseurs, le
Président du POTCHENG, piqué des reproches du
président TSINEN PGHO, à cause des outrages faits
à Colombe et à sa sœur et fâché des fortes
restitutions qu’ils avaient eu à faire à coups de verges
redoublés, en fit apostasier un certain nombre et mourir
d’autres. Ainsi un nommé Joseph TCHANG, baptisé et
confirmé par Monseigneur en 1838 et un riche et peu fervent
chrétien, marchand de soierie, le 27, la nièce de la
haute Magdeleine Y, enfant de 14 ans mourut de misère et des
suites des tourments, elle était volontairement entrée en
prison le 11 du mois précédent.
Pendant un
certain espace de temps sur la fin de mai et dans les premiers jours de
juin il y eut une apparence de bonasse à la tempête. On ne
parlait plus des chrétiens qui restaient en prison. Le
président du tribunal criminel XSIENEN PGHO, fatigué de
condamner et torturer des personnes qu’il connaît innocentes,
refusa de juger et voulait donner sa démission , son second pour
les mêmes motifs l’a donnée. On parlait de les laisser
mourir de faim et de misère en prison. Une fièvre putride
en avait attaqué plusieurs. La malpropreté et le grand
nombre réunis dans un petit local y avait probablement
donné lieu. Une pauvre veuve en mourut le 2 juin.
Dans la
province de KIEN LATO, neuf chrétiens en prison depuis 13 ans et
condamnés à mort, furent exécutés
décapités à TSIEN TCHOU FOU, métropole de
la province, trois confesseurs en prison à TAY KOU,
métropole de KIEN SAN TO, province sud est depuis
condamnés à mort, furent aussi décapités.
Quoique le calme
parut se rétablir et que les pôkio disait-on eussent
reçu l’ordre de ne plus arrêter de chrétiens,
Monseigneur crut plus avantageux de se retirer à la campagne, il
partit le 3 juin et arriva le 6 chez son André sur la rive de la
grande baie de MEPO.
Le 28
juin, on rapporta que le nouveau président du tribunal TSIEUEN
PGHO mettait la plus grande activité à faire apostasier
nos chers confesseurs. Sans leur faire souffrir de très durs
tourments, il ne les fait pas moins vexer par de fréquentes et
dès lors douloureuses bastonnades. La belle-sœur de Damien NAM a
eu le malheur d’apostasier et s’en est retournée avec son
enfant, une vierge, vaincue par les tourments, a eu le même
malheur. Funeste apostasie après plus de deux mois de
douloureuse prison après avoir entendu deux fois courageusement
leur sentence de mort vu le ciel ouvert prêtes à y entrer
funeste apostasie ! !
Deux autres
veuves âgées ont terminé dans cette prison leur
pénible existence par un martyr qui, pour être moins
glorieux, n’en est pas moins vrai et méritoire selon S. Cyprien.
Le
beau-frère de S. Pierre KOUEN, André PAK après son
apostasie et sa sortie de prison s’était rendu l’inhumateur des
martyrs et après cette Sainte Œuvre, comme auparavant, le
serviteur des prisonniers, les pôkio , après l’avoir
observé en vain pour savoir d’où il tirait tant d’argent
qu’il portait aux prisonniers, l’ont enfin arrêté et
cruellement torturé.
Nos agents
lui remettaient les aumônes au premier en droit, convenu pour se
rencontrer dans les carrefours en pleine rue, en pleine place mais
néanmoins secrètement.
Y. Joan,
un de mes anciens catéchistes vint de SEOUL nous apporter les
affligeantes nouvelles suivantes : le 7 juillet, il y a eu un
grand conseil d’état dont le résultat : un nouveau
décret de persécution approuvé par la Reine. Dans
ce décret, on fait faire à la Reine une forte semonce
contre les pôkio et le juge du tribunal criminel XSIEUEN PGHO sur
leur lenteur et leur paresse à exterminer les chrétiens.
Elle leur ordonne de pousser l’affaire vivement, sans quoi ils seront
coupables à tout le royaume… De suite, après cet ordre,
le jour même et les jours suivants, 8 et 9, la persécution
fut comme la grêle, des apostats renvoyés furent de
nouveau arrêtés.
