Copie d’un fragment de lettre du Vénérable Pierre MAUBANT à sa famille

    8 août 1835

….consentir à recevoir le St baptême mais inutilement. Son fils qu’il n’avait pas voulu laisser baptiser vint à son tour le visiter et lui dit « Mon père, je suis bachelier, Docteur chinois, je connais la religion chrétienne, elle est la seule salutaire et véritable et vous n’avez rien de mieux à faire que de l’embrasser si vous voulez assurer votre salut après cette vie ». Le Père l’écouta, le crut, se fit baptiser et mourut chrétien. Ce fils infortuné qui avait en quelque sorte ouvert la voie du Ciel à son père ne sut pas profiter lui-même de son exhortation, la relation ne porte pas qu’il se soit jamais fait baptiser : unus assumetur et alter reliquatur, l’un sera admis et l’autre regretté.

Le Mahométisme est très répandu en Chine. Dans plusieurs endroits les mahométans ont leurs mosquées et leurs sépultures. Je crois qu’ils peuvent occuper quelques places dans le Gouvernement. Il y a en Chine des chrétiens dans toutes les provinces presque dans tous les districts et dans un grand nombre de villes et de bourgades. Il y en a de même dans le Leaotung ou Tartarie orientale et dans la Tartarie occidentale mais en moindre quantité. Cependant on ne croit pas que le nombre de chrétiens répandus dans une aussi vaste étendue s’élève à  300 000.

La religion chrétienne a beaucoup perdu depuis les persécutions de Yongtchang, fils et successeur de Kanhi de Kieu-long et de Kia Kim père de l’empereur actuel. Du temps de Kanhi le premier des empereurs sous qui la Foi ait pénétré en Chine la seule province du Kiang-nân comptait plus de 100 000 chrétiens, aujourd’hui il s’en faut beaucoup qu’ils atteignent ce nombre. Le Setchuen est la province de Chine où le christianisme fait le plus de progrès. On l’attribue au plus grand nombre de missionnaires ; cette mission n’a pas beaucoup moins de prêtres elle seule que toutes les autres missions de Chine ensemble.

Les Chinois se convertissent lentement et très difficilement. On ne saurait à qui l’attribuer. La plupart sont convaincus de l’absurdité du culte idolâtrique , n’y attachent aucune importance, n’en font aucun cas, le méprisent même et cependant exercent des actes d’idolâtrie dont ils pourraient s’abstenir sans ombre de danger. Quoiqu’ils n’aient aucune confiance dans leurs idoles néanmoins ils les honorent et leur rendent leurs prétendus devoirs avec un respect et une exactitude qui pourrait faire la honte de beaucoup de chrétiens, ce n’est pas seulement dans un pays ou une province c’est dans tout l’empire. Dans toutes les maisons, dans tous les navires et les plus petites barques payennes l’on voit sur une espère d’autel ou dans une niche l’idole occuper le lieu le plus honorable, à toutes les époques, dans tous les temps et aux heures marquées par les rites, le maître de la maison ou de la barque ou son délégué en quelques circonstances, tous, les uns après les autres vont respectueusement lui offrir leurs hommages et leurs adorations. C’est ce que j’ai vu se pratiquer dans les barques payennes sur lesquelles j’ai voyagé et dans celles qui nous environnaient partout le long des chemins en certaines provinces principalement on rencontre des autels d’idoles dans les champs, sur les montagnes et jusque sur la pointe des rochers. Quel affligeant spectacle mes très chers frères et sœurs ! Qu’il serait à désirer que ces infortunés idolâtres fissent pour le vrai Dieu ce qu’ils font, et sciemment pour de vaines idoles, qu’il serait à désirer qu’un si grand nombre d’âmes rachetées au prix du sang de Jésus Christ fissent pour consommer leur salut ce qu’ils font pour se perdre et s’enfoncer de plus en plus dans l’abyme.
texte en coréen
manuscrit en coréen à l'usage des catéchumènes

Au milieu de ces maux qui règnent depuis si longtemps dans le vaste empire de la Chine l’on a quelquefois la consolation de voir ou d’entendre quelques sujets d’un plaisir bien sensible. Il se rencontre quelquefois des chrétiens forts et courageux, dignes des premiers siècles de l’église :Il y a dans une prison de Pékin un vénérable vieillard qui porte la cangue depuis trente ans. Le mandarin qui le condamna voulut lui faire renier sa foi et marcher sur un crucifix : à Dieu s’écrie le vénérable vieillard, à Dieu ne plaise que je foule au pieds l’image de mon Sauveur ; hé bien reprit le cruel mandarin, tu ne veux pas marcher sur la croix, tu la porteras sous tes pieds ; il la lui fit imprimer sous la plante des pieds. Les Missionnaires vont de temps à autre lui porter la Sainte Communion.

M. le Vicaire apostolique du Chansy a aujourd’hui au service de sa mission un homme qui a exercé les premiers actes de vertus avant les actes héroïques des martyrs. C’est un vieillard de la famille impériale. Lors de la persécution de tous les princes et grands de la cour qui avaient embrassé la religion chrétienne furent obligé à y renoncer ou à perdre leurs titres, leurs droits et leurs biens et être envoyés en exil, celui-là eut le bonheur de persévérer dans la foi et il fut envoyé en exil perpétuel à mille lieues de Pékin dans un lieu que l’on nomme y-ly. Il y eut une révolte dans ce pays, les exilés qui s’unirent au parti de l’empereur furent remis en liberté après la guerre pour récompenser de leur attachement à l’empereur. Ce prince exilé savait qu’à leur retour dans leur patrie, les chrétiens étaient encore forcés d’apostasier ou de retourner en exil. Il se retira auprès de Monseigneur le Vicaire apostolique du Chansy, lui donna tout ce qu’il avait et le pria de le recevoir et de le garder en qualité de  domestique. Il remplit chez ce prélat l’office de catéchiste, il s’est séparé de sa famille, il a abandonné ses biens, il a renoncé à ses titres et à tous les honneurs d’un prince du sang pour s’attacher à Jésus-Christ.

Les iniques décrets portés contre les chrétiens ne sont pas aujourd’hui communément observés avec la même exactitude et la même rigueur. Je vous ai dit en parlant de la prison du R.P. Dominicain au Fokien qu’on avait renvoyé les chrétiens qui avaient été pris avec lui aussitôt qu’ils furent arrêtés. Dans la province du Chansy on vient de relâcher de deux prisons des chrétiens arrêtés comme rebelles et connus comme chrétiens lorsqu’on les a relâchés. Ce que l’on pourrait peut-être regarder comme de meilleur présage encore c’est qu’on a aussi relâché un prêtre chinois qui avait été pris avec eux, on ne dit pas qu’on les ait inquiété pour la Religion. Il y a quelques années un évêque vicaire apostolique fut racheté d’entre les mains d’un Mandarin. Dernièrement le R.P. Dominicain fut racheté de la même manière après plus d’un an de détention.

Il est d’usage en Chine de fiancer les enfants sans consulter leurs inclinations, quelquefois même avant leur naissance. Cet usage n’existe plus parmi les chrétiens. Avant qu’il ne fut aboli, un chrétien avait ainsi fiancé sa fille, sans la consulter. Cette fille avait choisi une meilleure part, elle voulait se consacrer à Dieu. Comme le temps de contracter le mariage approchait, elle résolut d’abandonner la maison paternelle pour se soustraire aux instances et aux violences que l’on fait quelquefois aux vierges qui refusent de contracter mariage. Elle connaissait des vierges consacrées à Dieu comme elle désirait de s’y consacrer. Elle s’enfuit chez ses vierges, apparemment pendant la nuit. Le lendemain ses parents la cherchèrent, poursuivirent ses traces jusqu’au fleuve où elle avait embarqué ne pouvant en avoir aucune connaissance, ils crurent qu’elle était noyée. Son père tomba malade, elle l’apprit. Animée d’un saint courage elle revint secrètement à la maison de son père mourant, lui fit des remontrances et des exhortations adaptées à son état et après avoir rempli tous les devoirs d’un enfant véritablement chrétien elle fit à son père ses derniers adieux et retourna chez sa chère bienfaitrice. Avec moins de courage elle eut abandonné la belle part que la Divine Providence lui avait ménagée et avec moins de piété elle eut négligé de rendre à son père les devoirs d’un enfant bon chrétien.

Maintenant il faut bien que je vous dise un mot de notre situation actuelle ; ce sont mes très chers frères et sœurs vos prières qui nous soutiennent dans cette longue expectative. Monseigneur de CAPSE et moi nous sommes dans le Séminaire de MM. Les Lazaristes français, en Tartarie, avec un Lazariste français nouvellement arrivé et un prêtre Lazariste chinois. Monseigneur de CAPSE doit partir dans un mois ou deux pour se rendre aux frontières de la Tartarie orientale. Les Coréens qui sont venus à l’ordinaire à PEKIN au commencement de l’année chinoise, vers la fin de janvier, ont promis d’introduire sa Grandeur en COREE au mois d’octobre prochain. Ils nous ont envoyé des gages et ont reçu l’argent suffisant pour les frais d’introduction. Ils ont en outre promis de recevoir chaque année à la même époque les Missionnaires européens qui se présenteraient. Monseigneur de CAPSE m’a promis, vu les circonstances, d’entrer immédiatement après lui c’est à dire le mois  d’octobre 1836, si je ne puis auparavant. Il y aura quatre ans que j’attends en travaillant à transcrire des écrits en caractères chinois ou en caractères de leur pays. J’ai déjà un dictionnaire latin chinois en Corée, un semblable avec moi et dans deux mois, j’en aurai un chinois latin. M. CHASTAN est dans la province de Chang-tong où il exerce le Saint Ministère pour les Révérends Pères portugais

A la suite d’une révolte que les Peling Kiao ont faite au Chansy dans le mois d’avril dernier les mandarins des villes de Chine voisines de la grande muraille ont fait des perquisitions et ont arrêté à Suienhoa-fou, une des principales villes frontières, douze ou quatorze chrétiens il y a plus de deux mois, on ne sait pas encore quel sera leur sort. Dans deux autres villes d’un ordre inférieur ils viennent d’arrêter dans l’une six chrétiens et dans l’autre neuf. La Divine Providence a manifesté sa protection envers le nouveau Missionnaire Lazariste qui vient d’arriver. Il avait reçu l’hospitalité chez un de ces chrétiens prisonniers la veille de leur arrestation. Nous avons déjà passé Monseigneur de CAPSE et moi cinq jours cachés dans une caverne et huit relégués dans une misérable cabane entre les montagnes. Par rapport à l’arrestation des chrétiens qui sont prisonniers à Suienhoa-fou, il y a un mois que nous sommes revenus à nos anciens postes, l’on nous annonce l’arrestation de dix neuf chrétiens dans deux autres villes nous ne nous cachons pas encore je ne sais pas ce que nous ferons plus tard. On n’a pas encore fait de perquisitions hors des murs. J’espère qu’en considération de vos prières de vos sacrifices et de toutes les bonnes œuvres que vous avez déjà opérées et que vous ne cessez de faire le Bon Dieu nous préservera de ce péril. Jusqu’à ce jour il n’y a pas encore eu de persécution en Tartarie contre les Chrétiens.

