Paroisse St Pierre Maubant Vassy
CHAPITRE 1

Pierre MAUBANT
Pierre Maubant
DE LA NAISSANCE   VASSY , 20 SEPTEMBRE 1803

    AU   SACERDOCE     BAYEUX, 13 JUIN 1829
                   

N° 96     Du troisième jour complémentaire, l’an onze de la République française     Acte de naissance de Pierre Philibert MAUBANT    né ce jour à huit heures du matin fils  jumeau de Charles Maubant, laboureur et de  Catherine Duchemin, domiciliés en cette commune au  Vautirel, mariés.maison natale Maubant
Le sexe de l’enfant a été reconnu être masculin  Premier témoin François Lemaréchal diacre âgé de trente six ans domicilié en la dite commune de Vafsy Second témoin Robert Desrues laboureur âgé de trente deux ans domicilié en la dite Commune de Vafsy sur la réquisition de nous faite par le dit Charles Maubant  père de l’enfant  et ont signé… (suivant les trois signatures)
constaté, suivant la loi, par moi Louis Gilles Gabriel Elisabeth Lacoudre Maire de la commune de Vafsy faisant les fonctions d’officier public de l’état civil. (signature)

Tel est le premier acte établi au nom de Pierre MAUBANT, auquel succèdera quelques heures plus tard l’acte de baptême suivant :    Le 20 septembre mil huit cent trois Pierre MAUBANT  né ce jour au village du Vautirel du légitime mariage de Charles Maubant et de Catherine Duchemin a été baptisé par Lemarchand vicaire soussigné assisté de Philbert Maubant la marraine Françoise Besongnet soussignée (suivant les signatures).
baptême de Pierre Maubant
Acte de baptême de Pierre MAUBANT

                                                              plaque sur l'église

Le nom de la commune d’origine de Pierre MAUBANT : VASSY était toujours écrit à cette époque : VAFSY ; quelques années plus tard, on trouve, et pendant longtemps encore les deux orthographes, pour enfin se stabiliser à VASSY. Quand on parcourt les registres du siècle dernier on peut douter de l’attention que l’on portait à l’orthographe des noms propres, puisque j’ai trouvé le nom de notre saint écrit : MAUBANT ou MAUBANC ; le nom de son village natal écrit à deux pages d’intervalle, et par le même curé : VAUTIREL ou VAUX-TIREL.

VASSY, chef-lieu de canton de l’arrondissement de VIRE, avait une population de plus de 3 200 habitants, qui peu à peu a fondu avec l’exode rural ; en 1884 il y avait encore 2 635 habitants et il en reste 1 600 en 1984.

La Paroisse était divisée en trois portions, avec chacune un Curé, qui pouvait avoir un vicaire. C’est ainsi que Pierre MAUBANT fut baptisé par Guillaume-Louis LEMARCHAND, vicaire de la Première Portion. Le Vautirel, village situé à environ 1 200 mètres du Bourg, faisait partie de la Première Portion. Le vicaire, originaire de la Paroisse voisine du THEIL, était déjà vicaire de VASSY avant la Révolution ; déporté, il reprenait sa place après la tourmente et fut ensuite Curé de MAISONCELLES-LA-JOURDAN.

 VASSY a toujours été, dans le passé, une Paroisse où surgissaient de nombreuses vocations sacerdotales. (Il est encore en 1984 six prêtres de VASSY, dont le Curé actuel). Plusieurs missionnaires également sont à citer : un Père POUPINEL, mariste fut visiteur apostolique en Océanie ; Monseigneur TRANCHANT, missionnaire du Su-Tchuen, en Chine, sacré Evêque en 1802 ; un Père LEGRIGEOIS, né à SAINT GERMAIN DU CRIOULT (Les Isles) était ami de Pierre MAUBANT, peut-être apparenté avec lui par un beau-frère ; ils entretenaient une correspondance suivie, d’autant que, résidant à MACAO, le Père LEGRIGEOIS était le Procureur des Missions Etrangères pour toute l’Asie, et il recevait les rapports sur les activités de tous les Pères. Enfin Pierre MAUBANT a bien connu un Père VEROLLES, de ST Gilles de CAEN qui fut Evêque en Mandchourie et que l’on retrouve aidant les Missionnaires à passer en Corée, jusqu’en 1866, date de la grande persécution.
Mais revenons aux origines de Pierre MAUBANT :

