Paroisse St Pierre Maubant Vassy
CHAPITRE VI

LA PERSECUTION

SEPTEMBRE 1839


Dans les premiers temps de son séjour en COREE, le Père MAUBANT s’était d’abord montré optimiste. La paix régnait et, moyennant certaines précautions, les missionnaires pouvaient accomplir leur ministère. La persécution terrible de 1801, où 300 chrétiens et chrétiennes avaient subi le martyre paraissait loin. Le 4 avril 1836 le Père MAUBANT avait écrit à ses très chers confrères des Missions Etrangères :

«Rendons grâce à Dieu. Les obstacles humainement insurmontables, que des relations inexactes nous avaient fait imaginer, ont enfin disparu et fait place à la vérité. Tant que  la divine Providence maintiendra la paix qui règne aujourd’hui en CHINE et en COREE, j’espère que l’on pourra y introduire autant de missionnaires européens que  le demanderont les besoins de la Sainte Religion. J’espère aussi qu’ils ne seront pas obligés comme feu mon très cher Seigneur de CAPSE d’arpenter la CHINE et la TARTARIE de long en large, ou comme notre confrère CHASTAN de rétrograder de plusieurs centaines de lieues ».

 Quelques mois après, certains faits enlevaient au Père MAUBANT un peu de son assurance. Le 9 décembre  il écrit :

 «Cette année, dans deux provinces, deux fantômes de catéchistes ont livré entre les mains des satellites trois chrétiennes et cinq catéchumènes. Le persécuteur leur demanda qui leur avait enseigné la doctrine chrétienne. J’avais confessé les trois chrétiennes. Si elles avaient découvert toute la vérité, je serais peut-être déjà avec le bon Dieu dans son paradis, mais il faut espérer que ce qui est différé n’est pas perdu ».

Enfin le 3 décembre 1838, il écrit aux procureurs des missions françaises à MACAO cette lettre curieuse :

«Le diable, non content des désastres qu’il fait par les païens ses ministres, a tenté cette année de saisir toutes les âmes coréennes. Quelque temps après Pâques, risque à en voir quelques unes se sauver plus tôt qu’elles ne le feront, il a apparu à satiété à une quarantaine ou cinquantaine de chrétiens, tantôt sous la figure de deux enfants et d’une colombe qui se disaient La Sainte Trinité, tantôt sous la figure de votre serviteur ». Il ajoute : « Sur une centaine de chrétiens arrêtés, je n’ose dire le nombre des fidèles… Et l’on m’avait donné à croire qu’il n’y avait pas d’apostats en COREE ! Rougissez-en avec nous et redoublez vos prières… Priez pour la misérable des missions, la mission de COREE, et pour moi ».

Les causes de la persécution de 1839 sont assez nombreuses. De vieilles rancunes grondaient depuis longtemps contre les chrétiens. Tenus à une extrême prudence, ceux-ci avaient le tort de se réunir en trop grand nombre. Enfin, il y avait des traîtres, et c’était inévitable.

Par malheur aussi, le premier ministre démissionna et fut remplacé par un ennemi farouche du catholicisme. Le 19 avril, sur le rapport de certains mandarins et avec l’approbation de la régente, ce dernier promulgua un édit des plus terribles ; j’y glane des aménités :

 « Tous ces gens (il s’agit des chrétiens) sont ensorcelés jusqu’à la mort. Cette engeance qui ne reconnaît ni père ni souverain n’est même pas à comparer aux sauvages ou aux animaux. Aimer la vie, redouter la mort, est un sentiment commun à l’humanité ; mais pour eux, il n’en va pas ainsi : le glaive ou les entraves, ils s’y livrent, comme on va à un lieu de plaisance. Leur clique abominable, leur triste engeance s’associe si bien en se cachant, qu’on ne peut savoir le nombre de leurs repaires… Aujourd’hui la situation est telle qu’il faut redoubler d’activité pour enquêter, interroger et sévir, tuer au besoin pour assurer la vie… Comme le ministre des crimes n’a pas encore sa commission, il faut donner ordre au Grand Conseil de le faire appeler pour lui recommander de tenir séance, même les jours fériés, de faire des interrogatoires à fond ; s’il en est qui jusqu’à la fin persistent dans leur erreur, qu’on les exécute sans attendre… ».