Je vous recommande de nouveau à vos prières particulières et je suis, mes très chers frères et sœurs avec le plus sincère attachement.

Tartarie occidentale          
Siven le 8 août 1835
          
Votre très humble et très obéissant Serviteur        
    
 Pierre Philibert MAUBANT, prêtre Missionnaire de Corée



Copie d’une lettre de M. MAUBANT


  1839


  Messieurs et très chers confrères, salut et adieux.


  Monsieur et bien cher curé et parents et amis,

J’ai bien reçu en mai dernier votre lettre du 22 août 1837, je vous remercie de m’avoir envoyé les nouvelles qu’elle renfermait ; j’aurais désiré qu’elles aient été plus longues. S’il y avait lieu à un avenir ici bas pour nous, j’espèrerais que vous répariez le déficit par une longue et pleine de nouvelles ecclésiastiques et attenantes ; mais notre avenir paraît tellement abrégé que je n’aurai pas le plaisir de goûter ces nouvelles.

Voici ce que m’écrit Monseigneur par un de mes anciens catéchistes qui doit me conduire au lieu où sa Grandeur s’est réfugiée. « Bien cher confrère. Monsieur CHASTAN est arrivé à minuit , deo gratias avant hier. Votre Y. Joan, c’est le nom du susdit catéchiste, vint hier m’apprendre que tout était perdu et qu’il ne manquait plus que nous pour terminer la fête… les satellites se répandent dans les campagnes pour nous arrêter : Il faut se livrer et payer de sa personne au moins l’un de nous et les deux autres sortir du royaume… Ainsi venez de suite car plus nous différons plus il y a de dangers. Venez vite, venez vite je fais partir une barque pour aller vous rencontrer ».

Or, la plus grande facilité qu’ont Monseigneur et Monsieur CHASTAN à parler la langue chinoise jointe aux lettres que j’avais eu l’honneur d’adresser à sa Grandeur, m’autorisent à croire que le sort est tombé sur le premier et le plus misérable d’entre les pécheurs plein de regret de ne pas avoir dignement correspondu aux bienfaits de la miséricordieuse et Divine Providence.

Mais selon qu’il est écrit l’homme propose et Dieu dispose, la Divine Providence en avait autrement ordonné : arrivé auprès de Sa Grandeur le lundi 29 juillet après avoir examiné la manière de sortir du royaume et ses suites ; il fut résolu que tous trois nous attendrions en Corée les dispositions subséquentes de la Divine Providence et le martyr si elle nous en accordait la Grâce. Les Cochinchinois, qui avaient déporté les Missionnaires européens hors du royaume de Cochinchine lors de la persécution, furent arrêtés et périrent sous de cruelles bastonnades redoublées de deux en deux jours jusqu’à leur mort. Nous craignîmes ces supplices ou de plus cruels encore pour les charitables pécheurs qui auraient essayés de jeter deux de nous trois sur la côte de la Chine ou de la Mandchourie. Ainsi nous nous séparâmes le mardi soir 30 juillet résolus de suivre le conseil de notre Seigneur Jésus Christ et son divin exemple : Si l’on vous rejette d’une ville fuyez dans une autre et de nous cacher chacun de notre mieux.

Nous crûmes Monsieur CHASTAN et moi, malgré la difficulté et les dangers des temps d’avoir accéder aux désirs ardents de trois petites chrétientés par où nous passions, cela nous occupa une dizaine de jours pour leur administrer les sacrements. Cependant, on nous rapportait souvent les plus fâcheuses nouvelles. Un traître apostat, un judas coréen fit, dit-on, croire à plusieurs chrétiens nommés… que la religion allait être publique qu’il ne manquait plus pour cela que l’arrestation d’un de nous trois européens et cela tout en forçant des enfants à apostasier la verge de fer à la main.

Notre Père en coréen...
Chrétiens qui voyez et lisez cette lettre, Judas Iscariote qui a plus fait parce qu’il a livré le Fils de Dieu notre infiniment aimé et aimable Sauveur Jésus, aurait-il fait plus contre les chrétiens que le Judas coréen. Priez pour lui, que le désespoir ne le réunisse pas à son patron mais qu’un vrai repentir en fasse un imitateur de  S. LONGIN. Un fidèle trop bon et trop simple dupe des diaboliques enchantements de KIM (c’est le nom coréen de ce Judas) eût le malheur de promettre à ce traître et à cinq satellites qui l’accompagnaient, d’aller appeler l’évêque. Le samedi 10 août , jour de St Laurent ,  patron de ce cher évêque, ce deux fois bon homme accompagné du traître jusqu’à 3 ly ¼ de lieue environ du lieu où était notre cher pasteur le laissa chez des païens et alla seul à minuit porter à Monseigneur la triste nouvelle. C’était le dimanche matin Monseigneur célébra les Saints Mystères pour la dernière fois nous écrivit la lettre suivante le 11 août :

« Mes cher confrères,

Dieu soit béni et que sa très sainte volonté soit faite. Il n’y a plus moyen de reculer. Ce n’est plus les satellites qu’on envoie nous chercher mais les chrétiens. André TCHEN arrivé à une heure après minuit... On lui a raconté les plus belles merveilles et le pauvre TCHEN a promis de m'appeler... Cependant cachez vous bien jusqu'à nouvel avis si je puis vous en donner. Priez pour moi Laurent Joseph Marius IMBERT. »

 Ensuite il partit, rencontra d’abord le perfide et à certaine distance de là les cinq satellites le conduisirent à la capitale SEOUL HANIANG. Sur la demande de Monseigneur ils renvoyèrent André TCHEN dans sa famille. Le jour même que nous quittâmes Monseigneur, Sa Grandeur avait envoyé Y. Thomas  son disciple et servant avec mon Y. Joan à la ville capitale chercher de l’argent et des nouvelles. Le 14, Thomas nous rapporta qu’il avait appris l’arrestation de Monseigneur qu’à son arrivée chez André SON, chez qui Sa Grandeur s’était réfugiée, que Joan était resté à la ville pour avoir soin des prisonniers confesseurs et des affaires de la mission à la ville conjointement avec TCHEN Philippe, qu’il y avait douze prisonniers restés des trente deux, plusieurs fois condamnés à mort, dans la grande prison TSIEUEN OK, les autres sont martyrs par le glaive, une soixantaine au moins dans la prison PGHO TCHANG avec les voleurs et autres malfaiteurs pour subir les interrogatoires avant de partir à la prison TSIEUEN OK avec les condamnés à mort.

Les confesseurs de la prison PGHO TCHANG recevaient par jour 600 sapèques coréens, de 15 à 16 francs, fruit de la vente de nos objets cachés dans la maison  de Charles TCHAO, un de mes trois introducteurs catéchistes devenu commissionnaire à PEKIN et alors arrêté et confesseur dans cette prison.

Monseigneur, pendant son séjour à la ville, avait eu soin de ces prisonniers jusqu’au 3 juin qu’il en échappa. Jusqu’à ce jour la Divine Providence nous a ménagé les moyens de leur distribuer la copieuse aumône que nous avons reçue ces deux années de nos chers frères fidèles de France. J’ai disposé les choses avec les chrétiens capables, non encore arrêtés, de manière qu’aucun confesseur ne périsse de faim tant qu’il y aura quelque chose de disponible de ces aumônes et bien de la mission et qu’on pourra les leur faire passer après notre arrestation qui doit s’effectuer dans quinze jours.

 Un évêque de SETCHUEN en Chine, en prison à PEKIN, avait trouvé de la prison une occasion pour donner de ses nouvelles à ses prêtres au SETCHUEN. Monseigneur IMBERT, qui m’avait rapporté ce fait, nous avait promis de nous donner de ses nouvelles s’il y avait lieu. En conséquence, je tachais donc de détourner Thomas du dessein périlleux de retourner de suite à la ville, lui conseillant de passer quelque temps avec moi, attendant l’avis de Sa Grandeur si elle pouvait en donner et l’effet que produirait son arrestation.

Je ne réussis pas. On crut qu’il n’était pas plus dangereux d’une part, et de l’autre qu’il était utile de lui adjoindre mon catéchiste et servant actuel. J’étais avec M. CHASTAN, et le sien parut suffire pour nous deux. Mon Pierre TCHEU, frère de François TCHEU, élève coréen mort à MACAO, partit donc avec Thomas. Le deux fois bon homme qui, tombé dans l’illusion et la déception, avait fait arrêter Monseigneur IMBERT tomba une seconde fois dans la même illusion, dit-il (il est assez simple pour qu’on le croit) et les fît arrêter à 50 lys 5 lieues de la capitale.

Un autre perfide apostat lui étala une multitude de merveilles mensongères et lui demanda où nous étions. Notre deux fois bon homme : « je ne le sais pas mais il y a ici chez Pak SAPANG : THEU Pétro et Y. Thomas qui le savent ». Au son de THEU Pétro et Y. Thomas, connus par les satellites pour être à notre service, une vingtaine de pôkio assaillirent la maison de Pak, saisirent mon Pierre et Thomas, le maître de la maison. Pak franchit la haie, comme à joint pied, et s’esquissa. Pierre fut gardé comme en caution et Thomas envoyé nous chercher avec recommandation de nous dire que  notre arrestation aurait de trois bons effets principaux au moins un ou le martyr et la non perturbation des chrétiens ou la publicité de la religion. Le 18 août Thomas Y. et TCHEU André vinrent nous apporter cette nouvelle.

