Paroisse St Pierre Maubant Vassy
CHAPITRE VI
LA PERSECUTION
SEPTEMBRE 1839
Dans les premiers temps de son séjour en COREE, le Père
MAUBANT s’était d’abord montré optimiste. La paix
régnait et, moyennant certaines précautions, les
missionnaires pouvaient accomplir leur ministère. La
persécution terrible de 1801, où 300 chrétiens et
chrétiennes avaient subi le martyre paraissait loin. Le 4 avril
1836 le Père MAUBANT avait écrit à ses très
chers confrères des Missions Etrangères :
«
Rendons grâce
à Dieu. Les obstacles humainement insurmontables, que des
relations inexactes nous avaient fait imaginer, ont enfin disparu et
fait place à la vérité. Tant que la divine
Providence maintiendra la paix qui règne aujourd’hui en CHINE et
en COREE, j’espère que l’on pourra y introduire autant de
missionnaires européens que le demanderont les besoins de
la Sainte Religion. J’espère aussi qu’ils ne seront pas
obligés comme feu mon très cher Seigneur de CAPSE
d’arpenter la CHINE et la TARTARIE de long en large, ou comme notre
confrère CHASTAN de rétrograder de plusieurs centaines de
lieues ».
Quelques mois après, certains faits enlevaient au
Père MAUBANT un peu de son assurance. Le 9 décembre
il écrit :
«
Cette année, dans
deux provinces, deux fantômes de catéchistes ont
livré entre les mains des satellites trois chrétiennes et
cinq catéchumènes. Le persécuteur leur demanda qui
leur avait enseigné la doctrine chrétienne. J’avais
confessé les trois chrétiennes. Si elles avaient
découvert toute la vérité, je serais
peut-être déjà avec le bon Dieu dans son paradis,
mais il faut espérer que ce qui est différé n’est
pas perdu ».
Enfin le 3 décembre 1838, il écrit aux procureurs des
missions françaises à MACAO cette lettre curieuse :
«
Le diable, non content
des désastres qu’il fait par les païens ses ministres, a
tenté cette année de saisir toutes les âmes
coréennes. Quelque temps après Pâques, risque
à en voir quelques unes se sauver plus tôt qu’elles ne le
feront, il a apparu à satiété à une
quarantaine ou cinquantaine de chrétiens, tantôt sous la
figure de deux enfants et d’une colombe qui se disaient La Sainte
Trinité, tantôt sous la figure de votre
serviteur ». Il ajoute : « Sur une centaine
de chrétiens arrêtés, je n’ose dire le nombre des
fidèles… Et l’on m’avait donné à croire qu’il n’y
avait pas d’apostats en COREE ! Rougissez-en avec nous et
redoublez vos prières… Priez pour la misérable des
missions, la mission de COREE, et pour moi ».
Les causes de la persécution de 1839 sont assez nombreuses. De
vieilles rancunes grondaient depuis longtemps contre les
chrétiens. Tenus à une extrême prudence, ceux-ci
avaient le tort de se réunir en trop grand nombre. Enfin, il y
avait des traîtres, et c’était inévitable.
Par malheur aussi, le premier ministre démissionna et fut
remplacé par un ennemi farouche du catholicisme. Le 19 avril,
sur le rapport de certains mandarins et avec l’approbation de la
régente, ce dernier promulgua un édit des plus
terribles ; j’y glane des aménités :
«
Tous ces gens (il
s’agit des chrétiens) sont ensorcelés jusqu’à la
mort. Cette engeance qui ne reconnaît ni père ni souverain
n’est même pas à comparer aux sauvages ou aux animaux.
Aimer la vie, redouter la mort, est un sentiment commun à
l’humanité ; mais pour eux, il n’en va pas ainsi : le
glaive ou les entraves, ils s’y livrent, comme on va à un lieu
de plaisance. Leur clique abominable, leur triste engeance s’associe si
bien en se cachant, qu’on ne peut savoir le nombre de leurs repaires…
Aujourd’hui la situation est telle qu’il faut redoubler
d’activité pour enquêter, interroger et sévir, tuer
au besoin pour assurer la vie… Comme le ministre des crimes n’a pas
encore sa commission, il faut donner ordre au Grand Conseil de le faire
appeler pour lui recommander de tenir séance, même les
jours fériés, de faire des interrogatoires à
fond ; s’il en est qui jusqu’à la fin persistent dans
leur erreur, qu’on les exécute sans attendre… ».