La régente ajouta un long et moins redoutable réquisitoire. Entre autres menaces elle spécifiait : « Si donc on ne les recherche partout, pour les punir à fond et les détruire jusqu’au dernier, non seulement notre royaume ne sera plus un royaume, mais le genre humain risque d’être anéanti ».

 L’heure était donc très grave et il y avait tout à craindre. Dès le 21 mai, un Coréen mourut pour sa foi. Le 24 du même mois, neuf autres furent décapités. Du 26 au 29, un chrétien et deux chrétiennes, succombèrent aux mauvais traitements. En juillet, redoublement de persécution : huit martyr. Enfin, au début de septembre huit autres confesseurs de la foi payèrent de leur vie leur constance et leur fidélité. Le récit de toutes ces morts est sublime et profondément émotionnant.

En ces journées tragiques, l’évêque et ses deux missionnaires continuaient leur ministère. Seulement ils se tenaient cachés le plus possible, loin des grandes agglomérations. C’était en somme la meilleure tactique, à la fois pour ne point abandonner leur héroïque troupeau, et pour apaiser peut-être les persécuteurs. Malheureusement la trahison veillait. Les apostats dénoncèrent leur cachette et la régente donna l’ordre des les arrêter avec grosse récompense à l’appui. La naïveté de certains chrétiens compromit une fuite éventuelle. Le 11 août, Monseigneur IMBERT fut arrêté et garrotté de la corde rouge réservée aux criminels d’Etat, il fut conduit dans les prisons de SEOUL.

Nous avons une avant dernière lettre du Père MAUBANT écrite dans le calme et l’enthousiasme de ces terribles heures. Il y rappelle que
plusieurs jours auparavant, il s’est offert à son évêque pour rester seul en COREE. Il a cru que c’était à son devoir à lui « le premier et le plus misérable d’entre les pécheurs, plein de regret de ne pas avoir dignement correspondu au bienfait de la miséricordieuse et divine Providence ». Monseigneur en a décidé autrement. Il ajoute : « Les chrétiens ont été arrêtés et transférés en prison. Quelle douce et sainte société ! Dans douze jours environ j’aurai le bonheur, j’espère, d’entrer dans cette route certaine et raccourcie qui conduit à la société de Dieu, des Anges et des Saints. Monseigneur y est déjà depuis vingt deux jours. Malgré persécutions et arrestations, nous avons vécu, avec et entre tout cela, jusqu’à ce jour de septembre et je ne désespérerais pas d’y vivre encore plus longtemps, si N.S.J.C., par l’organe de Monseigneur IMBERT son vicaire sur cette terre, ne nous appelait dans la voie certaine du salut et du ciel, par les prisons et les tourments des ministres de Satan en COREE ».
canonisation
tableau de la canonisation des martyrs de Corée

De fait, Monseigneur IMBERT, voyant dans ce geste le meilleur moyen d’apaiser la persécution, invita ses missionnaires à  se livrer eux-mêmes, par ce fameux billet écrit de sa prison, et qu’on ne peut lire sans frémissement : « In extremis, bonus pastor dat vitam pro ovibus ; unde, si noudum projecti estis par cymbam, venite cum proefecto Son Kie tsong, sed nullus christianus vos sequatur Imbert, Episcopus Capsensis.  Dans les cas extrêmes le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis ; si donc vous n’êtes pas encore partis en barque, venez avec l’officier Son Kie-Tsong, mais qu’aucun chrétien ne vous suive ». IMBERT, évêque de CAPSE.

Les deux missionnaires, espérant, comme leur évêque, que le sacrifice très spontané de leur vie mettrait fin aux malheurs de l’église de COREE, obéirent immédiatement et se livrèrent… L’héroïsme de ce dévouement a-t-il jamais été surpassé ? ». Il faut s’incliner bien bas devant de telles abnégations.