Son père Charles MAUBANT était né à LASSY, Paroisse voisine de VASSY, en 1761, où la famille MAUBANT avait quelques biens décrits ainsi sur un rôle de l’impôt de 1854 : « Possède et fait valoir au village du Gaudinet une maison sur une vergée et demie en médiocre plant, une demi vergée en médiocre pré, sept vergées en médiocre labour, six vergées en mauvais labour. Plus possède et fait valoir… plusieurs bâtiments au village du Cornû, sur une vergée en bon plant, deux vergées en bon pré, treize vergées en bon et dix-neuf en médiocre labour, estimées suivant le tarif 144 livres de revenu. (Il y a cinq vergées à l’hectare) ».
Les DUCHEMIN grands-parents de Pierre MAUBANT, côté maternel, avaient eux aussi quelques biens au soleil, puisque à la même époque on peut lire « Possède la ferme du Vautirel qui consiste en terre et plant, prez et labours dont le controlleur n’a pu en sçavoir sa continence… Jacques LEMARECHAL la fait actuellement valloir par le prix de quatre-cents livres par an, au présent, quatre chapons, six poulets, et douze livres de beurre ; plus, possède la ferme de la Fosse… plus possède la ferme des Aunays… »

A la fin de ce rôle, entre autres observations générales, on lit cette remarque que certains trouveront peu flatteuse, mais que les « Bocains » liront avec un petit sourire complice : « Il y a beaucoup de fort bons propriétaires en cette paroisse ; le général en est mutin, il ne se preste qu’avec peine à ce qu’on lui demande, il est très rusé, et est d’un si grand attachement à ses intérêts que tout l’inquiète et lui fait commettre mils bassesses. Quoyque le controlleur se soit donné tous les mouvements et qu’il ait pris toutes les précautions nécessaires pour s’assurer de quel revenu pouvait être les biens fonds… il n’a pas réussi ».

 Les parents de PIERRE MAUBANT s’installaient, lors de leur mariage à VASSY, le Vautirel, où existe encore leur maison et où ils devaient mourir l’un et l’autre, la mère le 21 février 1817 à  40 ans (Pierre n’avait que 13 ans et demi), le père au contraire à un âge avancé : 81 ans, le  3 avril 1842, deux ans et demi après son fils. C’était d’excellents chrétiens ; ne dit-on pas que le Père, lorsque il faut resté seul, venait de son village chaque matin assister à la première messe.

A leur foyer étaient nés six enfants, dont cinq filles. Deux filles moururent en bas âge, comme souvent à cette époque. Emilie, la jumelle de Pierre, devenue aveugle à la fin de sa vie, décédait le 5 septembre 1875 ; elle avait épousé Jacques PRESTAVOINE. Rose-Catherine avait épousé Guillaume-Joseph LEGRIGEOIS et fut inhumé à VASSY le  23 novembre 1855, âgée d’environ  58 ans ; elle était suivie de près dans la mort par Marie-Anne, sa sœur, qui avait épousé Georges ROGER de la paroisse de Claire Fougères, à l’époque du Diocèse de BAYEUX et maintenant du Diocèse de SEES. Elle fut inhumée à VASSY le  24 décembre 1855, âgée d’environ 59 ans.
Eglise Vassy en 2004
Intérieur de l'église de Vassy 2004