Il fut arrêté qu’indépendamment de ces belles paroles des pôkio (c’est ainsi qu’on appelle ces satellites) il fallait nous cacher. Thomas leur avait dit qu’il ferait ce que nous lui dirions et ne reviendrait peut être pas.

Je le retins donc avec moi à la place de Pierre et je recommandai fortement et doucement tout à la fois à André TCHEU de ne plus croire désormais aux dires des pôkio ni des chrétiens qui les accompagnaient ; pour ce qui regarde la publicité de la religion chrétienne en COREE de ne croire en personne à moins que ce ne fut un de nos serviteurs sortis de prison ainsi que Monseigneur et tous les confesseurs, s’il était muni d’une pièce authentique, de s’en aller se cacher où il pourrait, il obéit. Il a la moitié de ce qu’il faut pour faire un chrétien bon et utile en ces pays-ci, la simplicité de la colombe.

Nous partîmes donc, Monsieur CHASTAN et moi, ensemble parce que les circonstances l’exigeaient pour nous cacher vers le midi. Le vendredi 23 août au matin, un chrétien de KIEN LATO nous rencontra à TARECOL et nous dit qu’il avait trouvé des lieux pour nous cacher aux confins de sa province. Il partit vendredi soir avec Monsieur CHASTAN promettant de revenir me chercher sous peu de jours. Intérim je reçu à 40 lys 4 lieues de HONGTCHOU l’avis que Monseigneur nous avait  promis, conçu en ces termes : «  bonus pastor ponit animam suam pro ovibus suis si mondium estis profecti per cymbam venite cum misso son XIE TCHANG, nom du satellite chef de plus de cent peut-être envoyés à notre recherche ». A cette lettre de Monseigneur était jointe une lettre de mon Pierre TCHEU ennuyé de ne pas revoir Thomas et de ne pas recevoir de nouvelles ni de lui, ni de moi. Il sait que Monseigneur nous appelle  en prison il nous prie de nous rendre au lieu où il est sur la route d’ici à SEOUL et de ne pas prendre une autre route. Sitôt que j’ai eu reçu cette lettre de Monseigneur, je l’ai envoyée à Monsieur CHASTAN l’invitant à venir en toute diligence. J’ai aussi le même jour envoyé au chef de tous les satellites à notre recherche, une lettre à peu près conçue en ces termes accommodée du style coréen « son Xiê tchong lis : lo sin pou pater spiritualis lo, mon nom chinois et devenu coréen . Nous ne pouvons de suite nous rendre à TALKEI MORI (nom du lieu où il est avec Pierre TCHEN sur le rivage d’une baie de la mer jaune) parce que le Père TCHEN, Monsieur CHASTAN sont loin d’ici. Nous nous y rendrons dans une dizaine de jours. Je désire que ton cœur se change et que tu trouves l’heureux séjour après ta mort ».

Pendant le temps qui s’écoule à attendre l’arrivée de Monsieur CHASTAN, je consacre mon temps libre à vous faire le récit de cette persécution copie de celle de 1801. Elle vous parviendra peut être un jour. Je tâcherai de répondre aussi aux autres charitables personnes qui m’ont écrit.

Pendant le courant de l’été 1838 une quarantaine de chrétiens de TCHONG TCHENG TO furent emprisonnés à HONG TCHOU, grosse ville coréenne de seconde classe. Ils sauvèrent ou plutôt prolongèrent la vie de leurs corps aux dépens de celle de leurs âmes et les plus aisés d’une partie de leur fortune. Depuis lors jusqu’à ce jour de temps à autre les pôkio qui ne cessent  de rôder dans les lieux habités par ces ci-devant chrétiens (ils n’apostasient cependant que de bouche) et dans une douzaine d’arrondissements du ressort de la gendarmerie de HONG TCHOU arrêtent d’ici et delà tantôt un tantôt trois ou quatre chrétiens, les rouent de coups pour les faire apostasier et avec cela les gardent en prison d’où le mandarin ne les laisse sortir qu’après leur avoir extorqué toute la rançon possible.

Plusieurs fois il est arrivé à ces diaboliques pôkio de prendre des païens, les tourmenter pour leur faire dire qu’ils étaient chrétiens et réussir envers quelques infortunés païens, à leur faire dire enfin qu’ils étaient chrétiens quitte à redire par une sorte d’apostasie qu’ils n’étaient pas chrétiens afin de se tirer de prison. Cela est arrivé, m’a-t-on dit, à MIM-TSIEN envers des parents ou voisins de chrétiens. Un pauvre homme de HOUANGMOUSIL nommé TCHENG, qui n’a qu’une jambe serviable, s’était mis les mains et la jambe en perdition à faire dix lieues pour venir se confesser en temps de persécution. Je le confessai, le communiai et le fis reporter à HOUANGMOUSIL lui faisant bien entendre qu’il ne devait pas entreprendre une route si longue et si pénible pour lui et qu’il n’eût pas à ressortir ainsi.

Une quinzaine de jours après, épouvanté des bruits de persécution dans sa contrée, il revint encore en deux jours au même lieu à KEUMTCHATONG où je me retrouvais aussi. Mais la fuite est inutile quand l’heure n’est pas arrivée. Il s’en retourna chez lui, fut arrêté avec son frère aîné et emprisonné à HAIMI. Il est : Unus salvabitur alter relinquetur. Ce frère aîné a eu le malheur de d’apostasier et ce fervent et boiteux chrétien a eu le bonheur de confesser sa foi. On dit qu’il ne peut plus pour ainsi dire se servir de sa jambe libre et que le Mandarin du lieu lui a permis de mendier sa vie dans la bourgade.

 Dans la province de KIANG KITO à IMTSIEN HAMPAIKI une attaque de persécution jeta le trouble et l’épouvante parmi quatre petites chrétientés de cet arrondissement. Quelques uns furent arrêtés et conduits à la capitale de leur arrondissement, deux lieues de leur domicile. L’un d’eux périt dans les eaux en traversant le fleuve qui conduit à la capitale SEOUL, les autres qui s’étaient échappés, rentrèrent peu à peu chacun chez soi à mesure que le calme paraissait s’affermir. Tous rentrèrent même les prisonniers mais ceux-ci avec la vie seule de leur corps.

Sur la fin d’octobre 1838, les pôkio entrèrent brusquement dans un faubourg de SEOUL chez une famille chrétienne, prirent quelques livres et saisirent le maître de la maison, sa femme et sa belle mère pour les traduire aux mandarins. Un voisin et ami païen accourut au bruit, parla fortement aux pôkio et arrangea l’affaire pour quarante leangs coréens, une centaine de francs. Ils n’apostasièrent pas, seulement ils consentirent à laisser brûler leurs livres.

Le 16 janvier 1839 à la brume, un délateur païen ou faux catéchumène conduisit les pôkio et fit arrêter la famille de François TCHAO, la famille de Pierre KIM, beau-frère de TCHAO et Pierre KOUEN, notre courtier, avec sa famille et son beau frère André PAK qui se trouvait chez lui et fondait avec lui des médailles et des crucifix de cuivre, en tout quatre hommes, six femmes et sept petits enfants. Les mandarins qui, généralement un bien petit nombre exceptés, ne paraissent pas approuver la persécution, différèrent le traitement de cette affaire survenue contre leur gré.

Après dix jours d’emprisonnement au premier interrogatoire, les femmes apostasièrent et à la dictée des mandarins, vomirent les plus injurieuses, les plus outrageantes, les plus honteuses et des plus sales blasphèmes et malédictions contre le Bon Dieu, les trois personnes et chacune des trois personnes de la très Sainte Trinité, Notre Bon Sauveur Jésus-Christ et sa très Sainte Mère, notre patronne et ma patronne spéciale et signalée.

 Voilà ce qu’en écrit Monseigneur : « Je n’ai pu en entendre le récit sans frémir d’horreur, j’aurais voulu arracher la langue à ces malheureux O Saint Louis ». (Par un édit de ce roi on perçait la langue des blasphémateurs avec un fer rouge). Ces atrocités, toutes diaboliques qu’elles soient, accompagnent cependant les apostasies que les mandarins coréens font subir aux infortunés coréens chrétiens ou réputés pour tels, avant de les relâcher, aussi bien à la campagne qu’à la ville.

 KIM TA JIN, frère de la grande reine (grand mère paternelle du roi âgé de 12 ans, marié depuis deux ans à une arrière nièce de ce KIM TA JIN) était en démence depuis plusieurs mois, c’était le régent principal du royaume, il ne voulait pas la persécution de la religion chrétienne, occupé à tue tête à chercher la vérité qu’il ne pouvait trouver dans toutes les superstitions du paganisme, il la soupçonnait dans la religion chrétienne et il paraissait la protéger. TCHAO TA JIN, grand père maternel du roi se trouva revêtu de tous les pouvoirs de KIM TA JIN, son rival et ennemi. Or ce TCHAO, ennemi connu de la religion chrétienne employa tout son pouvoir et ses moyens à la persécuter : le chef des pôkio, qu’on nomme POTCHENG, avait cessé d’arrêter les chrétiens faute d’argent pour payer les frais des arrestations ; le juge du premier tribunal avait dit à un KIM TA JIN, ami de l’ancien KIM TA JIN, régent et de nous (notre protecteur) qu’il avait ordre de presser l’affaire des chrétiens et qu’il allait les renvoyer au premier.

Les chrétiens instruits de ces nouvelles espérèrent la fin prochaine de la persécution.

