Canonisation de 103 martyrs de Corée
par Jean Paul II


L’année 1984 fut marquée par des évènements importants en Eglise et plus spécialement pour notre Diocèse de BAYEUX-LISIEUX :
La canonisation de 10 pères français des Missions Etrangères de Paris dont Pierre MAUBANT et  93 martyrs laïcs coréens, la 1ère canonisation hors de ROME,
Des manifestations dans le diocèse pour fêter le nouveau SAINT, Pierre Philibert MAUBANT, né le 20 septembre 1803 à VASSY.

I – Canonisation de Pierre MAUBANT le 6 mai 1984 à SÈOUL, capitale de la Corée du Sud.

Près d’un million de fidèles s’était rassemblé sur la place Yoido à SEOUL arborant le drapeau pontifical et coréen pour acclamer Jean-Paul II et leurs martyrs.
Le Cardinal KIM, archevêque de SEOUL, ouvrait la cérémonie par la présentation au Pape de son peuple et la demande de canonisation de 103 saints :
47 femmes et jeunes filles,
46 hommes
10 pères missionnaires français dont Jacques CHASTAN, Laurent IMBERT et Pierre MAUBANT, décapités le 21 septembre 1839
Jean Paul II et Mgr Kim
Jean Paul II et Mgr Kim évêque de Séoul 1984

Jean-Paul II déclarait alors :
 «Comment ne pas évoquer avec une vive gratitude et admiration les missionnaires français des Missions Etrangères de Paris, venus de loin apporter à cette Eglise naissante leur zèle évangélique pour approfondir la foi et la grâce de leur ministère épiscopal et sacerdotal, qui seul donne à la communauté sa structure ecclésiale en unissant les fidèles au Christ Tête et en les situant dans l’Eglise universelle… Avec leurs évêques ils se dépensèrent jour et nuit pour la cause de l’Evangile, en fortifiant la foi au temps de la persécution et en cherchant même à éveiller des vocations sacerdotales dans le pays, et ils acceptèrent le sacrifice de leur vie pour le Christ ».
 
Suivit le discours de Monseigneur BADRÈ, Evêque de BAYEUX,
« Si aujourd’hui 280 pèlerins français sont présents avec les chrétiens de COREE, c’est pour rendre grâces, au nom de l’épiscopat français pour la leçon que nous devons tirer de cet échange entre Eglises situées aux antipodes par la géographie, mais fraternellement liées par les martyrs français et coréens unis dans le témoignage de leur foi et de leur élan missionnaire ».
« Le Congrès missionnaire de LISIEUX qui a eu lieu récemment nous a invités à méditer sur la nécessité de témoigner de l’Evangile au-delà des frontières… »
« Vous nous montrez aujourd’hui catholiques de Corée, qu’il est possible concrètement de vivre l’idéal de l’Evangile et de le dire au monde. Notre prière est, qu’ensemble, nous soyons capables de préserver notre héritage commun, en le vivant courageusement, en n’ayant pas peur de le partager avec les hommes pour qu’ils découvrent dans « cette lumière venue d’ailleurs » le sens de leur vie et la certitude que faire des disciples du Christ en étant fidèle à la lumière de l’Evangile, c’est œuvrer dans le monde pour la justice, la liberté et la paix entre les hommes ».

Le Saint-Père promulguait ensuite le décret d’inscription des martyrs au catalogue des saints, alors que 103 oiseaux (autant que de saints) étaient lâchés.

Un témoin raconte :

«J’ai vu, pour la première fois, une foule immense pieusement recueillie, en adoration, en actions de grâces »
La première lecture fut faite par un bénéficiaire de l’opération « lumière pour le pape ».
Le chant « Je cherche ton visage », très apprécié par le Cardinal KIM et qu’il traduit en coréen fut chanté par tous les fidèles.
La procession d’offrande fut riche de signification, chaque catégorie sociale ou professionnelle apportant ce qui symbolisait sa vie :
une personne portait la prière de l’Eglise du silence en Corée du Nord,
un père missionnaire était revêtu de l’habit de deuil et du long chapeau que portaient les pères à l’époque des persécutions pour éviter d’être découverts, habit analogue à celui qu’a porté Pierre MAUBANT,

L’archevêque de SEOUL, le Cardinal KIM concluait :

«Aujourd’hui, l’Eglise en Corée est bien vivante. Depuis plusieurs années le nombre des catholiques est en augmentation continue. Nombreuses sont parmi eux les vocations au sacerdoce et à la vie religieuse. Mais nous ne pouvons pas ne pas songer aux Eglises sœurs en termes de solidarité, d’entraides, d’échange, de communion ».