La lettre d’adieu du Père CHASTAN à sa famille est très belle, celle du Père MAUBANT ne l’est pas moins. courriers Pierre Maubant Elle est adressée collectivement à « son bien cher curé, à ses parents, à ses amis et à ses confrères. Elle est longue et relate la récente persécution. J’y cueille ces quelques mots :

« J’ai reçu en mai dernier votre lettre du 22 août 1837 ; je vous remercie de m’avoir envoyé les nouvelles qu’elle renfermait ; j’aurais désiré qu’elles eussent été plus longues. S’il y avait lieu à un avenir ici-bas pour nous, vous répareriez le déficit par une lettre longue et pleine de nouvelles ecclésiastiques et attenantes mais notre avenir paraît tellement abrégé que je n’aurai pas le plaisir de goûter ces nouvelles… Pour éviter les maux qui pourraient retomber sur nos chers chrétiens et conformément à l’avis de notre cher pasteur évêque dans les fers, nous partons aujourd’hui vendredi 7 septembre, mon cher confrère M. CHASTAN et moi, pour aller partager ses peines et grâce à Dieu ses mérites. Messieurs et très chers confrères, parents et amis qui connaîtrez cette lettre, recevez nos adieux et n’oubliez pas devant le Seigneur cette pauvre mission pour laquelle nous allons verser notre sang. Votre humble serviteur ; Père Pierre MAUBANT ».

Les deux missionnaires avaient déjà écrit une lettre personnelle à leurs chrétiens respectifs, puis une lettre collective. Ces ultima verba seraient à citer entièrement, et pourtant, dans le domaine du sublime lui-même, il faut savoir se borner. Contentons nous de quelques phrases :

« Aujourd’hui 6 septembre, est arrivé un second ordre de Monseigneur de nous présenter au martyr. Nous avons la consolation de partir après avoir célébré une dernière fois le Saint Sacrifice. Qu’il est consolant de pouvoir dire avec Saint Grégoire : Unum ad malman iter, pro Christo mortem appeto : Il n’est pour moi qu’un chemin vers la palme, je désira la mort pour le Christ. Si nous avons le bonheur d’obtenir cette belle palme que dicitur suavis ad gustum : que l’on dit suave au goût, umbrosa ad requiem : ombreuse pour le repos, honorabilis ad triumphum :honorable pour le triomphe, rendez-vous pour nous mille actions de grâces à la divine bonté…
Si quelque chose pouvait diminuer la joie que nous éprouvons à ce moment du départ, ce serait de quitter ces fervents néophytes que nous avons eu le bonheur d’administrer pendant trois ans, et qui nous aiment comme les Galates aimaient Saint Paul. Mais nous allons à une trop grande fête, pour qu’il soit permis de laisser entrer dans nos cœurs des sentiments de tristesse. Agréez nos humbles adieux Jacques Honoré CHASTAN. Pierre Philibert MAUBANT ».

Comme on baise les pages du Saint Evangile, j’ai approché respectueusement mes lèvres de ces lettres ; elles sont le testament de trois martyrs.
André Kim exécuté en 1846
André Kim premier prêtre coréen
exécuté en 1846

Immédiatement après leur arrestation, les deux missionnaires furent conduits à SEOUL dans la prison de Monseigneur IMBERT. Dès le lendemain, ils comparaissaient devant le tribunal. Ils eurent à subir de nombreux interrogatoires. Les archives  officielles de la Cour récemment découvertes nous montrent qu’il répondirent avec noblesse et fermeté à toutes ces questions. On les presse de dénoncer les chrétiens. L’évêque répond : « Quand le glaive et la scie seraient devant nous et que nos corps seraient réduits en miettes, nous ne pourrions rien dire ».

On les traduit alors devant une sorte de Haute Cour, et on les soumet au supplice de la question. La bastonnade leur est infligée à trois reprises et ils sont condamnés à mort. C’est le 21 septembre au soir. On les conduit sur les bords du fleuve Han à cinq kilomètres de SEOUL. Une centaine de soldats font bonne garde ; l’exécution est présidée par un général commandant à la capitale. On les dépouille de la plus grande partie de leurs vêtements. Ensuite les soldats leur attachent les mains devant la poitrine, leur passent sous les bras de longs bâtons, leur enfoncent deux flèches de haut en bas à travers les oreilles, leur jettent de l’eau au visage et y mélangent de la chaux. Six d’entre eux saisissent alors les bâtons, conduisent les victimes trois fois autour de la place pour les livrer aux dérisions de la population. Un soldat hisse un drapeau au sommet d’un mât ; un autre lit la sentence de mort avec tous les considérants. Le chef ordonne aux condamnés de se mettre à genoux. Chacun des martyrs est attaché à un poteau distinct. Immédiatement, une dizaine de soldats courent autour des victimes et chacun, en passant, les frappe de son sabre. Le Père MAUBANT reste immobile jusqu’au coup mortel. Un des soldats prend les trois têtes, les pose sur un plateau et les présente au général.