Des malveillants ennemis des chrétiens rapportèrent à TCHAO TA JIN que le pôtchang n’était pas riche et qu’il ne pouvait à cause de cela, faire arrêter les chrétiens, le premier ministre de Satan en ce pays renouvela l’ordre d’arrêter sans discontinuer et qu’il fournirait aux frais. Intérim les pôkio s’emparèrent de notre maison qu’habitait Pierre KOUEN, de ses meubles et des meubles des autres chrétiens qu’ils avaient arrêtés, ce qui leur fit une aubaine d’une centaine de louis,  2 400 francs car François TCHAO et sa sœur, veuve, étaient riches.

Monseigneur était sorti pour administrer six petites chrétientés qu’il s’était réservées hors de la ville, croyant que l’occasion du nouvel an coréen était favorable pour y rentrer et commencer en administrer les chrétiens. Il s’y rendit le 30 janvier, commença l’administration le 17 février, premier dimanche de carême et jusqu’au jeudi saint il y entendit 990 confessions « malgré dit-il la précaution, c’est toujours lui qui parle, que nous prenions que les femmes  ne vinrent que la nuit et se retirèrent avant le jour. Deux fois les satellites se mirent en faction après nous avoir observé mais je partais le soir de nuit ou avant le jour et tout rentrait dans l’ordre.

Jamais je n’ai éprouvé tant de fatigues ; je me levais vers les 2 H 30. A 3 H 30, commençaient nos exercices, baptêmes, confirmation et action de grâce. Cela durait environ deux heures. Les vingt femmes environ qui avaient reçu les sacrements se retiraient et d’autres prenaient leurs places.  A Pâques, je pris quelque repos pour écrire en CHINE et éviter l’affluence qu’aurait occasionné la solennité. Il ne restait plus que deux lieux d’administration, KONG SO, dont les maîtres avaient délogé. NAN DAMIEN (maintenant martyr coréen) eût la charité de prêter sa maison pour les chrétiens accoutumés à être administrés dans la famille de Charles SUIEN, catéchiste de Monsieur CHASTAN.

J’avais toujours défendu d’admettre plus de vingt personnes à la fois mais les chrétiens du XONG SO de la famille CHI SUIEN habitués à ne suivre aucune règle et sa sœur et sa mère aussi très imprudentes invitèrent une soixantaine de personnes pour les deux jours ; celles-ci en amenèrent d’autres. D’ailleurs, ne connaissant pas la maison où il fallait des guides, il y eût plus de 100 personnes le vendredi soir, le samedi, j’en chassai un bon nombre, d’autres venaient, les allantes et les venantes ne cessaient pas. Je fus très fâché (Monseigneur a eu lieu de se repentir de ne pas s’être retiré au moment où il prévit cette affluence turbulente. Nous nous serions retiré).

La trop grande affluence empêche les pôkio d’entrer, il y aurait eu trop de monde d’un seul coup ont-ils dit depuis le soir du dimanche qui était le dimanche. Quand tout fut évacué, ils s’introduisirent brusquement chez ce NAM DAMIEN éveillé en sursaut, le saisirent, lui, son épouse et son fils unique et une vieille hospitalière. Je les avais tous confirmés l’année précédente et agrégés à la confrérie du Saint Rosaire. Ils saisirent aussi un ornement d’autel, la mitre commune, et un bréviaire, in totum. Le tissu de cette mitre quoique seulement en argent leur parut, dit on, la huitième merveille du monde, c'est un objet royal, disaient-ils, ainsi que les mandarins. Ils l’estimèrent 900 tiass coréens, 12 000 francs.

Ce même jour, ils avaient auparavant arrêté une veuve SEUSA SIU et une autre femme appelée HAN. Le mari de cette femme, mauvais catéchumène, de suite va trouver les satellites, réclame sa femme que les pôkio ne relâchent pas parce qu’elle refuse d’apostasier, il entre en fureur , dénonce tout ce qu’il connaît de maisons chrétiennes et donne une liste de 53 personnes.

Après avoir arrêté la famille MAM DAMIEN de suite une escouade de pôkio se porte à la maison de Y. Augustin, catéchumène, arrêtent la belle sœur de MAM DAMIEN, son fils et une fille nommée Marie KIM, brodeuse, qui échappée de chez Damien venait d’entrer pour se sauver et toute la famille, grands et petits on arrêta la mère d’Augustin, vieille femme de 80 ans dans la maison de Jean Y, frère d’Augustin à qui j’avais donné l’extrême onction en octobre de l’année précédente mais que la Divine Providence avait guéri pour lui faire endurer des souffrances plus glorieuses et le décorer de la palme de martyr. En cinq maisons, une vingtaine de personnes furent arrêtées. Le lendemain, la bru de la veuve SOU et KIM Ignatius apostasièrent .

Le mandarin voulait aussi renvoyer la vieille mère d’Augustin Y avec un enfant de 8 ans parce que selon les lois ou coutumes coréennes on est exlex per gratiam quant on atteint 70 ans. La bonne vieille eut assez de courage pour dire qu’elle désirait rester avec tous ses enfants et le mandarin le lui permit.

Dès le 7 mars on avait arrêté dans une grosse bourgade ou petite ville à une lieue de la ville capitale un nommé TSAY Philippe, fabricant et marchand de vin. Sa femme quoi qu’ayant apostasié ne fut pas moins arrêtée et conduite à la prison afin que les pôkio pillassent plus aisément la maison de cet homme un peu à son aise. Le mandarin leur fit subir une légère bastonnade et renvoya la femme apostate qui le surlendemain fit une fausse couche, et fit passer le mari à la prison TSIEUEN PGHO.

    Le 21 mars à quatre lieues de la ville furent arrêtés les frères KIM et leurs fils. Je les avais administrés en septembre de l’année précédente ainsi que tout leur village. Ils s’en tirèrent d’abord pour quelque argent, furent relâchés puis repris, flagellés et détenus en prison. On dit qu’ils ont été condamnés à mort. Leur mandarin les a, dit-on, prié d’apostasier, dites un mot d’obéissance au roi ce n’est pas si grande chose, votre Dieu vous le pardonnera. C’est ce qu’on en a rapporté.

Le 28 mars, dans un faubourg, fut arrêtée une catéchumène  peu instruite, avec son fils aussi catéchumène. Elle souffrit à plusieurs reprises de dures questions sans vouloir apostasier. Mais malheureusement, elle ne se fit pas scrupule de dénoncer deux ou trois familles chrétiennes avec qui elle avait des rapports. Elle resta généreusement en prison jusqu’au 20 avril que le président de la prison TSIEUEN PGHO la renvoya parce qu’elle n’avait pas de nom chrétien, elle réclama : « je suis chrétienne », le mandarin : « quel est ton nom ? » elle : « je n’en ai pas », le mandarin : « tous les autres en ont, tu n’es donc pas chrétienne ».

 Le 8 ou 9 avril, MAM Damien passa à l’interrogatoire ainsi que Y. Augustin.il ne fut pas très terrible. L’ornement, le bréviaire et la mitre ayant été pris chez Damien devinrent son affaire personnelle. Le mandarin, craignant la rumeur que ces objets faisaient parmi le peuple et les pôkio, voulut bien se contenter d’entendre dire que c’était des objets du Père TCHOU martyrisé en 1801 même il suggérait à Damien que dans l’assemblée des chrétiens, lui Damien, assis dans le fauteuil recouvert d’une peau de tigre, s’en servait et Damien de répondre : Oui. Et cela pour ne pas faire déclarer la vérité car les mandarins savaient et se le disaient à l’oreille : il y a trois européens qui prêchent la religion chrétienne dans le royaume, il est clair et les satellites le disent que ces objets leurs appartiennent. Mais ils n’osaient encore alors pousser les recherches, car disaient-ils quand cela viendra à être prouvé juridiquement, il faudra les prendre et qu’en faire. C’est une affaire trop grande pour un roi enfant et un petit royaume. Ce sont dit-on leurs propres paroles.

Le mandarin employa tous les moyens pour faire apostasier Pierre MAM fils de Damien, enfant de 11 à 12 ans et le fils d’Augustin Y de même âge ainsi que sa sœur âgée de 15 ans. Ces chers et très aimables enfants devenus de petits héros par la grâce que leur a méritée Jésus enfant demeurèrent fermes ; ni caresses, ni menaces, ni supplices cruels même rien ne put ébranler leur foi. Ils furent donc transférés à la prison TSIEUEN PGHO avec leurs parents. Quelle douce et sainte société ! Dans douze jours environ j’aurai le bonheur j’espère d’entrer dans cette route certaine et raccourcie qui conduit à la société de Dieu des Anges et des Saints. Monseigneur y est déjà depuis 22 jours.

Le 11 avril, la haute Magdeleine Y, sa sœur, sa mère, sa nièce et deux autres vierges enthousiasmées de la ferveur des enfants fils et fille de Damien et d’Augustin furent au prétoire se présenter comme chrétiennes et voulant mourir en confession de cette foi. Le mandarin les fit chasser par deux fois. Fermes et ardentes dans leurs désirs, elles s’en allèrent à la maison de MAM Damien devenue un poste de pôkio, se firent arrêter et conduire à la première prison. Le mandarin après un cruel interrogatoire les fit conduire à la prison de TSIEUEN PGHO.

Chose admirable dans ce peuple nous avons souvent et très souvent occasion de gémir sur le sort de quelques apostats nouveaux et une sorte de consolation de réprimer les ardents désirs de plusieurs pour se présenter aux persécutions.

 Le 12, Jacques TCHEU, frère de Philippe, un de nos hommes d’affaires, son épouse malade et deux de ses filles aussi très malades, l’une de 14 ans, l’autre de 5 furent arrêtés et la maison pillée. Nous y avons quatre grandes cruches de vin de messe que les pôkio trouvèrent bon, les deux autres enfants avaient été cachés et son frère Philippe, que l’on recherchait principalement, était absent. Jacques et deux veuves que l’on avait aussi arrêtés chez lui furent horriblement torturés pour dire où était Philippe et ensuite conduits à la prison TSIEUEN PGHO. Sa femme et sa fille comme malades ne le furent que très légèrement, on ne les conduisit pas non plus à la grande prison.

 Le 19 Agathe TSUIEN, pour avoir donné l’hospitalité à LANGO Lucie, fut arrêtée avec elle et sa nombreuse famille. Car François PAK, neveu de Lucie, saisi de frayeur avait vendu pour un tiers de prix sa maison qui était dénoncée, s’y était retiré depuis deux jours avec tous ses meubles et toute sa famille.