La régente ajouta un long et moins redoutable
réquisitoire. Entre autres menaces elle spécifiait :
« Si donc on ne les recherche partout, pour les punir
à fond et les détruire jusqu’au dernier, non seulement
notre royaume ne sera plus un royaume, mais le genre humain risque
d’être anéanti ».
L’heure était donc très grave et il y avait tout
à craindre. Dès le 21 mai, un Coréen mourut pour
sa foi. Le 24 du même mois, neuf autres furent
décapités. Du 26 au 29, un chrétien et deux
chrétiennes, succombèrent aux mauvais traitements. En
juillet, redoublement de persécution : huit martyr. Enfin,
au début de septembre huit autres confesseurs de la foi
payèrent de leur vie leur constance et leur
fidélité. Le récit de toutes ces morts est sublime
et profondément émotionnant.
En ces journées tragiques, l’évêque et ses deux
missionnaires continuaient leur ministère. Seulement ils se
tenaient cachés le plus possible, loin des grandes
agglomérations. C’était en somme la meilleure tactique,
à la fois pour ne point abandonner leur héroïque
troupeau, et pour apaiser peut-être les persécuteurs.
Malheureusement la trahison veillait. Les apostats
dénoncèrent leur cachette et la régente donna
l’ordre des les arrêter avec grosse récompense à
l’appui. La naïveté de certains chrétiens compromit
une fuite éventuelle. Le 11 août, Monseigneur IMBERT fut
arrêté et garrotté de la corde rouge
réservée aux criminels d’Etat, il fut conduit dans les
prisons de SEOUL.
Nous avons une avant dernière lettre du Père MAUBANT
écrite dans le calme et l’enthousiasme de ces terribles heures.
Il y rappelle que
plusieurs jours auparavant, il s’est offert à son
évêque pour rester seul en COREE. Il a cru que
c’était à son devoir à lui « le premier
et le plus misérable d’entre les pécheurs, plein de
regret de ne pas avoir dignement correspondu au bienfait de la
miséricordieuse et divine Providence ». Monseigneur
en a décidé autrement. Il ajoute : «
Les chrétiens ont été
arrêtés et transférés en prison. Quelle
douce et sainte société ! Dans douze jours environ
j’aurai le bonheur, j’espère, d’entrer dans cette route certaine
et raccourcie qui conduit à la société de Dieu,
des Anges et des Saints. Monseigneur y est déjà depuis
vingt deux jours. Malgré persécutions et arrestations,
nous avons vécu, avec et entre tout cela, jusqu’à ce jour
de septembre et je ne désespérerais pas d’y vivre encore
plus longtemps, si N.S.J.C., par l’organe de Monseigneur IMBERT son
vicaire sur cette terre, ne nous appelait dans la voie certaine du
salut et du ciel, par les prisons et les tourments des ministres de
Satan en COREE ».
tableau de la canonisation des martyrs
de Corée
De fait, Monseigneur IMBERT, voyant dans ce geste le meilleur moyen
d’apaiser la persécution, invita ses missionnaires
à se livrer eux-mêmes, par ce fameux billet
écrit de sa prison, et qu’on ne peut lire sans
frémissement : «
In extremis, bonus pastor dat vitam pro
ovibus ; unde, si noudum projecti estis par cymbam, venite cum
proefecto Son Kie tsong, sed nullus christianus vos sequatur Imbert,
Episcopus Capsensis. Dans les cas extrêmes le bon pasteur
donne sa vie pour ses brebis ; si donc vous n’êtes pas
encore partis en barque, venez avec l’officier Son Kie-Tsong, mais
qu’aucun chrétien ne vous suive ». IMBERT,
évêque de CAPSE.
Les deux missionnaires, espérant, comme leur
évêque, que le sacrifice très spontané de
leur vie mettrait fin aux malheurs de l’église de COREE,
obéirent immédiatement et se livrèrent…
L’héroïsme de ce dévouement a-t-il jamais
été surpassé ? ». Il faut
s’incliner bien bas devant de telles abnégations.