On retrouve la signature de Pierre MAUBANT dans les registres paroissiaux, puisqu’il fut parrain au moins trois fois :
Le 16 mai 1818 de Modeste LEGRIGEOIS, sa nièce, née au Vautirel de Guillaume LEGRIGEOIS et de Rose MAUBANT.
Le 30 août 1819 de Auguste ROGER, son neveu, né au « Vaux-Tirel » de Georges ROGER et de Marie MAUBANT.
baptême de Auguste ROGER
acte de baptême Auguste ROGER neveu de Pierre Maubant
Le 20 mai 1819, il était parrain de l’une de ses cousines de LASSY, nommée Marie-Françoise MAUBANT.
Aujourd’hui, la famille de Pierre MAUBANT est loin d’être éteinte ; ses neveux et nièces ont fait souche et les descendants en sont fiers à  juste titre ; bien que, à ma connaissance, il n’y avait plus de MAUBANT, même dans la descendance de ses cousins de LASSY.

La jeunesse de Pierre MAUBANT  se passe au temps de Napoléon ; on a pu remarquer que l’acte de naissance portait : « L’an onze de la République ».

Le premier curé concordataire à VASSY était M. GODARD, bientôt remplacé par M. RICHOMME, qui meurt subitement en 1815 ; ces prêtres qui avaient souffert pour leur orthodoxie au temps de la Révolution et entretenaient leurs chrétiens des noms prestigieux de ceux qui avaient payé de leur vie une fidélité inébranlable à Dieu et à l’Eglise :  MM. DUMONT et VALLEE à MONCY, TABLET à LA LANDE PATRY, OBLIN à ESTRY, etc…

 Le 9 novembre 1815 arrive à VASSY M. Jean-Jacques MAUPAS, originaire de VAUDRY où il était né le 31 juillet 1780, ordonné prêtre en 1807, vicaire à MOYAUX durant quelques mois, il fut professeur de philosophie puis de théologie au Grand Séminaire, qu’il quitte en 1815, à l’arrivée des prêtres de Saint-Sulpice. Il passera plus de 50 ans à VASSY et meurt le 4 mai 1866. C’est lui qui fit allonger la nef de l’Eglise de ses deux dernières travées ; c’est lui qui aide Pierre MAUBANT dans sa marche vers le sacerdoce et auquel notre martyr écrivit régulièrement et jusqu’à la veille de son arrestation, l’appelant son « bien cher curé ».

Pierre avait été initié de bonne heure à la piété, par sa famille et le clergé de la paroisse ; mais pour faire des études, il fallait quitter le Vautirel pour le collège de VIRE.

Habillé d’une petite blouse et chaussé de sabots, le petit campagnard devenu étudiant suivait les cours du collège tout en logeant chez l’habitant, dans une mauvaise chambre mal chauffée, à un ou deux écus par mois. Le repas consistait, la plupart  du temps en une part de pain et de lard, taillée dans le gros pain et le morceau de lard apporté par le père ou un voisin chaque vendredi en venant au marché de VIRE. A défaut de la maman disparue si tôt, les sœurs ajoutaient parfois quelques pommes ou quelques galettes de sarrazin.

Pierre avait retrouvé à VIRE deux ecclésiastiques originaires de VASSY : les frères ELISABETH-LECOUDRE ; Claude, né à VASSY le 7 février 1755, prêtre en 1779 et Pierre-Charles, né à VASSY le 4 novembre 1761, prêtre en 1786. Ils s’étaient voués à l’instruction de la jeunesse et avaient dirigé à VASSY, avant la Révolution, un établissement d’instruction publique, fort réputé loin à la ronde.
N’épousant nullement les idées révolutionnaires, ils s’exilèrent à JERSEY où ils arrivèrent le 8 septembre 1792.  Comme la plupart des prêtres réfugiés, ils durent quitter l’île en 1796 pour gagner LONDRES où ils donnèrent des leçons  de français. Rentrés en France en Fructidor de l’an X (un an avant la naissance de Pierre MAUBANT) ils s’établirent à CAEN, sur la Paroisse SAINT ETIENNE.