Le 9
l’épouse de Charles TCHAO, un de mes deux principaux
introducteurs de PIEN-MEN, celui qui le premier dit : le
père peut entrer (en COREE), un de mes premiers
catéchistes devenu commissionnaire à PEKIN parce qu’il
était le plus capable, le seul connu capable de gérer ces
sortes d’affaires, son enfant de quatre mois, son beau père et
sa belle mère, avec un enfant de six mois, l’épouse, le
fils, la sœur et la belle mère de SIEUEN Charles,
catéchiste de Monsieur CHASTAN, furent arrêtés dans
une maison vacante de la mission où ils venaient d’arriver pour
la conserver et aussi être un peu plus au large et fuir le danger
auquel il se croyaient plus exposés dans leur petite maison.
C’était pour une semblable raison de peur que les ci-devant,
habitants de cette maison de la mission l’avaient abandonnée.
Notre cher Charles TCHAO était absent quand il entendit que les
pôkio s’étaient emparés de son habitation et des
habitants. Il ne retourna pas pour s’en assurer, et il fit bien, se
croyant sans moyen d’échapper et au désespoir de pouvoir
se sauver, il fut à HOUTONG, notre maison principale, dire
à Paul TING que tout était perdu pour lui, qu’il allait
se rendre en prison. Il ne prit pas le temps de réfléchir
et ne trouva pas non plus des gens capables de la détourner de
son projet précipité, prématuré et inutile.
On dit qu’il
arriva à la prison avant sa chère épouse
même. Ni apostasie, ni or, ni argent ne peuvent le tirer des
griffes des démons incarnés qui torturent nos très
chers frères. Il est un des trois qui avait écrit et
signé les lettres au Souverain Pontife et à feu
Monseigneur BRUGUIERES qu’il avait promis de l’introduire en COREE et
qu’il n’y avait introduit à la place de ce
vénérable prélat le catéchiste et
commissionnaire en titre des affaires de la mission et des
chrétiens avec les européens et les chinois à
PEKIN etc… Aussi, disent les chrétiens avec le pauvre Charles
TCHAO et consorts, il ne s’agira pas d’apostasier. Il le savait de
longtemps et il s’attendait à ce que la Divine Providence a
permis qui lui soit arrivé. C’est un des meilleurs
chrétiens de COREE.
Ses semblables
sont rares. Dieu veuille le conserver et le continuer en un de ses
adorateurs perpétuels. La mission a perdu une multitude d’effets
en marchandises chez lui et bien d’autres, il s’en fallait bien qu’il
eût débité ses marchandises et achever de
rendre plus de 349 louis qu’il nous avait apporté cette
année.
Monsieur CHASTAN
et moi, nous n’avons pu rien à en recevoir et ne recevant
d’ailleurs rien de nos chrétiens pauvres comme des pierres
presque tous, il en meurt de faim ; nous avons été
obligé de faire mendier ; ce qui, en cherchant à
nous cacher des chrétiens imprudents comme des païens,
n’était pas chose facile. Mais c’est une misère humaine
qui tire à sa fin et n’est que le préambule de celle que
nous allons endurer en prison dans peu de jours.
Des judas , un
KIM Joan, Yang PAN, noble par origine bâtarde, fils né
d’une concubine, originaire et habitant de SEOUL, KOUAK, jeune homme
d’environ 25 ans ci-devant, domicilié et peut être
originaire de BOUSASAN NITUENMUKI KONGTCHU. Son père Pierre
KOUAK était catéchiste du lieu. Ils ont
déclaré aux mandarins et au public qu’il y a dans le
royaume trois européens qui y prêchent la religion
chrétienne.
Après
quoi, TCHAO et Y TA JIN ont donné ordre de nous arrêter et
envoyé KIM Joan avec une escouade de pôkio, et KOUAK, avec
une autre, en outre quelques centaines de pôkio pour nous
arrêter.
Le 17 Augustin
LIEOU, interprète du chinois et coréen à la cour,
un des dix petits mandarins qui vont chaque année à
PEKIN, ad turnum émérite depuis trois ans, grand et
intime ami du ci-devant régent KIM TA JIN, frère de la
reine persécutrice, (la maladie démence de ce
régent causant sa spoliation du pouvoir principal a
occasionné ou laissé ouvrir la porte à la
persécution que ce brave régent quoique revenu en
santé, ne peut plus arrêter ; il a même
à craindre pour sa vie plusieurs païens disent KIM TA JIN,
le frère de la reine et un autre KIM TA JIN, notre protecteur et
comme rapporteur des affaires de la Cour et un KOUEN TA JIN aussi
puisant et brave homme amis des deux KIM TA JIN et loin d’être
notre ennemi.