La lettre d’adieu du Père CHASTAN à sa famille est
très belle, celle du Père MAUBANT ne l’est pas moins.
courriers Pierre Maubant Elle est
adressée collectivement à « son bien
cher curé, à ses parents, à ses amis et à
ses confrères. Elle est longue et relate la récente
persécution. J’y cueille ces quelques mots :
«
J’ai reçu en mai
dernier votre lettre du 22 août 1837 ; je vous remercie de
m’avoir envoyé les nouvelles qu’elle renfermait ; j’aurais
désiré qu’elles eussent été plus longues.
S’il y avait lieu à un avenir ici-bas pour nous, vous
répareriez le déficit par une lettre longue et pleine de
nouvelles ecclésiastiques et attenantes mais notre avenir
paraît tellement abrégé que je n’aurai pas le
plaisir de goûter ces nouvelles… Pour éviter les maux qui
pourraient retomber sur nos chers chrétiens et
conformément à l’avis de notre cher pasteur
évêque dans les fers, nous partons aujourd’hui vendredi 7
septembre, mon cher confrère M. CHASTAN et moi, pour aller
partager ses peines et grâce à Dieu ses mérites. Messieurs et
très chers confrères, parents et amis qui
connaîtrez cette lettre, recevez nos adieux et n’oubliez pas
devant le Seigneur cette pauvre mission pour laquelle nous allons
verser notre sang. Votre humble serviteur ; Père Pierre
MAUBANT ».
Les deux missionnaires avaient déjà écrit une
lettre personnelle à leurs chrétiens respectifs, puis une
lettre collective. Ces ultima verba seraient à citer
entièrement, et pourtant, dans le domaine du sublime
lui-même, il faut savoir se borner. Contentons nous de quelques
phrases :
«
Aujourd’hui 6 septembre,
est arrivé un second ordre de Monseigneur de nous
présenter au martyr. Nous avons la consolation de partir
après avoir célébré une dernière
fois le Saint Sacrifice. Qu’il est consolant de pouvoir dire avec Saint
Grégoire : Unum ad malman iter, pro Christo mortem
appeto : Il n’est pour moi qu’un chemin vers la palme, je
désira la mort pour le Christ. Si nous avons le bonheur
d’obtenir cette belle palme que dicitur suavis ad gustum : que
l’on dit suave au goût, umbrosa ad requiem : ombreuse pour
le repos, honorabilis ad triumphum :honorable pour le triomphe,
rendez-vous pour nous mille actions de grâces à la divine
bonté…
Si quelque chose pouvait diminuer la
joie que nous éprouvons à ce moment du départ, ce
serait de quitter ces fervents néophytes que nous avons eu le
bonheur d’administrer pendant trois ans, et qui nous aiment comme les
Galates aimaient Saint Paul. Mais nous allons à une trop grande
fête, pour qu’il soit permis de laisser entrer dans nos cœurs des
sentiments de tristesse. Agréez nos humbles adieux Jacques
Honoré CHASTAN. Pierre Philibert MAUBANT ».
Comme on baise les pages du Saint Evangile, j’ai approché
respectueusement mes lèvres de ces lettres ; elles sont le
testament de trois martyrs.
André
Kim premier prêtre coréen
exécuté
en 1846
Immédiatement après leur arrestation, les deux
missionnaires furent conduits à SEOUL dans la prison de
Monseigneur IMBERT. Dès le lendemain, ils comparaissaient devant
le tribunal. Ils eurent à subir de nombreux interrogatoires. Les
archives officielles de la Cour récemment
découvertes nous montrent qu’il répondirent avec noblesse
et fermeté à toutes ces questions. On les presse de
dénoncer les chrétiens. L’évêque
répond : « Quand le glaive et la scie seraient
devant nous et que nos corps seraient réduits en miettes, nous
ne pourrions rien dire ».
On les traduit alors devant une sorte de Haute Cour, et on les soumet
au supplice de la question. La bastonnade leur est infligée
à trois reprises et ils sont condamnés à mort.
C’est le 21 septembre au soir. On les conduit sur les bords du fleuve
Han à cinq kilomètres de SEOUL. Une centaine de soldats
font bonne garde ; l’exécution est présidée
par un général commandant à la capitale. On les
dépouille de la plus grande partie de leurs vêtements.