L’établissement qu’ils y fondèrent, eût très vite une réputation plus grande encore que celui de VASSY, et rendit de grands services à la jeunesse voulant s’instruire, mais en même temps donnait gratuitement aux élèves se sentant appelés par Dieu les moyens de suivre leur vocation.

Pourtant Pierre-Charles quitta CAEN, appelé par l’Evêque à la Cure de VIRE, le 10 novembre 1815. Il donna sa démission en 1833 et mourut le 15 juin 1836. Son frère, inséparable compagnon de toute sa vie, ne lui survécut que quelques mois, mourant subitement à VIRE le 31 août 1836. C’était l’époque où Monseigneur BRAULT, évêque de BAYEUX, essayait de créer un petit séminaire à VIRE. Malgré les réclamations énergiques de ceux qui se consacraient à l’éducation des jeunes aspirant au sacerdoce, après des tentatives infructueuses, on s’arrêta à une mesure provisoire : une salle à la fois d’études et d’exercices de piété, avec surveillance spéciale, fut en 1823, réservée aux séminaristes, dans la partie supérieure des classes du collège. Ce fut là le premier centre de la formation du séminariste Pierre MAUBANT, qui devait porter, selon l’usage, le petit collet noir bordé de blanc.

Il entrait au Grand Séminaire de BAYEUX en octobre 1826, pour y poursuivre, en même temps que ses études sous la direction des Sulpiciens, les différentes étapes vers la prêtrise.
    
Pierre MAUBANT reçut sa première ordination au samedi des quatre-temps de l’Avent 1827, des mains de Monseigneur DANCEL, nouvellement promu à BAYEUX. C’était l’époque où, passé le trouble révolutionnaire, les vocations fleurissaient ; on en jugera par le nombre des ordinants :  13 recevaient la tonsure seule, 40 la tonsure et les ordres mineurs, 10 les ordres mineurs seuls, 9 le sous-diaconat, 37 le diaconat et un le sacerdoce. Pierre recevait ce jour-là tonsure et ordres mineurs à l’appel traditionnel « MAUBANT Petrus, laïcus e parochia de VASSY ».

L’année suivante, en 1828, il était sous-diacre le 31 mai, puis diacre le 20 décembre. La situation relativement aisée de ses parents lui permettait d’être ordonné « sub titulo patrimonii », ce qui suivant la formule du Code était une garantie donnant à l’Eglise l’assurance que le clerc aura toute sa vie les ressources nécessaires à son honnête entretien et donnait une facilité plus grande pour aller au service de Dieu en dehors de son diocèse. Voici ce titre patrimonial dont l’autographe est toujours à Bayeux :  « Je, Maubant Pierre de la paroisse de Vassy, soussigné, constitue pour mon titre clérical trois mille cinq cent francs en bien immobilier pris et provenant des héritages de feue Catherine Duchemin, ma mère. Je reconnais par le présent acte ne pouvoir l’aliéner sans un remplacement d’égale valeur.
                        Fait le 30 mai 1828
                                        P. MAUBANT »

 Envisageait-il déjà son futur départ du diocèse ?

Enfin, le 13 juin 1829, samedi des Quatre-Temps de la Trinité, il reçut le sacerdoce ; là encore, quelle ordination : 38 tonsurés,  21 tonsurés et minorés, 12 minorés, 38 sous-diacres et 15 diacres. Quel changement depuis le jour, pourtant peu lointain (2 avril 1824) où l’Evêque de Bayeux, Monseigneur Duperrier écrivait : « Vous connaissez les besoins du diocèse…..Près de 700 paroisses et 200 vicariats à pourvoir sans cesse ; plus de 60 succursales privées aujourd’hui de pasteurs, une multitude de curés vénérables, accablés et près de succomber sous le poids de l’âge ».

Que penseront nos évêques devant une telle plainte, en 2004 ?

 les 3 prêtres de la paroisse
MM. Boidoux, Delahaye et Leboucher
prêtres de la paroisse en 2004





E-mail : paroisse.pmaubant@libertysurf.fr

Vicaire Le Désert et Champ du Boult