Les trois cadavres demeurèrent exposés durant trois jours et furent ensevelis dans le sable, sur la rive du fleuve. Vingt jours plus tard des chrétiens courageux les déposèrent dans un grand coffre et les inhumèrent sur le mont NO-KOU où ils demeurèrent plusieurs années. En 1843 les précieux restes furent portés sur la montagne des « Trois Saints », à quinze lieues de SEOUL. La crypte de la Cathédrale de cette ville les abrite aujourd’hui.

L’auteur de l’Histoire de l’Eglise de COREE a raconté peu de choses sur les interrogatoires et les souffrances des ouvriers apostoliques. Depuis la découverte et la traduction de documents officiels par Monseigneur MUTEL, nous sommes mieux renseignés ; nous nous faisons un devoir de citer les principaux passages de ces pièces si importantes.

Le Journal de la Cour, sous la date du 12 septembre, a rapporté une partie des paroles du Père MAUBANT. Les voici :

« D’origine, je suis Européen ; dans l’hiver de l’année 1835, désirant prêcher la doctrine dans les pays éloignés, je n’ai reculé devant des dix milliers de lys pour venir en COREE. Au commencement j’ai habité à la capitale dans la maison de Tyeng-ha-syang, puis j’ai voyagé à la capitale et en province, en je ne sais combien d’endroits. En principe, la religion perverse (1) a pour règle de ne point tromper et de se rendre profitable à autrui ; c’est pourquoi, si, en déclarant ceux qui m’ont servi de guides, il doit leur en survenir du dommage, je n’en dirai rien ; cela aussi est un précepte grave, car en ne se gardant pas de nuire à autrui, on s’attire du dommage à soi-même ; aussi, dussé-je en mourir, je ne vous en dirai rien.

Des adeptes faits en prêchant la doctrine il n’y a pas d’endroit où je n’en aie eu ; mais, quant à leurs noms et prénoms et à leurs domiciles je ne m’en souviens plus exactement. De même, pour les montagnes et les cours d’eau, les routes, je ne les ai pas retenus ; quant à indiquer telle région ou à désigner tel village, je ne le puis. Pour ce qui est de mon envoi ici, personne n’en a eu l’initiative, mais de la Mission catholique on a envoyé de l’argent à la maison de l’interprète nommé Ryou, et je m’en suis servi pour me procurer des habits. Je vois maintenant que le nommé Tjyo a déclaré lui même qu’il est venu avec moi, je n’ai rien à dire pour m’en disculper… ».

Quoique les dépositions faites le même jour par le Père CHASTAN soient, pour une part, analogues à celle du Père MAUBANT, il est de notre devoir de les enregistrer avec le respect que l’on a pour les paroles des mourants, et plus encore ici, puisque ces paroles sont d’héroïques professions de foi et que ces mourants sont des témoins de Jésus-Christ.

Le criminel Tjyeng Jacobus a déposé ainsi :