Ensuite les soldats leur attachent les mains devant la poitrine, leur
passent sous les bras de longs bâtons, leur enfoncent deux
flèches de haut en bas à travers les oreilles, leur
jettent de l’eau au visage et y mélangent de la chaux. Six
d’entre eux saisissent alors les bâtons, conduisent les victimes
trois fois autour de la place pour les livrer aux dérisions de
la population. Un soldat hisse un drapeau au sommet d’un
mât ; un autre lit la sentence de mort avec tous les
considérants. Le chef ordonne aux condamnés de se mettre
à genoux. Chacun des martyrs est attaché à un
poteau distinct. Immédiatement, une dizaine de soldats courent
autour des victimes et chacun, en passant, les frappe de son sabre. Le
Père MAUBANT reste immobile jusqu’au coup mortel. Un des soldats
prend les trois têtes, les pose sur un plateau et les
présente au général.
Les trois cadavres demeurèrent exposés durant trois jours
et furent ensevelis dans le sable, sur la rive du fleuve. Vingt jours
plus tard des chrétiens courageux les déposèrent
dans un grand coffre et les inhumèrent sur le mont NO-KOU
où ils demeurèrent plusieurs années. En 1843 les
précieux restes furent portés sur la montagne des
« Trois Saints », à quinze lieues de
SEOUL. La crypte de la Cathédrale de cette ville les abrite
aujourd’hui.
L’auteur de l’Histoire de l’Eglise de COREE a raconté peu de
choses sur les interrogatoires et les souffrances des ouvriers
apostoliques. Depuis la découverte et la traduction de documents
officiels par Monseigneur MUTEL, nous sommes mieux
renseignés ; nous nous faisons un devoir de citer les
principaux passages de ces pièces si importantes.
Le Journal de la Cour, sous la date du 12 septembre, a rapporté
une partie des paroles du Père MAUBANT. Les voici :
«
D’origine, je suis
Européen ; dans l’hiver de l’année 1835,
désirant prêcher la doctrine dans les pays
éloignés, je n’ai reculé devant des dix milliers
de lys pour venir en COREE. Au commencement j’ai habité à
la capitale dans la maison de Tyeng-ha-syang, puis j’ai voyagé
à la capitale et en province, en je ne sais combien d’endroits.
En principe, la religion perverse (1) a pour règle de ne point
tromper et de se rendre profitable à autrui ; c’est
pourquoi, si, en déclarant ceux qui m’ont servi de guides, il
doit leur en survenir du dommage, je n’en dirai rien ; cela aussi
est un précepte grave, car en ne se gardant pas de nuire
à autrui, on s’attire du dommage à soi-même ;
aussi, dussé-je en mourir, je ne vous en dirai rien.
Des adeptes faits en prêchant
la doctrine il n’y a pas d’endroit où je n’en aie eu ;
mais, quant à leurs noms et prénoms et à leurs
domiciles je ne m’en souviens plus exactement. De même, pour les
montagnes et les cours d’eau, les routes, je ne les ai pas
retenus ; quant à indiquer telle région ou à
désigner tel village, je ne le puis. Pour ce qui est de mon
envoi ici, personne n’en a eu l’initiative, mais de la Mission
catholique on a envoyé de l’argent à la maison de
l’interprète nommé Ryou, et je m’en suis servi pour me
procurer des habits. Je vois maintenant que le nommé Tjyo a
déclaré lui même qu’il est venu avec moi, je n’ai
rien à dire pour m’en disculper… ».
Quoique les dépositions faites le même jour par le
Père CHASTAN soient, pour une part, analogues à celle du
Père MAUBANT, il est de notre devoir de les enregistrer avec le
respect que l’on a pour les paroles des mourants, et plus encore ici,
puisque ces paroles sont d’héroïques professions de foi et
que ces mourants sont des témoins de Jésus-Christ.