Ces trois
TA JIN sont chrétiens, ils ont peut-être le désir
de l’être, c’est certain pour le second KIM TA JIN, mais ils n’en
auront pas le courage ; leur parti aussi est presque aussi fort et
plus au fait de gouverner dit-on, que leur opposants TCHAO TA JIN et
les siens. Mais item, c’est TCHAO qui maintenant l’exerce contre nous
en dépit dit-on de KIM TA JIN qui laissait les chrétiens
et nous vivre tranquillement avec les titres et les dignités
susdites. Notre cher Augustin LIEOU avait à PEKIN lui-même
de sa propre main écrit les lettres au Souverain Pontife et une
à feu Monseigneur BRUGUIERES, c’était lui principalement
qui parlait et traitait nos affaires avec OUANG Joseph, notre
procureur, c’est sous sa sauvegarde que l’on a introduit tous les
objets religieux entrés en COREE depuis une douzaine
d’années.
Ce brave
chrétien lorsqu’il fut démis de sa faculté d’aller
à PEKIN, sous prétexte de vouloir y faire les affaires du
roi et de KIM TA JIN, le régent avait réussi à
obtenir cette faveur et toutes les bonnes du régent et faisait
les nôtres.
Le 17, il fut
arrêté avec son fils aîné et une
quantité de livres et objets religieux déposés
chez lui. C’ est un chrétien d’une conscience
délicate et vigilante, un des plus fervents et des plus
dévots du royaume. Encore avec celui-ci, il ne s’agit et ne
s’agira pas d’apostasier.
Dans le
même temps furent arrêtés Pierre HONG et son
épouse qui allaite un enfant de six mois, le brave Pierre HONG
avait fuit la maison paternelle et l’espoir à une certaine
fortune pour vivre dans la pauvreté mais en chrétien. Une
fille nommée Marthe et une autre échappée de sa
famille pour professer la seule sainte et salutaire : notre
religion chrétienne, Antoine KIM, sa mère, sa belle sœur
et son tout petit neveu. Antoine KIM était un
célèbre scribe de livres chrétiens dont il
professait bien la doctrine, il avait su profiter des leçons et
de l’exemple de sa vertueuse mère qui, pendant un long veuvage,
avait élevé et soutenu ses cinq enfants, garçons
et sa fille en femme chrétienne.
Le 19 ou 20 les
pôkio entrèrent à HOUTONG à notre maison
principale et dirent qu’ils reviendraient le lendemain. On en avait
ôté la meilleure partie des objets de religion. Il n’y
restait que quelques images de Monseigneur et autres petits objets
gardés par Paul TING, sa vieille mère, sa sœur, une
esclave et deux servantes. Depuis mon entrée en COREE en janvier
1936 ces braves gens avaient toujours demeuré avec moi et avec
nous, me soignant avec le respect, les soins et toute l’attention
imaginable surtout Elisabeth, sœur de Paul, qui a conservé la
virginité et dont vous ferez sans manifestation bientôt la
fête au commun des vierges martyrs ; c’est une vierge pleine
de mérite devant Dieu, j’aime à le croire et certainement
devant les hommes.
Paul a
été introducteur de chacun de nous trois successivement
et aussi notre catéchiste puis quoique déjà vieux,
il était devenu élève ecclésiastique.
Monseigneur lui faisait étudier la théologie chinoise du
CHANSI et s’y appliquait et préparait admirablement ses
leçons. C’était un chrétien fervent et tout
adonné à christianiser ses compatriotes et entretenir la
religion dans son pays dès sa plus tendre enfance. Après
le martyr de son père, en bas âge retiré avec sa
mère et sa sœur dans les gorges des montagnes de TANIANG, il y
vivotait et étudiait de toutes ses forces la religion
chrétienne chez Laurent KIM, père de français qui
signa à MEKIN les lettres au Souverain Pontife et à
Monseigneur BRUGUIERES en 1839 écrivant des livres
chrétiens.