 Une vieille veuve leur compagne hors d’elle même apostasia de suite et alla droit trouver Monseigneur pour se confesser de ce péché et, selon que nous l’a rapporté Monseigneur, fut très mal reçue. Vous devinez comme elle fut reçue. Ce sont les expressions de Monseigneur. Tous les autres tinrent fermes d’abord et souffrirent avec courage. Les premiers supplices qui furent plus terribles contre Agathe TSUEN et PANG Lucie parce qu’elles étaient Kong niu c’est à dire vestales ou vierges de la cour, employées à la garde d’honneur et dans les sacrifices aux tablettes des rois.

 PANG Lucie, les mains liées derrière le dos, les yeux modestement baissés, d’un air paisible et avec un visage serein qui annonçait la paix de sa belle âme adressait à Dieu de ferventes et continuelles prières répétant mille fois les doux noms de Jésus, Maria, ce qui est commun à tous nos chrétiens, ne proféraient pas les moindres plaintes pendant que sous un nombre de coups de verges on lui rouait cruellement les jambes. Ces supplices passés, il s’agit de les transférer à la grande prison.

Alors la famille de François PAK toute païenne accourut et occasionna malheureusement l’apostasie de tous leurs parents de onze personne qui avaient été arrêtées et avaient d’abord généreusement confessé la foi. Il ne resta que les deux Kong Nim : Agathe TSUIEN et Lucie PANG, tous les autres apostasièrent. Les chrétiens plus connus se trouvèrent un peu arrêtés et les prisons remplies après quoi il y eut quelque relâche en fait d’arrestation.

 Le président du tribunal fit son rapport au Y TA JIN, ministre chargé du pouvoir exécutif qui en référa à la grande reine et lui présenta un rapport dans lequel il ne nomme pas la Religion Chrétienne mais un rejeton des sectes infâmes PELI KIAO et HOUANG KIM, sectes qui exercent la vigilance de l’Empereur et des gouvernementaires de Chine. Il exagère le nombre de ses sectateurs et les couvre des plus noires calomnies : de ne point reconnaître leurs parents, d’être rebelles au Roi, de ne point observer les devoirs sociaux et surtout de se faire une joie et un bonheur de souffrir et de mourir pour leur religion pire en cela que les animaux qui craignent la douleur et la mort. Il y parle de la mitre, du livre et de l’ornement comme d’objets singuliers de superstition et propose d’employer la sévérité des lois pour la détruire. En Chine le style est que les projets qu’on propose à l’empereur poussent les choses à l’excès et à la dernière sévérité.

 Et sa Majesté, dans sa réponse, en rabat toujours plus des deux tiers, ce qui fait que les peuples louent la clémence de leur souverain. Mais ici la reine trop précipitée, sans avoir consulté KIM TA JIN, son frère avant sa maladie, régent du royaume, reconnu pour habile et assez refait pour pouvoir lui donner un bon avis, ajouta encore au rapport du ministre ennemi de notre Sainte Religion. Selon sa réponse, en 1801 ont n’avait pas assez exterminé les chrétiens ; ils avaient repullulé, à présent il fallait couper l’herbe et en arracher les racines ce sont ses termes, et établir dans les huit provinces l’OKATCHAKTONG qui constitue 5 maisons sous la surveillance et la responsabilité d’un seul homme et fait que nul ne peut déloger ni recevoir d’hôtes secrets afin de prendre tous les chrétiens et nous européens chrétiens comment et où nous trouvions-nous ?

 Cependant nous avons vécu avec et entre tout cela jusqu’à ce jour de septembre et je ne désespérais pas d’y vivre encore plus longtemps. Si Notre Seigneur Jésus-Christ par l’organe de Monseigneur IMBERT son vicaire sur cette terre ne nous appelait dans la voie certaine du salut et du ciel par les prisons et les tourments des ministres de Satan en COREE.

 Cet ordre de la grande reine d’exterminer les chrétiens parut le 19 avril. Il étonna beaucoup de monde et surtout le président du tribunal TSIEUEN PGHO. Ce  juge avait dit, quelques jours auparavant, au petit KIN TA JIN notre protecteur que l’ordre royal lui prescrivait de tenir séance tous les jours, même les jours de sacrifices auxquels le barreau est vacant ordinairement, afin de traiter vite l’affaire des chrétiens et de les juger selon la sévérité des lois, il avait ajouté même qu’il les renverrait hors de cause. Le 20 il commença par renvoyer à la prison PGHO TCHANG le fils de Damien, le fils et la fille d’ Y. Augustin et la nièce de la haute Magdeleine Y, âgée de 14 ans sous prétexte que la loi ne permettait pas de les juger au tribunal des crimes capitaux malgré les supplications et les larmes des parents et des très chers et aimables enfants.

La grâce de Notre Bon Jésus les soutint. Ces quatre petits héros et héroïnes chrétiens sont toujours demeurés fermes malgré les supplices qu’on leur a fait endurer à plusieurs reprises et surtout la faim car nos gens ne pouvaient leur faire passer aucun soulagement. Les ministres de Satan se sont en vain efforcés à leur faire croire que leurs parents avaient apostasiés et étaient retournés à leur maison. « Que mes parents aient apostasié ou non c’est leur affaire » répondait chacun de nos aimables enfants, « pour moi, je ne puis renier me séparer de mon Dieu que je sers depuis mon enfance ». L’affaire des chrétiens prenant une tournure terrible et leur jugement tendant à la mort il renvoya absolument sans supplices et sans apostasie par honneur pour son grand âge la mère de Y. Augustin et Y. Joan avec un enfant d’Augustin âgé de 8 ans, un apostat Philippe TSAY qui avait heureusement confessé la foi depuis le 7 mars jusqu’à ce moment où il eût le malheur de succomber et une brave et forte catéchumène, quoique professant la foi chrétienne, parce qu’elle n’avait pas de nom chrétien.

Le 21 mars Damien, Y Augustin et leur co-prisonniers subirent un nouvel et terrible interrogatoire. Le président rappela l’affaire de la mitre, du livret des ornements, il réfuta les réponses fausses que lui avait donné Damien dans le premier interrogatoire : « Ces objets sont neufs comment peuvent-ils être du père TCHOU mort en 1801 ? » Il lui fit briser les os des jambes et le fit rouer de coups de verges sur les bras et sur les cuisses et sur tout le corps, il le mit sans connaissance et il y resta pendant quatre jours sans donner des marques ni espoir de vie, mais la Divine Providence, qui sans doute voulait seulement lui faire expier ses réponses mensongères et le réservait à un plus glorieux martyr, lui rendit peu à peu la santé.

On brisa également les os des jambes de Lucie PANG et d’Agathe TSUIEN. Le sang, la moelle, les chairs en lambeaux offraient un spectacle que les démons seuls et leurs ministres peuvent regarder et faire endurer sans horreur et sans compassion. Ce président, dénaturé, admirait seulement leur patience et la sérénité de leur maintien. Le lendemain, elles se trouvèrent miraculeusement guéries. Les autres examinés ce jour souffrirent moins. Les jours suivants il en examinait six chaque jour, tous souffrirent plus ou moins cruellement.

L’épouse de Damien, qui avait eu l’imprudente et coupable faiblesse d’imiter et répéter les mensonges de son mari, fut des plus maltraitées ; on lui brisa aussi les os des jambes. Cette femme d’un caractère fort et intrépide quoique d’une petite complexion et capable de parler ainsi que quelques autres chrétiens et chrétiennes dont les noms ne me sont pas parvenus, pulvérisèrent les calomnies des païens sur le culte à rendre aux parents, l’observation des devoirs sociaux etc…surtout ils et elles  relevèrent la modestie et la chasteté chrétiennes qui règlent non seulement le corps mais l’esprit et le cœur.

Ils et elles firent, autant que leurs facultés le leur pouvaient suggérer, ressortir et briller mille points de notre Sainte Doctrine tellement que les auditeurs et le président surtout étaient dans l’admiration. Ils et elles prouvaient l’obligation de refuser l’apostasie qu’on leur demandait au nom du roi par l’oportet obedire deo potius quan hominibus  mais avec de simples et si propres expressions et comparaisons que le président les applaudissait.

Puis ensuite à une vierge de 22 ans nommée LUCIE, qui raisonnait plus sciemment et plus fortement  mais enfin en sais-tu plus long que le roi (enfant de 12 ans) et les mandarins Notre Sainte Religion est si belle et si vraie que si le roi et les mandarins voulaient l’examiner, de suite ils l’embrasseraient. Dans les diverses séances qu’il tint jusqu’au 30 avril il en condamna 40 à mort et fit présenter le jugement à l’approbation du conseil royal.

 Ce nombre épouvanta le ministre et surtout la reine. Ils s’attendaient à ce que les chrétiens apostasieraient pour se sauver la vie ; ils répondirent : mettre les chrétiens à mort c’est accéder à leurs désirs ; il faut recommencer les tortures, les forcer à apostasier et les renvoyer chez eux. Le président recommença donc les supplices avec une nouvelle cruauté principalement envers ceux qui avaient moins souffert dans les interrogatoires précédents.

 Augustin Y fut des plus tourmentés. Il eût comme les jours d’avant Lucie PANG et Agathe TSUIEN et la femme de NAM Damien, MARIE Y, les jambes rompues sous les coups de verges. Une femme eut le malheur d’apostasier dans les tourments ; elle était condamnée à recevoir 30 coups de verges sur les jambes, elle apostasia au 27ème coup, elle a été relâchée puis elle a été reprise, confessa généreusement sa foi et répara sa faute.

Le président, voyant que les supplices ne réussissaient pas à faire apostasier, déchaîna contre les prisonniers païens les chargeant de molester les chrétiens jours et nuits d’injures et de coups. Ce moyen lui réussit en partie ; les infortunés Jacques TCHUEN, frère de notre Philippe, François TAY, son fils et un autre chrétien, vaincus par des vexations continues, apostasièrent. L’épouse de Jacques TCHEU de la première prison PGHO TCHANG, où elle était malade avec ses deux filles, apostasia sans coup sitôt qu’elle eût apprit l’apostasie de son mari et sortit avec sa fille de 14 ans aussi apostate et une enfant de 9 ans.