« Je suis un européen et pour répandre largement la religion brillante, n’ayant pas reculé devant des distances de dix milliers de lys, je suis à la vérité venu en COREE à la Xie lune de l’année 1836. J’ai reçu l’hospitalité dans la maison de Tyeng-ha-syang ; quand je suis venu en Chine, c’est par voie de mer, et je me suis rendu à la Mission catholique ; venu à Eui-tjyou et à la Porte de la barrière des pieux, c’est par voie de terre que j’ai fait le voyage ; quant à ceux qui m’ont servi de guides, si je les déclarais franchement, non seulement ces hommes-là en subiraient du dommage, mais moi-même je n’éviterais pas d’en souffrir du tort ; or les préceptes des dix commandements, il n’est pas permis de les enfreindre. Chaque année, j’ai fait des voyages dans le Kyeng-keui-to et le Tchyoung-tchyeng-to et j’ai prêché et administré les chrétiens je ne sais combien ; les visages diffèrent tous et leurs noms et prénoms, je ne les ai pas retenus. De la Mission Catholique on a envoyé de l’argent à la maison de l’interprète nommé Ryou, aussi m’en suis-je servi pour mon usage ; quant aux vêtements et à la nourriture, j’en ai été généralement entretenu par les dons des chrétiens. Et puisque Tyo-sa-tchyel a déclaré de lui-même qu’il est venu avec moi, je n’ai pas à m’en disculper ».

Les paroles de l’évêque sont beaucoup plus brèves ; mais une partie, peut être la principale, a dû être consignée dans un volume qui n’a pas été retrouvé.  Voici celle que nous connaissons :

« Le criminel Pern-syei-hyeng a déposé ainsi : ce que j’ai à dire se trouve déjà clairement exprimé dans les précédentes dépositions ; bien que, avec Ra et Tjyeng, nous ayant séjourné ou nous nous soyons rencontrés dans la maison de Tyeng comme je suis évêque, naturellement j’ai donné beaucoup de confirmations et de baptêmes  mais, qu’à la figure je reconnaisse les chrétiens, je ne me rappelle ni leurs noms ni leurs prénoms .

Les interrogatoires suivants des catholiques, ce n’est pas qu’ils  soient très nombreux, et non seulement il m’est difficile de me souvenir de leurs noms et prénoms, mais lorsque, pour sauver les âmes de la multitude, nous n’avons pas reculé devant une distance de dix milliers de lys, pour venir ici, maintenant dénoncer directement ces gens et faire chose qui leur nuise, dussions-nous mourir, nous ne le ferons pas en enfreignant les dix commandements. Quand le glaive et la scie seraient devant nous et que nos corps seraient réduits en miettes, nous ne pourrions rien dire ».

Après cette séance, ordre fut donné de transférer les accusés au tribunal des criminels d’Etat et de constituer une Haute Cour pour les européens Pem-syei-hyeng et consorts, afin de les examiner sévèrement.

Les missionnaires comparurent devant ces nouveaux juges qui sans doute leur posèrent les mêmes questions que les premiers. A cette date du 13 septembre,, les Annales du Grand Conseil portent cette mention :

« Les criminels Pem-syei-hyeng, (Monseigneur IMBERT), de nouveau interrogé a été mis à la question une fois, la bastonnade a été arrêtée après le 9ème tour ; Ra Petrus (le P. MAUBANT), de nouveau interrogé a été mis à la question une fois, la bastonnade a été arrêtée après le 10ème tour ; Tjyeng Jacobus (le Père CHASTAN) de nouveau interrogé a été mis à la question une fois, la bastonnade a été arrêtée après le 13ème tour ».

Le 16 septembre eut lieu un autre interrogatoire accompagné de coups de bâton ; l’évêque en reçut 5, MAUBANT 13 et CHASTAN 11.

Dans la comparution du 19 septembre, chacun des accusés reçut  5 coups de bâton.

Enfin, le 21 septembre, tous les trois furent condamnés à mort et décapités. Voici les documents officiels qui enregistrent ce double fait :
Mgr Kim en 1984
à droite Cardinal Kim avec le Pape Jean Paul II en 1984

Le premier est extrait des Annales du Grand Conseil :

«VIIIème lune, 14ème jour (21 septembre 1839)

Kim-tjoa-Keun, comme président de la Haute Cour criminelle, expose ce qui suit :

Exécutant avec révérence l’ordre donné au Ministre que les criminels Pem-syei-hyeng, Ra Petrus et Tjyeng Jacobus, soient ensemble exécutés par la justice miliaire, avec suspension de la tête, pour servir de leçon à la multitude, j’ai l’honneur d’informer Sa Majesté qu’ils ont été remis au Quartier Général de la Garde Royale.