« L’Eglise de Corée doit rester réceptive à leurs richesses et attentive à leurs besoins ».

    *    *    *

Un accueil enthousiaste des chrétiens de Corée fut réservé aux 280 chrétiens français parmi lesquels 17 pèlerins du Diocèse de Bayeux qui accompagnaient Monseigneur BADRE, Evêque de BAYEUX et le Père BRUNET, Curé de VASSY.

Le Curé de VASSY, l'abbé Albert BRUNET, se souvient : « Quelle émotion de parcourir les lieux où commença l’Eglise de Corée, les lieux où ont vécu et sont morts si cruellement tous ces hommes, femmes et enfants dont le sang répandu porte maintenant tant de fruits. Le témoignage nous est donné par les nombreuses conversions et baptêmes d’adultes, et par la fierté de cette jeune Eglise, minoritaire dans le pays, mais qui cherche tous les moyens pour se montrer partout ».

 Il faut préciser que ce rassemblement de la canonisation a demandé aux laïcs coréens quatre années de travail et de réflexion sur le chrétien et la famille, l’apostolat et la communauté paroissiale, le diocèse et l’Eglise Universelle.

L’année de l’apostolat a vu le baptême de 55 000 adultes (une moyenne de 92 par paroisse), pour signifier ce désir de voir « la lumière de Dieu » sur cette terre.

Pour concrétiser ce désir, laïcs et clergé ont mobilisé médecins et chirurgiens pour opérer gratuitement trois mille aveugles avant la venue du Saint-Père le 6 mai, en disant « Vous retrouvez la vue, nous vous offrons cela pour vous montrer ce que nous avons découvert dans l’Evangile ».


II –  LA CORÈE du SUD et SON EGLISE en 1984


A – LE PAYS :
La COREE du SUD connaît un formidable développement économique : en dix ans SEOUL, la capitale est passée de un à neuf millions et demi d’habitants.
Cette ville est un chantier permanent. En effet, 60% des coréens vivent dans les villes, les conditions de vie et les conditions de travail sont très dures (14 ou 15 heures par jour). Il n’y a pas de régime de protection sociale.
Très tôt les enfants à l’école sont soumis à rude épreuve : on leur apprend à marcher au pas.
 Chaque mois une alerte est donnée : tous les Coréens doivent se cacher dans la minute qui suit, laisser la place à l’armée, à la police. Celui qui reste dehors est passible d’une année de prison.
 La psychose de la guerre est partout. SEOUL n’est qu’à 40 kms du 38ème parallèle, frontière entre le sud et le nord, où campent, sur pied de guerre, six cent mille hommes.
 Les jeunes forment une véritable opposition au régime militaire mais sont durement réprimés : en 1980 deux mille tués.

    
    
B – L’EGLISE

L’histoire de l’Eglise de COREE est atypique en ce sens qu’elle fut fondée en 1784 par YI BIOCK et quelques autres coréens, sans prêtres, ni évêques. Très reliée à l’Eglise Universelle, aucun missionnaire étranger ne l’a influencée.
    
Au XXème siècle, dans un pays où la menace de guerre est omniprésente, l’Eglise prospère. N’ayant obtenu que des généralités, elle se tient cependant sur ses gardes.