Ces apostasies nous causèrent une peine particulière. Cette femme et ses enfants n’avaient plus que quelques jours à souffrir dans la prison, lieu certain de salut pour elles et seraient sorties hors du danger de tomber en enfer par une espèce de martyr. Jacques était un chrétien d’une piété exemplaire.

Le président, vraisemblablement pour porter les confesseurs à apostasier, fit rendre aux apostats leurs meubles, leurs maisons et tous leurs biens. Il fit rendre également aux apostats arrêtés en janvier, leurs maisons et tous leurs biens. Les pôkio ayant tout dilapidé voulaient rendre l’argent de la vente des meubles. Non, ils leur fallut rendre les objets mêmes ou en acheter de semblables à l’arbitrage des apostats et selon la liste qu’ils présentèrent. Sur cet article, le président se montra inexorable. Après plusieurs séances jusqu’au 3 Mai, 33 confesseurs restèrent fermes et furent pour la deuxième fois condamnés à mort. La sentence fut de nouveau présentée au Conseil royal et de nouveau rejetée avec ordre de recommencer les tentatives d’apostasie avec motifs propres à chacun individuellement.

Sur ces entrefaites, le 3 mai nos chers commissionnaires à PEKIN, LIEOU Augustin et Charles TTCHAO arrivèrent heureusement à la capitale du royaume SEOUL, ils n’apportèrent aucun livre, ni objets de religion parce que pendant la persécution de l’année dernière à PEKIN, Joseph OUANG avait caché nos livres et effets. Or, il était absent au temps où nos commissionnaires coréens les demandaient et les prêtres chinois qui nous aident en CHINE à cause des nombreux traîtres ne purent se rendre à PEKIN ni gérer nos affaires. TANG TCHENG OUEN, originaire du SETCHUEN, horloger établi à PEKIN dit à nos commissionnaires que la majeure et meilleure partie de nos effets étaient enfouis dans sa boutique mais que ne sachant ni latin, ni français il ne pouvait livrer les objets que nous demandions et il ne leur livra rien. Ils n’apportèrent que nos lettres, un synode du SUTCHUEN que Monsieur MOULY eut la charité de nous envoyer de SAN HAI KOUAN où nos gens le virent avec une très abondante aumône de nos frères fidèles de France dont une très grande partie est tombée entre les mains des persécuteurs et de leurs agents.

Ce même jour 3 mai les pôkio à deux lieues de la ville allaient arrêter KIM Antoine, un excellent chrétien, lorsqu’au bruit il s’enfuit ainsi que sa femme et une de ses sœurs, Colombe, sa sœur aînée, âgée de 26 ans et une autre sœur âgée de 24 ans furent arrêtées avec son enfant âgé de trois ans qu’ils remirent aux païens du quartier. Le PO TCHANG, président du tribunal, par caresses et mille belles paroles, exhorta longtemps Colombe et sa sœur à apostasier. Puis ayant appris qu’elles n’étaient pas mariées, il leur en demanda raison. Colombe lui répondit que c’était pour garder la virginité car ajouta-t-elle « les chrétiens qui gardent la chasteté font une œuvre agréable à DIEU ». Les autres vierges emprisonnées en avril n’avaient pas osé parler si clairement, elles s’en étaient tirées en disant qu’elles n’avaient point trouvé de parti de leur goût, ni convenable et qu’ainsi surtout à cause de leur pauvreté, elles avaient ainsi vieilli, il y a en cela du non secundum ven veritatem. Néanmoins DIEU veuille me préserver de plus grandes fautes et après avoir lavé ces fautes dans leurs peines, elles gagneront encore la palme du martyr.

La mère de Colombe, que j’administrai il y a deux ans dans la maladie dont elle mourut, était une des meilleures chrétiennes que j’ai connues en COREE, son frère, ses sœurs qui, toutes à son instar, ont voulu garder la virginité, une est morte comme de chagrin d’avoir été fiancée ou des suites de ce chagrin, sont et ont toujours été de nos plus exacts fidèles observant.

Colombe hors de la prison avant d’être en prison, était une malade de vertus, en prison, elle soutient ses exemples antérieurs. Sa candeur, son ingénuité et toutes ses vertus sont encore un modèle pour ses co-prisonnières et pour les vierges de COREE qui naîtront après nous. Le mandarin, dépourvu de tout sentiment de pudeur et d’honneur, fit totalement dépouiller Colombe et sa soeur, leur fit ensuite rouer de coups les os à toutes les jointures et à cinq reprises, leur donna la question aux jambes. Leurs os pliaient mais ne rompaient pas. Ces pieuses filles souffraient ces supplices avec un air serein et content sans jeter ni cris, ni soupirs, ne prononçant pas même à haute voix les doux noms de JESUS et MARIE comme tous les autres suppliciés , pratique qui fait enrager les pôkio et les mandarins tellement que l’on appelle les chrétiens JESUS MARIA.

Ainsi quand on prit Paul TING notre commun et principal introducteur, « nous avons arrêtés aujourd’hui un grand JESUS MARIA » dirent les pôkio. Nos ferventes héroïnes intérieurement s’entretenaient en silence avec notre bon JESUS qui les soutenait et portait la plus pénible partie de leur croix. Les souffrances et tourments sont insupportables, ont dit les apostats, tant qu’on n’a pas apostasié mais une fois que l’on a apostasié il n’y a plus moyen d’y tenir. Le mandarin attribuant leur impossibilité à la magie, leur fit écrire sur le dos des caractères anti-magiques qu’il perça de treize coups  d’alênes rougies au feu. Vives douleurs ! Elles restèrent comme impassibles alors il leur dit : « je vous marie à tous les pôkio et les prisonniers » et à ceux-ci de même : » abusez en comme vous voudrez ».

 Notre bon JESUS, notre Divin Maître leur seul protecteur ne les abandonna pas, il les rétablit miraculeusement en santé et leur donna une force telle qu’elles pouvaient se défendre de dix hommes à la fois, elles restèrent en cet état toutes nues pendant deux jours dans la prison des hommes et enfin les pôkio, honteux, leur rendirent leurs vêtements et les firent passer dans la prison des femmes. Ces deux vierges ne sont pas les seules qui aient subi cette infamie, les pôkio dépouillaient les vierges, les jeunes femmes et les veuves de leur corset et de leur jupon, ne leur laissant que le caleçon sitôt qu’ils entraient dans leurs maisons et les arrêtaient. Cependant, on n’a pas entendu qu’aucune ait été violée, on sait que les deux si honteusement maltraitées ne l’ont pas été.

 Le ministre persécuteur Y TA JIN ayant sut que les pôkio se ralentissaient à arrêter les chrétiens parce qu’il ne leur était plus libre de piller et voler et que même ils avaient été obligés de réparer leurs brigandages, en fit son rapport à la reine grand mère lui insinuant de permettre le dépouillement des chrétiens comme auparavant.

Cette fois elle ne succomba pas à la suggestion, au contraire, elle approuva fort la pratique du président du XSIEUEN PGHO de faire restituer les choses volées et pillées, elle ordonna en outre que si dans la maison il se trouvait quelque apostat, les meubles et les biens lui restassent sinon aux plus proches parents et à défaut de parents que les biens de la famille arrêtée fussent confiés à un propriétaire du quartier qui en serait solidairement responsable.

Ce nouvel ordre ajouta encore au ralentissement des pôkio à prendre les chrétiens. L’ordre d’établir la surveillance des maisons, OKATCHAKTONG, s’établissait lentement et à contre cœur dans les faubourgs et certains quartiers de la ville. Il en a été de même dans la province de TCHONG TCHING TO. On ne l’a établi que dans bien peu d’endroits. Dans la province de KIENLA TO il a été plus exactement établi mais cela n’a eu aucune suite nulle part et il est devenu insignifiant ; aujourd’hui c’est ainsi qu’en parlent les chrétiens et les paysans l’OKATCHAKTONG ne signifie rien.

Le 9, Colombe et sa sœur avec trois autres furent transférés dans la grande prison et complétèrent de nouveau le nombre de 40 confesseurs. Ils nous écrivaient les lettres les plus édifiantes surtout Colombe KIM, Lucie PANG et l’épouse de Damien. La prison était vraiment le séjour de la paix, de la sainteté et du bonheur, le chemin du ciel (Monseigneur y est et j’y serai j’espère dans 11 ou 12 jours).

 Le 12, Colombe comparut devant le président du XSIUEN PGHO et lui fit ingénument le récit naïf de l’injure, que sur sa sœur et en sa personne, on avait fait aux mœurs publiques du royaume. Le président vivement affecté de cette horreur en fit son rapport au conseil royal. Nous n’avons pu savoir qu’elle aura été la réponse ; il paraît qu’on s’y est contenté de baisser les yeux et de rougir. Mais le président ne se contenta pas de cela. Il fit une verte semonce au président du tribunal. POTCHENG, fit mettre quatre pôkio en jugement et en condamna deux à l’exil où ils partirent le surlendemain.

Ce même jour (12 mai) Protais TCHEN qui avait eu le malheur d’apostasier dès la première prison, au commencement de la persécution, et qui, retourné dans sa famille ne s’y nourrissait que de ses regrets et de ses larmes, vint dans la rue se jeter aux pieds du président au sortir du tribunal, le supplier fondant en larmes de le remettre en grâce en prison, qu’il mourrait de chagrin d’avoir apostasier. « Est-ce de tout ton cœur » répondit le président, « oui sans doute » répliqua Protais, « eh bien va en la prison » et notre Protais d’y courir, le cœur content et plein d’une joie qu’augmentèrent encore les félicitations des autres confesseurs.

 Il avait scandalisé les confesseurs de deux prisonniers et plus particulièrement ceux de la première. Le 19 il y fut renvoyé, le 20 le président de ce tribunal lui fit donner 19 coups à mort car les coréens ont cette cruelle adresse de battre à mort ou à vie et la nuit il mourut martyr de son repentir et de sa foi.