Le criminel Tjyeng Jacobus a déposé ainsi :
«
Je suis un
européen et pour répandre largement la religion
brillante, n’ayant pas reculé devant des distances de dix
milliers de lys, je suis à la vérité venu en COREE
à la Xie lune de l’année 1836. J’ai reçu
l’hospitalité dans la maison de Tyeng-ha-syang ; quand je
suis venu en Chine, c’est par voie de mer, et je me suis rendu à
la Mission catholique ; venu à Eui-tjyou et à la
Porte de la barrière des pieux, c’est par voie de terre que j’ai
fait le voyage ; quant à ceux qui m’ont servi de guides, si
je les déclarais franchement, non seulement ces hommes-là
en subiraient du dommage, mais moi-même je n’éviterais pas
d’en souffrir du tort ; or les préceptes des dix
commandements, il n’est pas permis de les enfreindre. Chaque
année, j’ai fait des voyages dans le Kyeng-keui-to et le
Tchyoung-tchyeng-to et j’ai prêché et administré
les chrétiens je ne sais combien ; les visages
diffèrent tous et leurs noms et prénoms, je ne les ai pas
retenus. De la Mission Catholique on a envoyé de l’argent
à la maison de l’interprète nommé Ryou, aussi m’en
suis-je servi pour mon usage ; quant aux vêtements et
à la nourriture, j’en ai été
généralement entretenu par les dons des chrétiens.
Et puisque Tyo-sa-tchyel a déclaré de lui-même
qu’il est venu avec moi, je n’ai pas à m’en disculper ».
Les paroles de l’évêque sont beaucoup plus
brèves ; mais une partie, peut être la principale, a
dû être consignée dans un volume qui n’a pas
été retrouvé. Voici celle que nous
connaissons :
«
Le criminel
Pern-syei-hyeng a déposé ainsi : ce que j’ai
à dire se trouve déjà clairement exprimé
dans les précédentes dépositions ; bien que,
avec Ra et Tjyeng, nous ayant séjourné ou nous nous
soyons rencontrés dans la maison de Tyeng comme je suis
évêque, naturellement j’ai donné beaucoup de
confirmations et de baptêmes mais, qu’à la figure je
reconnaisse les chrétiens, je ne me rappelle ni leurs noms ni
leurs prénoms .
Les interrogatoires suivants des
catholiques, ce n’est pas qu’ils soient très nombreux, et
non seulement il m’est difficile de me souvenir de leurs noms et
prénoms, mais lorsque, pour sauver les âmes de la
multitude, nous n’avons pas reculé devant une distance de dix
milliers de lys, pour venir ici, maintenant dénoncer directement
ces gens et faire chose qui leur nuise, dussions-nous mourir, nous ne
le ferons pas en enfreignant les dix commandements. Quand le glaive et
la scie seraient devant nous et que nos corps seraient réduits
en miettes, nous ne pourrions rien dire ».
Après cette séance, ordre fut donné de
transférer les accusés au tribunal des criminels d’Etat
et de constituer une Haute Cour pour les européens
Pem-syei-hyeng et consorts, afin de les examiner
sévèrement.
Les missionnaires comparurent devant ces nouveaux juges qui sans doute
leur posèrent les mêmes questions que les premiers. A
cette date du 13 septembre,, les Annales du Grand Conseil portent cette
mention :
«
Les criminels
Pem-syei-hyeng, (Monseigneur IMBERT), de nouveau interrogé a
été mis à la question une fois, la bastonnade a
été arrêtée après le 9ème
tour ; Ra Petrus (le P. MAUBANT), de nouveau interrogé a
été mis à la question une fois, la bastonnade a
été arrêtée après le 10ème
tour ; Tjyeng Jacobus (le Père CHASTAN) de nouveau
interrogé a été mis à la question une fois,
la bastonnade a été arrêtée après le
13ème tour ».
Le 16 septembre eut lieu un autre interrogatoire accompagné de
coups de bâton ; l’évêque en reçut 5,
MAUBANT 13 et CHASTAN 11.
Dans la comparution du 19 septembre, chacun des accusés
reçut 5 coups de bâton.
Enfin, le 21 septembre, tous les trois furent condamnés à
mort et décapités. Voici les documents officiels qui
enregistrent ce double fait :
à droite Cardinal Kim avec le Pape Jean Paul II en 1984
Le premier est extrait des Annales du Grand Conseil :
«VIIIème lune, 14ème jour (21 septembre 1839)
Kim-tjoa-Keun, comme président de la Haute Cour criminelle,
expose ce qui suit :
Exécutant avec révérence l’ordre donné au
Ministre que les criminels Pem-syei-hyeng, Ra Petrus et Tjyeng Jacobus,
soient ensemble exécutés par la justice miliaire, avec
suspension de la tête, pour servir de leçon à la
multitude, j’ai l’honneur d’informer Sa Majesté qu’ils ont
été remis au Quartier Général de la Garde
Royale.