Puis dès
qu’il fut en âge et qu’il en eut l’occasion, après avoir
quêté l’argent qui lui était nécessaire, il
alla à PEKIN avec Augustin LIEOU et Charles TCHAO et demanda un
prêtre, lors des demandes en 1826 et 1828 et rapporta en COREE
des sommes d’images, quantité de reliquaires et
médailles, chapelets etc… A l’arrivée des pôkio
pour les arrêter, il empêcha le tumulte, parla doucement au
pôkio, leur demanda à ce que sa mère, sa sœur et
les deux servantes ne fussent conduites que le soir, ce que les
pôkio lui accordèrent en qualité de noble comme il
l’est véritablement. Son oncle paternel en cette qualité
était premier secrétaire du roi après la mort
duquel eut lieu la persécution de 1801. Arrivé en prison
il eût la consolation, dit-on, d’être logé avec ou
non loin de sa mère, sa sœur et une centaine d’autres
confesseurs. Il arrangea quelques petites difficultés qui
s’étaient élevées entre les deux enfants
confesseurs : le fils de Damien et celui d’Augustin.
En ce même
temps, le vendredi 19 juillet, jour de la Saint Vincent de Paul, Y.
JoanN, frère d’Y Augustin, martyr le 24 du mois
précédent, Magdeleine Y peut être la fille d’Y
Augustin âgée de 19 ans et KIM JULITTA KONG NIN, fille de
la cour mais dont elle était sortie depuis longtemps ainsi que 9
autres dont je n’ai pu aucunement apprendre les noms, reçurent
la glorieuse palme du martyr. Y Joan, après avoir eu les jambes
rompues, fut miraculeusement guéri. Magdeleine Y est cette fille
courageuse, qui était enfin après plusieurs instance,
parvenue à se faire au rang des souffrants pour le nom et la
gloire de Jésus-Christ avec d’autres compagnes. KIM Julietta
était une intrépide dévote que l’on avait peine
à tirer des dangers ou empêcher de les occasionner.
L’été
de 1838, elle m’apportait tous les dimanches des raisons à
l’occasion desquelles elle assistait à la messe, principale
raison de sa venue quoiqu’on lui eut bien intimé que les dangers
et autres circonstances non seulement la dispensaient de ce
précepte ecclésiastique mais devaient être
une raison pour elle d’observer et sanctifier les saints jours de
dimanche et de fêtes chez elle. Si l’on insistait quelquefois,
elle pleurait, elle l’a fait chez Monseigneur. La fille d’Augustin va
être de famille de saints, son père, son oncle et elle
sont martyrs, sa mère et son frère confessent J. Ch. En
prison, sa grand-mère de 80 ans voulait mourir avec ses enfants
en prison pour la gloire de DIEU.
Le 31
juillet, sur les 7 heures du matin sur trois petits villages de
chrétiens à SOURIZAN, deux furent dévastés,
60 chrétiens arrêtés entre autres, le père
et la mère de Thomas TCHEU, élève coréen,
vers MACAO, qui sont encore en prison et seront martyrs pour la gloire
de DIEU et le salut de leur ou avec leur malheur éternel car
l’affaire de leur cher Thomas leur ferme la porte à tout espoir
de vie en ce monde et 11 autres villageois. Du reste ce sont de nos
plus dévots et de nos plus fidèles observants, ils ont
généreusement confessé la foi jusqu’à ce
jour et sont bien loin de penser à la renier. Voici une note et
un plan pour reconnaître les tombeaux des 8 saints martyrs.
2004 -
Vasséens entourant le portrait de St Pierre
Maubant
Le 3 septembre,
Pierre Y SONPINI, un de mes trois introducteurs à ITCHOW me
rapporta de la ville les nouvelles suivantes : Monseigneur
l’Evêque a passé sous de dures bastonnades, Augustin
LIEOU, Charles TCHAO et Paul TING ont été réduits
à ne plus pouvoir recevoir de coups. Un très grand nombre
de prisonniers sont toujours dans les tourments et les prisons.
On ne recherche
plus à arrêter les chrétiens avec tant
d’activité, tous les efforts des ministres des démons
sont tournés contre nous. On a promis une préfecture au
CHANG TENG JIN, noble, qui nous arrêterait, et exemption
d’impôt à la famille du roturier qui opèrerait la
même diabolique œuvre. Pour éviter les maux qui pourraient
retomber sur nos chers chrétiens et conformément à
l’avis de notre cher pasteur évêque dans les fers, nous
partons aujourd’hui mardi 7 septembre mon cher confrère,
Monsieur CHASTAN et moi pour aller partager ses peines et, grâce
à DIEU, ses mérites.
Messieurs
très chers confrères, parents et amis qui
connaîtraient cette lettre, recevez nos adieux et n’oubliez pas
devant le Seigneur cette pauvre mission pour laquelle nous allons
verser notre sang.
Votre très humble serviteur Pierre Philibert MAUBANT.