Les arrestations paraissaient suspendues. Le président, las de torturer ces pauvres innocentes victimes chrétiennes, leur fit comme un père, une exhortation à l’apostasie. Un mot d’obéissance au roi ne sera pas un si grand péché. Les autres criminels me demandent la vie mais avec vous d’un ordre renversé, il n’en va pas ainsi, je vous l’offre, c’est à moi à vous demander à ce que vous veuillez vivre. Nos fervents et inébranlables confesseurs s’en tirèrent par une réponse polie et honnête.

AUGUSTIN Y le pria de lui rendre ses deux enfants qui étaient très exposés dans la première prison, surtout sa fille de 19 ans, seule, sans parents. La femme de Damien demanda la même grâce pour son cher fils. « Hé bien toi, dit le mandarin à Augustin, apostasie donc toi et je te renvoie ainsi que ta femme et tes enfants sans qu’ils apostasient ». « Je ne puis apostasier », répondit l’intrépide confesseur et il fut de nouveau condamné à mort ainsi que Damien NAM comme collecteur de la mitre, livre et autres objets religieux, Pierre KOUEN pour avoir coulé des crucifix en quantité, Lucie PANG parce qu’elle avait quitté la cour et sa charge de vestale ou gardienne de la tablette du roi dernier mort, l’épouse de François TAY pour avoir imité l’apostasie de son malheureux mari.

Agathe, en prison depuis deux ans et demi et sœur d’une vierge morte martyr le jour que Monsieur CHASTAN entrait à ITEHOU, ville frontière de COREE, Barbara HAN, Magdeleine KIM et Agatha Y, toutes quatre en prison et condamnées à mort depuis deux ans et demi mais dont l’exécution avait été différée. Après trois jours de débats au conseil, la sentence fut entérinée et le vendredi 24, fête du Sacré Cœur à 3 heures après midi, heure à laquelle Notre Divin JESUS avait donné sa vie et son sang pour nous et pour eux, ces heureuses victimes eurent le bonheur de donner aussi leur vie et leur sang par amour pour lui. Ils furent décapités sur la place publique hors la porte de l’ouest.  Les habits des exécutés devenant la proie du bourreau ; ils souffrirent selon l’impudique coutume, l’avanie de la dénudation mais ils avaient prévu cela et s’étaient ceints les reins d’une pièce de toile qu’on leur laissa pendant l’exécution.

Leur corps restèrent trois jours sur la place publique selon les lois du pays et le lundi 27 au petit point du jour, Monseigneur parvint à les faire enlever et inhumer dans un petit terrain qu’il avait fait acheter ad hoc en forme de fer à cheval ouvert à l’ouest dans un lieu qu’on appelle OYAKOKE.

J’aurais bien voulu, nous écrit Monseigneur, comme dans noble et heureuse Europe les faire envelopper de parfums et d’étoffes précieuses mais cela aurait été trop exposer l’homme dont je me servais pour cette sainte œuvre. On se contenta donc de les vêtir d’un caleçon et d’une chemise chacun selon son sexe puis envelopper et lier dans des nattes. La seule Lucie PAK a eu un petit cercueil donné par son lâche neveu. L’épouse de François TAY fut par lui et sa famille enterrée ailleurs. Voilà des patrons et des reliques en abondance si jamais la religion devient publique en COREE comme il y a lieu de l’espérer.

Avant et après le martyr de nos illustres confesseurs, le Président du POTCHENG, piqué des reproches du président TSINEN PGHO, à cause des outrages faits à Colombe et à sa sœur et fâché des fortes restitutions qu’ils avaient eu à faire à coups de verges redoublés, en fit apostasier un certain nombre et mourir d’autres. Ainsi un nommé Joseph TCHANG, baptisé et confirmé par Monseigneur en 1838 et un riche et peu fervent chrétien, marchand de soierie, le 27, la nièce de la haute Magdeleine Y, enfant de 14 ans mourut de misère et des suites des tourments, elle était volontairement entrée en prison le 11 du mois précédent.

 Pendant un certain espace de temps sur la fin de mai et dans les premiers jours de juin il y eut une apparence de bonasse à la tempête. On ne parlait plus des chrétiens qui restaient en prison. Le président du tribunal criminel XSIENEN PGHO, fatigué de condamner et torturer des personnes qu’il connaît innocentes, refusa de juger et voulait donner sa démission , son second pour les mêmes motifs l’a donnée. On parlait de les laisser mourir de faim et de misère en prison. Une fièvre putride en avait attaqué plusieurs. La malpropreté et le grand nombre réunis dans un petit local y avait probablement donné lieu. Une pauvre veuve en mourut le 2 juin.

 Dans la province de KIEN LATO, neuf chrétiens en prison depuis 13 ans et condamnés à mort, furent exécutés décapités à TSIEN TCHOU FOU, métropole de la province, trois confesseurs en prison à TAY KOU, métropole de KIEN SAN TO, province sud est depuis condamnés à mort, furent aussi décapités.

Quoique le calme parut se rétablir et que les pôkio disait-on eussent reçu l’ordre de ne plus arrêter de chrétiens, Monseigneur crut plus avantageux de se retirer à la campagne, il partit le 3 juin et arriva le 6 chez son André sur la rive de la grande baie de MEPO.

 Le 28 juin, on rapporta que le nouveau président du tribunal TSIEUEN PGHO mettait la plus grande activité à faire apostasier nos chers confesseurs. Sans leur faire souffrir de très durs tourments, il ne les fait pas moins vexer par de fréquentes et dès lors douloureuses bastonnades. La belle-sœur de Damien NAM a eu le malheur d’apostasier et s’en est retournée avec son enfant, une vierge, vaincue par les tourments, a eu le même malheur. Funeste apostasie après plus de deux mois de douloureuse prison après avoir entendu deux fois courageusement leur sentence de mort vu le ciel ouvert prêtes à y entrer funeste apostasie ! !

Deux autres veuves âgées ont terminé dans cette prison leur pénible existence par un martyr qui, pour être moins glorieux, n’en est pas moins vrai et méritoire selon S. Cyprien.

Le beau-frère de S. Pierre KOUEN, André PAK après son apostasie et sa sortie de prison s’était rendu l’inhumateur des martyrs et après cette Sainte Œuvre, comme auparavant, le serviteur des prisonniers, les pôkio , après l’avoir observé en vain pour savoir d’où il tirait tant d’argent qu’il portait aux prisonniers, l’ont enfin arrêté et cruellement torturé.

 Nos agents lui remettaient les aumônes au premier en droit, convenu pour se rencontrer dans les carrefours en pleine rue, en pleine place mais néanmoins secrètement.

 Y. Joan, un de mes anciens catéchistes vint de SEOUL nous apporter les affligeantes nouvelles suivantes : le 7 juillet, il y a eu un grand conseil d’état dont le résultat : un nouveau décret de persécution approuvé par la Reine. Dans ce décret, on fait faire à la Reine une forte semonce contre les pôkio et le juge du tribunal criminel XSIEUEN PGHO sur leur lenteur et leur paresse à exterminer les chrétiens. Elle leur ordonne de pousser l’affaire vivement, sans quoi ils seront coupables à tout le royaume… De suite, après cet ordre, le jour même et les jours suivants, 8 et 9, la persécution fut comme la grêle, des apostats renvoyés furent de nouveau arrêtés.

 Le 9 l’épouse de Charles TCHAO, un de mes deux principaux introducteurs de PIEN-MEN, celui qui le premier dit : le père peut entrer (en COREE), un de mes premiers catéchistes devenu commissionnaire à PEKIN parce qu’il était le plus capable, le seul connu capable de gérer ces sortes d’affaires, son enfant de quatre mois, son beau père et sa belle mère, avec un enfant de six mois, l’épouse, le fils, la sœur et la belle mère de SIEUEN Charles, catéchiste de Monsieur CHASTAN, furent arrêtés dans une maison vacante de la mission où ils venaient d’arriver pour la conserver et aussi être un peu plus au large et fuir le danger auquel il se croyaient plus exposés dans leur petite maison. C’était pour une semblable raison de peur que les ci-devant, habitants de cette maison de la mission l’avaient abandonnée. Notre cher Charles TCHAO était absent quand il entendit que les pôkio s’étaient emparés de son habitation et des habitants. Il ne retourna pas pour s’en assurer, et il fit bien, se croyant sans moyen d’échapper et au désespoir de pouvoir se sauver, il fut à HOUTONG, notre maison principale, dire à Paul TING que tout était perdu pour lui, qu’il allait se rendre en prison. Il ne prit pas le temps de réfléchir et ne trouva pas non plus des gens capables de la détourner de son projet précipité, prématuré et inutile.

On dit qu’il arriva à la prison avant sa chère épouse même. Ni apostasie, ni or, ni argent ne peuvent le tirer des griffes des démons incarnés qui torturent nos très chers frères. Il est un des trois qui avait écrit et signé les lettres au Souverain Pontife et à feu Monseigneur BRUGUIERES qu’il avait promis de l’introduire en COREE et qu’il n’y avait introduit à la place de ce vénérable prélat le catéchiste et commissionnaire en titre des affaires de la mission et des chrétiens avec les européens et les chinois à PEKIN etc… Aussi, disent les chrétiens avec le pauvre Charles TCHAO et consorts, il ne s’agira pas d’apostasier. Il le savait de longtemps et il s’attendait à ce que la Divine Providence a permis qui lui soit arrivé. C’est un des meilleurs chrétiens de COREE.

Ses semblables sont rares. Dieu veuille le conserver et le continuer en un de ses adorateurs perpétuels. La mission a perdu une multitude d’effets en marchandises chez lui et bien d’autres, il s’en fallait bien qu’il eût  débité ses marchandises et achever de rendre plus de 349 louis qu’il nous avait apporté cette année.

Monsieur CHASTAN et moi, nous n’avons pu rien à en recevoir et ne recevant d’ailleurs rien de nos chrétiens pauvres comme des pierres presque tous, il en meurt de faim ; nous avons été obligé de faire mendier ; ce qui, en cherchant à nous cacher des chrétiens imprudents comme des païens, n’était pas chose facile. Mais c’est une misère humaine qui tire à sa fin et n’est que le préambule de celle que nous allons endurer en prison dans peu de jours.