Le Cardinal KIM, archevêque de SEOUL, assisté des évêques, prêtres et laïcs savent prendre position en faveur de la défense des droits de l’homme, toutefois, sont très conscients des dangers qui menacent l’Eglise à savoir la richesse et le pouvoir.
Le Cardinal KIM déclarait à ce sujet :
« Nous devons être l’Eglise des pauvres parce que les riches peuvent trouver place dans l’Eglise des pauvres : dans l’Eglise des riches, il n’y a pas de place pour les pauvres ».
« En tant qu’archevêque et cardinal de SEOUL, je détiens une position de pouvoir… économique, social, politique… Mais n’est-ce pas précisément ce type de pouvoir que Jésus réfuta complètement dans le désert. Il y a danger que nous autres évêques devenions les hommes des institutions ».
« Nous devons au contraire rompre avec le style de vie structuré qui limite notre contact avec le peuple et nous empêche d’être de véritables frères pour notre peuple ».

L’Eglise coréenne poursuit donc avec détermination et courage son combat pour défendre la liberté, l’écrasement de l’autre avec tous les risques que cela comporte c’est à dire la prison et l’exécution.
Un évêque, dès 1971, a donné le signal au moment où beaucoup étaient en prison pour des riens. Cet évêque a publié une lettre disant son désaccord : il a fait neuf mois de prison. Mais grâce à lui tout un mouvement s’est mis en marche pour la justice.
Evêques et fidèles luttent, se lancent dans des actions parfois clandestines pour la liberté.
Des exemples sont révélateurs d’une ténacité :
Tout un diocèse a fait la grève de la faim en vue d’obtenir la réintégration dans leur travail de chrétiens renvoyés parce qu’ils étaient chrétiens,
un prêtre a été mis en prison parce qu’il avait hébergé un jeune soupçonné d’opposition.
Beaucoup de laïcs, qui ont compris que vie chrétienne et comportement quotidien étaient intrinsèquement liés, entrent dans une véritable action religieuse malgré leurs pénibles conditions de travail.
Ils ont tous des activités : catéchèse, animation dans les paroisses.
Il est à souligner que les femmes en particulier jouent un rôle important, c’est souvent grâce à leur persévérance que les communautés grandissent.
En 1981 des laïcs ont célébré le 150ème anniversaire du premier vicariat apostolique de COREE sur la grande place de Yaïda
Pour les chrétiens coréens, proclamer sa Foi est normal, mais vivre sa Foi est une obligation, s’engager à faire ce que dicte la Foi va de soi.

Congrès de Lisieux en avril 1984

Lors du congrès missionnaire, présidé par Monseigneur LOURDUSAMY, qui s’est tenu à LISIEUX du 28 au 30 avril 1984, une coréenne Bernadette OH HYEN JU , 45 ans, mariée, trois enfants, Professeur à l’Ecole d’Art de SEOUL convertie et baptisée en 1978, répondait à la question : « Pourquoi es-tu devenue chrétienne ? » :

«J’étais très attachée au confucianisme et à la civilisation coréenne traditionnelle. La transformation de mon pays coupé en deux depuis 1953 et la révolution industrielle m’ont fait comprendre que, pour retrouver la dignité humaine, il fallait renoncer à la haine, à la violence, à l’intérêt égoïste. Dans le même temps, je voyais l’Eglise catholique travailler pour la justice et la paix, les prêtres se mettre du côté des petits, des pauvres ».
« … Je vis mes parents se convertir au catholicisme… Je ne bougeais toujours pas… Le déclic, ce fut la mort de ma mère. J’ai eu, devant son cadavre, la conviction que la mort n’était pas la fin de l’homme… Et j’ai désiré vivre dans la même foi que ma mère ».
Cette coréenne déclarait également lors de ce congrès lexovien :
 « L’Eglise catholique attire la sympathie des coréens. La première raison est à trouver dans l’esprit de générosité et de dévouement des chrétiens dans leur aptitude à réaliser leur foi dans leur vie.. L’Eglise catholique est le lieu où bat le pouls de la justice et de la vérité. C’est une des raisons pour laquelle les gens vont frapper à la porte de l’Eglise ».