Réponse : Entendu
Le Quartier Général de la Garde expose verbalement
ce qui suit :
« Les criminels Pem-syei-hyeng, Ra Petrus et Tjyeng Jacobus
doivent être exécutés militairement avec suspension
de la tête : or, après la nuit tombée ou avant
qu’il ne soit jour, la loi porte qu’on ne doit pas faire
d’exécution et voici qu’il est nuit noire : je demande
humblement que l’exécution soit remise à demain matin.
Réponse : Entendu
Cette demande de remettre l’exécution au lendemain fut-elle ou
non pris en considération ? Quelques uns se sont
posé la question. Si on la
résolvait par l’affirmative, il faudrait conclure que
Monseigneur IMBERT et ses deux prêtres furent
décapités le 22 septembre. Jusqu’à présent
on a toujours pensé, dit et écrit que leur martyre avait
eu lieu le 21. C’est à cette date que le placent le Journal de
la Cour et les Annales du Règne de Hen Tjong. De plus, le texte
même des Annales du Grand Conseil semble confirmer le fait,
puisque immédiatement après la demande du Quartier
Général elles ajoutent :
« Kim-tjoa-Keun expose ce qui suit :
« Le général chargé de la garde de
Seoul, Ri-oan-sik, se rend immédiatement à No-ryang pour
l’exécution militaire des criminels de religion perverse ;
je demande humblement s’il doit prendre aussi avec lui le brevet du
préfet de police de gauche, ainsi que sa tablesse de
général et le mandat des deux préfets de police.
Réponse : « Selon l’usage, qu’il les prenne
à l’aller et au retour »
Comme les grands criminels, l’évêque et ses prêtres
furent mis à mort avec le cérémonial
extraordinaire appelé koun-moun-hyoi-syou. En pareil cas, le
lieu du supplice n’est plus en dehors de la petite porte de l’ouest
mais dans un endroit plus éloigné nommé
Sai-nam-hte ou encore No-ryang ou No-tol du nom du village qui se
trouve non loin de là sur les bords du fleuve Hen à cinq
kilomètres environ de SEOUL.
Les condamnés, les mains liées derrière le
dos, montèrent dans d’étroites chaises à porteurs,
et entourés d’une centaine de soldats en armes, ils furent
conduits au supplice.
Une foule nombreuse s’était-elle massée sur leur
passage ? Les suivit-elle jusqu’à Sai-nam-hte ? Que
disait-elle ? Que pensait-elle ? Aucun annaliste
coréen ne nous l’a raconté.
L’exécution était présidée par un
général commandant à la capitale. Les
apôtres sont dépouillés de leurs vêtements
excepté de leur pantalon. Ensuite, les soldats leur attachent
les mains devant la poitrine, leur passent sous les bras de longs
bâtons, leur enfoncent deux flèches de haut en bas
à travers les oreilles, leur jettent de l’eau au visage qu’ils
saupoudrent ensuite d’une poignée de chaux. Six d’entre eux
saisissent les bâtons, conduisent les martyrs trois fois autour
de la place, pour les livrer aux dérisions et aux
grossières moqueries de la foule. Un soldat hisse un drapeau au
sommet d’un mât, un autre lit la sentence de mort avec tous les
considérants. Le chef ordonne aux condamnés de se mettre
à genoux. Immédiatement une dizaine de soldats courent
autour des victimes et chacun, en passant, les frappe de son sabre.
l'exécution en 1839
Le Père CHASTAN reçoit un premier coup qui lui effleure
légèrement l’épaule, il se relève
instinctivement et aussitôt retombe à genoux.
Monseigneur IMBERT et le Père MAUBANT restent immobiles jusqu’au
coup mortel. Un des soldats prend les têtes qui roulent sur le
sol, les pose sur un plateau et les présente au
général. La justice païenne était satisfaite,
et les fondements de l’Eglise de COREE inébranlables, puisque le
sang des premiers apôtres en cimentait les pierres.
E-mail : paroisse.pmaubant@libertysurf.fr
(1) « Religion perverse ». Il n’est pas
possible
que le Père MAUBANT se
soit servi de cette expression injurieuse. Mais les scribes n’y
regardent pas de si près. Il en va de même pour des
expressions
semblables qu’on met parfois dans la bouche des accusés, surtout
dans
les sentences de mort ». (Note de Monseigneur MUTEL)