Des judas , un KIM Joan, Yang PAN, noble par origine bâtarde, fils né d’une concubine, originaire et habitant de SEOUL, KOUAK, jeune homme d’environ 25 ans ci-devant, domicilié et peut être originaire de BOUSASAN NITUENMUKI KONGTCHU. Son père Pierre KOUAK était catéchiste du lieu. Ils ont déclaré aux mandarins et au public qu’il y a dans le royaume trois européens qui y prêchent la religion chrétienne.

Après quoi, TCHAO et Y TA JIN ont donné ordre de nous arrêter et envoyé KIM Joan avec une escouade de pôkio, et KOUAK, avec une autre, en outre quelques centaines de pôkio pour nous arrêter.

Le 17 Augustin LIEOU, interprète du chinois et coréen à la cour, un des dix petits mandarins qui vont chaque année à PEKIN, ad turnum émérite depuis trois ans, grand et intime ami du ci-devant régent KIM TA JIN, frère de la reine persécutrice, (la maladie démence de ce régent causant sa spoliation du pouvoir principal a occasionné ou laissé ouvrir la porte à la persécution que ce brave régent quoique revenu en santé, ne peut plus arrêter ; il a même à craindre pour sa vie plusieurs païens disent KIM TA JIN, le frère de la reine et un autre KIM TA JIN, notre protecteur et comme rapporteur des affaires de la Cour et un KOUEN TA JIN aussi puisant et brave homme amis des deux KIM TA JIN et loin d’être notre ennemi.

 Ces trois TA JIN sont chrétiens, ils ont peut-être le désir de l’être, c’est certain pour le second KIM TA JIN, mais ils n’en auront pas le courage ; leur parti aussi est presque aussi fort et plus au fait de gouverner dit-on, que leur opposants TCHAO TA JIN et les siens. Mais item, c’est TCHAO qui maintenant l’exerce contre nous en dépit dit-on de KIM TA JIN qui laissait les chrétiens et nous vivre tranquillement avec les titres et les dignités susdites. Notre cher Augustin LIEOU avait à PEKIN lui-même de sa propre main écrit les lettres au Souverain Pontife et une à feu Monseigneur BRUGUIERES, c’était lui principalement qui parlait et traitait nos affaires avec OUANG Joseph, notre procureur, c’est sous sa sauvegarde que l’on a introduit tous les objets religieux entrés en COREE depuis une douzaine d’années.

 Ce brave chrétien lorsqu’il fut démis de sa faculté d’aller à PEKIN, sous prétexte de vouloir y faire les affaires du roi et de KIM TA JIN, le régent avait réussi à obtenir cette faveur et toutes les bonnes du régent et faisait les nôtres.

Le 17, il fut arrêté avec son fils aîné et une quantité de livres et objets religieux déposés chez lui. C’ est un chrétien d’une conscience délicate et vigilante, un des plus fervents et des plus dévots du royaume. Encore avec celui-ci, il ne s’agit et ne s’agira pas d’apostasier.

Dans le même temps furent arrêtés Pierre HONG et son épouse qui allaite un enfant de six mois, le brave Pierre HONG avait fuit la maison paternelle et l’espoir à une certaine fortune pour vivre dans la pauvreté mais en chrétien. Une fille nommée Marthe et une autre échappée de sa famille pour professer la seule sainte et salutaire : notre religion chrétienne, Antoine KIM, sa mère, sa belle sœur et son tout petit neveu. Antoine KIM était un célèbre scribe de livres chrétiens dont il professait bien la doctrine, il avait su profiter des leçons et de l’exemple de sa vertueuse mère qui, pendant un long veuvage, avait élevé et soutenu ses cinq enfants, garçons et sa fille en femme chrétienne.

Le 19 ou 20 les pôkio entrèrent à HOUTONG à notre maison principale et dirent qu’ils reviendraient le lendemain. On en avait ôté la meilleure partie des objets de religion. Il n’y restait que quelques images de Monseigneur et autres petits objets gardés par Paul TING, sa vieille mère, sa sœur, une esclave et deux servantes. Depuis mon entrée en COREE en janvier 1936 ces braves gens avaient toujours demeuré avec moi et avec nous, me soignant avec le respect, les soins et toute l’attention imaginable surtout Elisabeth, sœur de Paul, qui a conservé la virginité et dont vous ferez sans manifestation bientôt la fête au commun des vierges martyrs ; c’est une vierge pleine de mérite devant Dieu, j’aime à le croire et certainement devant les hommes.

Paul a été introducteur de chacun de nous trois successivement et aussi notre catéchiste puis quoique déjà vieux, il était devenu élève ecclésiastique. Monseigneur lui faisait étudier la théologie chinoise du CHANSI et s’y appliquait et préparait admirablement ses leçons. C’était un chrétien fervent et tout adonné à christianiser ses compatriotes et entretenir la religion dans son pays dès sa plus tendre enfance. Après le martyr de son père, en bas âge retiré avec sa mère et sa sœur dans les gorges des montagnes de TANIANG, il y vivotait et étudiait de toutes ses forces la religion chrétienne chez Laurent KIM, père de français qui signa à MEKIN les lettres au Souverain Pontife et à Monseigneur BRUGUIERES en 1839 écrivant des livres chrétiens.

Puis dès qu’il fut en âge et qu’il en eut l’occasion, après avoir quêté l’argent qui lui était nécessaire, il alla à PEKIN avec Augustin LIEOU et Charles TCHAO et demanda un prêtre, lors des demandes en 1826 et 1828 et rapporta en COREE des sommes d’images, quantité de reliquaires et médailles, chapelets etc… A l’arrivée des pôkio pour les arrêter, il empêcha le tumulte, parla doucement au pôkio, leur demanda à ce que sa mère, sa sœur et les deux servantes ne fussent conduites que le soir, ce que les pôkio lui accordèrent en qualité de noble comme il l’est véritablement. Son oncle paternel en cette qualité était premier secrétaire du roi après la mort duquel eut lieu la persécution de 1801. Arrivé en prison il eût la consolation, dit-on, d’être logé avec ou non loin de sa mère, sa sœur et une centaine d’autres confesseurs. Il arrangea quelques petites difficultés qui s’étaient élevées entre les deux enfants confesseurs : le fils de Damien et celui d’Augustin.

En ce même temps, le vendredi 19 juillet, jour de la Saint Vincent de Paul, Y. JoanN, frère d’Y Augustin, martyr le 24 du mois précédent, Magdeleine Y peut être la fille d’Y Augustin âgée de 19 ans et KIM JULITTA KONG NIN, fille de la cour mais dont elle était sortie depuis longtemps ainsi que 9 autres dont je n’ai pu aucunement apprendre les noms, reçurent la glorieuse palme du martyr. Y Joan, après avoir eu les jambes rompues, fut miraculeusement guéri. Magdeleine Y est cette fille courageuse, qui était enfin après plusieurs instance, parvenue à se faire au rang des souffrants pour le nom et la gloire de Jésus-Christ avec d’autres compagnes. KIM Julietta était une intrépide dévote que l’on avait peine à tirer des dangers ou empêcher de les occasionner.

 L’été de 1838, elle m’apportait tous les dimanches des raisons à l’occasion desquelles elle assistait à la messe, principale raison de sa venue quoiqu’on lui eut bien intimé que les dangers et autres circonstances non seulement la dispensaient de ce précepte ecclésiastique  mais devaient être une raison pour elle d’observer et sanctifier les saints jours de dimanche et de fêtes chez elle. Si l’on insistait quelquefois, elle pleurait, elle l’a fait chez Monseigneur. La fille d’Augustin va être de famille de saints, son père, son oncle et elle sont martyrs, sa mère et son frère confessent J. Ch. En prison, sa grand-mère de 80 ans voulait mourir avec ses enfants en prison pour la gloire de DIEU.

 Le 31 juillet, sur les 7 heures du matin sur trois petits villages de chrétiens à SOURIZAN, deux furent dévastés, 60 chrétiens arrêtés entre autres, le père et la mère de Thomas TCHEU, élève coréen, vers MACAO, qui sont encore en prison et seront martyrs pour la gloire de DIEU et le salut de leur ou avec leur malheur éternel car l’affaire de leur cher Thomas leur ferme la porte à tout espoir de vie en ce monde et 11 autres villageois. Du reste ce sont de nos plus dévots et de nos plus fidèles observants, ils ont généreusement confessé la foi jusqu’à ce jour et sont bien loin de penser à la renier. Voici une note et un plan pour reconnaître les tombeaux des 8 saints martyrs.
Vasséens 2004
2004 - Vasséens entourant le portrait de
St Pierre Maubant

Le 3 septembre, Pierre Y SONPINI, un de mes trois introducteurs à ITCHOW me rapporta de la ville les nouvelles suivantes : Monseigneur l’Evêque a passé sous de dures bastonnades, Augustin LIEOU, Charles TCHAO et Paul TING ont été réduits à ne plus pouvoir recevoir de coups. Un très grand nombre de prisonniers sont toujours dans les tourments et les prisons.

On ne recherche plus à arrêter les chrétiens avec tant d’activité, tous les efforts des ministres des démons sont tournés contre nous. On a promis une préfecture au CHANG TENG JIN, noble, qui nous arrêterait, et exemption d’impôt à la famille du roturier qui opèrerait la même diabolique œuvre. Pour éviter les maux qui pourraient retomber sur nos chers chrétiens et conformément à l’avis de notre cher pasteur évêque dans les fers, nous partons aujourd’hui mardi 7 septembre mon cher confrère, Monsieur CHASTAN et moi pour aller partager ses peines et, grâce à DIEU, ses mérites.

Messieurs très chers confrères, parents et amis qui connaîtraient cette lettre, recevez nos adieux et n’oubliez pas devant le Seigneur cette pauvre mission pour laquelle nous allons verser notre sang.

Votre très humble serviteur Pierre Philibert MAUBANT.



biographie de Pierre Maubant

Paroisse St Pierre Maubant Vassy