Réponse : Entendu

Le  Quartier Général de la Garde expose verbalement ce qui suit :

« Les criminels Pem-syei-hyeng, Ra Petrus et Tjyeng Jacobus doivent être exécutés militairement avec suspension de la tête : or, après la nuit tombée ou avant qu’il ne soit jour, la loi porte qu’on ne doit pas faire d’exécution et voici qu’il est nuit noire : je demande humblement que l’exécution soit remise à demain matin.

Réponse : Entendu

Cette demande de remettre l’exécution au lendemain fut-elle ou non pris en considération ? Quelques uns se sont posé la question. Si on la
résolvait par l’affirmative, il faudrait conclure que Monseigneur IMBERT et ses deux prêtres furent décapités le 22 septembre. Jusqu’à présent on a toujours pensé, dit et écrit que leur martyre avait eu lieu le 21. C’est à cette date que le placent le Journal de la Cour et les Annales du Règne de Hen Tjong. De plus, le texte même des Annales du Grand Conseil semble confirmer le fait, puisque immédiatement après la demande du Quartier Général elles ajoutent :

« Kim-tjoa-Keun expose ce qui suit :

« Le général chargé de la garde de Seoul, Ri-oan-sik, se rend immédiatement à No-ryang pour l’exécution militaire des criminels de religion perverse ; je demande humblement s’il doit prendre aussi avec lui le brevet du préfet de police de gauche, ainsi que sa tablesse de général et le mandat des deux préfets de police.

Réponse : « Selon l’usage, qu’il les prenne à l’aller et au retour »

Comme les grands criminels, l’évêque et ses prêtres furent mis à mort avec le cérémonial extraordinaire appelé koun-moun-hyoi-syou. En pareil cas, le lieu du supplice n’est plus en dehors de la petite porte de l’ouest mais dans un endroit plus éloigné nommé Sai-nam-hte ou encore No-ryang ou No-tol du nom du village qui se trouve non loin de là sur les bords du fleuve Hen à cinq kilomètres environ de SEOUL.

 Les condamnés, les mains liées derrière le dos, montèrent dans d’étroites chaises à porteurs, et entourés d’une centaine de soldats en armes, ils furent conduits au supplice.

  Une foule nombreuse s’était-elle massée sur leur passage ? Les suivit-elle jusqu’à Sai-nam-hte ? Que disait-elle ? Que pensait-elle ? Aucun annaliste coréen ne nous l’a raconté.

 L’exécution était présidée par un général commandant à la capitale. Les apôtres sont dépouillés de leurs vêtements excepté de leur pantalon. Ensuite, les soldats leur attachent les mains devant la poitrine, leur passent sous les bras de longs bâtons, leur enfoncent deux flèches de haut en bas à travers les oreilles, leur jettent de l’eau au visage qu’ils saupoudrent ensuite d’une poignée de chaux. Six d’entre eux saisissent les bâtons, conduisent les martyrs trois fois autour de la place, pour les livrer aux dérisions et aux grossières moqueries de la foule. Un soldat hisse un drapeau au sommet d’un mât, un autre lit la sentence de mort avec tous les considérants. Le chef ordonne aux condamnés de se mettre à genoux. Immédiatement une dizaine de soldats courent autour des victimes et chacun, en passant, les frappe de son sabre.
Exécution en 1839
l'exécution en 1839
Le Père CHASTAN reçoit un premier coup qui lui effleure légèrement l’épaule, il se relève instinctivement et aussitôt retombe à genoux.  Monseigneur IMBERT et le Père MAUBANT restent immobiles jusqu’au coup mortel. Un des soldats prend les têtes qui roulent sur le sol, les pose sur un plateau et les présente au général. La justice païenne était satisfaite, et les fondements de l’Eglise de COREE inébranlables, puisque le sang des premiers apôtres en cimentait les pierres.



E-mail : paroisse.pmaubant@libertysurf.fr

Eglise de Corée


(1) « Religion perverse ». Il n’est pas possible que le Père MAUBANT se soit servi de cette expression injurieuse. Mais les scribes n’y regardent pas de si près. Il en va de même pour des expressions semblables qu’on met parfois dans la bouche des accusés, surtout dans les sentences de mort ». (Note de Monseigneur MUTEL)