à des milliers de kilomètres de SEOUL…



III – DES TEMPS FORTS DANS LE DIOCESE DE BAYEUX et LISIEUX  POUR FETER SON NOUVEAU SAINT PIERRE PHILIBERT MAUBANT

L’Eglise diocésaine se devait à son tour de célébrer SAINT PIERRE MAUBANT, cette fête s’est déroulée en trois temps :

Rassemblement des jeunes à VASSY les 5 et 6 mai 1984,

Célébration le 23 septembre 1984, à la Cathédrale de BAYEUX où Pierre MAUBANT fut ordonné prêtre,

Fête de la canonisation le 7 octobre 1984 à VASSY où Pierre MAUBANT fut baptisé


A  - Les jeunes sur les pas de Saint PIERRE MAUBANT

A l’occasion de la canonisation de St Pierre MAUBANT, 250 jeunes du diocèse de BAYEUX se rassemblèrent à VASSY, les 5 et 6 mai 1984.
Ce week-end commença à VIRE par une préparation et la réalisation d’une veillée qui avait lieu dans l’église Notre Dame autour du thème : « Toi qui me parles de Dieu ».
Le lendemain, ces jeunes prirent la direction de VASSY et assistèrent dans l’après-midi à une célébration dans la merveilleuse église de cette cité bocaine


 B – Célébration d’une messe à BAYEUX le 23 septembre 1984

 Monseigneur BADRÈ avait voulu qu’une première manifestation eût lieu dans cette ville où Pierre MAUBANT avait passé les années de son séminaire, dans cette cathédrale où le 13 juin 1829 il avait reçu l’ordination sacerdotale.

 Un millier de fidèles s’étaient rassemblé dans la cathédrale de BAYEUX dont le Maire de BAYEUX et une délégation du Conseil Municipal.
 Monseigneur BADRÈ, entouré de Monseigneur BERNARD, du Secrétaire de l’Evêque de Digne, (d’où était originaire Jacques CHASTAN) du Père BRUNET, Curé de Vassy et de plusieurs prêtres célébraient cette messe.
Mgr Badré évêque de Bayeux
Mgr Badré évêque de Bayeux en 1984

La ferveur des chants et de la prière traduisait la joie et la foi de l’assistance toute acquise à cette forme de communion des saints.
On sentait une certaine prise de conscience de ce devoir de reconnaissance du diocèse pour une telle grâce du Seigneur.
A l’Evangile Monseigneur BADRÈ retraça les grandes lignes de cette vie missionnaire. Il se plut à souligner que Monseigneur DANCEL avait ordonné, avec Pierre MAUBANT, trente deux autres prêtres dont la plupart venaient du bocage normand, comme lui. Qui aurait alors pensé que l’un d’eux deviendrait un saint de l’Eglise universelle ? Mystère des vocations et des destinées ! Il y a ceux dont on parle et ceux dont on ne parle pas et, évoquant l’Evangile du jour déclara :
« Il n’y a pas de place pour la jalousie, il existe un rôle pour chacun dans le témoignage de la Foi ».
Et Monseigneur invitait chacun des fidèles à rénover sa Foi, à intensifier notre souci missionnaire à l’école du Père MAUBANT.
Il dit alors :
« Devenons nous-mêmes, là où nous sommes, acteurs et responsables de la mission universelle ».
C’était aussi les propos du Père THOMAS, aumônier national de l’A.C.O. au lendemain du congrès missionnaire de Lisieux.



C – Fête de la canonisation à VASSY le dimanche 7 octobre 1984

 Pour cette fête, une centaine de coréens en majorité des femmes revêtues de leurs kimonos aux couleurs chatoyantes étaient venus à leur tour célébrer Pierre Philibert MAUBANT dans sa ville natale de VASSY.
 A  11 h 30, précédés par un groupe de jeunes en costume du pays bocain, ces chrétiens coréens pénétraient dans cette merveilleuse Eglise de VASSY où fut baptisé Pierre MAUBANT le 20 septembre 1803 par le Père LEMARCHAND.
 Attirée par la fierté de célébrer un « enfant du pays », sans doute aussi par cette présence coréenne, une foule nombreuse entra dans l’Eglise.
 La chorale et l’assistance chantaient :

    « Bienheureux de Dieu tués par des hommes
       Témoins glorieux, signes du Royaume ».
L’Abbé BRUNET, curé de VASSY, était tout heureux d’accueillir ces Coréens, de leur souhaiter la bienvenue.
Lui aussi originaire de VASSY, le Père BRUNET raconta comment dès son enfance, dans la prière familiale du soir, sa mère lui avait appris à prier Pierre MAUBANT.
Le prêtre coréen voulut aussitôt dire en coréen (le père LECOUVREUR des M.E.P. traduisait) la joie de ses compatriotes de se trouver dans cette église où fut baptisé le premier prêtre occidental venu leur apporter la Bonne Nouvelle. Et il terminait :
« J’aime beaucoup le père MAUBANT, parce qu’il fut le premier à éveiller des vocations sacerdotales coréennes ».
Monseigneur BADRÈ et 25 prêtres dont plusieurs missionnaires concélébraient alors la messe qui fut très priante.
L’assistance reprit le chant tant aimé du Cardinal KIM « je cherche ton visage » qui fut chanté à SEOUL lors de la canonisation le 6 mai.
Puis la chorale chanta l’alléluia de la messe de canonisation, ce qui permit à tout le monde de le reprendre.
A l’issue de la cérémonie, Monseigneur BADRE, le prêtre coréen et Monsieur Pierre GEOFFROY, Maire de VASSY, dévoilaient la plaque inaugurant la place SAINT PIERRE MAUBANT. C’était le signe qu’un saint de Dieu a bien sa place dans la cité des hommes.
A la Marseillaise, exécutée par la fanfare locale répondit l’hymne coréen chanté par les cent visiteurs et la cérémonie s’achevait par le chant des « Adieux » fredonné en deux langues.
Ainsi le Diocèse de BAYEUX compte désormais un saint de plus.


 Pélerinages à VASSY    

SAINT PIERRE MAUBANT, qui a sa statue dans l’Eglise de VASSY, attire un certain nombre de pèlerins venus le prier et visiter en même temps l’exposition de photos sur ce pays lointain et peu connu.
Entre autres pèlerins, sont venus pour organiser un pèlerinage plus important : Le Père PELISSE, supérieur des M.E.P. de Corée à SEOUL, le Père Pierre BYUN KI-UNG, secrétaire du comité de canonisation, accompagnés par Melle Thérèse KIM descendante de Saint Antoine KIM SONG-U qui hébergeait souvent Pierre MAUBANT et avait fait dans sa maison une chapelle où celui-ci disait la messe.

Et l'histoire n'est pas finie…
L’année 1984 fut marquée par des évènements importants en Eglise et plus spécialement pour notre Diocèse de BAYEUX-LISIEUX :
La canonisation de 10 pères français des Missions Etrangères de Paris dont Pierre MAUBANT et  93 martyrs laïcs coréens, la première canonisation hors de ROME,
Des manifestations dans le diocèse pour fêter le nouveau SAINT, Pierre Philibert MAUBANT, né le 20 septembre 1803 à VASSY.


I – Canonisation de Pierre MAUBANT le 6 mai à SEOUL,  capitale de la Corée du Sud.


Près d’un million de fidèles s’était rassemblé sur la place Yoido à SEOUL arborant le drapeau pontifical et coréen pour acclamer Jean-Paul II et leurs martyrs.
Le Cardinal KIM, archevêque de SEOUL, ouvrait la cérémonie par la présentation au Pape de son peuple et la demande de canonisation de     103 saints :
47 femmes et jeunes filles,
46 hommes
10 pères missionnaires francais dont Jacques CHASTAN, Laurent IMBERT et Pierre MAUBANT, décapité le 21 septembre 1839


 Jean-Paul II déclarait alors :

    « Comment ne pas évoquer avec une vive gratitude et admiration les missionnaires français des Missions Etrangères de Paris, venus de loin apporter à cette Eglise naissante leur zèle évangélique pour approfondir la foi et la grâce de leur ministère épiscopal et sacerdotal, qui seul donne à la communauté sa structure ecclésiale en unissant les fidèles au Christ Tête et en les situant dans l’Eglise universelle… Avec leurs évêques ils se dépensèrent jour et nuit pour la cause de l’Evangile, en fortifiant la foi au temps de la ’homme, toutefois, sont très conscients des dangers qui menacent l’Eglise à savoir la richesse et le pouvoir.

 Le Cardinal KIM déclarait à ce sujet :

    « Nous devons être l’Eglise des pauvres parce que les riches peuvent trouver place dans l’Eglise des pauvres : dans l’Eglise des riches, il n’y a pas de place pour les pauvres ».

    « En tant qu’archevêque et cardinal de SEOUL, je détiens une position de pouvoir… économique, social, politique… Mais n’est-ce pas précisément ce type de pouvoir que Jésus réfuta complètement dans le désert. Il y a danger que nous autres évêques devenions les hommes des institutions ».

    « Nous devons au contraire rompre avec le style de vie structuré qui limite notre contact avec le peuple et nous empêche d’être de véritables frères pour notre peuple ».

  L’Eglise coréenne poursuit donc avec détermination et courage son combat pour défendre la liberté, l’écrasement de l’autre avec tous les risques que cela comporte c’est à dire la prison et l’exécution.

  Un évêque, dès 1971, a donné le signal au moment où beaucoup étaient en prison pour des riens. Cet évêque a publié une lettre disant son désaccord : il a fait neuf mois de prison. Mais grâce à lui tout un mouvement s’est mis en marche pour la justice.

 Evêques et fidèles luttent, se lancent dans des actions parfois clandestines pour la liberté.

  Des exemples sont révélateurs d’une ténacité :

Tout un diocèse a fait la grève de la faim en vue d’obtenir la réintégration dans leur travail de chrétiens renvoyés parce qu’ils étaient chrétiens,
un prêtre a été mis en prison parce qu’il avait hébergé un jeune soupçonné d’opposition.
Beaucoup de laïcs, qui ont compris que vie chrétienne et comportement quotidien étaient intrinsèquement liés, entrent dans une véritable action religieuse malgré leurs pénibles conditions de travail.
Ils ont tous des activités : catéchèse, animation dans les paroisses.
Il est à souligner que les femmes en particulier jouent un rôle important, c’est souvent grâce à leur persévérance que les communautés grandissent.
En 1981 des laïcs ont célébré le 150ème anniversaire du premier vicariat apostolique de COREE sur la grande place de Yaïda
Pour les chrétiens coréens, proclamer sa Foi est normal, mais vivre sa Foi est une obligation, s’engager à faire ce que dicte la Foi va de soi.

Lors du congrès missionnaire, présidé par Monseigneur LOURDUSAMY, qui s’est tenu à LISIEUX du 28 au 30 avril 1984, une coréenne Bernadette OH HYEN JU , 45 ans, mariée, trois enfants, Professeur à l’Ecole d’Art de SEOUL convertie et baptisée en 1978, répondait à la question : « Pourquoi es-tu devenue chrétienne ? » :

« J’étais très attachée au confucianisme et à la civilisation coréenne traditionnelle. La transformation de mon pays coupé en deux depuis 1953 et la révolution industrielle m’ont fait comprendre que, pour retrouver la dignité humaine, il fallait renoncer à la haine, à la violence, à l’intérêt égoïste. Dans le même temps, je voyais l’Eglise catholique travailler pour la justice et la paix, les prêtres se mettre du côté des petits, des pauvres ».

« … Je vis mes parents se convertir au catholicisme… Je ne bougeais toujours pas… Le déclic, ce fut la mort de ma mère. J’ai eu, devant son cadavre, la conviction que la mort n’était pas la fin de l’homme… Et j’ai désiré vivre dans la même foi que ma mère ».

Cette coréenne déclarait également lors de ce congrès lexovien :

« L’Eglise catholique attire la sympathie des coréens. La première raison est à trouver dans l’esprit de générosité et de dévouement des chrétiens dans leur aptitude à réaliser leur foi dans leur vie.. L’Eglise catholique est le lieu où bat le pouls de la justice et de la vérité. C’est une des raisons pour laquelle les gens vont frapper à la porte de l’Eglise ».


index

http://www.roynel.com 11/2004